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Environnement L'énergie en France Politique Société

Guerres et énergies

Cette guerre de la ressource, nous nous en rapprochons avec le retour du conflit à la lisière de l’Europe. La Russie, redevenue une grande puissance énergétique, tient à le faire savoir avec son arsenal mis à jour grâce aux revenus du pétrole et du gaz. Mais qui donc a bien pu financer de tels investissements militaires ? C’est nous, principalement !
Avec le concours des autres pays « développés » qui, c’est bien connu, ont des idées puisqu’ils n’ont pas de pétrole ! La première (et seule idée) ayant été d’en acheter à des pétromonarchies, des dictatures ou des pays pour le moins totalitaires, ici ou là. Et qui pour nous « défendre » ?
Les États-Unis ? Ceux-ci étant redevenus un des principaux producteurs de charbon, de gaz ou de pétrole « non conventionnel », pour nous en vendre au mépris des destructions que cela entraîne sur leur propre sol et pour le climat en général.
Nous avons ainsi financé, pour faire rouler nos tonnes de ferraille afin d’être « libres », la militarisation de tous les producteurs. « Vous oubliez l’énergie électrique, propre, décarbonée, solidaire, etc., etc. » Il n’y a pas encore et il n’y aura pas de mines d’électricité, les chimères sont de faibles recours face à la situation actuelle.

Extrait d’un article de Bruno Clémentin dans le journal La Décroissance de mars 2022.

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Économie Environnement

Matières premières

Aujourd’hui, le secteur des métaux consomme plus de 12 % de la consommation mondiale d’énergie et chacune des étapes de la chaîne de valeur de l’industrie métallique (extraction, raffinage, etc.) consomme une quantité importante d’eau. Nous avons réalisé des travaux de modélisation de consommation de nombreux métaux dans des scénarios climatiques contraints à l’horizon 2050 et les résultats sont particulièrement instructifs. En effet, l’urgence climatique impose la décarbonation des secteurs électriques ou du
transport et la substitution des technologies traditionnelles (centrales à charbon, véhicules thermiques, etc.) par des technologies plus « soutenables » (éolien, solaire, véhicule électrique). Or, ces technologies contiennent plus de matériaux (rapportés au MW installé) que les technologies traditionnelles. Dans nos scénarios climatiques contraints à 2 °C de réchauffement, nous allons consommer près de 90 % des ressources existantes en cuivre, 87 % de celles de bauxite, 83 % du cobalt, 60 % du nickel et 30 % du lithium dans les trois prochaines décennies.

Ainsi, ce ne sont pas seulement les métaux dits technologiques ou stratégiques (lithium, cobalt et terres rares) qui seront affectés mais bien l’ensemble des métaux. Le XXIème siècle sera un nouvel âge d’or pour les métaux ! Une voiture électrique consomme en moyenne 80 kg de cuivre, contre seulement 20 kg pour un véhicule thermique. Le cuivre pourrait être le métal le plus contraint dans les décennies à venir car il est consommé dans de nombreux secteurs (construction, infrastructures, biens de consommation) et la transition énergétique ajoutera ainsi une couche supplémentaire sur la demande de cuivre. Si nous ne devrions pas observer de contraintes géologiques sur les terres rares, ce sont des problématiques environnementales qui pourraient à terme en limiter la production. Sur l’ensemble des marchés, des contraintes environnementales (pollution des sols, gestions des déchets), géopolitiques (concentration des réserves ou de la production) ou économiques (présence de monopoles ou d’oligopoles) rendent les perspectives incertaines.

