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Les milliards de la finance verte

Depuis, nombreux sont les sociétés de gestion d’actifs, banques et assureurs qui ont pris des engagements en faveur du climat et de l’environnement. La France se présente comme un leader en matière de finance durable, avec plus de 160 milliards d’euros d’obligations et de prêts répondant à des critères environnementaux, sociaux et de bonne gouvernance (ESG) en 2021 selon l`Association for Financial Markets in Europe.

Tous les acteurs financiers français se sont fixé comme objectif d’aligner leurs portefeuilles avec des trajectoires visant la neutralité carbone d’ici à 2050, dans le but de limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C, conformément à l’accord de Paris. Investir dans
des actifs verts, diminuer les financements alloués à des industries à forte intensité carbone (charbon, pétrole, gaz de schiste, pétrole issu de sables bitumineux, projets d’extraction en Arctique), mettre fin aux transactions financières destinées à de nouveaux projets d’exploration et de production d’hydrocarbures… Les promesses sont là, avec des ambitions plus ou moins fortes en fonction des acteurs. Sept ans plus tard, le bilan est famélique.

Fin mars 2022, le rapport « Banking on Climate Chaos », publié par sept ONG et associations, révèle que les banques françaises ont alloué plus de 350 milliards de dollars aux énergies fossiles entre 2016 et 2021. Dont 130 milliards aux cent entreprises qui développent le
plus de nouveaux projets. La place de Paris constitue ainsi le premier soutien de l’Union européenne à cette industrie, le troisième à l’échelle mondiale, derrière les États-Unis et la Chine. Trois banques concentrent 87 % des capitaux versés : BNP Paribas, Société générale et Crédit agricole.
Derrière cet échec se cache, selon Dominique Plihon, membre des Économistes atterrés, qui a notamment travaillé sur les systèmes monétaires et financiers, une incompatibilité fondamentale entre les objectifs des acteurs financiers et les impératifs de la transition écologique. Parce qu’ils poursuivent une rentabilité a court terme, ces acteurs sont incapables de se tourner vers des investissements de très long terme et d’intégrer des éléments de rendement qui dépasseraient la seule rentabilité financière. « Diminuer les émissions de gaz à effet de serre ne fournit pas de rendement directement mesurable et marchandisable. Les acteurs sont donc incapables de prendre en compte cet impératif à moins que la réglementation ne les y contraigne », tranche l’économiste.
Aucun cadre véritablement contraignant n’existe pour imposer aux investisseurs de se conformer aux objectifs de l’accord de Paris.
Les engagements pris demeurent purement volontaires, ils manquent de précision et d’ambition, et leur mise en œuvre n’est nullement contrôlée, comme le souligne Jézabel Couppey-Soubeyran, économiste et conseillère scientifique pour l’Institut Veblen, qui promeut les idées économiques et les politiques publiques en faveur de la transition écologique.

Extrait d’un article de Pauline Gensel dans Politis du 02 juin 2022.