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Environnement L'énergie en France

Le nucléaire pollue nos cours d’eau

L’eau est un bien commun, une ressource qui se partage et se protège collectivement. Pourtant, l’industrie nucléaire pille, gaspille et fragilise cette ressource de plus en plus rare et précieuse. Pollutions chimiques, contaminations radioactives, rejets non autorisés, forages en nappe phréatique… Lister les accidents sur l’année qui vient de s’écouler
souligne l’urgence à arrêter l’exploitation de centrales nucléaires […]

JUIN 2021
À Paluel, Penly et Flamanville, les boues des stations d’épuration qui traitent les eaux usées classiques contenaient du cobalt 60. De quoi questionner le confinement de la radioactivité… Alors qu’elles auraient dû être traitées en déchets nucléaires, EDF les a envoyées vers des filières conventionnelles durant des années. Les faits, connus depuis 2019, ont été déclarés au public en juin 2021.
EN JUILLET
À Flamanville, des hydrocarbures ont été déversés dans le réseau d’eaux pluviales, directement relié à la nature. […]
EN SEPTEMBRE
Dans la Loire, là où la centrale de Saint-Laurent-des-Eaux rejette son eau chaude, la prolifération d’agents pathogènes (amibes et légionelles) était telle qu’EDF a dû « traiter », en déversant des litres de produits biocides (javel et ammoniac), littéralement qui-tue-le-vivant. Avec quels impacts sur le reste de l’écosystème ?
Du côté de Civaux, des taux d’hydrocarbures six fois supérieurs au maximal autorisé ont été mesurés dans le réseau d’eaux pluviales. EDF s’en est rendu compte trop tard pour stopper la pollution avant qu’elle n’atteigne la Vienne.
EN OCTOBRE
À Cruas, EDF a jeté des déchets dans le Rhône avant de savoir ce qu’il y avait dedans. Une tradition locale peut-être, puisqu’on apprendra peu après que depuis 2013, acide sulfurique, javel et ammoniac sont envoyés là où ils ne sont pas censés aller, dans un ruisseau, parce que l’exploitant ne connaît pas ses circuits.
EN DECEMBRE
À Chinon, l’Autorité de sûreté nucléaire a stoppé les forages dans la nappe phréatique sous le site. Elle a autorisé le pompage de milliers de litres pour doter la centrale d’une nouvelle source de refroidissement, mais elle avait imposé des précautions pour éviter et détecter les pollutions des sols et des eaux que les travaux pouvaient générer. Précautions sur lesquelles EDF s’est en partie assis.
FIN 2021
Un réservoir d’effluents radioactifs a débordé à la centrale du Tricastin. Plus de 900 litres se sont infiltrés dans le sol et ont atteint la nappe phréatique. Des pics de tritium à près de 29 000 Bq/l y ont été mesurés. Une importante pollution radioactive, extrêmement
mobile dans l’environnement et qui contamine aisément les systèmes biologiques.
DÉBUT 2022
Le site du Bugey pollue le Rhône avec un cocktail chimique. Un circuit « inétanche » (pour ne pas dire percé) se déversait dans le réseau d’eaux pluviales qui s’écoule à son tour dans le fleuve.
À Cattenom, la centrale a mis des arcs-en-ciel dans la Moselle : des litres d’hydrocarbures ont irisé le fleuve suite à une erreur et une absence totale de questionnement sur ses conséquences.
EDF ne s’est aperçu de rien, c’est la police fluviale qui a repéré la pollution.
EN MARS
La centrale de Golfech a déversé dans la Garonne plus de 5 000 litres d’acide sulfurique, un des acides les plus puissants. Là encore la fuite était visible. La pollution aurait pu être évitée si EDF avait surveillé les injections chimiques dans les circuits de refroidissement.
EN AVRIL
La centrale de Cruas déverse à nouveau des doses massives d’ammoniac et de javel dans le Rhône en raison de la prolifération d’agents pathogènes.
EN MAI
À Flamanville, des hydrocarbures sont à nouveau présents dans le réseau d’eaux pluviales. Là encore, dans des taux supérieurs à ce qui est autorisé.
EN JUILLET
La centrale de Belleville déverse son « traitement » contre les amibes qui pullulent dans la Loire…

Extraits de la revue Sortir du nucléaire de l’automne 2022.