[…]

Cet enfermement vient de l’image que véhicule l’automobile dans nos sociétés et des valeurs qui lui sont attachées : liberté et individualisation notamment. En outre, il vient d’une incompréhension globale du cycle de vie d’un véhicule électrique. Les émissions de gaz à effet de serre se concentrent beaucoup plus sur la phase de production de la batterie et du véhicule que sur son usage. En outre les batteries ou les véhicules sont composés de matériaux (lithium, cobalt, cuivre, etc.) dont la disponibilité risque d’être critique dans les décennies à venir. La fabrication de « tanks électriques » ne permettra absolument pas de faire face à l’urgence climatique. Ce type de véhicule donne l’impression de faire un geste pour l’environnement, alors que les questions climatiques requièrent à l’opposé de prendre en compte la sobriété dans nos comportements de consommation. La sobriété constituerait une réponse collective permettant de modérer la consommation d’énergie et de matériaux de la société : sobriété d’usage (utilisation optimale des équipements, modération de la vitesse des véhicules, etc.), sobriété conviviale (mutualisation, comme l’autopartage), sobriété dimensionnelle (adaptation des équipements aux usages) ou sobriété structurelle (organisation des espaces de vie et de travail pour réduire les distances parcourues).

Extraits d’un entretien d’Emmanuel Hache, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), dans le journal La Décroissance de décembre 2021.

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Santé Société

Vaccins OGM

Fabrice Lamarck, membre du groupe Grothendieck

Ni moi ni mes camarades ne sommes opposés au principe de la vaccination. Celle-ci a permis, en combinaison avec d’autres actions curatives et préventives, d’éradiquer certaines maladies graves comme la fièvre typhoïde, la rage, la variole, etc. Mais les nouvelles technologies vaccinales n’ont rien à voir avec les techniques de vaccination à virus vivant atténués (BCG) ou a virus mort (dit « inactive ») en usage massif depuis l’après-guerre.

Le système médiatique qualifie toute personne qui doute de l’innocuité ou de l’efficacité de ces nouveaux vaccins d’ « anti-vax ». Or, toute la démarche scientifique est basée sur le doute et la critique d’éléments rationnels. C’est une posture saine, particulièrement dans les moments de crise. « j’aime les gens qui doutent », chantait de sa belle voix Anne Sylvestre disparue l’an dernier. Doutons donc, et raisonnons.

Bien qu’elles existaient à l’état expérimental depuis une vingtaine d’années, les nouvelles technologies vaccinales se sont rendues visibles vers 2016 dans le sillage des virus Ebola, du Zika, du chikungunya et maintenant du SARS-CoV-2. Pour simplifier, les vaccins de nouvelle génération sont de deux types. D’une part, il y a la technologie dite du « virus chimère » ou « mutant » (OGM) : un virus vivant bénin sert de « vecteur », de moyen de transport, dans lequel on intègre du matériel génétique du virus dont on veut se prémunir. Ce sont des vaccins à ADN modifié : AstraZeneca par exemple. l’autre type de vaccin utilise du matériel génétique (ARN messager modifié), enrobé dans un vecteur complètement artificiel. C’est le cas pour Pfizer-BioNtech ou Moderna.

Cette deuxième technologie, inédite, est injectée massivement depuis décembre 2020. Ceci sans tests cliniques satisfaisants, tant sur l’innocuité que sur l’efficacité. Le docteur Michel de Lorgeril parle dans son livre de « défaillance chronique de la pharmacovigilance ». Ce qu’il y a d’extraordinaire avec ces nouveaux vaccins, c’est que, après que l’ADN modifié ou l’ARN des vaccins a pénétré dans certaines de nos cellules, celles-ci vont produire une protéine virale (pour déclencher la réponse immunitaire, la production d’anticorps). Jusqu’a présent, les cellules humaines « fabriquaient » bêtement des protéines… humaines ! Voila ce qu’il y a de « révolutionnaire ». Nos corps humains connaissent des « modifications génétiques temporaires » pour produire une protéine « étrangère » !
[…] ces crises sanitaires ont permis deux choses : l’afflux de crédits et la levée des barrières morales portant sur l’injection à l’humain de biotechnologies contenant du matériel génétique et des OGM viraux. « Affranchies des précautions exigées dans la modification génétique sous prétexte de l’urgence humanitaire que constitue la maladie Ebola, les équipes de chercheurs ont enfin pu s’installer dans une politique du tout est bon, rien n’est interdit pour sauver des vies », écrit encore Michel de Lorgeril. L’histoire nous a appris qu’une fois qu’une barrière éthique est levée, il est très difficile de revenir en arrière.
Pour le bonheur des chercheurs, mais aussi celui des industriels en biotech et autres start-uppers : les marches « pour sauver des vies » sont en forte croissance ! […]

En Chine et aux États-Unis, des embryons humains ont été modifiés à l’aide des « ciseaux moléculaires ». Deux petites jumelles chinoises génétiquement modifiées sont nées en 2018 grâce à cette technologie. Il existe même un « sommet international sur l’édition du génome humain » organisé par de prestigieux organismes de recherche où tous les beaux monstres du techno-capitalisme sont exposés et commentés à l’infini.

