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Politique Société

Technocrature

Le même Macron affirmait fin avril 2021 : « Le pass sanitaire ne sera jamais un droit d’accès qui différencie les Français. Il ne saurait être obligatoire pour accéder au lieux de la vie de tous les jours comme les restaurants, théâtres et cinémas, ou pour aller chez des amis. » Non seulement cette technocratie qui règne et son champion qui nous gouverne, au nom de leur expertise et compétence hautement revendiquées, ont misérablement failli depuis janvier 2020 à soigner et protéger leur cheptel humain, mais ils retournent leur faillite en réussite, en détournant « l’urgence » sanitaire à leurs propres fins fondamentales : « l’accélération numérique », la mutation vers une société de contrainte automatisée.

Le terme de « technocrature » nous semble caractériser cette poussée de notre technocratie dirigeante vers cette « cyberpolice », cette « police des populations à l’ère technologique » que nous décrivons depuis Terreur et possession et dans nos enquêtes suivantes. Par « police », nous entendons comme le dictionnaire « l’organisation rationnelle de l’ordre public » (la polis), dont la « gestion » ne constitue que l’execution, de même que la digestion n’est qu’une fonction de l’organisme humain. Non seulement la technologie c’est politique, mais c’est la politique. La cyberpolice, ce n’est pas seulement le flicage numérique, mais l’organisation cybernétique de la société.

La véritable organisation d’une polis, cité/société, quelles que soient son régime de propriété, ses convictions politiques ou ses croyances religieuses, réside dans son appareillage technique et matériel. Simplement parce que les con»
traintes technologiques (c”est-à-dire les faits matériels et la rationalité technicienne ) l’emporte sur toute autre considération dans les sociétés humaines asservies au principe de réalité, au primat de l’efficacité, et in fine, à à leur propre volonté de puissance.
Toutes les sociétés, toutes les technocraties dirigeantes tendent vers cet objectif de toute-puissance. toutes cherchent « le seul meilleur chemin » d’y parvenir.

Tout au plus devons-nous conserver la distinction entre techno-despotisme « éclairé » (américain, occidental) et techno-despotisme « absolu » (chinois. oriental) même s’ils interagissent, que chacun présente certains traits de l’autre et gravite vers l’autre, en attendant leur fusion au sein d’un techno-totalitarisme mondialisé.

Cette conquête de la puissance a cependant un coût ravageur pour la nature et les hommes, notamment depuis la révolution thermo-industrielle qui a détruit en deux siècles la plus grande part de ce qui avait échappé aux destructions des sociétés paysannes, artisanales et primitives (chasseurs-cueilleurs).

Extrait d’un entretien de Pièces et main d’œuvre dans le journal La Décroissance de septembre 2021.

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Environnement Société

La servitude volontaire de nos modes de vie

C’est un lieu commun de la rhétorique révolutionnaire depuis Marx que de dire que les dominés n’ont rien à perdre que leurs chaînes. La formule est exaltante, mais l’expérience montre qu’elle ne correspond pas vraiment à la réalité. L’esclave tient d’autant plus à ses chaînes que la servitude est volontaire. Or, dans notre société productiviste/consumériste, comme l’avait déjà bien vu en son temps Aldous Huxley dans son livre d’anticipation Le Meilleur des mondes, la servitude volontaire atteint des sommets. Cela est le résultat d’une colonisation de l’imaginaire sans précédent, grâce en particulier aux nouvelles technologies.

Il ne faut donc pas s’attendre de la part de nos concitoyens à une attitude rationnelle (et encore moins raisonnable…). La plus grande partie d’entre eux savent très bien que nous allons « droit dans le mur », sans trop savoir exactement ce que cela signifie, et en même temps ne croient pas que les choses vont changer ni que nous pouvons les changer. Ce n’est pas seulement le fait souligné par Jean-Pierre Dupuy, dans son livre Pour un catastrophisme éclairé, que « nous ne croyons pas ce que nous savons » – ce qui avait déjà frappé Günther Anders à propos du danger atomique -, mais plus profondément que cette dissonance cognitive s’accompagne d’une véritable paralysie de l’action.