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L'énergie en France Politique

Nucléaire russe : un tabou européen

La guerre en Ukraine a propulsé le sujet de la dépendance énergétique de l’Europe au gaz russe dans le débat public, dans les foyers de nombreux pays et au cœur du Parlement européen. Les mesures de sevrage du gaz russe et les sanctions envers la Russie se succèdent, avec notamment un embargo sur le charbon. Le nucléaire, quant à lui, reste l’éternel oublié (voir l’oubli constant et discret du nucléaire civil sur France-Culture). Pourtant, la dépendance de l’Europe à l’industrie nucléaire russe est d’une envergure stratégique tout aussi importante que celle du gaz.

La livraison de centrales clés en main par Rosatom, géante de l’industrie nucléaire russe fondée par V. Poutine en 2007 pour servir ses ambitions géopolitiques, permet d’asseoir l’influence de la Russie dans les pays européens dotés de réacteurs russes, tout en renforçant son emprise sur la politique de transition énergétique du continent.

Dans son nouveau livre (Guerres cachées. Les dessous du conflit russo-ukrainien), le journaliste indépendant Marc Endeweld démontre comment les actions de l’Ukraine et son rapprochement de l’américain Westinghouse pour sortir de sa dépendance nucléaire à la Russie ont été un élément clé dans la décision de V. Poutine d’envahir l’Ukraine.
Alors pourquoi ce silence ? En France, les intérêts des industriels et la foi aveugle des hauts fonctionnaires dans l’énergie nucléaire y sont certainement pour beaucoup. Dans son rapport de mars 2022, Greenpeace France montre la dépendance de l’industrie nucléaire française à Rosatom, à tous les niveaux de la filière, et celle d’entreprises comme Vinci, Bouygues, Dassault Systèmes, Bureau Veritass… et bientôt l’usine de Belfort qui fabrique des turbines Arabelle équipant les centrales nucléaires russes.
Emmanuel Macron a été l’instigateur d’une alliance de pays européens pro-nucléaire et pro-gaz qui a fait pression pour l’inclusion du gaz fossile et du nucléaire dans la taxonomie européenne, ce guide des activités nécessaires à une transition énergétique pour faire face à l’urgence climatique.
La partie était presque gagnée, mais la guerre en Ukraine a rebattu les cartes. Le flagrant délit d’un financement de la guerre par les milliards payés par l’UE à la Russie pour acheter son gaz fossile risque de faire tourner au vinaigre le mariage du nucléaire et du gaz fossile.

Extrait d’un article paru dans la revue Sortir du nucléaire de l’été 2022.

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Nucléaire vs renouvelables

Dans un article publié en 2020 dans la revue Science, six chercheurs, passant en revue 45 technologies, concluaient d’ailleurs que les options à petite échelle (panneaux solaires, isolation des bâtiments, etc.), plus faciles à mettre en œuvre et plus réplicables, étaient plus pertinentes que les gros projets pour réduire rapidement nos émissions.
La comparaison des rythmes de développement respectifs du nucléaire et des énergies renouvelables est effectivement sans appel. Entre 1997 (année de la signature du Protocole de Kyoto) et 2020, la production annuelle d’électricité a crû de 1580 TWh pour l’éolien et 855 TWh pour le solaire, contre 289 pour le nucléaire. De 2010 à 2019, la production d’électricité nucléaire a crû de 1 %, contre… 312 % pour l’éolien et 2029 % pour le solaires ! En 2020, la capacité renouvelable installée a connu une croissance annuelle de 45 % qui, selon l’Agence internationale de l’Énergie, devrait devenir la nouvelle norme.

Un coût prohibitif

La rapidité n’est pas le seul paramètre à prendre en compte. Pour un euro investi, quelles options permettent de réduire le plus nos émissions ? Là encore, le nouveau nucléaire ne fait pas le poids. Entre 2009 et 2020, au niveau mondial le coût actualisé du solaire a baissé de 90 %, celui de l’éolien de 70 %… tandis que celui du nucléaire augmentait de 33 %. Le nucléaire est plus cher que l’éolien depuis 2011, et que le solaire depuis 2013. Selon l’Agence internationale de l’Énergie, cette dynamique se poursuivra dans les décennies à venir, le coût de production du solaire ne représentant plus que 1/5 de celui du nucléaire en 2050.