Fabrice Lamarck, membre du groupe Grothendieck, biologiste de formation, dans le journal La Décroissance de novembre 2021.

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Société

QR code et surveillance généralisée

Ce qui était inimaginable il y a quelques mois est devenu une scène ordinaire. Pour monter dans un train, rendre visite à un proche en maison de retraite, entrer dans un hôpital, un cinéma, une salle de concert, prendre le moindre café, il faut désormais dévoiler son identité et ses données de santé. De simples citoyens en contrôlent d’autres, en permanence, et ceux qui n’ont pas le précieux sésame sont exclus. Des employés évincés. Des enfants privés d`activités de loisirs.

La fin du secret médical et l’exposition de données personnelles, l’extension inouïe de la surveillance de la population et la ségrégation mise en place transforment profondément la vie quotidienne : « conditionner l’accès à de nombreux lieux, établissements, événements ou moyens de transport à la justification de son état de santé », c’est « inédit », a alerté Marie-Laure Denis, présidente de la Commission nationale informatique et libertés. Et cela crée un précédent : « Il y a un risque certain d’accoutumance à de tels dispositifs de contrôle numérique, de banalisation de gestes attentatoires à la vie privée, de glissement, à l’avenir et potentiellement pour d’autres considérations que la seule protection de la santé publique […], vers une société où de tels contrôles seraient la norme et non l’exception.
[…]
Avec le QR code généralisé aux humains, le monde est bel et bien devenu une marchandise. Le modèle chinois, des sénateurs s’en réjouissent : « il s’agit d’un outil qui pourrait désormais être activé facilement à l’occasion d’une nouvelle crise sanitaire : c’est donc un grand progrès ». L’instauration de tels « outils contraignants » et discriminatoires, qui conditionnent « l’accès à certains lieux et à certaines activités », cela leur paraît « une bonne nouvelle ».
Ce sont les mots, sans ironie aucune, de Véronique Guillotin, Christine Lavarde et René-Paul Savary. Leur rapport de prospective Crises sanitaires et outils numériques : répondre avec efficacité pour retrouver nos libertés est une sorte de mode d’emploi pour l’instauration d’une parfaite tyrannie techno-sanitaire.

Au nom de « l’efficacité », mot d`ordre de toute société technicienne, nos parlementaires appellent à mettre en place les technologies les plus liberticides. Ils préconisent de « recourir bien plus fortement aux outils numériques dans le cadre de la gestion des crises sanitaires ou des crises comparables (catastrophe naturelle, industrielle etc.), notamment en vue de contrôler au niveau individuel le respect des mesures imposées par la situation, et y compris si cela implique d’exploiter des données de manière intrusive et dérogatoire ».
[…]
Pour ces apprentis despotes, la gestion de la pandémie n`est qu`un
« avant-goût ›› : « c’est à la fois la première fois que le numérique est autant mobilisé, et sans doute la dernière fois où il le sera aussi peu. » Le numérique doit permettre de contrôler l’application des assignations à résidence, des couvre-feux, des confinements, en recoupant « trois types de données : données d’identification, données médicales, et données de localisation ».
Suivi par GPS, géolocalisation des portables, utilisation des données des antennes GSM « pour repérer des attroupements ou des rassemblements trop importants, permettant le cas échéant d’intervenir », « contrôle des déplacements », « bracelet électronique pour contrôler le respect de la quarantaine », « détection automatique de la plaque d’immatriculation par les radars », applications de traçage des contacts, « contrôle des fréquentations », « contrôle des transactions, permettant par exemple d’imposer une amende automatique », « utilisation de drones ou de caméras thermiques », reconnaissance automatique d`images par la vidéosurveillance (par exemple pour détecter le port du masque), exploitation des données d’objets connectés (balances connectées, thermomètres connectés…), « exploitation automatisée du dossier médical de chaque individu » et même des « données génétiques »… Tout y passe.