Le projet de la décroissance étant tout à fait raisonnable et fondé sur une analyse rationnelle se heurte à une double barrière. Il ne séduit pas la pensée aliénée et bouscule le confort de l’inertie, ce qui explique la situation que vous déplorez comme moi. Il est tout à fait remarquable que la collapsologie qui, tout au moins en France, a plus ou moins été un sous-produit de la décroissance, surmonte ce double obstacle. Puisqu’il n’y a rien à faire, en effet, on peut continuer à vivre comme avant et, tout en sachant que tout va s’effondrer, penser en même temps que grâce à la technique, on s’en sortira !

Le cas du président Sarkozy, partisan s’il en est de la société de croissance, qui a adoré le livre de Jared Diamond Effondrement- la bible de la collapsologie -, est loin d’être une exception. Il est probable que la plupart des leaders du capitalisme mondial soient sur cette position. Gaël Giraud, le jésuite écologiste, qui a beaucoup fréquenté les banquiers, raconte que les financiers de la City à Londres interpellés sur le dérèglement climatique étaient parfaitement au courant des perspectives d’effondrement. Mais ils s’avouaient impuissants et s’y préparaient en achetant des fermes dans le Grand Nord. La collapsologie, en effet, ne pousse pas à l’action collective, mais à des tentatives individuelles d’échappement ou d’adaptation. Certains s’orientent vers l’adaptation matérielle, rejoignant le survivalisme, accumulant dans leur bunker armes et rations de survie, d’autres préfèrent la préparation spirituelle avec le développement personnel.

Extrait d’un entretien de Serge Latouche dans le journal La Décroissance de juillet 2021.

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Politique

Appropriation privée hors débat

Depuis longtemps maintenant, il semblerait que le signe le plus universellement reconnu de la puissance, individuelle ou collective, ce soit la richesse monétaire, qui a cet avantage de transformer absolument n’importe quoi en propriété privée, dont on a le droit d’user et d’abuser dans le cadre économique établi. En transformant tout en marchandise échangeable contre son équivalent monétaire sur un marché, le capitalisme a porté a son comble ce qui fait à la fois la force et la faiblesse d’un tel système, la contradiction qui le mine, entre surabondance et gaspillage pour les minorités propriétaires, et précarité et pénurie pour les multitudes expropriées.

De cette contradiction structurelle, le système capitaliste n’a pu jusqu’ici se sauver que par la fuite en avant dans l’innovation technologique à outrance qui renouvelle la séduction du marché et élargit son offre. Mais celui-ci ayant aux trois quarts ruiné la planète, la contradiction n’en est devenue que plus aiguë, au point que pour la dépasser on ne voit plus d’autre moyen raisonnable que le renoncement aux critères traditionnels de l’appropriation des biens et des ressources et l’adoption de critères radicalement différents. Bref, ce qu’en histoire on appelle une révolution, à la fois économique, politique et sociale.

Hélas, tout se passe comme si l’imagination de nos « élites » (puisque c’est ainsi qu’il est convenu de nommer ceux qui sont chargés d’entraîner les masses) était restée bloquée sur les formes les plus « classiques » de la propriété, c’est-à-dire sur les critères traditionnels chers aux classes possédantes, d’un enrichissement, disons à la « Bill Gates », celui de nos nouveaux pharaons, nos nouveaux moghols, nos nouveaux maîtres, à la fois si différents et si semblables aux anciens, qui ne deviennent immensément riches que par l’appropriation privée du travail des autres.

Ça fait des siècles et des millénaires que ça dure, et que les petits en paient le prix, mais nos « élites », aujourd’hui comme hier, continuent obstinément à faire de la richesse et de la pauvreté (en argent) l’alpha et l’oméga de tous les régimes comme si les humains
étaient incapables de se donner d’autres règles pour la vie commune et le partage. Jamais autant que de nos jours on n’a rencontré, à chaque tournant de rue, à chaque tribune, à chaque micro, des « révolutionnaires » prêts à tout subvertir, à changer pour changer.
Absolument tout, même le sacré, même le tabou. Tout, sauf les règles de l’enrichissement personnel, plus ubiquitaires et inégalitaires que jamais, sous forme de dividendes, plus-values, profits, rentes, stock-options, bonus, primes, commissions, retraites-chapeaux et intéressements en tous genres. En dehors de quelques minorités de partageux, que les médias capitalistes essaient de faire passer pour des illuminés archaïques, des communistes primitifs ou de dangereux populistes, y a-t-il encore aujourd’hui des « élites » pour dénoncer le diktat de l’enrichissement financier ?

