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Économie

Monopole naturel et idéologie libérale

Il fut un temps où les économistes estimaient que la fourniture d’électricité relevait d’un monopole naturel et devait être organisée par des opérateurs publics. À la suite de l’Acte unique de 1986, l’Union européenne a entrepris de créer un grand
marché européen régulé par la concurrence. Le secteur de la production électrique fut divisé en trois branches. La gestion du réseau restait un monopole, tandis que la production et la distribution d’électricité étaient ouverts à la concurrence. L’idée était de faire fonctionner le marché de l’électricité comme celui des fruits et légumes : un marché de gros accessible aux producteurs, un marché du détail au sein duquel les distributeurs vendent aux particuliers l’électricité achetée aux producteurs.
À terme, les autorités de Bruxelles espéraient que les distributeurs finiraient par se lancer dans la production en construisant des centrales électriques, notamment des éoliennes ou des centrales à gaz, dont le coût de construction est abordable.
Pour cela, il fallait assurer aux distributeurs privés une certaine rentabilité. C’est ce que la France organisa avec la loi de 2010 qui instaura un mécanisme (l’ARENH) qui impose à EDF de revendre aux distributeurs privés, à prix bradé, un quart de son électricité nucléaire.
Pendant plus de dix ans, l’ARENH a protégé les concurrents d’EDF des fluctuations du marché de gros. Mais au lieu d’en profiter pour investir dans la production, la plupart ont préféré rester de purs commerçants, se contentant de négocier des contrats sur le marché des producteurs et de revendre l’électricité ainsi acquise. Résultat, la France – comme le reste de l’Europe – a très peu construit de nouvelles centrales depuis que le marché a été libéralisé.
La guerre en Ukraine a complètement chamboulé le marché européen. Incapables de produire leur propre électricité, les fournisseurs privés étaient menacés de faillite du fait de l’explosion des prix. En France il fallut étendre le volume d’électricité nucléaire vendu
à prix bradé pour les sauver. Prise au moment où de nombreux réacteurs étaient à l’arrêt, cette décision devrait coûter au moins 8 milliards d’euros à EDF.
Ce sont ces pertes catastrophiques qui expliquent l’annonce de sa renationalisation totale, l’entreprise publique n’étant plus capable d’investir dans de nouvelles centrales.
En fin de compte, l’introduction forcée de la concurrence dans un monopole naturel aura nui à l’investissement et coûté très cher à tout le monde, sauf à quelques malins qui sont parvenus à spéculer sans prendre de risque et sans avoir jamais produit la moindre électricité.

Article de David Cayla, économiste atterré, dans l’âge de faire de septembre 2022.

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Économie

Division mondiale du travail

L’ ouvrage La Machine est ton seigneur et ton maître raconte, de l’intérieur, les conditions de travail proche de l’esclavage qui règnent dans les usines chinoises de Foxconn, où sont notamment fabriqués ordinateurs et smartphones vendus dans le monde
entier.
« La productivité était fixée à 5 120 pièces par jour. En juillet 2010, elle a été relevée de 25 %, soit 6 400 piètes par jour. je suis complètement épuisé. » Les éditions Agone rééditent La machine est ton seigneur et ton maître, une plongée dans l’univers des « villes-usines » de l’entreprise taïwanaise Foxconn. Le plus grand fabricant du monde dans le domaine de l’électronique emploie plus d’un million de personnes, notamment pour confectionner à moindre coût et à très grande vitesse les milliards de smartphones vendus aux quatre coins de la planète.

La plupart des employé-es sont des jeunes campagnards qui viennent tenter leur chance en ville. Chez Foxconn, ils découvrent les cadences infernales, les 12 heures de travail quotidiennes, les heures sup, non payées, les deux jours de repos par mois, les dortoirs dans lesquels ils s’entassent pour dormir… Et au réveil, la machine… « Nous avons perdu la valeur que nous devrions avoir en tant qu’êtres humains, et nous sommes devenus une prolongation des machines, leur appendice, oui, leur domestique. J’ai souvent pensé que la machine était mon seigneur et maître, dont je devais peigner les cheveux, tel un esclave », estime Yang, qui a travaillé pour Foxconn.