Les sénateurs réclament l’interconnexion des fichiers et la constitution de gigantesques bases de données personnelles, traitées par l’intelligence artificielle. Pour eux, le numérique doit permettre « un ciblage précis, individuel et en temps réel des mesures ou des contrôles ». Avec les données collectées par des opérateurs de téléphonie, des fournisseurs d’accès à internet, des firmes comme Facebook ou Google, etc., on pourrait par exemple « déterminer si un individu se rend au travail ou plutôt chez des amis ou de la famille, s’il exerce une profession “essentielle” lui permettant de sortir de chez lui ou non, s’il a récemment eu des conversations privées au sujet de l’organisation d’une soirée rassemblant plus de dix personnes, ou s’il a effectué des achats en vue d’une telle soirée ».

Extraits d’un article de Pierre Thiesset dans le journal La Décroissance d’octobre 2021.

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Politique Société

Technocrature

Le même Macron affirmait fin avril 2021 : « Le pass sanitaire ne sera jamais un droit d’accès qui différencie les Français. Il ne saurait être obligatoire pour accéder au lieux de la vie de tous les jours comme les restaurants, théâtres et cinémas, ou pour aller chez des amis. » Non seulement cette technocratie qui règne et son champion qui nous gouverne, au nom de leur expertise et compétence hautement revendiquées, ont misérablement failli depuis janvier 2020 à soigner et protéger leur cheptel humain, mais ils retournent leur faillite en réussite, en détournant « l’urgence » sanitaire à leurs propres fins fondamentales : « l’accélération numérique », la mutation vers une société de contrainte automatisée.

Le terme de « technocrature » nous semble caractériser cette poussée de notre technocratie dirigeante vers cette « cyberpolice », cette « police des populations à l’ère technologique » que nous décrivons depuis Terreur et possession et dans nos enquêtes suivantes. Par « police », nous entendons comme le dictionnaire « l’organisation rationnelle de l’ordre public » (la polis), dont la « gestion » ne constitue que l’execution, de même que la digestion n’est qu’une fonction de l’organisme humain. Non seulement la technologie c’est politique, mais c’est la politique. La cyberpolice, ce n’est pas seulement le flicage numérique, mais l’organisation cybernétique de la société.

La véritable organisation d’une polis, cité/société, quelles que soient son régime de propriété, ses convictions politiques ou ses croyances religieuses, réside dans son appareillage technique et matériel. Simplement parce que les con»
traintes technologiques (c”est-à-dire les faits matériels et la rationalité technicienne ) l’emporte sur toute autre considération dans les sociétés humaines asservies au principe de réalité, au primat de l’efficacité, et in fine, à à leur propre volonté de puissance.
Toutes les sociétés, toutes les technocraties dirigeantes tendent vers cet objectif de toute-puissance. toutes cherchent « le seul meilleur chemin » d’y parvenir.

Tout au plus devons-nous conserver la distinction entre techno-despotisme « éclairé » (américain, occidental) et techno-despotisme « absolu » (chinois. oriental) même s’ils interagissent, que chacun présente certains traits de l’autre et gravite vers l’autre, en attendant leur fusion au sein d’un techno-totalitarisme mondialisé.

Cette conquête de la puissance a cependant un coût ravageur pour la nature et les hommes, notamment depuis la révolution thermo-industrielle qui a détruit en deux siècles la plus grande part de ce qui avait échappé aux destructions des sociétés paysannes, artisanales et primitives (chasseurs-cueilleurs).

Extrait d’un entretien de Pièces et main d’œuvre dans le journal La Décroissance de septembre 2021.

