Catégories
Politique Société

La démocratie représentative

Dans un contexte de crises récurrentes de toute nature, tel que l’époque où nous sommes, la réorchestration de l’inusable idéologie du « consensus républicain » sur le thème du « rassemblement des Français » ne saurait masquer totalement l’imposture qui est au cœur même de la société de classes, où tout l’art de légiférer et de gouverner se résume à trouver des moyens acceptables de plumer la volaille populaire sans la faire s’égosiller au point qu’on doive l’assommer pour qu’elle se taise.
C’est vrai de tous les régimes prétendument démocratiques qui organisent, en France comme ailleurs, la domination de la bourgeoisie possédante et exploiteuse sur l’ensemble de la société.
Pour assurer le bon accomplissement de cette mise en scène égalitariste, il faut du monde, avec des compétences ad hoc. D’où la sur-représentation statistique, parmi nos député-e-s, des « cadres et professions intellectuelles supérieures », catégorie socioprofessionnelle dont on rappelait opportunément ces jours-ci qu’elle fournit la moitié des candidat-e-s aux législatives alors qu’elle ne constitue que 19 % de la population globale.
Que les classes populaires et tout particulièrement les ouvriers et les employés soient massivement exclus des enceintes du pouvoir, et que cet éloignement soit le produit de divers mécanismes de sélection, de formation et de cooptation, en même temps que la manifestation d’une forme d’autocensure induite par les rapports mêmes de domination (« non, je ne m’en sens pas capable »), voilà une donnée bien attestée et depuis longtemps, ne serait-ce que depuis le temps où la bourgeoisie instruite des offices et le bas clergé des paroisses de l’Ancien Régime se chargeaient de rédiger les cahiers de doléances pour les laboureurs et autres illettrés du Tiers-État. L’exclusion, c’est là un des défauts de la délégation politique, mécanisme qui semble aller de soi dans notre pratique de la démocratie et qui contribue à accréditer la fiction que dans nos sociétés, c’est « le peuple » qui est le souverain à travers ses représentants élus, alors que ces élus ne sont qu’une petite fraction de la classe moyenne dûment façonnée par le jeu d’institutions aussi puissantes que l’École, l’Université, la Presse, les Partis, les Associations, etc. La tâche de ces institutions est de distinguer et d’endoctriner des « capacités », ou « cadres », c’est-à-dire des auxiliaires pour s’assurer que la vie sociale est le théâtre d’une concurrence incessante imposant à chacun, en tous domaines, d’entrer dans des compétitions, des classements et des hiérarchies où ce sont, paraît-il, « les meilleur-e-s qui gagnent ».
Pour durer, la démocratie doit se déguiser en « méritocratie » individualiste et enflée de vanité.

Début d’un article d’Alain Accardo dans le journal La Décroissance de juillet 2022.

Catégories
Politique Société

J’ai très envie de les emmerder

« J’ai très envie de les emmerder. Et donc on va continuer de le faire jusqu’au bout. C’est ça la stratégie. » Cette adresse inédite d’un président de la République à des millions de ses administrés peut très légitimement être comprise comme une menace de mort : le « jusqu’au bout » veut-il dire autre chose ? C’est du moins leur bannissement de la communauté nationale, si ce n’est leur mort sociale, qu’il a déclaré ce jour-là. Comment comprendre qu’après une déclaration aussi scandaleuse un tel personnage ait pu être réélu ?

 

Tout d’abord, le système électoral est ainsi fait qu’aujourd’hui, ce sont 18,7 millions de votes qui se sont exprimés pour ce président au second tour. Ce ne sont pas des votes d’adhésion, mais des votes pour « faire barrage à l’extrême droite », pour la moitié d’entre eux, car Emmanuel Macron avait comptabilisé 9,7 millions de voix au premier tour. Il y a 48,7 millions d’électeurs inscrits, et 67,4 millions de Français recensés : on constate donc que cela ne concerne vraiment pas toute la population française.