Sur les murs des usines sont affichées certaines citations de Terry Gou, le multimilliardaire fondateur de Foxconn : « Un dirigeant doit avoir le courage d’être un dictateur pour le bien commun », « Si les objectifs ne sont pas atteints, le soleil cesse de se lever », ou
encore, « Croissanre, Ton nom est sauffrance ».

Yang raconte : « je me suis rendu compte que, pendant le travail, j’avais fréquemment des trous noirs. Comme j’avais déjà intériorisé tous les gestes du travail je me réveillais en sursaut, ne sachant plus si j’avais traité les dernières pièces ou pas. » En 2010, suite à une vague de suicides de ses employées, l’entreprise Foxconn s’était retrouvée sous les feux des projecteurs. Plus de 10 ans après, pourtant, rien n’a vraisemblablement changé. Pour la journaliste Célia Izoard, qui signe la postface, ces ouvriers et ouvrières
constituent « les ombres chinoises de la Silicon Walley ». Là où se regroupent les grands groupes états-uniens des nouvelles technologies, les employé-es sont (très) bien payés, ont gratuitement accès à des restaurants gastronomiques, des médecins, des diététiciens, bénéficient parfois de congés à volonté… Chacun se persuade qu’il travaille à la création d’un « monde meilleur » et que la smartcity rendra nos vies plus fluides, écologiques, et solidaires. En réalité, tout cela est rendu possible par une « division mondiale du travail qui fait disparaitre « les problèmes » en les laissant aux sous-traitant », et qui permet « la vente d’appareils numériques d’une complexité inouïe pour quelques centaines d’euros. Car le smartphone est intrinsèquement un objet de luxe, et s’il fallait débourser des milliers d’euros pour en posséder un, on n’en trouverait pas dans toutes les poches. » Un livre qu’il faudrait vendre dans tous les classieux AppleStore du pays. À défaut, vous le trouverez en librairie.

Article paru dans l’âge de faire de juillet-août 2022.

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Société

La planification écologique, concrètement

Comme le montrent, année après année, les rapports du Giec, l’économie mondiale doit prendre rapidement un grand tournant : annuler les émissions nettes de gaz à effet de serre (GES), ce qui suppose de ne plus utiliser d’énergie fossile (charbon, pétrole, puis gaz), défendre et même reconstituer la nature et la biodiversité. Certes, la France n’est responsable que d’une faible partie des dégâts écologiques infligés à la Terre, mais, comme tous les pays avancés, elle doit montrer l’exemple : ses habitants sont parmi les plus grands pollueurs par personne ; sa croissance passée est responsable des dégâts accumulés depuis 170 ans.

Le tournant écologique suppose d’utiliser tous les instruments disponibles. Une taxe carbone d’un montant élevé et dont la hausse est annoncée doit pénaliser les productions émettrices de GES et rendre rentables les investissements écologiques. Une taxe carbone aux frontières doit pénaliser les exportations des pays qui n’en introduiraient pas une.
Une grande partie du produit de ces taxes doit être redistribuée aux ménages les plus pauvres. En même temps, cela ne suffit pas ; ce n’est pas le simple jeu des prix qui peut guider les transformations nécessaires ; le rationnement par les prix épargnerait les ménages les plus riches, les plus gaspilleurs.
Un vaste programme d’investissements publics est nécessaire (rénovation des logements, transports collectifs, énergies renouvelables).

L’écologie incompatible avec le capitalisme

Surtout, les rands choix en matière de production et de consommation ne peuvent être laissés aux grandes entreprises soucieuses de développer des besoins artificiels pour augmenter leur chiffre d’affaires, et le profit de leurs actionnaires. L’écologie n’est pas compatible avec le capitalisme.
Secteur par secteur, une réflexion collective doit s’engager, avec les travailleurs, les usagers et un ministère de la planification écologique. Comment satisfaire les besoins fondamentaux de tous avec le moins de dégâts écologiques possibles ? Certaines productions
devront être interdites (des SUV aux bitcoins) ; d’autres devront être repensées : ainsi, des voitures électriques légères en location devront remplacer les lourds véhicules actuels en possession individuelle.
La durée de vie, la robustesse, la simplicité, la réparabilité des biens durables devront être garanties. L’obsolescence programmée devra être interdite. Les gaspillages liés à la mode devront être limités.
La réduction des inégalités de revenu, au niveau des entreprises comme par la fiscalité, favorisera la lutte contre la consommation ostentatoire. Posséder une Rolex deviendra ridicule.
Organiser cette rupture posera des questions délicates. Chacun n’a pas la même conception des besoins fondamentaux. Ce sera le rôle de la planification écologique de les poser et d’essayer de les résoudre de façon démocratique.