Combien parmi ces gens inconditionnellement épris de « progrès » (« sociétal » plutôt que social) ont préféré s’installer hédonistement dans le confort du statu quo capitaliste sous réserve, à la rigueur, d’y introduire quelques réformettes d’inspiration féministe, écologiste ou autres, concernant les salaires, les recrutements, l’environnement et accessoirement quelques règles de syntaxe, mais sans toucher aux règles fondamentales de l’appropriation privée de ces richesses censées déborder et ruisseler librement, de préférence sur les actionnaires ?

Extrait d’un article d’Alain Accardo dans le journal La Décroissance de juillet 2021.

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Société

Jeux olympiques écologiques

Chaque olympiade qui s’étale sur quatre ans, est l’occasion de travaux gigantesques qui souvent transforment les villes-hôtes, bouleversent leur environnement et plus largement les lieux où sont implantés les sites des compétitions. Le temps passé entre le vote du choix désignant la ville-hôte et le début des compétitions est de sept années. La mise en œuvre des jeux olympiques. étendue dans le temps signifie ainsi et avant tout la destruction de l’ancien pour reconstruire du nouveau désormais sous l`aiguillon d’une numérisation généralisée des quartiers de ville et de leur architecture.[…]

À Stratford (quartier de Londres). pour édifier le parc olympique avec l’appui financier et intéressé du Qatar, deux cents bâtiments ont été détruits. En face du stade, en guise de porte d’entrée. On a construit un
supermarché Westfield, le plus grand d’Europe, créant une zone immense de marchandises dans un nouveau quartier nettoyé de sa plèbe que les JO rejetteront encore plus loin. L’East End a été gentrifié par la démolition des jardins familiaux, Manor Garden Allotments, qui occupaient, depuis 1924, environ 20 000 m2.

[…] ce sont près de 7 000 points de travaux qui ont été décomptés dans Paris, pour l’essentiel, des transformations des surfaces d’occupation de circulation en fonction des véhicules : trottoirs agrandis et chaussées divisées et souvent rétrécies. Bref, ce sera pendant plusieurs années l’état de siège dans ce qui est appelé à devenir un « parc olympique » avec des embouteillages monstres et un taux de pollution record.
Les JO de Paris 2024 se présentent avec insistance comme écologiques, « durables et respectueux de l’environnement » . On assiste pourtant au bétonnage accéléré de la Seine-Saint-Denis, à l’instar du parc de La Courneuve, seule réserve Natura 2000 d’Île-de-France.
Autrement dit, si les JO accélèrent quelque chose, ce serait plutôt la réduction des espaces verts, la densification de l’habitat, sa compacité toujours renforcée. Des millions de tonnes de terre sont déplacées et le
béton est coulé à flots continus. Des carrières sont ouvertes de la Bourgogne à la Normandie pour alimenter les nouveaux chantiers en matériaux de construction ou en accueillir les déblais. […]

Par ailleurs, […] les touristes viendront des cinq continents en avion. […]

Alors pourquoi un intérêt voire un attachement sinon une adhésion à
l’olympisme et à ses supposées « valeurs » ? Il y a sur toute la planète et chez la plupart des individus une puissante fascination pour le grandiose, l’hubris (la démesure), le monumental, les symboles forts qui marquent les esprits en profondeur, à l’instar du défilé quasi militaire des athlètes en uniforme derrière leur drapeau, les hymnes nationaux, la cérémonie pourtant ringarde de la remise des médailles… Tout ce cérémonial imposant et tocard, impressionnant et suranné est mis en œuvre dans le cadre d’un lieu majeur et mythique, le stade avec ses tribunes garnies de spectateurs en permanence excités par les prouesses des athlètes et leurs records battus. Les clameurs du stade sont la voix unifiée de la masse spectatrice qui se diffuse par le canal télévisuel vers 4 milliards de téléspectateurs s’imprégnant des valeurs de la compétition présentée comme naturelle. […]

Entretien de Marc Perelman dans le journal La Décroissance de juin 2021.