 

Ensuite, si l’on se demande ce qui crée l’adhésion à ce personnage, je pense que la réponse pour bon nombre d’individus est à chercher dans le syndrome de Stockholm : la victime d’une agression prend fait et cause pour son agresseur, par mécanisme de survie. Il s’agit surtout de « se mettre à la place » de son agresseur, pour anticiper ses faits et gestes, et se plier à ses quatre volontés, dans l’espoir de le calmer dans ses exigences. Cela entraîne de facto une communication très perméable entre la souffrance de l’agresseur et
celle la victime, jusqu`à ce que cette dernière finisse par exclusivement compatir avec son agresseur.

 

L’un des signes de la perversion est l’idéalisation dudit profil pervers. La victime, de peur de se confronter à l’horreur de la realité qu’elle a vécue, crée un portrait idéal de son agresseur, pour survivre dans un récit selon lequel elle n`aurait pas été maltraitée. Ou encore, si elle reconnaît avoir été maltraitée, c’était paradoxalement « pour son bien », et elle était « consentante ». Il existe enfin une fascination répandue pour la perversion, car elle se permet toutes les transgressions possibles, de façon très « décomplexée ».

 

Sur le plan politique, nos sociétés nous abreuvent d’éloges sur la « démocratie », en omettant qu’une démocratie signifie le pouvoir du peuple, et que le peuple n’est pas la masse. En philosophie politique, depuis Platon, Aristote et Polybe de Megalopolis, il est question de l’anacyclose, c’est-à-dire des cycles politiques ou d’un éternel retour des dégénérescences des régimes politiques. La démocratie dégénère en ochlocratie, c’est-à-dire en gouvernement, non plus du peuple, mais de la foule. Une foule ou une masse est une somme d’individus qui se laissent séduire par le pouvoir et les médias du pouvoir sans jamais être capables de recouvrer leur esprit critique singulier.
Je crois que quiconque est un peu sensé sait que suivre la foule n’est jamais un gage de vérité. Le philosophe Alain, dans ses Propos impertinents, rappelle ce qu’est la démocratie « pure » : « Les hommes, inégaux en fait, sont égaux en droit ; voilà le principe. La loi et les pouvoirs publics doivent lutter perpétuellement contre l’inégalité, qui, par l’effet des lois naturelles, renaît sans cesse, et sous mille formes. »

L’ostracisme et la condamnation à la mort sociale, dont vous parlez, voire pire, puisque certains soignants se retrouvent sans moyens de subsistance, et dans des situations très critiques, pour avoir refusé de céder à un chantage impliquant une transgression sur leur corps, sont une manifestation criante de résurgence de cette inégalité. Comment y remédier ? Alain parlait d’organiser « le gouvernement du peuple par lui-même. […] Un peuple instruit, qui délibère et discute ; un peuple éclairé par des spécialistes, éclairé par ses représentants, mais non pas gouverné par eux ; non, gouverné par lui-même : tel est l’idéal. […] Toutes les puissances, noblesse, religion, richesse, compétence, presque toujours unies, travaillent à tromper l’électeur, à tromper l’élu. »
Nous avons failli à « surveiller les pouvoirs publics, et les rappeler à l’obéissance », par un excès de naïveté et un défaut de vigilance. Alors, ce pouvoir, désormais sans limites ni contre-pouvoirs efficaces, déploie ses procédés totalitaires, et nous a réduits à des corps privés de nos droits fondamentaux, à des « cas » positifs ou négatifs, séquestrés à domicile, et tracés : « Des hommes réduits à leur pure existence biologique ne sont plus des hommes », nous dit Agamben dans Quand la maison brûle. Survivre n’est pas vivre.

Extrait d’un entretien d’Ariane Bilheran dans le journal La Décroissance de juin 2022.

Catégories
Économie Environnement Santé

Marché mondial et libéral alimentaire

Plus généralement, la fin des énergies fossiles abondantes et bon marché représente une menace très sérieuse pour le modèle agro-industriel. Celui-ci en dépend a tous les niveaux. Les tensions actuelles sur l’approvisionnement en engrais azotés de synthèse suite à l’envolée du prix du gaz fossile illustrent bien cette vulnérabilité. Le principal risque pour notre sécurité alimentaire future serait de ne pas tenir compte des limites physiques auxquelles fait face le modèle dominant et d’essayer de le maintenir en place coûte que coûte sous couvert de garantir la sécurité alimentaire de régions moins productives.
Or, l`insécurité alimentaire est avant tout un problème de précarité et non de production agricole insuffisante. C’est le cas en France – où un quart de la population se restreint dans ses achats alimentaires pour des raisons financières – comme ailleurs. L’Inde par
exemple est à la fois le premier exportateur de riz et le pays avec le plus grand nombre de personnes sous-alimentées.

