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Sécurité sociale alimentaire

A plus de 75 ans, la toujours fringante Sécurité sociale doit poursuivre son déploiement. Après la dépendance, certains prônent l’alimentation en sixième branche.
Et si le temps était venu pour une sécurité sociale de l’alimentation ?
Voyons comment ça marche. D’abord, il s’agit d’augmenter le Smic et les bas salaires par le versement sur une carte de « monnaie marquée », c’est à dire réservée à des organismes professionnels conventionnés (comme l’est la carte de Sécu avec les médecins ou les pharmaciens). Les producteurs, vendeurs ou restaurateurs sont sélectionnés par des caisses locales d’alimentation selon des critères de progrès humain. Les conventionnés sont ceux qui produisent bio, respectent le droit du travail, ne font pas appel au marché des capitaux – on en passe et des bien mûres.
Ensuite, un salaire à vie est versé à tous les travailleurs de la filière, comme dans la fonction publique.
« Il s’agit de sortir de la marge tous ceux qui aujourd’hui, de manière alternative, produisent et distribuent une nourriture de qualité libérée de la logique capitaliste », explique Bernard Friot, économiste et historien de la Sécurité sociale. Sa plaidoirie pour une extension au secteur alimentaire du régime général des soins mis en place au lendemain de la Seconde Guerre mondiale par le ministre communiste du Travail Ambroise Croizat circule comme jamais.
Le Réseau Salariat, association d’éducation populaire, en propose la version aboutie en concertation avec des mouvements citoyens, par exemple Alternatiba (les décrocheurs de portraits de Macron), et des militants comme Laura Peterseil et Kévin Certenais, auteurs de Régime général. Pour une sécurité sociale de l’alimentation (Riot éditions).
Il y a aussi avec eux des ingénieurs agronomes effrayés que leurs aînés aient pu laisser le champ libre pendant quarante ans à Monsanto – aujourd’hui contrôlé par Bayer – et autres cinglés du productivisme, responsables de l’épidémie de suicides de paysans pauvres et dépossédés de leur savoir-faire, responsables aussi de la condition effroyable des animaux dits de boucherie.
Le marché de la nourriture représente 250 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel. Si on met 100 euros par personne et par mois sur la carte Alimentation (bien entendu inutilisable dans les grandes surfaces), c’est 80 milliards, soit un tiers du chiffre d’affaires de l’agrobusiness et de la fakefood ultra-transformée, qui n’iront plus aux multinationales et à leurs actionnaires.

Article d’Anne Crignon dans Siné mensuel de mai 2022.

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