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Environnement Société

La servitude volontaire de nos modes de vie

C’est un lieu commun de la rhétorique révolutionnaire depuis Marx que de dire que les dominés n’ont rien à perdre que leurs chaînes. La formule est exaltante, mais l’expérience montre qu’elle ne correspond pas vraiment à la réalité. L’esclave tient d’autant plus à ses chaînes que la servitude est volontaire. Or, dans notre société productiviste/consumériste, comme l’avait déjà bien vu en son temps Aldous Huxley dans son livre d’anticipation Le Meilleur des mondes, la servitude volontaire atteint des sommets. Cela est le résultat d’une colonisation de l’imaginaire sans précédent, grâce en particulier aux nouvelles technologies.

Il ne faut donc pas s’attendre de la part de nos concitoyens à une attitude rationnelle (et encore moins raisonnable…). La plus grande partie d’entre eux savent très bien que nous allons « droit dans le mur », sans trop savoir exactement ce que cela signifie, et en même temps ne croient pas que les choses vont changer ni que nous pouvons les changer. Ce n’est pas seulement le fait souligné par Jean-Pierre Dupuy, dans son livre Pour un catastrophisme éclairé, que « nous ne croyons pas ce que nous savons » – ce qui avait déjà frappé Günther Anders à propos du danger atomique -, mais plus profondément que cette dissonance cognitive s’accompagne d’une véritable paralysie de l’action.

Le projet de la décroissance étant tout à fait raisonnable et fondé sur une analyse rationnelle se heurte à une double barrière. Il ne séduit pas la pensée aliénée et bouscule le confort de l’inertie, ce qui explique la situation que vous déplorez comme moi. Il est tout à fait remarquable que la collapsologie qui, tout au moins en France, a plus ou moins été un sous-produit de la décroissance, surmonte ce double obstacle. Puisqu’il n’y a rien à faire, en effet, on peut continuer à vivre comme avant et, tout en sachant que tout va s’effondrer, penser en même temps que grâce à la technique, on s’en sortira !

Le cas du président Sarkozy, partisan s’il en est de la société de croissance, qui a adoré le livre de Jared Diamond Effondrement- la bible de la collapsologie -, est loin d’être une exception. Il est probable que la plupart des leaders du capitalisme mondial soient sur cette position. Gaël Giraud, le jésuite écologiste, qui a beaucoup fréquenté les banquiers, raconte que les financiers de la City à Londres interpellés sur le dérèglement climatique étaient parfaitement au courant des perspectives d’effondrement. Mais ils s’avouaient impuissants et s’y préparaient en achetant des fermes dans le Grand Nord. La collapsologie, en effet, ne pousse pas à l’action collective, mais à des tentatives individuelles d’échappement ou d’adaptation. Certains s’orientent vers l’adaptation matérielle, rejoignant le survivalisme, accumulant dans leur bunker armes et rations de survie, d’autres préfèrent la préparation spirituelle avec le développement personnel.

Extrait d’un entretien de Serge Latouche dans le journal La Décroissance de juillet 2021.

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Politique

Appropriation privée hors débat

Depuis longtemps maintenant, il semblerait que le signe le plus universellement reconnu de la puissance, individuelle ou collective, ce soit la richesse monétaire, qui a cet avantage de transformer absolument n’importe quoi en propriété privée, dont on a le droit d’user et d’abuser dans le cadre économique établi. En transformant tout en marchandise échangeable contre son équivalent monétaire sur un marché, le capitalisme a porté a son comble ce qui fait à la fois la force et la faiblesse d’un tel système, la contradiction qui le mine, entre surabondance et gaspillage pour les minorités propriétaires, et précarité et pénurie pour les multitudes expropriées.

De cette contradiction structurelle, le système capitaliste n’a pu jusqu’ici se sauver que par la fuite en avant dans l’innovation technologique à outrance qui renouvelle la séduction du marché et élargit son offre. Mais celui-ci ayant aux trois quarts ruiné la planète, la contradiction n’en est devenue que plus aiguë, au point que pour la dépasser on ne voit plus d’autre moyen raisonnable que le renoncement aux critères traditionnels de l’appropriation des biens et des ressources et l’adoption de critères radicalement différents. Bref, ce qu’en histoire on appelle une révolution, à la fois économique, politique et sociale.