D’après la FAO, la disponibilité alimentaire actuelle à l’échelle mondiale permettrait de nourrir 9,8 milliards d’humains. On pourrait nourrir encore bien plus de personnes si on utilisait directement pour l’alimentation humaine les surfaces en céréales et autres cultures actuellement destinées aux animaux d’élevage.

Le commerce de matières agricoles est généralement présenté comme un élément clé de la sécurité alimentaire.
C’est vrai dans le sens ou il permet de subvenir aux besoins d’une région en cas de crise climatique, sociale ou politique, ou de combler les manques de territoires nettement déficitaires. Mais à l’échelle mondiale, la libéralisation des échanges a pour principale conséquence de mettre en concurrence les petits producteurs des pays dits du Sud avec les agriculteurs subventionnés des pays industrialisés, dont la productivité est 100 à 1 O00 fois supérieure. Il s’agit d’une cause majeure d’appauvrissement de la paysannerie et d’insécurité alimentaire chronique. Cela conduit à terme à affaiblir les capacités de production des pays importateurs et rend leur population très vulnérable à une hausse des cours mondiaux.

S’il est nécessaire d’apporter des réponses d’urgence aux situations de crise, elles ne doivent pas masquer les problèmes structurels qui contribuent à l’insécurité alimentaire. La priorité est de créer les conditions pour que les différentes régions du monde se nourrissent elles-mêmes : accès équitable au foncier, développement des systèmes de production agroécologiques diversifiés et économes en intrants, protection des producteurs face à la concurrence déloyale. Lorsque la production agricole est localement insuffisante, les surplus des autres régions viennent alors compléter les besoins, à condition qu’ils ne soient pas détournés vers l’alimentation animale.

Extrait d’un article des Greniers d’abondance dans le journal La Décroissance de mai 2022.

Catégories
Médias

Eugénie Bastié et les média

Eugénie Bastie est désormais une personnalité du théâtre de marionnettes qu’est la télévision. Nous l’avons vu apparaître en 2015 lors de la création de la revue Limite par des jeunes « cathos-décroissants ». Elle y était rédactrice en chef associée. Répugnant plus que tout aux cabales qui sont la marque de fonctionnement des mass media – ici, ânonner que cette revue est encore aujourd’hui un nid d’ultra-archi-méga-réactionnaires, ce qui est faux -, nous ne nous attarderons pas sur le sujet. Disons simplement que Limite est une revue d’opinion qui défend ses convictions chrétiennes, ce qui est son droit le plus strict, et qui ose s’afficher comme partisane de la décroissance, ce qui est déjà remarquable dans le paysage médiatique actuel, notamment face à ses calomniateurs complétement à la botte.
« je suis jeune, je suis une fille, je sais que je suis ‘bankable’ « , avait reconnu à ses débuts Eugénie Bastié. Ça avait le mérite de la lucidité et de la franchise. Ce type de profil ne pouvait en effet qu’intéresser nos oligarques à la recherche d’agents pour leurs médias.
Eugénie Bastié s’est écartée progressivement de Limite pour privilégier sa carrière au Figaro puis à CNEWS. Le piège de la vanité s’est alors refermé sur elle. Nous la retrouvons aujourd’hui présentatrice d’une émission, Place aux idées, sur la chaîne de M. Bolloré. Mais accéder à la notoriété a un prix avec ce type de grands prédateurs. Et c’est là que l’on va se marrer, car c’est aussi l’objet de cette rubrique. La voici donc désormais animatrice télé comme les autres, jeune femme obligée de tenir le crachoir et d’assurer la promotion des nouveaux chefs-d’œuvre des vieux mâles blancs réacs qui font la joie des médias droitards.
[…]
Revenons au propos d’introduction d’Eugénie Bastié sur les mass media. L’idée selon laquelle ceux-ci ne déterminent pas les élections est évidemment une blague. Seuls les gogos la gobent encore, mais ils sont hélas nombreux. D’autant plus que ce mensonge fait bien entendu partie intégrante de la propagande médiatique. Il faut habiter une autre planète pour ne pas les voir battre campagne actuellement pour leur candidat et celui qu’ils ont désigné pour être son faire-valoir.
Inutile de nous lancer ici dans une énième démonstration que « l’opinion, ça se travaille », elle a été faite à de multiples reprises. Ce canular est bien sûr répété à l’envi par tous ceux qui « veulent en être », comme Eugénie Bastié.
Les pires insultes à la Ferry/Bruckner & Cie ne sont d’ailleurs jamais loin contre ceux qui décrivent simplement la réalité de la structuration économique des grands médias. La présentatrice de CNews voudrait de surcroît nous faire avaler que ce discours critique est spécifiquement « de gauche », et qu’il prendrait les citoyens pour des neuneus (Séguéla ne dit pas autre chose contre les réfractaires à la pub). Les 10 milliardaires et l’État qui possèdent tous les mass media y martèlent la promotion d’une idéologie capitaliste libérale à laquelle s’est soumise la plus large partie de la gauche, quand celle-ci n’en n’a pas été fer de lance. […]