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Médias

Le contre-pouvoir qui défend les libertés

Où est donc cette presse qui n’a de cesse de se présenter comme le dernier rempart de la Liberté ? Au contraire, ce qui a marqué le discours des mass media depuis un an, c’est bien la surenchère permanente pour le confinement.
L’industrie médiatique s’est découvert une véritable passion d’auxiliaire de police dans cette crise. La stratégie de la peur ne cesse d’être alimentée par le combustible des mots terrifiants : « angoisse », « alarmant », « inquiétant », […]

Nous subissons le fonctionnement actuel des grands médias fondé sur le clivage entre les « gentils », promouvant le modèle libéral-libertaire globalisé, face aux « méchants » de tous bords (C’est le propre de la société du spectacle que d’écraser la différence entre le message et celui qui l’émet. Dans ce cas de figure, 100 % de ce que dit M. Obama est « bien » tandis que 100 % des propos de M. Trump est nécessairement « mal »).
Cette stratégie aura été portée au pinacle pendant la crise. Les pays qui confinent le plus sont les « gentils ». Un seul exemple avec la Nouvelle-Zélande. Le quotidien « de référence » de MM. Pigasse, Niel et Krétinsky titre le 14 octobre 2020 : « En campagne pour sa réélection, jacinda Ardern s’appuie sur sa bonne gestion de la crise sanitaire. » En fait, une des plus délirantes et tyranniques du monde, conduisant cette icône progressiste à transformer son pays en dictature policière (Comment le virus a percé la Forteresse Nouvelle-Zélande). La conséquence est de coincer la population dans une logique de confinements perpétuels. Cela n’a pas empêché Mme Ardern d’être célébrée et érigée en modèle par les grands médias.
[…]

La question centrale est : pourquoi ce parti pris des mass media pour le toujours plus de confinement ? Et pourquoi ces héros de la liberté ne remplissent-ils pas leur devoir en s’inquiétant au contraire, et en s’interrogeant en permanence sur l’anéantissement de libertés publiques ? Leurs titres sont éloquents. Un seul pour exemple ; « Il [Emmanuel Macron] attend quoi [pour reconfiner] », s’indigne Libération en une, le 30 mars 2021. « Monsieur le Président, quand allez-vous enfin réincarcérer ces Français irresponsables ?! », hurle d’une seule voix le chœur des journalistes.
Le dimanche 21 mars, à Annecy, la manifestation contre l’état d’urgence passe de quelques centaines à deux milliers de personnes. Il n’en faut pas plus pour faire débarquer la police de la pensée.
Deux jours plus tard, un article de l’hebdomadaire Marianne titre : « À Annecy, un parfum rouge-brun à la manifestation contre les règles sanitaires ». La démonstration du rédacteur, Thierry Vincent, est imparable : « le nom du collectif organisateur; “le grand rassemblement“, peut faire penser au « grand remplacement », la thèse popularisée par l’écrivain d’extrême droite Renaud Camus. » D’ailleurs Jacques Roura, du collectif organisateur « Gardons le sourire », a deux yeux, comme Hitler. […]

Extraits d’un article de Vincent Cheynet dans le journal La Décroissance de mai 2021.

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Consommation Société

Publicité écolo selon Séguéla

« Nous ne pouvons nous développer qu’en société de surconsommation. Ce superflu est le nécessaire du système. Sans surchauffe la machine se grippe », n’a cessé de répéter Jacques Seguéla tout au long de sa carrière (L’argent n’a pas d’idées, seules les idées font de l’argent). La publicité, « notre drogue quotidienne » selon ses propres termes, est un « moteur de l’économie », un « soldat » de la croissance : celle-ci ne peut se perpétuer que par « le culte de l’envie », par l’entretien d’une frustration permanente.

La consommation insatiable, indispensable à l’écoulement des marchandises produites en masse, exige « un grand lessivage de la conscience collective ». La pub, cette « industrie à fabriquer de l’imaginaire à la chaînes », est là pour ça. Elle nous traque de la rue jusqu’à l’intimité du foyer, de la naissance à la mort, pour faire des firmes « les nouveaux missionnaires » et imposer partout des styles de vie standardisés, des besoins industrialisés. Elle agresse en permanence pour arriver à ses fins : une affiche a pour but « de laisser des traces. Elle n’a pas le temps de séduire, elle doit violer », fanfaronne Jacques Seguéla. Elle « doit être un coup de poing visuel », abonde Marcel Bleustein-Blanchet, fondateur de Publicis, tout comme un spot radiophonique est « un coup de poing auditif » : c’est ainsi que les slogans s’impriment dans les mémoires, que les marques s’arriment définitivement à nos esprits (La rage de convaincre).

