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Laïcité tordue, manipulée, instrumentalisée

La laïcité est tordue, manipulée, instrumentalisée, déformée, parfois par ignorance mais plus souvent par manipulation politique.
A l’association que nous avons crée, la vigie de la laïcité, nous avons comme maxime une phrase de Condorcet : nous ne voulons pas que les hommes pensent comme nous, nous voulons qu’ils apprennent à penser par eux-même.
Ceci est l’esprit même de la laïcité.
Ce n’est pas substituer un dogmatisme par un autre.

On avait un outil formidable : les travaux de l’observatoire de la laïcité qui donnait des réponses rigoureuses, indépendantes et pratiques aux questions rencontrées.
Avec la fin de cet observatoire, acté par le gouvernement, cette ressource n’existera plus. A partir du moment où le gouvernement dit qu’il faut propager la bonne parole, on va vers des catéchisme républicains, on va administrer la laïcité. Y ont-ils pensé ?
La laïcité, ça se vit, ça se pratique, ça se discute mais ça ne s’administre pas.

Rester fidèle à l’esprit historique, au miracle laïque, d’équilibre entre liberté de chacun et liberté des autres. La laïcité est une construction de l’histoire, et donc de combats, d’affrontements, qui ne sont pas finis aujourd’hui.

La loi de 1905 garantit aussi la liberté de culte, c’est à dire de pratiquer sa religion. Dans le système laïque français, on est libre de croire, de ne pas croire, d’avoir une religion ou pas, d’en changer, d’être athée, et cette liberté de culte conduit Jean Jaurès à dire : la loi protège la foi, aussi longtemps que la foi n’entend pas faire la loi. C’est le résumé parfait de notre système français qui sépare deux domaines qui sont de nature différente.

Extraits d’un discours de Jean-Louis Bianco, publiés dans le mensuel Le ravi de décembre 2021.

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La laïcité, oui mais.

Une question,quand même, nous taraude : est-ce qu’on va enfin faire disparaître du vocabulaire politique et intellectuel le sale mot de laïcard intégriste ? Est-ce qu’on va enfin arrêter d’inventer de savantes circonvolutions sémantiques pour qualifier pareillement les assassins et leurs victimes ?
Ces dernières années, nous nous sommes sentis un peu seuls, à tenter de repousser à coup de crayon les saloperies franches et les finasserie pseudo intellectuelles qu’on nous jetait au visage, et au visage de nos amis qui défendaient fermement la laïcité : islamophobes, christianophobes, provocateurs, irresponsables, jeteurs d’huile sur le feu, racistes, vous-l’avez-bien-cherché… Oui, nous condamnons le terrorisme, mais. Oui, menacer de mort des dessinateurs, ce n’est pas bien, mais. Oui, incendier un journal, c’est mal, mais.
(…)
Nous allons espérer qu’à partir de ce 7 janvier 2015 la défense ferme de la laïcité va aller de soi pour tout le monde, qu’on va enfin cesser, par posture, par calcul électoral ou par lâcheté , de légitimer ou même de tolérer le communautarisme et le relativisme culturel, qui n’ouvrent la voie qu’à une seule chose : le totalitarisme religieux. Oui, le conflit israélo-palestinien est une réalité, oui, la géopolitique internationale est une succession de manœuvres et de coups fourrés, oui, la situation sociale des, comme on dit, population d’origine musulmane en France est profondément injuste, oui, le racisme et les discriminations doivent être combattus sans relâche.

Il existe heureusement plusieurs outils pour tenter de résoudre ces graves problèmes, mais ils sont tous inopérants s’il en manque un : la laïcité. Pas la laïcité positive, pas la laïcité inclusive, pas la laïcité-je-ne-sais-quoi, la laïcité point final. Elle seule permet, parce qu’elle prône l’universalisme des droits, l’exercice de l’égalité, de la liberté, de la fraternité, de la sororité. Elle seule permet la pleine liberté de conscience, liberté que nient, plus ou moins ouvertement selon leur positionnement marketing, toutes les religions dès lors qu’elles quittent le terrain de la stricte intimité pour descendre sur le terrain politique. Elle seule permet, ironiquement, aux croyants, et aux autres, de vivre en paix. Tous ceux qui prétendent défendre les musulmans en acceptant le discours totalitaire religieux défendent en fait leurs bourreaux. Les premières victimes du fascisme islamique, ce sont les musulmans.

Extraits d’un article de Gérard Biard dans Charlie Hebdo du 14 janvier 2015.