En France, l’électricité produite par le futur EPR de Flamanville a été estimée entre 110 € et 120 € le MWh… contre 60€ pour les derniers projets de parcs
éoliens offshore. Aux États-Unis, l’écart de coût disqualifie non seulement le nouveau nucléaire, mais aussi une partie des réacteurs les plus anciens : dans plusieurs cas, il est apparu plus rentable de fermer un site nécessitant trop de travaux et d’investir à la place dans les énergies renouvelables. Certaines centrales vieillissantes américaines n’ont d’ailleurs pu être maintenues en fonctionnement qu’au prix de coûteuses subventions publiques.

De fait, le développement et le maintien du nucléaire est financièrement impossible sans mécanisme de soutien étatique, comme c’est le cas en Chine, en Russie, en France ou au Royaume-Uni avec le projet d’Hinkley Point. C’est notamment pour cela qu’en 2020, les investissements dans les énergies renouvelables, dans le monde, ont été 17 fois supérieurs à ceux dans le nucléaire.

Certes, les énergies renouvelables demandent également des investissements non négligeables pour compenser leur variabilité. Mais certaines études comme celles du CIRED ont démontré que le surcoût pour l’ensemble du système énergétique demeurait limité, le coût global restant du même ordre de grandeur qu’actuellement.

Le nucléaire,un prétexte pour éviter le changement de système

Trop lente, trop chère, la construction de nouveaux réacteurs est inadaptée pour faire face à l’urgence climatique. Pire, ce projet vient détourner des sommes importantes d’autres choix qui pourraient permettre d’atteindre plus sûrement nos objectifs climatiques

Extrait d’un article de Charlotte Mijeon dans la revue Sortir du nucléaire du printemps 2022.

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Le choix nucléaire

Bien qu’étudié très sérieusement au niveau international, l’objectif de 100 % d’électricité renouvelable a longtemps constitué un interdit pour les autorités françaises. En 2015, une étude économique de l’ADEME sur le sujet a vu sa parution quasiment étouffée. En octobre 2019, Le Monde dévoile un courrier des ministères de la Transition Écologique et de l’Économie et des Finances à EDF, l’appelant à démontrer sa capacité à construire six nouveaux réacteurs EPR. Gênée aux entournures (les projets de relance du nucléaire ne sont alors pas encore officiels), Elisabeth Borne, ministre de la Transition Écologique et Solidaire, veut donner le change : « Ce n’est pas EDF ni son PDG qui fixe la politique énergétique du pays… Clairement, ça n’est pas tranché […], c’est un scénario parmi d’autres. On a également à l’étude des scénarios 100 % énergie renouvelable. Les échanges sur de nouveaux réacteurs se poursuivront, mais c’est ainsi que RTE se retrouve mandatée par le gouvernement pour étudier « en même temps » des scenarii sans nucléaire. L’annonce suscite des remous. Mais dès janvier 2021, un premier rapport de RTE et de l’Agence Internationale de l’Énergie l’atteste : assurer 100 % d’électricité renouvelable sans black-out représenterait certes un défi important, mais ne soulèverait pas de problème
technique majeur.

Le 25 octobre 2021, RTE publie six scenarii de prospective sur le mix électrique à l’échéance 2050. L’un atteint 100 % d’électricité renouvelable dès 2050. Deux autres n’atteignent cet objectif qu’en 2060. Les trois autres […]. Tous permettent officiellement d’atteindre la neutralité carbone en 2050, en toute sécurité d’approvisionnement. Mais RTE évalue comme plus coûteux ceux tablant sur 100 % d’électricité renouvelable : pallier la variabilité du solaire et de l’éolien (recours à l’hydrogène, batteries…) entraînerait
des surcoûts importants. Du pain bénit pour les candidat-es à l’élection présidentielle partisan-es d’une relance du nucléaire, mais une conclusion à rebours d’une précédente évaluation de l’ADEME qui, en 2018, considérait que « d’un point de vue économique, le développement d’une filière nucléaire de nouvelle génération ne serait pas compétitif pour le système électrique français. »