Car la soumission à cette « médiacratie » – titre d’un vieux livre de feu le journaliste-vedette François-Henri de Virieu – est la condition d’accès à la parole publique, donc au pouvoir. Refusez-la et vous vous retrouverez à contribuer à nos Samizdat contemporains, c’est-à-dire l’équivalent des revues dissidentes qui étaient distribuée sous le manteau en URSS. Donc à lire La Décroissance !

Extraits d’un article de Vincent cheynet dans le journal La Décroissance d’avril 2022.

Catégories
Environnement L'énergie en France Politique Société

Guerres et énergies

Cette guerre de la ressource, nous nous en rapprochons avec le retour du conflit à la lisière de l’Europe. La Russie, redevenue une grande puissance énergétique, tient à le faire savoir avec son arsenal mis à jour grâce aux revenus du pétrole et du gaz. Mais qui donc a bien pu financer de tels investissements militaires ? C’est nous, principalement !
Avec le concours des autres pays « développés » qui, c’est bien connu, ont des idées puisqu’ils n’ont pas de pétrole ! La première (et seule idée) ayant été d’en acheter à des pétromonarchies, des dictatures ou des pays pour le moins totalitaires, ici ou là. Et qui pour nous « défendre » ?
Les États-Unis ? Ceux-ci étant redevenus un des principaux producteurs de charbon, de gaz ou de pétrole « non conventionnel », pour nous en vendre au mépris des destructions que cela entraîne sur leur propre sol et pour le climat en général.
Nous avons ainsi financé, pour faire rouler nos tonnes de ferraille afin d’être « libres », la militarisation de tous les producteurs. « Vous oubliez l’énergie électrique, propre, décarbonée, solidaire, etc., etc. » Il n’y a pas encore et il n’y aura pas de mines d’électricité, les chimères sont de faibles recours face à la situation actuelle.

Extrait d’un article de Bruno Clémentin dans le journal La Décroissance de mars 2022.

Catégories
Économie Environnement

Matières premières

Aujourd’hui, le secteur des métaux consomme plus de 12 % de la consommation mondiale d’énergie et chacune des étapes de la chaîne de valeur de l’industrie métallique (extraction, raffinage, etc.) consomme une quantité importante d’eau. Nous avons réalisé des travaux de modélisation de consommation de nombreux métaux dans des scénarios climatiques contraints à l’horizon 2050 et les résultats sont particulièrement instructifs. En effet, l’urgence climatique impose la décarbonation des secteurs électriques ou du
transport et la substitution des technologies traditionnelles (centrales à charbon, véhicules thermiques, etc.) par des technologies plus « soutenables » (éolien, solaire, véhicule électrique). Or, ces technologies contiennent plus de matériaux (rapportés au MW installé) que les technologies traditionnelles. Dans nos scénarios climatiques contraints à 2 °C de réchauffement, nous allons consommer près de 90 % des ressources existantes en cuivre, 87 % de celles de bauxite, 83 % du cobalt, 60 % du nickel et 30 % du lithium dans les trois prochaines décennies.

