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Économie

Le coût de l’électricité expliqué aux enfants

Dans un lointain passé, en 1946, la France sortait à peine de la seconde guerre mondiale et les enfants français manquaient cruellement de sucreries. Alors, les gens se sont dit : « Allez, on construit tous ensemble une grande usine qui va produire des tonnes de bonbons ! » La grande usine s’appelait BDF, ce qui signifiait Bonbons de France.
En quelques années, il y avait des bonbecs pour tout le monde, et ils n’étaient pas chers, car BDF était un « service public » : son but n’était pas de gagner de l’argent. Pour fixer le prix, il suffisait de prendre en compte le coût de fabrication des sucreries – 1 -, le salaire des hommes et des femmes qui les confectionnaient – 1 -, et les frais divers (entretien de l’usine, achats de nouvelles machines…) – 1. Ce qui amenait le paquet de sucreries à 3 (car 1 + 1 + 1 = 3). Tout le monde pouvait se goinfrer, ce qui posait de sérieux problèmes de caries, mais les gens étaient contents.

Dans les années 90, les choses se sont compliquées. Des messieurs très intelligents et très bien habillés, dont des ministres et des présidents, ont pensé que ce système clochait. Alors que la population s’empiffrait de bonbecs, aucun de leurs gentils amis n’avait fait fortune dans ce secteur. Ils ont donc expliqué à la population qu’il fallait de la « concurrence », autrement dit non pas un, mais plusieurs marchands de bonbons. Pourquoi ? Parce qu’un seul vendeur, ce n’est pas assez. Même si chacun trouve toutes les sucreries qu’il souhaite ? Oui, même ! Pourquoi ? Parce que plus il y a de concurrence, mieux c’est. Pourquoi ? Parce que, s’agacèrent les distingués messieurs, c’est comme ça, arrêtez un peu avec vos « pourquoi » ! Le problème, c’est qu’il n’y avait qu’une usine centrale. Comment allaient faire leurs admirables amis pour vendre quelque chose qu’ils ne pouvaient pas fabriquer ? Les ravissants messieurs ont trouvé la solution : BDF serait obligé de vendre à leurs aimables amis un quart de ses bonbons.
Mais il restait encore un problème : si BDF vendait ses bonbons à ses nouveaux concurrents au juste prix, à savoir 3, ça ne fonctionnerait pas. Car les concurrents, qui doivent rajouter leur « marge » (les sous qu’ils vont se mettre dans la popoche), seraient obligés de vendre à leurs clients 3 (coût d’achat) + 1 (marge) = 4. Et dans ce cas, tous les mioches du pays continueraient à dépenser leur argent de poche chez BDF.
Alors, les sublimes messieurs ont réfléchi très fort et ont encore trouvé la solution : ils ont obligé BDF à vendre à leurs doux amis le sachet à 2. Ils ont appelé ce mécanisme l’Arbuc, comme « accès réglementé aux bonbons de l’usine centrale ».

La population n’était pas contente : « Vous êtes tarés ?! Si on vend à perte, et en plus à nos concurrents, on va foutre notre usine centrale en l’air ! » « Mais non, puisqu’on vous dit que ça crée de la concurrence et que la concurrence, c’est bien », les envoyaient bouler les messieurs. Grâce à l’Arbuc, les concurrents ont pu attirer les marmots dans leurs boutiques avec des sachets à 3, comme à BDF, ou même à 2, juste le temps de lui piquer des clients (et avant de passer éventuellement à 8, après avoir enfermé les clients dans leur boutique. Parfois, avec l’argent qu’ils gagnaient, ils envisageaient vaguement de créer leur usine. Mais ça aurait été fatiguant, et il était tellement simple de s’approvisionner chez BDF… Alors, ils se contentaient d’acheter et revendre, sans jamais produire – ou juste quelques guimauves, à l’occasion.
Mais plus ils achetaient de bonbons à BDF, plus BDF perdait de l’argent. Alors qu’il lui fallait au moins 5 par sachet pour vivre, Bonbons de France ne récoltait que 2. Si bien qu’une fois qu’il avait déboursé de quoi produire les bonbons du mois et versé les salaires, il ne lui restait plus assez pour entretenir l’usine et acheter de nouvelles machines… Alors, il s’endettait, n’achetait plus de nouvelles machines, et son usine s’abîmait.