Un examen plus détaillé appelle plusieurs remarques sur ce surcoût apparent. Remarquons d’abord que RTE s’est focalisée sur une présentation du scénario « tendanciel », qui table sur une consommation d’électricité de 645 TWh en 2050 (contre 480 aujourd’hui). Or, une variante « sobriété » a aussi été étudiée, où la consommation n’est que de 555 TWh et le surcoût lié à la compensation de la variabilité des renouvelables considérablement réduit.
D’autres postulats interrogent. Pourquoi, à rebours des tendances actuelles, anticiper une baisse des coûts du nucléaire et retenir des hypothèses pessimistes sur les mécanismes de flexibilité ? Retenir un coût du capital équivalent pour le nucléaire et les énergies renouvelables, alors que dans le monde réel, celui du nucléaire est considérablement plus élevé (appliquer une différence – réaliste – de quelques pourcents suffirait d’ailleurs à inverser l’écart de coût entre scenarii ? Parier que le kWh produit par des SMR équivaudrait à celui de nouveaux EPR, alors que selon les estimations actuelles, il serait jusqu’à deux fois plus cher ? […]

Or, deux jours après la publication des travaux de RTE, le média spécialisé Contexte.com dévoile une version de travail d’un rapport interne de Bercy et de la Direction Générale de l’Énergie et du Climat qui jette une lumière nettement plus pessimiste sur les scenarii nucléarisés. Le coût de construction de six réacteurs y apparaît bien supérieur à celui avancé par EDF et les incertitudes (dont le risque de découverte tardive de défauts sur les chantiers) sont clairement soulignées.
Surtout, alors que RTE prévoit la mise en service des deux premiers réacteurs en 2035, ce rapport table sur 2040 au plus tôt, voire 2042-43… ou même 2045 dans un scénario fortement dégradé. La longueur de la phase de conception aurait été sous-estimée et les hypothèses de durée du chantier apparaissent beaucoup trop optimistes au regard de celles des EPR les plus récents.
Alors que RTE insiste sur la nécessité que les moyens de production « bas-carbone » soient disponibles sans retard pour ne compromettre ni l’atteinte de la neutralité carbone, ni la sécurité d’approvisionnement, ces données interrogent sérieusement la crédibilité des scenarii de relance du nucléaire. Quid d’une mise à jour ?

Extraits d’un article de Charlotte Mijeon dans la revue Sortir du nucléaire de l’hiver 2022.

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Environnement

Le nucléaire vert

La centrale d’EDF, déjà très gourmande en eau (154 millions de m2 d’eau prélevés en 2020, de quoi remplir plus de 60 000 fois une piscine olympique), veut encore augmenter ses prélèvements dans le fleuve. Et ses rejets. Car c’est tout un cocktail que le site nucléaire déverse chaque année dans la Loire : 88,3 tonnes de produits chimiques (chiffres 2020 EDF), auxquels s’ajoutent les rejets radioactifs (dont 51 000 milliards de becquerels dus au tritium).

En 2020, la centrale nucléaire de Belleville a rejeté :

  • 42 tonnes de chlorures
  • 18 tonnes de sodium
  • 13,5 tonnes de cuivre
  • 6,1 tonnes d’acide borique
  • 5 tonnes de zinc
  • 2,6 tonnes d’AOX (organochlorés)
  • 392 kilos d’azote global (ammonium, nitrites, nitrates)
  • 268 kilos de morpholine
  • 190 kilos de phosphates
  • 164 kilos de détergents
  • 0,58 kilo d’hydrazine
  • 0,28 kilo de lithine

EDF a demandé à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) de modifier ses autorisations de rejets et de prélèvements dans l’environnement pour créer une station de déminéralisation avec l’eau du fleuve. Pourquoi ? Parce que légionelles et amibes, des micro-organismes vecteurs de maladies graves, adorent les ambiances chaudes et humides. Elles pullulent dans les tours aéro-réfrigérantes et les circuits de refroidissement.

Pour lutter contre la prolifération de ces agents pathogènes que l’industriel a créée, EDF a besoin d’importantes quantités de monochloramine, un mélange d’eau de javel, d’ammoniaque et d’eau déminéralisée. Et parfois aussi de chlore. Le tout sera rejeté dans la Loire. On imagine aisément l’effet de ces produits biocides sur les autres organismes vivants dans le fleuve et ses environs.