Ainsi, ce ne sont pas seulement les métaux dits technologiques ou stratégiques (lithium, cobalt et terres rares) qui seront affectés mais bien l’ensemble des métaux. Le XXIème siècle sera un nouvel âge d’or pour les métaux ! Une voiture électrique consomme en moyenne 80 kg de cuivre, contre seulement 20 kg pour un véhicule thermique. Le cuivre pourrait être le métal le plus contraint dans les décennies à venir car il est consommé dans de nombreux secteurs (construction, infrastructures, biens de consommation) et la transition énergétique ajoutera ainsi une couche supplémentaire sur la demande de cuivre. Si nous ne devrions pas observer de contraintes géologiques sur les terres rares, ce sont des problématiques environnementales qui pourraient à terme en limiter la production. Sur l’ensemble des marchés, des contraintes environnementales (pollution des sols, gestions des déchets), géopolitiques (concentration des réserves ou de la production) ou économiques (présence de monopoles ou d’oligopoles) rendent les perspectives incertaines.

[…]

Cet enfermement vient de l’image que véhicule l’automobile dans nos sociétés et des valeurs qui lui sont attachées : liberté et individualisation notamment. En outre, il vient d’une incompréhension globale du cycle de vie d’un véhicule électrique. Les émissions de gaz à effet de serre se concentrent beaucoup plus sur la phase de production de la batterie et du véhicule que sur son usage. En outre les batteries ou les véhicules sont composés de matériaux (lithium, cobalt, cuivre, etc.) dont la disponibilité risque d’être critique dans les décennies à venir. La fabrication de « tanks électriques » ne permettra absolument pas de faire face à l’urgence climatique. Ce type de véhicule donne l’impression de faire un geste pour l’environnement, alors que les questions climatiques requièrent à l’opposé de prendre en compte la sobriété dans nos comportements de consommation. La sobriété constituerait une réponse collective permettant de modérer la consommation d’énergie et de matériaux de la société : sobriété d’usage (utilisation optimale des équipements, modération de la vitesse des véhicules, etc.), sobriété conviviale (mutualisation, comme l’autopartage), sobriété dimensionnelle (adaptation des équipements aux usages) ou sobriété structurelle (organisation des espaces de vie et de travail pour réduire les distances parcourues).

Extraits d’un entretien d’Emmanuel Hache, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), dans le journal La Décroissance de décembre 2021.

Catégories
Santé Société

Vaccins OGM

Fabrice Lamarck, membre du groupe Grothendieck

Ni moi ni mes camarades ne sommes opposés au principe de la vaccination. Celle-ci a permis, en combinaison avec d’autres actions curatives et préventives, d’éradiquer certaines maladies graves comme la fièvre typhoïde, la rage, la variole, etc. Mais les nouvelles technologies vaccinales n’ont rien à voir avec les techniques de vaccination à virus vivant atténués (BCG) ou a virus mort (dit « inactive ») en usage massif depuis l’après-guerre.

Le système médiatique qualifie toute personne qui doute de l’innocuité ou de l’efficacité de ces nouveaux vaccins d’ « anti-vax ». Or, toute la démarche scientifique est basée sur le doute et la critique d’éléments rationnels. C’est une posture saine, particulièrement dans les moments de crise. « j’aime les gens qui doutent », chantait de sa belle voix Anne Sylvestre disparue l’an dernier. Doutons donc, et raisonnons.

Bien qu’elles existaient à l’état expérimental depuis une vingtaine d’années, les nouvelles technologies vaccinales se sont rendues visibles vers 2016 dans le sillage des virus Ebola, du Zika, du chikungunya et maintenant du SARS-CoV-2. Pour simplifier, les vaccins de nouvelle génération sont de deux types. D’une part, il y a la technologie dite du « virus chimère » ou « mutant » (OGM) : un virus vivant bénin sert de « vecteur », de moyen de transport, dans lequel on intègre du matériel génétique du virus dont on veut se prémunir. Ce sont des vaccins à ADN modifié : AstraZeneca par exemple. l’autre type de vaccin utilise du matériel génétique (ARN messager modifié), enrobé dans un vecteur complètement artificiel. C’est le cas pour Pfizer-BioNtech ou Moderna.