La cible – le consommateur – ne doit pas échapper à ce matraquage. « L’objectif est de transformer un individu en automate, un citoyen en consommateur jamais complétement gavé : il faut toujours lui donner l’envie d’un nouveau produit à avaler », décrit un ancien patron de Havas (Le marketing de l’apocalypse).
Ce totalitarisme marchand, le mégalo Seguéla le revendique et s’en félicite : « La publicité en un demi-siècle a tout envahi, nos télés et nos journaux, nos rues et nos routes, nos stades et nos théâtres. Désormais pas un pas sans pub. Maître d’école de nos enfants, ils passent huit
cents heures face à leur professeur et mille devant leur petit écran, fascinés par nos spots, elle est aussi maître à vivre.
Comme il est des maîtres à penser. Elle influence nos comportements […], elle crée les modes de vie avec une telle force de persuasion qu’elle nous modèle sans le vouloir, sans le savoir. Désormais, on peut la craindre ou la mépriser, qu’importe, elle s’est imposée, clef du système
de consommation, indispensable à toute survie économique » (Pub story : l’histoire mondiale de la publicité).

En ces temps d’angoisse collective où des gouvernements décrètent l’état d’urgence écologique à travers le monde, les publicitaires n’ont aucunement l’intention de renoncer à leur pouvoir. Ils se veulent au contraire « en première ligne » pour reformater les styles de vie et « accompagner l’évolution naissante des mentalités et des comportements », comme l’enseigne une prof en marketing d’une école de commerce . L’époque est à l’écologie ? Leur « grand lessivage de la conscience collective » lavera les cerveaux encore plus vert.

Concluons avec une invitation d’un auteur clairvoyant faite en… 1935 : « Dès maintenant, cependant, une révolution est au pouvoir de chacun : la prise de conscience de l’oppression publicitaire et la résistance active à ses suggestions. » (Bernard Charbonneau, La publicité)

Extrait d’un article de Pierre Thiesset dans le journal La Décroissance d’avril 2021.

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Société

Bobos décroissants

« Bourgeois bohèmes », « nantis », « repus », « contemplatifs »… Les quolibets renvoyant les objecteurs de croissance à leur prétendue origine sociologique ne manquent pas. Les enquêtes sérieuses sur le sujet, elles, ne sont pas légion.
Parfaitement démagogique et superficielle, cette approche culpabilisante parvient, hélas, à exclure, à diviser et, pire, à faire taire les partisans de la décroissance qui, comme dans tous les mouvements de pensée, sont évidemment très différents les uns des autres.
C’est du moins ce que l’on peut constater quand, sur quelques années riches de rencontres, l’on se frotte réellement aux adeptes du « vivre mieux avec moins ».

Il suffit de lire le livre Vivre la simplicité volontaire pour constater que les parcours racontés sont tout sauf monolithiques. Il suffit d’aller aux différents rendez-vous militants pour constater que nous ne naviguons pas franchement en eaux privilégiées. Comme partout, il y a un peu de tout, et c’est tant mieux.
[…] Le seul point commun de ces témoignages, non, ce n’était pas l’origine des personnes, mais plutôt l’expression d’un refus.
Refus de contribuer à un système croissanciste jugé complètement fou.
Refus de s’adapter au progrès qui innove.
Refus de participer au jeu d’une carrière aveugle et mortifère.
Refus d’embrasser bêtement la modernité.
Refus de parvenir, quand cela aurait été possible.
Refus d’encourager le gaspillage général.
Refus de consommer sans raison.
Refus de vivre au détriment des autres…
Alors évidemment, cela peut faire rire les plumes parisiennes, du haut de leur piédestal, de voir un jeune Berrichon pédaler pour faire tourner sa machine à laver. Cela peut faire rire un Luc Ferry, de voir un couple vivre douze ans en caravane avant de pouvoir arracher aux propriétaires terriens un petit bout de forêt landaise pour y vivre sobrement. Cela peut faire rire un Laurent Joffrin, de voir un ingénieur préférer devenir maraîcher.
« Eh oh, tous ces bourgeois, là, qui ne vivent pas comme nous ! » « Tous ces nantis qui préfèrent vivre avec 600 euros par mois plutôt que les 4 000 que je gagne en faisant quelques apparitions éditorialisantes dans les grands médias ! » « Mais faites-les taire, ces parvenus qui ont quitté une vie bien confortable ! » « Ne vous y trompez pas, ce sont des bourgeois ! »
Mais de qui se moquent-ils, finalement, tous ces penseurs du dimanche en attaquant les objecteurs de croissance sur le front de la prétendue opulence matérielle ?
Pourquoi utilisent-ils, de manière tout à fait indécente, l’arme du « pauvre qui ne choisit rien, lui » ? Parce qu’en réalité, leur discours est désespérément creux. Inconséquent. Parce qu’en réalité, voir des êtres humains suivre d’autres chemins que le leur les insupporte, les renvoie à leur propre indécence. L’attaque et l’insulte sont leurs seules armes face à la réalité crue d’un système qui s’effondre. Un système dont ils ont profité et dont ils profiteront jusqu’au bout. Un système qui continue à les abreuver en assoiffant tout le reste de la planète. Un système qui a réellement contribué à briser des modes de vie qui permettaient aux plus pauvres de s’en sortir dignement. Un système dont ils devront, un jour, rêvons-le, assumer les conséquences…