Extrait d’un article paru dans la revue Sortir du nucléaire de l’automne 2021.

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L'énergie en France Société

Nucléaire et démocratie

Entre le 13 février 1960 et le 27 janvier 1996, l’État français a effectué 210 explosions nucléaires, dont 17 au Sahara algérien et 193 en Polynésie française ; 50 dans l’atmosphère et 160 dans des galeries ou des puits. Toutes ces explosions ont libéré dans l’atmosphère ou emprisonné dans des puits, des quantités énormes d’éléments radioactifs, dont pour certains la durée de vie se compte en plusieurs dizaines de milliers d’années.

Le terme d’ « essais nucléaires » peut prêter à confusion, laissant à penser qu’il s’agit d’expériences utilisant de faibles quantités de matière radioactive, or ce n’est pas le cas ! Une bombe sur deux que la France a fait exploser était d’une puissance supérieure à celle qui est tombée sur Hiroshima (pour prendre une unité de mesure « plus parlante » que les kilotonnes). La plus puissante larguée au-dessus de la Polynésie, équivalait à 173 fois « Little Boy » qui a détruit la ville japonaise !

Les populations des zones environnantes des sites d’essais non seulement n’ont pas été consultées ni informées sur les dangers des retombées radioactives, mais n’ont pas été suivies sur un plan sanitaire de manière spécifique. Le personnel affecté au programme d’essais n’était pas mieux loti. Estimé pour la France à environ 150 000 personnes, il était composé d’une grande majorité d’appelés du contingent qui, une fois terminé leurs temps de service militaire, ont été renvoyés chez eux sans aucune consigne particulière ni suivi médical spécifique. Et c’est souvent trente ou quarante ans après que les problèmes sont survenus, rendant difficile pour les victimes de faire le lien entre leur exposition à la radiation et les maladies auxquelles elles étaient confrontées.

Pendant plusieurs décennies le discours officiel sur les conséquences sanitaires et environnementales des essais nucléaires, a reposé sur le déni affirmant que la France avait pris toutes les précautions et donc qu’ils avaient été « particulièrement propres ». Il aura fallu toute la ténacité, à partir des années 1990, de quelques organismes et lanceurs d’alerte, comme l’Observatoire des armements avec Bruno Barrillot pour que la question émerge dans l’espace public. En 2001, les premières associations de victimes se sont constituées (Moruroa e tatou en Polynésie et Association des vétérans des essais nucléaires en métropole) et neuf ans plus tard, le Parlement adopte une « loi relative à la reconnaissance et à l’indemnisation des victimes des essais nucléaires français », dite « loi Morin ». Mais du principe de présomption du lien de causalité entre les maladies radio-induites et la présence sur les zones impactées par les essais contenu dans le texte, à son application au bénéfice des victimes et de leurs ayants droit, le chemin est pavé de chausse-trappes.

En dix ans d’existence de la loi, sur un total de 1 747 dossiers enregistrés par le Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires (CIVEN), seulement 485 indemnisations ont été accordées, principalement au bénéfice des anciens membres du personnel militaire ou civil. Une seule personne résidant en Algérie a été reconnue victimes et 197 résidant en Polynésie française. Certes, depuis 2018, l’application de la loi s’est améliorée suite aux actions menées par les associations, mais les recours devant les tribunaux sont encore nombreux pour obtenir droit à réparations.

En effet, la radioactivité est invisible, inodore, bref insaisissable. Cette particularité rend son identification encore plus complexe comme facteur de risque pour la santé et favorise l’éclosion de controverses scientifiques, comme, par exemple, celles concernant les effets des faibles doses de radioactivité qui ne seraient pas démontrés, ou encore sur les conséquences trans-générationnelles. Même si la météo se charge occasionnellement de faire des piqûres de rappel de la nocivité de la radioactivité disséminée par la France au Sahara.

Extrait d’un article de Patrice Bouveret dans la revue Sortir du nucléaire de juillet 2021.

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L'énergie en France

100 % d’électricité renouvelable en France, c’est possible

C’est ce que démontrent de récents travaux. Dans leur rapport, effectué à la demande du gouvernement et publié le 27 janvier l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE) et le Réseau de transport d’électricité (RTE) explorent la possibilité d’un mix 100 % renouvelable à l’horizon 2050. Cette affirmation ne peut ainsi plus être caricaturée comme une simple lubie d’écologistes qui n’auraient pas compris que le soleil ne brille pas la nuit.