Cette deuxième technologie, inédite, est injectée massivement depuis décembre 2020. Ceci sans tests cliniques satisfaisants, tant sur l’innocuité que sur l’efficacité. Le docteur Michel de Lorgeril parle dans son livre de « défaillance chronique de la pharmacovigilance ». Ce qu’il y a d’extraordinaire avec ces nouveaux vaccins, c’est que, après que l’ADN modifié ou l’ARN des vaccins a pénétré dans certaines de nos cellules, celles-ci vont produire une protéine virale (pour déclencher la réponse immunitaire, la production d’anticorps). Jusqu’a présent, les cellules humaines « fabriquaient » bêtement des protéines… humaines ! Voila ce qu’il y a de « révolutionnaire ». Nos corps humains connaissent des « modifications génétiques temporaires » pour produire une protéine « étrangère » !
[…] ces crises sanitaires ont permis deux choses : l’afflux de crédits et la levée des barrières morales portant sur l’injection à l’humain de biotechnologies contenant du matériel génétique et des OGM viraux. « Affranchies des précautions exigées dans la modification génétique sous prétexte de l’urgence humanitaire que constitue la maladie Ebola, les équipes de chercheurs ont enfin pu s’installer dans une politique du tout est bon, rien n’est interdit pour sauver des vies », écrit encore Michel de Lorgeril. L’histoire nous a appris qu’une fois qu’une barrière éthique est levée, il est très difficile de revenir en arrière.
Pour le bonheur des chercheurs, mais aussi celui des industriels en biotech et autres start-uppers : les marches « pour sauver des vies » sont en forte croissance ! […]

En Chine et aux États-Unis, des embryons humains ont été modifiés à l’aide des « ciseaux moléculaires ». Deux petites jumelles chinoises génétiquement modifiées sont nées en 2018 grâce à cette technologie. Il existe même un « sommet international sur l’édition du génome humain » organisé par de prestigieux organismes de recherche où tous les beaux monstres du techno-capitalisme sont exposés et commentés à l’infini.

Fabrice Lamarck, membre du groupe Grothendieck, biologiste de formation, dans le journal La Décroissance de novembre 2021.

Catégories
Société

QR code et surveillance généralisée

Ce qui était inimaginable il y a quelques mois est devenu une scène ordinaire. Pour monter dans un train, rendre visite à un proche en maison de retraite, entrer dans un hôpital, un cinéma, une salle de concert, prendre le moindre café, il faut désormais dévoiler son identité et ses données de santé. De simples citoyens en contrôlent d’autres, en permanence, et ceux qui n’ont pas le précieux sésame sont exclus. Des employés évincés. Des enfants privés d`activités de loisirs.

La fin du secret médical et l’exposition de données personnelles, l’extension inouïe de la surveillance de la population et la ségrégation mise en place transforment profondément la vie quotidienne : « conditionner l’accès à de nombreux lieux, établissements, événements ou moyens de transport à la justification de son état de santé », c’est « inédit », a alerté Marie-Laure Denis, présidente de la Commission nationale informatique et libertés. Et cela crée un précédent : « Il y a un risque certain d’accoutumance à de tels dispositifs de contrôle numérique, de banalisation de gestes attentatoires à la vie privée, de glissement, à l’avenir et potentiellement pour d’autres considérations que la seule protection de la santé publique […], vers une société où de tels contrôles seraient la norme et non l’exception.
[…]
Avec le QR code généralisé aux humains, le monde est bel et bien devenu une marchandise. Le modèle chinois, des sénateurs s’en réjouissent : « il s’agit d’un outil qui pourrait désormais être activé facilement à l’occasion d’une nouvelle crise sanitaire : c’est donc un grand progrès ». L’instauration de tels « outils contraignants » et discriminatoires, qui conditionnent « l’accès à certains lieux et à certaines activités », cela leur paraît « une bonne nouvelle ».
Ce sont les mots, sans ironie aucune, de Véronique Guillotin, Christine Lavarde et René-Paul Savary. Leur rapport de prospective Crises sanitaires et outils numériques : répondre avec efficacité pour retrouver nos libertés est une sorte de mode d’emploi pour l’instauration d’une parfaite tyrannie techno-sanitaire.

