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Repenser la démocratie

La question de la nature de la démocratie ne se pose donc plus dans la mesure où la réponse est donnée d’emblée : « la démocratie, c’est les élections ».
Il faut déconstruire cette identification mystificatrice en rappelant que, pendant plus de deux millénaires – d’Aristote à Montesquieu – il était admis que les élections correspondaient à un régime oligarchique (le pouvoir d’une élite) et le tirage au sort à un régime démocratique (le pouvoir du peuple) ; ce second mode de désignation des gouvernants étant le seul à postuler l’égale compétence politique des citoyens.
La démocratie suppose en effet que la politique soit une activité accessible à tous, et non réservée à une minorité de professionnels prétendument plus compétents que leurs électeurs en matière d’affaires publiques. Faire place à la conception classique (athénienne à l’origine) de la démocratie oblige à intégrer des éléments de démocratie directe comme les assemblées (agora) délibératives et décisionnelles ouvertes à tous, la rotation des tâches et le tirage au sort.
Cette démocratie par en bas n’interdit pas le recours à la délégation, qui restera nécessaire à bien des égards. Mais cette délégation se distingue de la représentation telle que nous la connaissons aujourd’hui. Les représentants ne représentent en réalité qu’eux-mêmes et parlent « à la place » de leurs électeurs en prétendant parler « en leur nom ». Les délégués restent pour leur part sous le contrôle de leur base grâce à un ensemble de mécanismes tels que la révocabilité permanente, la responsabilité des élus, les mandats semi-impératifs, l’interdiction du cumul des mandats (dans le temps et dans l’espace) et l’instauration d’un salaire des élus égal au salaire moyen de la population.

Extrait d’un article de Manuel Cervera-Marzal dans le journal Les Zindigné(e)s de mai 2014.

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La France championne du cumul des mandats

La limitation du cumul des mandats, c’est l’engagement 48 de François Hollande sur le renforcement des pouvoirs du Parlement. (…) Le non-cumul des mandats est un des éléments clé pour refonder le lien à la politique et restaurer la confiance avec les citoyens.
Aujourd’hui, 58 % des députés et 59 % des sénateurs détiennent en plus de leur mandat de parlementaire une fonction exécutive locale de direction d’une collectivité territoriale ou d’un EPCI ; 468 députés et 264 sénateurs cumulent plusieurs mandats ; 8 députés sur 10 détiennent plus d’un mandat, contre une moyenne de 20 % dans le reste de l’Europe. Pour le dire autrement, seuls 105 députés et 84 sénateurs se consacrent entièrement à l’exercice de leur mandat parlementaire.
La proportion du cumul de fonctions locales avec celle de parlementaire européen est moins répandue, mais atteint la proportion de 48,6 %, soit deux fois plus que les Allemands, et quatre fois plus que les Italiens. Les chiffres du cumul dans les autres grandes démocraties européennes méritent d’être évoquées : 24 % seulement en Allemagne, 20 % en Espagne, 7 % en Italie, 3 % au Royaume-Uni.

Extrait d’une intervention du député Sergio Coronado au parlement en juillet 2013.