« Même si elles doivent encore faire l’objet d’une démonstration à grande échelle, il existe un consensus scientifique sur l’existence de solutions technologiques permettant de maintenir la stabilité du système électrique sans production conventionnelle », indique RTE, qui précise que la sécurité d’alimentation pourra être garantie en permanence. Le rapport de l’AIE-RTE sera complété en octobre prochain par huit scénarii plus précis étudiant les implications d’une part de renouvelables variant entre 50 °/0 et 100 % d’ici 2050.

Ce rapport vient s’ajouter à l’étude menée par le Centre International de Recherche sur l’Environnement et le Développement (CIRED) et publiée récemment dans The Energy Journal, montrant qu’en 2050, les renouvelables pourraient couvrir l’ensemble de la consommation électrique française pour un coût proche du mix actuel.

Les chercheurs du CIRED ont ainsi exploré 315 scénarios de coûts des énergies renouvelables en 2050 et leur modèle identifie le mix électrique optimal. Ces scenarii satisfont la demande pour chaque heure de l’année (18 années de données météorologiques ont été étudiées), sans importations ou exportations et sans flexibilité de la demande. Si le mix électrique optimal dépend des coûts des différentes technologies en 2050, le coût total du système électrique reste stable à 52 euros par mégawattheure, très proche de l’actuel. Le parc ainsi optimisé est constitué à 46 % d’éolien terrestre, 31 % de photovoltaïque, 11 % d’éolien offshore, 6% d’hydraulique de rivière, 3 % de biogaz et 3 % d’hydraulique de lac.

Selon Philippe Quirion, chercheur au CIRED et co-auteur de l’étude, « ces technologies sont largement substituables. Si par exemple le photovoltaïque s’avère être plus cher que ce que l’on pensait, on peut faire plus d’éolien et vice-versa. » Choisir un système électrique sur la base d’une anticipation erronée des coûts n’entraînerait un surcoût éventuel que de l’ordre de 4 %, ce qui en fait un choix sans regret. Par ailleurs, le stockage n’impacte pas tant le coût du système électrique. « On entend beaucoup de messages qui disent que si l’on met que des énergies renouvelables variables, le coût de gestion va exploser mais ce n’est pas ce que l’on observe : le coût du stockage reste entre 15 % et 23 % suivant les scénarii », rappelle Quentin Perrier, chercheur à l’Institut de l’Économie pour le Climat (I4CE) et co-auteur de l’étude.

Ces scénarii supposent certes des évolutions importantes. Mais le maintien du nucléaire, lui, exigerait des investissements colossaux pour prolonger la durée de fonctionnement des réacteurs existants et surtout en construire de nouveaux…
Pour maintenir ne serait-ce que 20 – 25 % de nucléaire dans le mix en 2050, il faudrait qu’à partir de 2035, une paire d’EPR sorte de terre tous les 5 ans – et ce sans compter sur d’éventuels retards. Un choix de société s’impose donc entre d’un côté, un système énergétique sobre, renouvelable, décentralisé et résilient et, de l’autre, le maintien d’une technologie chère, dangereuse, productrice de déchets ingérables et vulnérable aux aléas climatiques.

Article d’Anne-Lise Devaux et Charlotte Mijeon dans la revue Sortir du nucléaire d’avril 2021.

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Vive l’électricité nucléaire !

Le secteur du bâtiment émet beaucoup, notamment à cause du chauffage. Il y a donc deux moyens pour faire baisser ces émissions : mieux isoler ou… opter pour un chauffage « décarboné ». Et comme les Français se chauffent majoritairement au gaz, qui émet plus que le nucléaire, le plus simple est de les pousser à acheter des convecteurs électriques ! Un tel raisonnement, séduisant au premier abord, omet cependant plusieurs points : l’énergie nucléaire n’est pas sans conséquence sur l’environnement, tant s’en faut ; une telle approche ne va pas faire diminuer la facture des ménages.
« Électrifier à tout-va, c’est une catastrophe, accuse Olivier Sidler de négaWatt. Il faut d’abord améliorer l’enveloppe, donc isoler, et ensuite réfléchir au chauffage. »
Cette stratégie gouvernementale peut être résumée en quelques mots : le retour en force des « grille-pains », les chauffages électriques. Plusieurs réformes sont ainsi dans les gaines, qui vont fortement favoriser l’électrification au détriment de la rénovation. Et comme souvent, le diable se cache dans les détails, ou plutôt dans les données de la RE 2020, la nouvelle réglementation qui régira les performances environnementales des bâtiments.