Article d’Henri Sterdyniak, économiste atterré, paru dans l’âge de faire de juin 2022.

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Médias Santé Société

Censure en démocratie

Ce n’était déjà pas simple avant, mais depuis l’apparition du Covid, il est devenu à peu près impossible d’émettre la moindre critique sur la vaccination, en général. L’interdiction de douter concerne bien tout ce qui touche de près ou de loin à la vaccination.
Exemple, avec le problème des adjuvants aluminiques : des scientifiques tout à fait sérieux soupçonnent que l’aluminium contenu dans certains vaccins puisse provoquer des troubles importants chez certaines personnes, en provoquant notamment une maladie appelée myofasciite à macrophages (Lire L’âdf n° 159). Les recherches en la matière avaient donné naissance à un documentaire tout aussi sérieux, intitulé L’aluminium, les vaccins et les 2 lapins. Mis en ligne sur le site de l’association d’entraide aux malades de myofasciite à macrophages (E3M), celui-ci a été tout bonnement supprimé par Youtube le 1er février 2022. Prétexte avancé par la plateforme : « Informations médicales incorrectes ». Nouveau gardien de la vérité, Youtube (détenu par Google) a ainsi supprimé en février plusieurs vidéos portant sur le sujet. La dernière en date est le documentaire Aluminium, notre poison quotidien, qui ne devait pourtant pas être totalement délirant, puisqu’il avait été diffusé sur France 5 en 2011. L’association E3M a engagé un référé contre Google.

Article paru dans l’âge de faire de mai 2022.

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Politique

Res publica

Le règne de Macron, c’est cinq années de présidence néo-libérale, mais aussi cinq années de résistance acharnée. C’est ce que retracent habilement les pages en noir et jaune de la bande dessinée Res Publica, qui permet de dresser le triste bilan du fossoyeur des aides sociales.
On aurait dû le noter ! Toutes ces lois injustes votées dès le début de son quinquennat, toutes ces violences verbales adressées à « ceux qui ne sont rien », ces violences physiques subies, notamment, par les Gilets jaunes, ces attaques contre les services publics, y compris contre l’hôpital en pleine période de pandémie… Oui, vraiment, on aurait dû noter tout ça, pour le rejeter à la figure de celui qui se présente pour un second mandat en enfilant, quel culot, l’habit du candidat « raisonnable ».

Heureusement, d’autres l’ont fait pour nous. Tout noter et tout rappeler, c’est bien ce que font David Chauvel et Malo Kerfriden dans une épaisse (mais il faut bien ça) bande dessinée sortie en ce début d’année électorale aux éditions Delcourt.

On se souvient ainsi, dès le départ, à quel point l’ex-banquier de chez Rothschild a été mal élu : le second tour qui l’oppose à Marine Le Pen enregistre une abstention historique de 25 %. Parmi les votant-es, plus de 4 millions ont déposé un bulletin blanc ou nul – là encore, c’est un record. Sur les quelque 20 millions de personnes ayant voté pour Macron lors de ce second tour, 43 % disent aux instituts de sondage qu’elles ne l’ont fait que pour faire barrage à l’extrême-droite, et seulement 16 % affirment avoir voté par adhésion à son programme.
« Au final, c’est un peu plus de trois million de Français, sur les 66 millions d’habitants que compte le pays, qui ont exprimé le souhait clair et affirmé de voir le projet politique d’Emmanuel Macron exister. »

Président des élites

Ça fait pas lourd, et pourtant, le nouveau monarque va annoncer la couleur dès sa prise de fonction, avec des cadeaux faits aux plus riches (suppression de l’ISF et de l’ « Exit Tax », par exemples) et des économies réalisées sur le dos des plus précaires. Dès juillet 2017, le gouvernement annonçait ainsi une baisse mensuelle de 5 euros des APL.
« Si à 18, 19, 20 ans, 24 ans, vous commencez à pleurer parce qu’on vous enlève 5 euros, qu’est-ce que vous allez faire de votre vie ? », défendait une députée de la majorité.