Au nom de « l’efficacité », mot d`ordre de toute société technicienne, nos parlementaires appellent à mettre en place les technologies les plus liberticides. Ils préconisent de « recourir bien plus fortement aux outils numériques dans le cadre de la gestion des crises sanitaires ou des crises comparables (catastrophe naturelle, industrielle etc.), notamment en vue de contrôler au niveau individuel le respect des mesures imposées par la situation, et y compris si cela implique d’exploiter des données de manière intrusive et dérogatoire ».
[…]
Pour ces apprentis despotes, la gestion de la pandémie n`est qu`un
« avant-goût ›› : « c’est à la fois la première fois que le numérique est autant mobilisé, et sans doute la dernière fois où il le sera aussi peu. » Le numérique doit permettre de contrôler l’application des assignations à résidence, des couvre-feux, des confinements, en recoupant « trois types de données : données d’identification, données médicales, et données de localisation ».
Suivi par GPS, géolocalisation des portables, utilisation des données des antennes GSM « pour repérer des attroupements ou des rassemblements trop importants, permettant le cas échéant d’intervenir », « contrôle des déplacements », « bracelet électronique pour contrôler le respect de la quarantaine », « détection automatique de la plaque d’immatriculation par les radars », applications de traçage des contacts, « contrôle des fréquentations », « contrôle des transactions, permettant par exemple d’imposer une amende automatique », « utilisation de drones ou de caméras thermiques », reconnaissance automatique d`images par la vidéosurveillance (par exemple pour détecter le port du masque), exploitation des données d’objets connectés (balances connectées, thermomètres connectés…), « exploitation automatisée du dossier médical de chaque individu » et même des « données génétiques »… Tout y passe.

Les sénateurs réclament l’interconnexion des fichiers et la constitution de gigantesques bases de données personnelles, traitées par l’intelligence artificielle. Pour eux, le numérique doit permettre « un ciblage précis, individuel et en temps réel des mesures ou des contrôles ». Avec les données collectées par des opérateurs de téléphonie, des fournisseurs d’accès à internet, des firmes comme Facebook ou Google, etc., on pourrait par exemple « déterminer si un individu se rend au travail ou plutôt chez des amis ou de la famille, s’il exerce une profession “essentielle” lui permettant de sortir de chez lui ou non, s’il a récemment eu des conversations privées au sujet de l’organisation d’une soirée rassemblant plus de dix personnes, ou s’il a effectué des achats en vue d’une telle soirée ».

Extraits d’un article de Pierre Thiesset dans le journal La Décroissance d’octobre 2021.

Catégories
Politique Société

Technocrature

Le même Macron affirmait fin avril 2021 : « Le pass sanitaire ne sera jamais un droit d’accès qui différencie les Français. Il ne saurait être obligatoire pour accéder au lieux de la vie de tous les jours comme les restaurants, théâtres et cinémas, ou pour aller chez des amis. » Non seulement cette technocratie qui règne et son champion qui nous gouverne, au nom de leur expertise et compétence hautement revendiquées, ont misérablement failli depuis janvier 2020 à soigner et protéger leur cheptel humain, mais ils retournent leur faillite en réussite, en détournant « l’urgence » sanitaire à leurs propres fins fondamentales : « l’accélération numérique », la mutation vers une société de contrainte automatisée.

Le terme de « technocrature » nous semble caractériser cette poussée de notre technocratie dirigeante vers cette « cyberpolice », cette « police des populations à l’ère technologique » que nous décrivons depuis Terreur et possession et dans nos enquêtes suivantes. Par « police », nous entendons comme le dictionnaire « l’organisation rationnelle de l’ordre public » (la polis), dont la « gestion » ne constitue que l’execution, de même que la digestion n’est qu’une fonction de l’organisme humain. Non seulement la technologie c’est politique, mais c’est la politique. La cyberpolice, ce n’est pas seulement le flicage numérique, mais l’organisation cybernétique de la société.