Vint le jour où ses machines furent trop vieilles et l’usine trop sale. Il ne parvenait plus à produire suffisamment de bonbons pour tout le monde. Pour ne rien arranger, une guerre éclata en Ukraine, ce qui fit grimper le cours du bâton de réglisse. Or, grâce à une savante gymnastique financière que tu serais incapable de comprendre à ton âge, l’augmentation du prix du bâton de réglisse entraînait mécaniquement l’augmentation du prix du bonbon. Alors, les messieurs en costume s’écrièrent : « C’est horrible ! Il n’y a plus assez de bonbons ! Et leur prix explose ! Mais que fait BDF ?! »
Les gens murmurèrent : « Pourtant il y a de la concurrence… » Les géniaux messieurs réclamèrent : « Allez, tout le monde met la main à la poche pour rembourser la dette de ces idiots de BDF et retaper l’usine : il faudrait pas que nos amis n’aient plus de bonbons à vendre ! » Et devant le peuple incrédule, qui n’avait plus les moyens de se mettre la moindre friandise sous la dent, le plus délicieux de ces messieurs exigea : « En attendant de trouver une nouvelle bonne solution, je demande que chacun baisse sa consommation de bonbons de 10 % ! » Il remplit le réservoir de sa voiture avec un grand paquet de bonbons et partit.

Article de Nicolas Bérard dans l’âge de faire d’octobre 2022.

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Politique

Res publica

Le règne de Macron, c’est cinq années de présidence néo-libérale, mais aussi cinq années de résistance acharnée. C’est ce que retracent habilement les pages en noir et jaune de la bande dessinée Res Publica, qui permet de dresser le triste bilan du fossoyeur des aides sociales.
On aurait dû le noter ! Toutes ces lois injustes votées dès le début de son quinquennat, toutes ces violences verbales adressées à « ceux qui ne sont rien », ces violences physiques subies, notamment, par les Gilets jaunes, ces attaques contre les services publics, y compris contre l’hôpital en pleine période de pandémie… Oui, vraiment, on aurait dû noter tout ça, pour le rejeter à la figure de celui qui se présente pour un second mandat en enfilant, quel culot, l’habit du candidat « raisonnable ».

Heureusement, d’autres l’ont fait pour nous. Tout noter et tout rappeler, c’est bien ce que font David Chauvel et Malo Kerfriden dans une épaisse (mais il faut bien ça) bande dessinée sortie en ce début d’année électorale aux éditions Delcourt.

On se souvient ainsi, dès le départ, à quel point l’ex-banquier de chez Rothschild a été mal élu : le second tour qui l’oppose à Marine Le Pen enregistre une abstention historique de 25 %. Parmi les votant-es, plus de 4 millions ont déposé un bulletin blanc ou nul – là encore, c’est un record. Sur les quelque 20 millions de personnes ayant voté pour Macron lors de ce second tour, 43 % disent aux instituts de sondage qu’elles ne l’ont fait que pour faire barrage à l’extrême-droite, et seulement 16 % affirment avoir voté par adhésion à son programme.
« Au final, c’est un peu plus de trois million de Français, sur les 66 millions d’habitants que compte le pays, qui ont exprimé le souhait clair et affirmé de voir le projet politique d’Emmanuel Macron exister. »

Président des élites

Ça fait pas lourd, et pourtant, le nouveau monarque va annoncer la couleur dès sa prise de fonction, avec des cadeaux faits aux plus riches (suppression de l’ISF et de l’ « Exit Tax », par exemples) et des économies réalisées sur le dos des plus précaires. Dès juillet 2017, le gouvernement annonçait ainsi une baisse mensuelle de 5 euros des APL.
« Si à 18, 19, 20 ans, 24 ans, vous commencez à pleurer parce qu’on vous enlève 5 euros, qu’est-ce que vous allez faire de votre vie ? », défendait une députée de la majorité.

Ce n’était pas du tout l’avis des spécialistes de la question. La présidente d’ATD Quart Monde signalait alors qu’un « allocataire du RSA bénéficiaire de l’APL touche 472 euros par mois. Une fois toutes ces dépenses courantes déduites, il ne lui reste que 58 euros pour se nourrir soit moins de 2 euros par jour. Pour lui, 5 euros, c’est énorme. »

Extrait d’un article de Nicolas Bérard dans l’âge de faire d’avril 2022.