Ce n’était pas du tout l’avis des spécialistes de la question. La présidente d’ATD Quart Monde signalait alors qu’un « allocataire du RSA bénéficiaire de l’APL touche 472 euros par mois. Une fois toutes ces dépenses courantes déduites, il ne lui reste que 58 euros pour se nourrir soit moins de 2 euros par jour. Pour lui, 5 euros, c’est énorme. »

Extrait d’un article de Nicolas Bérard dans l’âge de faire d’avril 2022.

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Environnement Société

Privatiser les gènes

[…] durant les années 2000, les lobbies agro-industriels et la Commission européenne, qui lui est favorable, ont peu à peu perdu la bataille des OGM transgéniques. Ils ont donc délaissé ce domaine et ont investi leurs capitaux ailleurs.
À tel point qu’aujourd’hui, la technique de la transgenèse apparaît archaïque ! Ainsi, on constate actuellement une « poussée » de l’appropriation du vivant de deux manières.

La première, c’est le développement de nouveaux OGM par d’autres techniques que la transgenèse, et la pression sur les instances politiques européennes pour que ces nouveaux OGM ne soient pas encadrés strictement comme le sont les OGM transgéniques.
La principale technique dans ce cas est la mutagenèse. Elle n’est pas nouvelle, mais a été révolutionnée ces dernières années du fait de différentes innovations technologiques. Je pense à l’émergence des techniques de régénération des cellules végétales multipliées en laboratoire. Il y a eu également la baisse incroyable du coût du séquençage génétique, divisé par 100 000 en dix ans. Ajoutez à cela d’autres innovations et vous obtenez une explosion des nouvelles techniques génétiques. Sans entrer dans les détails, aujourd’hui, le
lobby biotechnologique joue aux apprentis-sorciers. C’est pour cette raison que nous luttons pour faire en sorte que ces nouveaux OGM ne soient pas exclus du champ d’application de la réglementation sur les OGM. La bataille juridique et politique est en cours.

[…] Le brevetage des gènes est une autre façon de privatiser toujours plus le vivant. Jusque dans les années 90, le droit de propriété intellectuelle le plus utilisé était le droit d’obtention végétale (Dov), qui repose sur la caractérisation des variétés : telle pomme jaune et grosse par exemple. Or, pour les obtenteurs, c’est-à-dire les firmes qui vivent des brevets comme BASF ou Bayer, l’inconvénient avec le Dov, c’est que si je croise cette pomme avec une pomme rouge, et que j’obtiens une pomme aussi grosse mais rouge, le propriétaire de la pomme jaune perd ses Dov sur cette pomme croisée avec « ma » variété. Or, avec l’évolution du « génie » génétique, Bayer et consorts peuvent isoler le gène qui rend la pomme grosse : aujourd’hui, ils déposent les brevets sur les gènes, ce qui leur permet d’exiger des droits, c’est-à-dire de l’argent, sur l’ensemble des variétés dans lesquelles on retrouve ces gènes. Hier, il y avait quelques gènes brevetés, comme le fameux gène de Monsanto qui permet à la plante de résister au Roundup. Aujourd’hui, ce brevetage des gènes a explosé, et s’étend aussi aux gènes « natifs » qui sont présents à l’état naturel.

[…] Dans les années 2000, certains programmes mondiaux « publics-privés », comme Divseek, financé en partie par la Banque mondiale, ont conduit au séquençage du génome de l’ensemble des plantes présentes dans les banques de semences. Cela s’est traduit par la constitution d’immenses bases de données numériques, contenant d’une part les séquences génétiques, d’autre part les caractères des plantes (résistance, taille, etc.), le tout mis à disposition des industriels. Il ne restait plus qu’à croiser les données de ce « Big
data » pour « découvrir » que statistiquement, tel gène correspond à tel caractère. Ce gène est ensuite isolé, sélectionné et introduit par les généticiens dans ce qu’on appelle les « variétés élites » existantes.
Le gène est ensuite breveté, et même s’il ne produit pas lui-même des semences, le détenteur du brevet pourra réclamer des droits de propriété pour toutes les plantes qui contiennent ce gène et expriment le caractère associé.

Extrait d’un entretien de Guy Kastler dans l’âge de faire de mars 2022.