Sous l’impulsion de l’État, elle prévoit que le coefficient d’énergie primaire de l’électricité soit abaissé de 2,58 à 2,30. « Pour produire 1 kWh d’électricité, il faut produire environ 2,7 kWh en énergie primaire nucléaire, car il y a des pertes d’énergie en cours de production, explique M. Charbit. Le gouvernement a donc décidé de baisser artificiellement ce coefficient pour faire paraître l’électricité plus « performante ».
De la même manière, la RE 2020 projette que l’effet climatique du chauffage électrique soit réduit de 180 à 79 g CO2/kWh, par simple changement des règles. Ces modifications d’apparence techniques vont pourtant avoir des effets très concrets :
« Chauffer un logement va toujours nécessiter autant d’énergie, car ses performances ne seront pas améliorées, mais les habitants seront incités à mettre de l’électricité, au détriment d’autres sources d’énergie et de l’isolation », dit Étienne Charbit, car l’électricité émettra, de
façon uniquement réglementaire, moins de CO2/kWh !
Autre tripatouillage comptable, l’étiquette énergie des bâtiments. Aussi appelée diagnostic de performance énergétique (DPE), elle est représentée par des classes de A à G, chaque classe correspondant à une consommation d’énergie. Schématiquement, les logements étiquetés F et G sont des passoires thermiques tandis que les A sont à basse consommation.
Le gouvernement a décidé que cette étiquette ne serait plus calculée en énergie primaire mais en énergie finale, ce qui revient là encore à ne pas prendre en compte les pertes liées à la production d’électricité. En d’autres termes, les logements chauffés à l’électricité jusqu’ici en classe C vont pratiquement tous se retrouver en classe B, donc être « de bien meilleure qualité » sans n’avoir pourtant rien fait. « Devant la difficulté à faire tous les travaux nécessaires, il a semblé préférable au gouvernement de surclasser des logements », dénonce négaWatt.

Article de Lorène Lavocat, pour Reporterre, publié dans la revue Sortir du nucléaire de février 2021.

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Nucléaire et gaz à effet de serre

Quand on nous parle de réchauffement climatique, on nous parle gaz à effet de serre et C02. Or il existe d’autres gaz à effet de serre, dont le pouvoir réchauffant est bien plus important. Et ces gaz sont couramment utilisés dans l’industrie. Par exemple, en huit mois, la centrale nucléaire de Flamanville (50) a dépassé le maximum autorisé pour toute l’année de fuites de SF6 (Hexafluorure de soufre, utilisé comme isolant), un des plus puissants gaz à effet de serre.

Un kilo de ce gaz équivaut à 22 800 Kg de C02 en termes de pouvoir réchauffant. Pour se faire une idée des niveaux d’émissions individuelles, si vous partez de Paris pour aller voir des amis à Bruxelles, votre trajet (312 km) émettra 2,6 Kg de CO2 si vous le faites en train, 40 Kg de CO2 en voiture. Le site nucléaire de Flamanville a l’autorisation de laisser fuiter 100 Kg de SF6 par an. Ce qui revient à rejeter chaque année plus de 2,2 millions de Kg de C02. Multiplié par le nombre de centrales nucléaires, ce sont plus de 41 millions de Kg de CO2 rejetés chaque année dans l’air en France, rien que par les fuites de ce gaz.

Malgré son impact avéré sur l’environnement, jusqu’en 2018 EDF ne déclarait pas ces fuites de SF6 . Et même s’il est dorénavant tenu de le faire, ses explications sont pour le moins laconiques : l’exploitant ne précise ni les causes, ni pourquoi la limite annuelle réglementaire a été dépassée en seulement huit mois.