Hélas, tout se passe comme si l’imagination de nos « élites » (puisque c’est ainsi qu’il est convenu de nommer ceux qui sont chargés d’entraîner les masses) était restée bloquée sur les formes les plus « classiques » de la propriété, c’est-à-dire sur les critères traditionnels chers aux classes possédantes, d’un enrichissement, disons à la « Bill Gates », celui de nos nouveaux pharaons, nos nouveaux moghols, nos nouveaux maîtres, à la fois si différents et si semblables aux anciens, qui ne deviennent immensément riches que par l’appropriation privée du travail des autres.

Ça fait des siècles et des millénaires que ça dure, et que les petits en paient le prix, mais nos « élites », aujourd’hui comme hier, continuent obstinément à faire de la richesse et de la pauvreté (en argent) l’alpha et l’oméga de tous les régimes comme si les humains
étaient incapables de se donner d’autres règles pour la vie commune et le partage. Jamais autant que de nos jours on n’a rencontré, à chaque tournant de rue, à chaque tribune, à chaque micro, des « révolutionnaires » prêts à tout subvertir, à changer pour changer.
Absolument tout, même le sacré, même le tabou. Tout, sauf les règles de l’enrichissement personnel, plus ubiquitaires et inégalitaires que jamais, sous forme de dividendes, plus-values, profits, rentes, stock-options, bonus, primes, commissions, retraites-chapeaux et intéressements en tous genres. En dehors de quelques minorités de partageux, que les médias capitalistes essaient de faire passer pour des illuminés archaïques, des communistes primitifs ou de dangereux populistes, y a-t-il encore aujourd’hui des « élites » pour dénoncer le diktat de l’enrichissement financier ?

Combien parmi ces gens inconditionnellement épris de « progrès » (« sociétal » plutôt que social) ont préféré s’installer hédonistement dans le confort du statu quo capitaliste sous réserve, à la rigueur, d’y introduire quelques réformettes d’inspiration féministe, écologiste ou autres, concernant les salaires, les recrutements, l’environnement et accessoirement quelques règles de syntaxe, mais sans toucher aux règles fondamentales de l’appropriation privée de ces richesses censées déborder et ruisseler librement, de préférence sur les actionnaires ?

Extrait d’un article d’Alain Accardo dans le journal La Décroissance de juillet 2021.

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Société

Jeux olympiques écologiques

Chaque olympiade qui s’étale sur quatre ans, est l’occasion de travaux gigantesques qui souvent transforment les villes-hôtes, bouleversent leur environnement et plus largement les lieux où sont implantés les sites des compétitions. Le temps passé entre le vote du choix désignant la ville-hôte et le début des compétitions est de sept années. La mise en œuvre des jeux olympiques. étendue dans le temps signifie ainsi et avant tout la destruction de l’ancien pour reconstruire du nouveau désormais sous l`aiguillon d’une numérisation généralisée des quartiers de ville et de leur architecture.[…]

À Stratford (quartier de Londres). pour édifier le parc olympique avec l’appui financier et intéressé du Qatar, deux cents bâtiments ont été détruits. En face du stade, en guise de porte d’entrée. On a construit un
supermarché Westfield, le plus grand d’Europe, créant une zone immense de marchandises dans un nouveau quartier nettoyé de sa plèbe que les JO rejetteront encore plus loin. L’East End a été gentrifié par la démolition des jardins familiaux, Manor Garden Allotments, qui occupaient, depuis 1924, environ 20 000 m2.

[…] ce sont près de 7 000 points de travaux qui ont été décomptés dans Paris, pour l’essentiel, des transformations des surfaces d’occupation de circulation en fonction des véhicules : trottoirs agrandis et chaussées divisées et souvent rétrécies. Bref, ce sera pendant plusieurs années l’état de siège dans ce qui est appelé à devenir un « parc olympique » avec des embouteillages monstres et un taux de pollution record.
Les JO de Paris 2024 se présentent avec insistance comme écologiques, « durables et respectueux de l’environnement » . On assiste pourtant au bétonnage accéléré de la Seine-Saint-Denis, à l’instar du parc de La Courneuve, seule réserve Natura 2000 d’Île-de-France.
Autrement dit, si les JO accélèrent quelque chose, ce serait plutôt la réduction des espaces verts, la densification de l’habitat, sa compacité toujours renforcée. Des millions de tonnes de terre sont déplacées et le
béton est coulé à flots continus. Des carrières sont ouvertes de la Bourgogne à la Normandie pour alimenter les nouveaux chantiers en matériaux de construction ou en accueillir les déblais. […]