Qu’y a-t-il de commun entre notre cher Serge, aujourd’hui disparu, qui a trimé toute sa vie de typographe, choisi de faire pousser ses légumes et de se déplacer à vélo, et Leonardo DiCaprio qui se fait toujours plus de fric en faisant des pubs pour une bagnole électrique ?
Ces attaques sur l`origine sociale des objecteurs de croissance m’ont souvent suffoquée. J’ai fini par comprendre qu’elles relevaient d’une mauvaise foi affligeante. Il vaut mieux en rire qu’en pleurer car au fond, si la simplicité volontaire nous permet d’avancer dans la vie sans souffrir de dissonances cognitives au quotidien, c’est toujours ça de gagné pour la suite de la lutte à mener.

Catherine Thumann dans le journal La Décroissance de mars 2021.

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Société

La vie

De là, justement, le gigantesque impensé de cette crise : que risquons-nous, individuellement et collectivement, à ravaler l’homme à la vie et à ériger celle-ci en valeur suprême ?
Voilà ce que notre gauche enfermée dans sa logique hygiéniste ne voit plus.
Ma définition de ce qu’être un homme vivant veut dire me paraît, elle, authentiquement de gauche, au sens des Lumières, car elle consiste à rappeler une vérité élémentaire : vivre humainement ne revient pas à vivre tout court.
En d’autres termes, et contre ce nouveau culte de la « vie nue » (Walter Benjamin), la vie au sens biologique ne saurait être le souverain bien, car elle est l’alpha, pas l’oméga. Et pour sauvegarder l’oméga, il faut toujours étre prêt à engager l’alpha ! Cela s’appelle le tragique de la condition humaine.

Vu l’extraordinaire magnitude de la crise qui s’annonce et l’effarante désinvolture avec laquelle nous sommes en train de briser un monde que nous ne sommes pas sûrs de pouvoir réparer, j’inviterais donc nos amis de gauche qui trouvent la transcendance ringarde à méditer la chose suivante : la vie est certes un bien infiniment précieux, mais si elle était le premier d’entre eux, nous n’aurions eu ni Appel du 18-Juin, ni résistants prêts à prendre les armes, ni dissidents sous le communisme, ni Dr Li à Wuhan pour nous alerter sur la gravité de la pandémie, ni médecins dépenaillés sous le Covid-19 pour nous sauver la vie… Ni générations entières de sacrifiés sur des barricades au nom d’une certaine idée de l’homme. Vous et moi ne serions même pas là pour en parler ! La vie est l’alpha, pas l’oméga.

Qu’on y songe encore : sous l’Occupation, il y avait d’un côté ceux qui étaient prêts à tout pour préserver ou améliorer leur vie (les masses apeurées et les collabos). De l’autre, ceux qui étaient également prêts à tout, mais pour faire valoir que la vie n’est précisément pas tout, qu’il existe des principes supérieurs au principe de survie, comme lai liberté, la dignité, le courage ou l’honneur. On les appelait des résistants.
« Un homme, ça s’empêche » disait Camus. Un homme, ça résiste à l’impérialisme dévorant du vivre et à ses diktats et ça comprend que la disponibilité au sacrifice est le prix à payer pour qu’une vie soit vraiment humaine, ni insignifiante ni bestiale. Un homme de la génération de jean-Pierre
Chevènement le comprenait encore, qui a donné à son dernier livre ce titre d’une fulgurante justesse : Seul l’homme prêt à risquer sa vie la sauvera. Si la vie est tout, elle n’est plus rien : elle sombre dans l’inconsistance et, fatalement, dans la barbarie.
Ériger la vie en souverain bien n’est pas anodin. Il faut même avoir tout oublier des leçons de l’histoire pour en arriver là et nous ferions bien d’y prendre garde car les critères qui président aujourd’hui à nos décisions feront date bien au-delà de la situation d’urgence.