En plus de produire des déchets dangereux pour des centaines d’années, les sites nucléaires ont donc non seulement le droit de rejeter des radionucléides dans l’air et dans l’eau en fonctionnement normal, mais aussi le droit de rejeter dans l’atmosphère des substances qui contribuent très largement au réchauffement climatique. Même lorsque EDF respecte les limites, ces rejets polluent notre environnement. Un droit à polluer offert par les pouvoirs publics, sans qu’il ne soit remis en question malgré l’urgence climatique. Alors, qui a dit que le nucléaire ne rejetait pas de gaz à effet de serre ? Les faits le prouvent : le nucléaire ne sauvera pas le climat.

Article de Laure Barthélemy dans la revue Sortir du nucléaire de l’automne 2020.

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Nucléaire omerta

J’ai développé un cancer de la thyroïde pendant que j’exerçais mon activité professionnelle (Patrice Girardier était technicien de maintenance nucléaire pour une filiale d’0rano, ex-Aréva).
La médecine du travail et la sécurité sociale ont considéré que ce cancer était probablement d’origine génétique. Puisque 95% des cancers de la thyroïde sont d’origine accidentelle, industrielle et professionnelle, la lecture statistique qu’en fait le corps médical est pour le moins surprenante, pour ne pas dire abusive.

À l’issue de ce cancer, j’ai été déclaré invalide, et comme mon employeur n’avait pas d’autre poste à me proposer, j’ai été licencié. Fin de l’histoire pour l’employeur et la sécurité sociale, mais pas pour moi, car je conteste cette décision.

Grâce au site de l’association Ma zone contrôlée et au soutien du Réseau Sortir du nucléaire, je suis contacté par une personne qui est interpelée par mon cas. Il lui apparaît un certain nombre d’incohérences. Elle se demande comment l’entreprise peut se dédouaner de toute forme de responsabilité sur mon exposition et sur quelles bases médicales la médecine du travail et la sécurité sociale, peuvent exclure tous risques professionnels.

Afin de corréler ce premier constat, elle me demande de récupérer mon dossier médical auprès du Laboratoire de biologie médicale de Saint-Denis. Ce que je tente de faire en leur adressant un courrier avec accusé de réception, avec justiftcatif d’identité tout en demandant une liste détaillée des informations avec justification de traçabilité et rapports techniques de mesures.

La directrice bottera en touche, tout en m’invitant à prendre contact avec mon médecin du travail. Cette réponse est pour le moins étrange. En effet, tout patient a un droit d’accès à son dossier médical s’il en fait la demande explicite, celui-ci n’étant pas la propriété, ni du laboratoire, ni du médecin.
[…]
La directrice, en conditionnant un passage obligé par la médecine du travail, qui elle-même refuse de me recevoir, me prive des données qui sont la base de ma contestation. À en croire l’étrange attitude de la médecine du travail, il semble apparaître que « le téléphone ait bien fonctionné ». Comment fait-on alors pour accéder aux éléments médicaux en pareille situation ?

J’adresse un second courrier : aucune réponse. Puis un troisième courrier avec copie auprès des autorités de contrôles, dont l’Autorité de sûreté nucléaire.
À ce jour, je n’ai toujours reçu aucune réponse.
[…] vous vous rendrez vite compte que vous êtes bien seul et démuni devant un monstre qui use et abuse de moyens totalement illégaux pour faire barrage, au plus basique des principes, celui de pouvoir se défendre sur la base de documents officiels qui vous sont normalement accessibles. […]

Quand les autorités de contrôle et le Laboratoire font barrage en se distinguant par leur silence, cela soulève des questions qui rendent légitimes les suspicions.
[…]
Toute personne susceptible d’avoir été exposée est en droit de contester un refus de reconnaissance en maladie professionnelle et doit pouvoir accéder à
son dossier médical pour faire valoir ses droits.
Quand les moyens légaux sont verrouillés, il existe d`autres moyens, notamment celui de la mobilisation pour faire pression.
C’est pourquoi je vous demande de relayer ce message massivement, pour que ce genre d’entrave ne soit plus la règle et qu’un maximum de personnes soient au courant de ce genre de pratique totale-
ment illégale mais cautionnée par les autorités.

Extraits d’un article de Patrice Girardier dans la revue Sortir du nucléaire du printemps 2017.