Par ailleurs, […] les touristes viendront des cinq continents en avion. […]

Alors pourquoi un intérêt voire un attachement sinon une adhésion à
l’olympisme et à ses supposées « valeurs » ? Il y a sur toute la planète et chez la plupart des individus une puissante fascination pour le grandiose, l’hubris (la démesure), le monumental, les symboles forts qui marquent les esprits en profondeur, à l’instar du défilé quasi militaire des athlètes en uniforme derrière leur drapeau, les hymnes nationaux, la cérémonie pourtant ringarde de la remise des médailles… Tout ce cérémonial imposant et tocard, impressionnant et suranné est mis en œuvre dans le cadre d’un lieu majeur et mythique, le stade avec ses tribunes garnies de spectateurs en permanence excités par les prouesses des athlètes et leurs records battus. Les clameurs du stade sont la voix unifiée de la masse spectatrice qui se diffuse par le canal télévisuel vers 4 milliards de téléspectateurs s’imprégnant des valeurs de la compétition présentée comme naturelle. […]

Entretien de Marc Perelman dans le journal La Décroissance de juin 2021.

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Médias

Le contre-pouvoir qui défend les libertés

Où est donc cette presse qui n’a de cesse de se présenter comme le dernier rempart de la Liberté ? Au contraire, ce qui a marqué le discours des mass media depuis un an, c’est bien la surenchère permanente pour le confinement.
L’industrie médiatique s’est découvert une véritable passion d’auxiliaire de police dans cette crise. La stratégie de la peur ne cesse d’être alimentée par le combustible des mots terrifiants : « angoisse », « alarmant », « inquiétant », […]

Nous subissons le fonctionnement actuel des grands médias fondé sur le clivage entre les « gentils », promouvant le modèle libéral-libertaire globalisé, face aux « méchants » de tous bords (C’est le propre de la société du spectacle que d’écraser la différence entre le message et celui qui l’émet. Dans ce cas de figure, 100 % de ce que dit M. Obama est « bien » tandis que 100 % des propos de M. Trump est nécessairement « mal »).
Cette stratégie aura été portée au pinacle pendant la crise. Les pays qui confinent le plus sont les « gentils ». Un seul exemple avec la Nouvelle-Zélande. Le quotidien « de référence » de MM. Pigasse, Niel et Krétinsky titre le 14 octobre 2020 : « En campagne pour sa réélection, jacinda Ardern s’appuie sur sa bonne gestion de la crise sanitaire. » En fait, une des plus délirantes et tyranniques du monde, conduisant cette icône progressiste à transformer son pays en dictature policière (Comment le virus a percé la Forteresse Nouvelle-Zélande). La conséquence est de coincer la population dans une logique de confinements perpétuels. Cela n’a pas empêché Mme Ardern d’être célébrée et érigée en modèle par les grands médias.
[…]

La question centrale est : pourquoi ce parti pris des mass media pour le toujours plus de confinement ? Et pourquoi ces héros de la liberté ne remplissent-ils pas leur devoir en s’inquiétant au contraire, et en s’interrogeant en permanence sur l’anéantissement de libertés publiques ? Leurs titres sont éloquents. Un seul pour exemple ; « Il [Emmanuel Macron] attend quoi [pour reconfiner] », s’indigne Libération en une, le 30 mars 2021. « Monsieur le Président, quand allez-vous enfin réincarcérer ces Français irresponsables ?! », hurle d’une seule voix le chœur des journalistes.
Le dimanche 21 mars, à Annecy, la manifestation contre l’état d’urgence passe de quelques centaines à deux milliers de personnes. Il n’en faut pas plus pour faire débarquer la police de la pensée.
Deux jours plus tard, un article de l’hebdomadaire Marianne titre : « À Annecy, un parfum rouge-brun à la manifestation contre les règles sanitaires ». La démonstration du rédacteur, Thierry Vincent, est imparable : « le nom du collectif organisateur; “le grand rassemblement“, peut faire penser au « grand remplacement », la thèse popularisée par l’écrivain d’extrême droite Renaud Camus. » D’ailleurs Jacques Roura, du collectif organisateur « Gardons le sourire », a deux yeux, comme Hitler. […]

Extraits d’un article de Vincent Cheynet dans le journal La Décroissance de mai 2021.