Extrait d’un entretien de la philosophe Alexandra Laignel-Lavastine dans le journal La Décroissance de février 2021.

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Société

Pleins pouvoirs

Il faut aussi que chacun se comporte comme tout le monde, se conforme aux normes sanitaires et au récit commun, sauf à porter la responsabilité de la catastrophe.

Le pangolin de Chine fut le premier bouc émissaire, suspect idéal de la transmission du virus entre la chauve-souris et l’homme. N’importe les anomalies de cette explication pseudo scientifique et garantie « sans fausse nouvelle » par les certificateurs de faits médiatiques. Par contagion, les sceptiques menacent la santé publique et la cohésion sociale.

Une historienne « spécialiste du complotisme » accuse les discours « conspirationnistes » et « la défiance envers la parole d’autorité (dont la parole scientifique) » d’entraver l’efficacité des gouvernants. Un  ministre de la Santé déclare : « En période de crise, que ce soit une crise épidémique ou d’une autre nature, ce genre de diffusion de fausses informations, c’est presque de la haute trahison ». C’est que les traîtres n’empoisonnent pas que les esprits, mais aussi les puits, les corps, etc. Aussi, contre les réfractaires au vaccin, un technologiste Vert candidat à l’élection présidentielle en appelle déjà à la contrainte.

Virus de la contrainte

Tout en intensifiant les tendances de fond de la société industrielle – numérisation, virtualisation, remplacement des humains par la Machine -, la crise renforce les moyens et l’acceptation de la contrainte. Elle ouvre des fenêtres d’opportunité pour fortifier le perpétuel fait accompli technologique, accélérer la rationalisation et le pilotage centralisé au nom de l’efficacité. Enedis se félicite du soutien du virus, « meilleur allié de Linky », son mouchard à domicile qui permet les opérations à distance, sans contact, et qui sait aussi si vous avez enfreint le confinement pour rejoindre votre résidence secondaire.

La pandémie est l’accélérateur du techno-totalitarisme : réclusion générale à domicile ; drones de surveillance en Chine et dans la campagne picarde ; géolocalisation et contrôle vidéo à Singapour ; analyse des données et des conversations par l’intelligence artificielle en Israël ; détection des « messages néfastes » sur les réseaux sociaux ; espionnage numérique des mis en quarantaine en Corée du Sud et à Taiwan ; applis de traque des cas contacts par smartphone ; autorisations de sortie délivrées par SMS en Grèce.

Pleins pouvoirs

La « crise sanitaire » suscite la biodictature, suggérée et/ou imposée par les biocrates, mais également réclamée par une grande part du peuple. Comme dans l’ancienne Rome en cas d’extrémité : les pleins pouvoirs pour six mois au dictateur désigné par les consuls, après approbation du Sénat. D’où ce frêle appel du président de la Commission nationale des droits de l’homme : « En temps de paix, la République n’a jamais connu une telle restriction des libertés. […]
L’état d’urgence distille une forme de poison démocratique, dangereux pour ceux qui le reçoivent comme pour ceux qui le donnent. Il laisse des traces. On n’en sort jamais comme on y est entré. »

La Machine – ou plutôt ses machinistes – saisit l’occasion pour nous réduire à l’état de machins numériques. La « machinerie générale » (Marx), la Smart planet (IBM), étend ses circuits à l’échelle planétaire. Les mauvais Terriens, qui compromettent l’organisation scientifique de la survie, deviennent le nouvel ennemi. Il faut entendre ce cri de guerre du président de la technocratie saint-simonienne, devant les « acteurs de la French tech » (sic), contre les « Amish », opposants à la 5G. C’est-à-dire rétifs à l’essor de la Machine à gouverner. À la contrainte automatisée.

La Crise et ses multiples avatars intensifient la lutte idéologique entre le parti technologiste et le parti écologiste (rien à voir avec EELV). Les technologistes représentent l’alliance de l’avoir, du savoir et du pouvoir : la technocratie. Ce qu’ils disqualifient sous les termes de « complotistes », de « populistes », c’est d’une part le raz-de-marée d’enquêtes et d’analyses « dissidentes », et tout d’abord « écologistes », et d’autre part, le peuple en mouvement en ce moment de crise (jugement, examen, décision, suivant le grec krisis) et de vérité.
Après des décennies de ravages industriels, d’effets pervers, d’externalités négatives, de balance coûts-bénéfices, d’accidents technologiques et de maladies de civilisation, ce peuple s’affranchit idéologiquement (via les « réseaux sociaux », hélas) et menace la technocratie de sécession.

