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Environnement

France, que le gaspillage continue !

D’abord éradiquer le gaspillage : une orientation frappée au coin du bon sens. La politique énergétique de la Suède en fait la preuve dans le domaine de l’isolation thermique des bâtiments. Alors qu’en Europe la contribution de ce secteur aux émissions de gaz à effet de serre est en moyenne de 20 % (28 % en France), elle est tombée à 2 % dans ce pays pourtant soumis à de rudes températures hivernales. Les émissions dues au chauffage, poste majeur de la consommation domestique d’énergie (plus de 80 % en France), ont été divisées par dix en trente ans sous l’effet d’une politique très volontariste.

Les constructeurs ont obligation de barder murs et toitures d’importantes épaisseurs d’isolant, et le triple vitrage est généralisé. À titre de comparaison, le niveau actuel d’exigence pour l’isolation thermique des constructions neuves en France, en vigueur jusqu’à fin 2021 était déjà la norme en Suède dès les années 1970.

Par ailleurs, le pays a instauré dès 1991 une « taxe carbone » au montant dissuasif : depuis, elle est passée de 20 euros à 120 euros la tonne (la plus élevée au monde), contre moins de 10 euros actuellement au sein de l’inefficace système de permis d’émissions de l’Union européenne, auquel la Suède a refusé d’adhérer. Cette fiscalité pénalise lourdement le chauffage aux énergies fossiles (gaz, fioul, charbon). En parallèle, le recours aux renouvelables (biomasse, pompes à chaleur, géothermie) a été favorisé par des primes, aussi bien pour les équipements particuliers que pour les réseaux de chaleur, qui se sont généralisés et dont l’efficacité énergétique est établie. Enfin, la Suède s’est préoccupée d’atténuer l’impact de cette fiscalité radicale sur les personnes les plus défavorisées : le taux de précarité énergétique du pays est l’un des plus faibles de l’UE.

Article de Patrick Piro dans Politis du 28 octobre 2021.

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Société

Humain ?

« Humain comme les autres ». Nicolas Dupont-Aignan a livré sa conception de l’aide aux migrants : les nourrir, les réconforter… et les expulser, car ce n’est pas en donnant une couverture à la frontière italienne « qu’on va régler le problème en Afrique », a-t-il expliqué avec cynisme.

Ils sont des milliers à ne pas se sentir « humains » à la mode du président de Debout la France. De Nice à Calais, de Bayonne à Briançon, de Saint-Étienne à Nantes, le mouvement s’amplifie de ces anonymes dont la conscience se révolte : insupportable de renvoyer à leur détresse ces humains « comme eux » dont ils ont croisé la route.

Cédric Herrou, l’agriculteur de la Roya, poursuivi pour « délit » d’hospitalité et de solidarité, a donné un jour un visage à ces nouveaux Justes. Certes, ils ne prennent pas les mêmes risques que ceux qui cachaient des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, et revendiquent un comportement « banal ». Mais, à leur manière, au nom de la morale et de l’éthique, ils expriment une position politique essentielle en se démenant pour aider des congénères qui ont bravé mille périls.

Cette France fraternelle dit ce qu’est « faire société » aujourd`hui, finalité de toute politique qui se respecte et que bafoue la barbarie montante des États sécuritaires. Parce que notre société ne commence pas à la frontière italienne, et qu’il devient de plus en plus inique de dénier une vraie solidarité à celles et ceux chez qui nous avons généreusement légué l’interminable héritage de la colonisation, les lois ravageuses de la mondialisation et désormais la crise climatique.

Article de Patrick Piro dans l’hebdomadaire Politis du 08 février 2018.