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Économie Environnement

Capitalisme et dérèglement climatique

Pour lutter contre le changement climatique, il faut s’attaquer à sa cause. Deux principales sont proposées.

Une, qualifiée d’anthropocène, dénonce la responsabilité de l’espèce humaine, qui, par nature, produirait et consommerait toujours plus nous menant inexorablement dans le mur. La solution serait de changer nos comportements. Mais, mettant sur le même pied le milliardaire et le chômeur en fin de droits, elle néglige trop les inégalités croissantes du monde réel pour être opérationnelle.

L’autre, partage l’idée d’une transformation de nos modes de production et de consommation, mais en les appelant par leur nom : le capitalisme. C’est lui, c’est-à-dire le rapport social qui sépare les propriétaires des grands moyens de production des travailleurs, qui serait responsable de la crise globale de notre monde.

Sa logique profonde, c’est la recherche sans fin du profit, transformant en marchandise tout ce qui peut en procurer. Ce qui compte n’est pas la valeur d’usage des biens et services produits, mais ce que rapporte leur vente.
Quand un produit révèle sa nocivité, comme le tabac, l’amiante, aujourd’hui le pétrole ou les pesticides, l’industrie qui le fournit ou l’utilise commence par nier tout effet nocif. Et quand les effets sont trop visibles, elle lutte juridiquement pour échapper aux
condamnations. Enfin, elle promet de se transformer pour être le leader des changements nécessaires.
Total est la dernière des grandes entreprises qui vient d’être épinglée alors qu’elle connaissait depuis 50 ans les conséquences climaticides de son activité. Et aujourd’hui elle s’engage à être exemplaire tout en se préparant à extraire 2,2 milliards de barils en Ouganda.

Le profit reste le but

Mais la dissimulation d’informations remettant en cause une production n’est pas la seule pratique d’une entreprise soucieuse d’abord de ses profits.
Le gâchis d’intelligence pour truquer les contrôles, comme l’a fait Volkswagen, en est un exemple. Ou la levée de plus de 700 millions d’euros d’une start-up pour produire des vignettes de footballers, dont on peut questionner l’utilité sociale.

Et quand cette utilité existe, le profit reste le but, comme Pfizer, qui préfère vacciner les enfants des pays riches plutôt que
les centaines de millions d’Africains non solvables, au risque d’une relance de la pandémie.
C’est la société qui devrait pouvoir décider ce qui doit être produit dans l’intérêt général et pas les seuls propriétaires des moyens de production.
Tant qu’extraire un baril de pétrole, qu’émettre une tonne de CO2 ou licencier un travailleur seront rentables, ce baril sera extrait, cette tonne sera émise et ce travailleur sera licencié.

Article de Gilles Rotillon, économiste atterré, dans l’âge de faire de janvier 2022.

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Société

Téléthon

Le Téléthon. c’est une immense arnaque qui consiste à faire cracher cracher au bassinet la populace en mettant en scène des infirmes larmoyants. 73 millions d’euros collectés cette année, dont 66 % déduits des impôts : cela fait combien d’argent en moins
pour tout le monde ? Depuis 1987, le Téléthon a récolté environ 3 milliards d’euros. Trois milliards d’euros ! Vous imaginez ? Sous prétexte de soigner des maladies rarissimes ! C’est indécent ! Et à ma connaissance, personne n’a remarché grâce à cet argent. Par contre, la recherche génétique et les labos pharmaceutiques, eux, peuvent se frotter les mains. […]

Pourquoi aurait-on besoin, pour aider les handicapés, de mettre en scène de manière abjecte leur souffrance dans un grand spectacle ? N’est-ce pas, fondamentalement, prendre les gens pour des idiots ? Debord dit que tout ce qui relève du spectaculaire est « faux ». Le « faux » masque par définition « le vrai », en l’occurrence des milliards d’euros collectés pour la recherche sur le génome humain. Cette recherche intéresse bien sûr 2-3 estropiés de mon espèce, mais elle intéresse surtout le projet transhumaniste qui, lui, concerne tout le monde. Je ne veux pas, en tant qu’handicapé, être la caution de cette idéologie en marche. […]