La véritable organisation d’une polis, cité/société, quelles que soient son régime de propriété, ses convictions politiques ou ses croyances religieuses, réside dans son appareillage technique et matériel. Simplement parce que les con»
traintes technologiques (c”est-à-dire les faits matériels et la rationalité technicienne ) l’emporte sur toute autre considération dans les sociétés humaines asservies au principe de réalité, au primat de l’efficacité, et in fine, à à leur propre volonté de puissance.
Toutes les sociétés, toutes les technocraties dirigeantes tendent vers cet objectif de toute-puissance. toutes cherchent « le seul meilleur chemin » d’y parvenir.

Tout au plus devons-nous conserver la distinction entre techno-despotisme « éclairé » (américain, occidental) et techno-despotisme « absolu » (chinois. oriental) même s’ils interagissent, que chacun présente certains traits de l’autre et gravite vers l’autre, en attendant leur fusion au sein d’un techno-totalitarisme mondialisé.

Cette conquête de la puissance a cependant un coût ravageur pour la nature et les hommes, notamment depuis la révolution thermo-industrielle qui a détruit en deux siècles la plus grande part de ce qui avait échappé aux destructions des sociétés paysannes, artisanales et primitives (chasseurs-cueilleurs).

Extrait d’un entretien de Pièces et main d’œuvre dans le journal La Décroissance de septembre 2021.

Catégories
Environnement Société

La servitude volontaire de nos modes de vie

C’est un lieu commun de la rhétorique révolutionnaire depuis Marx que de dire que les dominés n’ont rien à perdre que leurs chaînes. La formule est exaltante, mais l’expérience montre qu’elle ne correspond pas vraiment à la réalité. L’esclave tient d’autant plus à ses chaînes que la servitude est volontaire. Or, dans notre société productiviste/consumériste, comme l’avait déjà bien vu en son temps Aldous Huxley dans son livre d’anticipation Le Meilleur des mondes, la servitude volontaire atteint des sommets. Cela est le résultat d’une colonisation de l’imaginaire sans précédent, grâce en particulier aux nouvelles technologies.

Il ne faut donc pas s’attendre de la part de nos concitoyens à une attitude rationnelle (et encore moins raisonnable…). La plus grande partie d’entre eux savent très bien que nous allons « droit dans le mur », sans trop savoir exactement ce que cela signifie, et en même temps ne croient pas que les choses vont changer ni que nous pouvons les changer. Ce n’est pas seulement le fait souligné par Jean-Pierre Dupuy, dans son livre Pour un catastrophisme éclairé, que « nous ne croyons pas ce que nous savons » – ce qui avait déjà frappé Günther Anders à propos du danger atomique -, mais plus profondément que cette dissonance cognitive s’accompagne d’une véritable paralysie de l’action.

Le projet de la décroissance étant tout à fait raisonnable et fondé sur une analyse rationnelle se heurte à une double barrière. Il ne séduit pas la pensée aliénée et bouscule le confort de l’inertie, ce qui explique la situation que vous déplorez comme moi. Il est tout à fait remarquable que la collapsologie qui, tout au moins en France, a plus ou moins été un sous-produit de la décroissance, surmonte ce double obstacle. Puisqu’il n’y a rien à faire, en effet, on peut continuer à vivre comme avant et, tout en sachant que tout va s’effondrer, penser en même temps que grâce à la technique, on s’en sortira !

Le cas du président Sarkozy, partisan s’il en est de la société de croissance, qui a adoré le livre de Jared Diamond Effondrement- la bible de la collapsologie -, est loin d’être une exception. Il est probable que la plupart des leaders du capitalisme mondial soient sur cette position. Gaël Giraud, le jésuite écologiste, qui a beaucoup fréquenté les banquiers, raconte que les financiers de la City à Londres interpellés sur le dérèglement climatique étaient parfaitement au courant des perspectives d’effondrement. Mais ils s’avouaient impuissants et s’y préparaient en achetant des fermes dans le Grand Nord. La collapsologie, en effet, ne pousse pas à l’action collective, mais à des tentatives individuelles d’échappement ou d’adaptation. Certains s’orientent vers l’adaptation matérielle, rejoignant le survivalisme, accumulant dans leur bunker armes et rations de survie, d’autres préfèrent la préparation spirituelle avec le développement personnel.

Extrait d’un entretien de Serge Latouche dans le journal La Décroissance de juillet 2021.