Catégories
Médias Santé

Censure covidienne

[…] il y avait des choses que je ne comprenais pas. Ni intellectuellement ni moralement. Pourquoi ne pas respecter le B.A BA des plans pour faire face à une épidémie : tester-isoler-soigner ? Pourquoi mettre hors jeu la médecine de ville ? Et tout faire reposer sur l’hôpital public en sachant l’état ou il est. On s’est privé de tous nos atouts !

 

Sébastien Boitel : Êtes-vous sorti de vos domaines de compétence  ?

 

Laurent Mucchielli : C’est ce qu’on dit pour me discréditer et ne pas discuter du fond. D’autant que mon expérience m’a aidé. Montrer comment on joue sur la peur, je le fais depuis 20 ans. Mettre en évidence les phénomènes de corruption aussi. Dans mon manuel de sociologie, je consacre un chapitre à la délinquance en col blanc. Notamment au sein de l’industrie pharmaceutique. Voilà pourquoi, avant même les vaccins, j’étais préparé. Et pour travailler, je me suis entouré d’une cinquantaine de personnes. Quant à l’intitulé de mon travail, il n’a pas bougé : Enquête sur la gestion politico-sanitaire de la crise du Covid. De la sociologie, pas de la virologie.

 

SB : D’où le terme « doxa »…

 

LM : Popularisé par Bourdieu, cela désigne à la fois le discours dominant et des dominants. Et indique que ce qui est raconté est une construction qui s’est imposée comme une pseudo-évidence. Grâce à un certain nombre de mécanismes.
D’abord la peur : avec ce virus, on va tous mourir ! Ensuite l’impuissance : on ne peut pas soigner. D’où le confinement. Seul moyen d’en sortir ? Le vaccin. Avec, tout au long, une normalisation éditoriale avec constitution d’un espace légitime de discussion. En rejetant tout ce qui contrevient au discours officiel dehors, dans cette catégorie fourre-tout de « complotisme ».
Et ce, grâce à l’alliance de fait entre plusieurs acteurs : l’industrie pharmaceutique dont le marketing devient message politique ; l’OMS dont le principal financeur est la fondation Bill Gates, soutien massif des vaccins ; les gouvernements ; les médias, de plus en plus dans la com’ et les Gafam avec des phénomènes de censure gravissimes.

 

SB : Quid de Mediapart qui a « dé-publié » un des billets de votre blog ?

 

LM : J’ai subi leur censure non pas une mais quatre fois. Pour des articles rédigés avec des médecins, des universitaires… Voilà pourquoi je fais mes adieux à un média qui dit défendre la liberté d’expression, les lanceurs d’alerte, les intellectuels critiques mais qui n’a jamais répondu à mes demandes. Et qui, dans cette crise, a raconté la même chose que les autres.

Extrait d’un entretien de Laurent Mucchielli dans le mensuel Le ravi de mars 2022.

Catégories
Société

Référendum et démocratie

[…] car, au niveau national, le fonctionnement par référendum a toutes les chances de renforcer ce que l’étude des sondages d’opinion a déjà montré : le poids des arguments idéologiques, la constitution d’opinions binaires interdisant de penser la diversité et la complexité, l’exacerbation des imaginaires, des peurs et des émotions, le manque d’informations (voire la sensibilité à la désinformation).
Ce serait alors une caricature de démocratie, le règne des émotions et de la politique par slogans, et finalement un boulevard pour les populismes en tous genres. Ce serait de surcroît un fonctionnement ne suscitant aucun débat réel entre les gens qui vivent ensemble. En tiendrait lieu une sorte de forum sur internet et les réseaux sociaux où pullulent déjà les propagandistes et toutes sortes de « trolls ».

Nous avons désormais une douzaine d’années de recul sur tout ceci, et l’expérience montre que cela produit une dégradation de la qualité des discussions et une brutalisation des relations sociales ›› (R. Badouard, Le Désenchantement de l’internet, 2017).
En revanche, au niveau local […], le référendum apparaît comme l’issue logique d’un débat au cours duquel des personnes qui vivent ensemble dans un espace donné ont réellement discuté, confronté leurs avis et recherché ensemble une solution à des problèmes qui touchent leur vie quotidienne.

Cette démocratie participative permet d’incarner les problèmes et d’impliquer réellement les citoyens, en les amenant à davantage se parler entre eux, donc, également, à admettre plus facilement la diversité des points de vue et à rechercher plus naturellement des compromis. Autrement dit, si le référendum au niveau national risque de cliver encore plus les opinions et de conflictualiser encore plus les relations sociales, son organisation au niveau local peut s’articuler avec une mise en discussion collective incarnée (on ne s’adresse pas à un inconnu sur internet, on parle avec son voisin dans la « vraie vie ») qui tend au contraire à les pacifier.

Il nous faut en tout cas sortir d’une conception moyenâgeuse du pouvoir de type guerrier (il se conquiert dans et par la guerre électorale) et de type autocratique (une fois qu’on l’a, on le partage le moins possible). Dans ce système, le chef décide et l’intendance suit. Le pouvoir est vertical et les messages vont dans un seul sens : du haut vers le bas (top-down). Pour en sortir, il faudra inventer une VIe République qui nous sorte du régime semi-présidentiel de la Ve et de sa dérive autoritaire consubstantielle. Beaucoup l’ont déjà dit. Mais en se concentrant sur le seul échelon national, ils ont souvent occulté les questions locales où les blocages sont tout aussi puissants.

C’est également le présidentialisme municipal qu’il faudra changer. Sinon les référendums locaux seront détournés de leur finalité pour devenir des instruments de légitimation de décisions déjà prises, si ce n’est des plébiscites pour les maires (M. Koebel, Le Pouvoir local ou la démocratie improbable, 2005). Il faudra revoir encore l’architecture des pouvoirs, qui s’est transformée au fil du temps avec des intercommunalités et des métropoles où les élus et quelques techniciens sont tout-puissants et les citoyens totalement absents (F. Desage, D. Guéranger, La Politique confisquée, 2011).

Extraits d’un article de Laurent Mucchielli dans Siné mensuel de juin 2020.