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Consommation Société

Publicité écolo selon Séguéla

« Nous ne pouvons nous développer qu’en société de surconsommation. Ce superflu est le nécessaire du système. Sans surchauffe la machine se grippe », n’a cessé de répéter Jacques Seguéla tout au long de sa carrière (L’argent n’a pas d’idées, seules les idées font de l’argent). La publicité, « notre drogue quotidienne » selon ses propres termes, est un « moteur de l’économie », un « soldat » de la croissance : celle-ci ne peut se perpétuer que par « le culte de l’envie », par l’entretien d’une frustration permanente.

La consommation insatiable, indispensable à l’écoulement des marchandises produites en masse, exige « un grand lessivage de la conscience collective ». La pub, cette « industrie à fabriquer de l’imaginaire à la chaînes », est là pour ça. Elle nous traque de la rue jusqu’à l’intimité du foyer, de la naissance à la mort, pour faire des firmes « les nouveaux missionnaires » et imposer partout des styles de vie standardisés, des besoins industrialisés. Elle agresse en permanence pour arriver à ses fins : une affiche a pour but « de laisser des traces. Elle n’a pas le temps de séduire, elle doit violer », fanfaronne Jacques Seguéla. Elle « doit être un coup de poing visuel », abonde Marcel Bleustein-Blanchet, fondateur de Publicis, tout comme un spot radiophonique est « un coup de poing auditif » : c’est ainsi que les slogans s’impriment dans les mémoires, que les marques s’arriment définitivement à nos esprits (La rage de convaincre).

La cible – le consommateur – ne doit pas échapper à ce matraquage. « L’objectif est de transformer un individu en automate, un citoyen en consommateur jamais complétement gavé : il faut toujours lui donner l’envie d’un nouveau produit à avaler », décrit un ancien patron de Havas (Le marketing de l’apocalypse).
Ce totalitarisme marchand, le mégalo Seguéla le revendique et s’en félicite : « La publicité en un demi-siècle a tout envahi, nos télés et nos journaux, nos rues et nos routes, nos stades et nos théâtres. Désormais pas un pas sans pub. Maître d’école de nos enfants, ils passent huit
cents heures face à leur professeur et mille devant leur petit écran, fascinés par nos spots, elle est aussi maître à vivre.
Comme il est des maîtres à penser. Elle influence nos comportements […], elle crée les modes de vie avec une telle force de persuasion qu’elle nous modèle sans le vouloir, sans le savoir. Désormais, on peut la craindre ou la mépriser, qu’importe, elle s’est imposée, clef du système
de consommation, indispensable à toute survie économique » (Pub story : l’histoire mondiale de la publicité).

En ces temps d’angoisse collective où des gouvernements décrètent l’état d’urgence écologique à travers le monde, les publicitaires n’ont aucunement l’intention de renoncer à leur pouvoir. Ils se veulent au contraire « en première ligne » pour reformater les styles de vie et « accompagner l’évolution naissante des mentalités et des comportements », comme l’enseigne une prof en marketing d’une école de commerce . L’époque est à l’écologie ? Leur « grand lessivage de la conscience collective » lavera les cerveaux encore plus vert.

Concluons avec une invitation d’un auteur clairvoyant faite en… 1935 : « Dès maintenant, cependant, une révolution est au pouvoir de chacun : la prise de conscience de l’oppression publicitaire et la résistance active à ses suggestions. » (Bernard Charbonneau, La publicité)

Extrait d’un article de Pierre Thiesset dans le journal La Décroissance d’avril 2021.