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Une écologie de consensus

Une écologie de consensus, zéro idéologie, ni de droite ni de gauche ? Cet impératif, sauver la planète, nous rassemblerait tous, riches et pauvres, damnés de la Terre et actionnaires, par-delà les frontières, tous unis contre la catastrophe en cours ? Ce nouveau spectre, le réchauffement, imposerait une Sainte-Alliance et mettrait fin à « l’histoire de toute société jusqu’à nos jours », qui n’a été, selon Marx, « que l’histoire des luttes de classes. Hommes libres et esclaves, patriciens et plébéiens, barons et serfs, maîtres de jurandes et compagnons, en un mot, oppresseurs et opprimés, en opposition constante, [qui] ont mené une guerre ininterrompue, tantôt ouverte, tantôt dissimulée » ?

 

Voilà qui ferait taire, aussi, le milliardaire américain Warren Buffett, lui qui estimait : « La guerre des classes existe, c’est un fait, mais c’est la mienne, la classe des riches, qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la remporter » ? Une « guerre » qui ne vaudrait pas pour l’environnement ? Au contraire, me semble-t-il. Au contraire.

La crise écologique aiguise cette lutte, la renforce. La « guerre » ne porte plus seulement sur le niveau de vie, mais sur la vie elle-même.

Nous sommes engagés, vous, moi, mes enfants, dans un combat, celui des « Terriens » contre des « forces destructrices », de l’intérêt général contre les multinationales. Nous avons des adversaires, et ils sont organisés, avec des bataillons d’avocats, de lobbies, d’éditorialistes, d’élus, jusqu’au sommet des États, qui tout à la fois mènent la guerre et, chez nous, la dissimulent, qui la déguisaient hier sous des études climato-sceptiques, qui la masquent aujourd’hui sous la « croissance verte », le « développement durable », « nous ne pouvons agir seuls », « il nous faut un cadre européen », « ne pas nuire à la compétitivité », etc.

 

Ailleurs, cette « guerre » ne se dissimule pas, elle est ouverte. Les « forces destructrices » disposent de la police et de l’armée, de mercenaires qui, pour défendre leurs intérêts, fonciers, miniers, laissent des cadavres derrière eux. J’avais votre âge, environ, quand j’ai dévoré Mon combat pour la forêt, de Chico Mendes, son autobiographie, rachetée dans une réderie. « Au début, je pensais que je me battais pour sauver les hévéas, écrivait le syndicaliste brésilien. Puis j’ai pensé que je me battais pour sauver la forêt amazonienne. Maintenant, je sais que je me bats pour l’humanité. » Il l’a payé, à 44 ans, mon âge aujourd’hui, assassiné par les propriétaires terriens, les éleveurs de bétail. Malheureusement, il a de la compagnie au paradis : d’après l’ONG britannique Global Witness, quatre militants écolos sont tués chaque semaine.
Nous n’en sommes pas là, Rémi Fraisse excepté. Pas encore.

Extrait du livre Il est où, le bonheur de François Ruffin.

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