Extrait d’un article de piecesetmaindoeuvre.com/ dans le journal La Décroissance de décembre 2020.

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Politique Société

Un régime de plus en plus autoritaire

Nous basculons vers un régime de plus en plus autoritaire. Quand chacun de nous s’adapte à des contraintes aussi lourdes que celles qui nous sont imposées aujourd’hui au nom de la santé, nous nous habituons progressivement à ce que nos libertés se dissolvent. C’est un mouvement qui me semble très dangereux, contre lequel toute personne attachée à la défense des libertés doit s’interroger sinon résister.
[…]
il y a un prétexte, qui est tout à fait incontestable – personne ne peut nier qu’il y a eu des actes de terrorisme, personne ne contestera qu’il y a depuis mars 2020 une situation sanitaire particulièrement préoccupante sinon dégradée sur le territoire français. Mais cela ne justifie pas nécessairement d’y répondre par des mesures coercitives. Or, depuis trente ans, les pouvoirs publics nationaux répondent à toute difficulté sociétale par un empilement de mesures sécuritaires.
Quand on ne sait pas quoi faire, on choisit la réponse la plus facile, de court terme, et… on adopte une loi, dans l’urgence : on prend une loi contre le terrorisme – comme si les terroristes allaient être terrorisés par la volonté du législateur ! -, une loi contre l’épidémie, ce qui est une folie pure : ce n’est pas par une « stratégie » de ligne Maginot et par des amendes qu’on va utilement combattre un virus.

Adopter une loi, ça permet de donner l’impression d’être actif. […] En réalité, toutes ces mesures n’ont ni permis de lutter efficacement contre le terrorisme, ni de limiter la propagation du virus de manière équilibrée par rapport aux atteintes aux libertés fondamentales.
[…] tout le monde a accepté d’être confiné pendant 55 jours au printemps 2020, sans même se poser la question de savoir si ce confinement n’était pas disproportionné par rapport aux enjeux de santé publique, avec quand même cette donnée problématique en période de pandémie qui est qu’un pays de 67 millions d’habitants dispose de 6 000 lits de réanimation…

Aujourd’hui, la situation perdure. On a des ministres qui nous disent quels sont les produits « essentiels » ou non à notre vie courante et qui décident, au nom de la santé publique, comment la vie quotidienne de tout un peuple doit être organisée. Sans que jamais l’efficacité de ces mesures ne soit évaluée, sans qu’aucun bilan ne soit tiré. Sans que l’on prenne en compte les conséquences du confinement sur nos libertés, sur les commerçants, sur notre droit à une vie familiale normale, sur notre psychisme même.

Je suis un spécialiste de l’état d’urgence sécuritaire, de la loi du 3 avril 1955, et je peux vous garantir qu’aucune des mesures qui ont été prises à ce titre n’a permis la prévention d’un seul acte terroriste. Aucune. Et malgré cela la loi de 1955 a servi de modèle à la loi du 23 mars 2020 qui a permis le confinement de toute la population, c’est-à-dire 67 millions d’assignations à domicile 23h/24. La sécurité renforcée mine nos libertés individuelles sans nous apporter ce au nom de quoi elle a été instituée.

[…] La cause n’est pas traitée. On essaie de colmater des fuites, avec des sparadraps qui ne tiennent pas. Bien sûr, il y a eu un effet de surprise en mars 2020. L’hôpital public ne pouvait pas être prêt, il a été débordé, du fait même des politiques publiques qui sont menées au niveau national. Le mantra depuis des décennies, c’est de supprimer des lits pour faire des économies.
L’hôpital a été envisagé comme une entreprise, et le patient comme un client. Évidemment, on fait des économies à l’instant « t » en supprimant des lits, mais en temps de pandémie, on manque de places et on se rend compte que ces politiques néolibérales coûtent infiniment plus cher à long terme. Après la première vague de coronavirus, plutôt que de multiplier les lois d’urgence sanitaire, l’exécutif aurait dû, toutes affaires cessantes, améliorer la situation de l’hôpital public.

Extraits d’un entretien avec Paul Cassia dans le journal La Décroissance de décembre 2020.