Mais pourquoi les gens dans la norme veulent-ils à tout prix nous réparer ? J’ai l’impression que les handicapés acceptent davantage leur condition humaine que les valides ! Tout le monde a son fardeau. La plupart des gens sont des handicapés émotionnels, ont des troubles mentaux, des tares, mais ils ne l’acceptent pas ! Ils n’arrivent pas à s’accepter comme ils sont, c’est là le problème ! C’est là le terreau de l’idéologie transhumaniste, être toujours meilleur, toujours en meilleure santé, refuser la mort, grâce à la science. Or, l’autre face de la pièce, c’est une société eugéniste où les « handicapés », c’est-à-dire les moins compétitifs, sont relégués. Et demain, au train où l’on va, les handicapés seront ceux qui refuseront de se mettre des puces dans le cerveau. […]

Lisez la Critique du programme du Gotha, de Marx ! Oui, toute technologie est par essence déshumanisante ! Nous baignons tellement dans le « système technicien », comme le dit Ellul, que nous avons du mal à nous en apercevoir. Cela peut avoir des avantages, je ne dis pas, mais cela nous déshumanise, et nous rend dépendant du système global, alors qu’avant, nous étions tous dépendants d’humains. Et l’infirme avait son rôle dans le groupe. Il ne pouvait pas réaliser de travaux physiques, alors ou lui confiait souvent la charge de parler. Beaucoup des conteurs, de « sages », de guérisseurs étaient infirmes. Le handicap disparaissait, il devenait
une différence comme une autre. […]

Nous avons effectivement des problèmes spécifiques, il faut organiser la société pour que les handicapés soient correctement traités. Mais pas plus, pas moins que les autres ! Avant d’être handicapé, je suis Gilet jaune ! Ce que je veux dire, c’est que ces mesures spécifiques prises pour les handicapés ou les autres « minorités » ne doivent pas masquer le reste : on nous parcellise avec nos petits problèmes pour ne pas voir que tout le monde est dans une m. .. incroyable ! Encore une fois, je ne veux pas être la caution de ce processus. Ayant une famille et un toit, je me sens bien plus privilégié que beaucoup de valides.

Témoignage dans l’âge de faire de janvier 2022.

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Société

L’humain déshumanisé

« Sauver des vies, quoi qu’il en coûte ». On ne peut, à priori, trouver de principe plus louable, plus humaniste. Mais à l’épreuve des faits, cette fin (sauver des vies) justifie-t-elle tous les moyens ? Le « quoi qu’il en coûte » n’est-il pas problématique ? Lors du premier confinement, dictatures comme démocraties ont pris des mesures radicales pour « sauver des vies », tant en matière économique qu’en matière de libertés. Si l’on s’attarde sur les mesures restreignant les libertés, les dictatures ne se sont pas posées de questions éthiques, et ont utilisé tout leur arsenal répressif pour limiter la diffusion du virus. Le cas de la Chine est impressionnant à cet égard, ce qui a fait dire à feu Axel Khan ; « en contexte de pandémie, la démocratie est un inconvénient ». Ainsi, faire de la préservation de la vie une valeur supérieure à toute autre chose peut justifier la dictature. Elle peut également justifier, on l’a vu en France lors du premier confinement, des actes qui relèvent d’une forme de barbarie : comment qualifier autrement l’interdiction faite aux proches d’un mourant de rendre une « dernière visite », ou d’assister aux obsèques ? Comment expliquer ce paradoxe, d’une valeur démocratique par excellence, qui semble se retourner contre elle ?

Pour le philosophe Olivier Rey, notre époque a tendance à réduire la « vie » à sa dimension biologique. C’est seulement cette vie biologique que les États se sont employés à défendre, en la plaçant au-dessus de tout, quitte à nier la nécessité des autres dimensions de l’existence, à commencer par le sens qu’on peut lui donner. Or, « un homme qui n’est plus rien qu’un homme n’est plus un homme », disait Hannah Arendt. Mais encore ? « Un individu privé de sa capacité à exercer ses attributs spécifiquement humains – sa socialité, ses projets, sa liberté, son métier, son ouverture aux autres, ses aspirations – finit en général par s’étioler et par se déshumaniser », commente la philosophe Alexandra Laignel Lavastine (La Déraison Sanitaire).

Extrait d’un article de Fabien Ginisty dans l’âge de faire d’octobre 2021.