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Résilience, résilience…

La notion de résilience est effectivement très prisée par le président Macron et ses équipes, mais en réalité elle est sur toutes les lèvres et dans tous les esprits. C’est d’ailleurs pourquoi il est difficile de la critiquer, car cela revient pour certains à questionner l’idée de Dieu, ou pour d’autres à remiser toute forme d’espoir. Or, les raisons pour lesquelles je propose de mener une analyse critique de la résilience n’ont rien à voir avec une quelconque volonté de prêcher le malheur. Il s’agit au contraire de montrer en quoi nous devons nous défaire de la résilience, qu’elle soit individuelle ou collective, parce qu’elle est, dans les faits, l’art de faire du malheur un mérite.
Il nous faut sortir de la logique du sacrifice à laquelle elle nous invite à souscrire.
Dès les années 1940, la notion de résilience est sortie de son champ d’application originel – la physique des matériaux – pour devenir le couteau suisse thérapeutique de la société industrielle. Il n’existe désormais plus aucune catastrophe dont les promoteurs de la résilience ne se saisissent en exhortant chacun à faire de sa destruction une source de reconstruction, et de son malheur une source de bonheur.
Selon les artisans de l’accommodation, être résilient signifie non seulement être capable de vivre malgré l’adversité et la souffrance, mais surtout être capable de vivre grâce à elles, de grandir et de s’adapter par la perturbation et la rupture, et de faire acte de foi envers elles. En réalité, cette idée est inapplicable dans beaucoup de situations d’exposition toxique, pathogène ou radioactive. L’analyse critique de ces politiques de résilience appliquées à ce type de désastres montre comment elles construisent autour de cette notion une sorte de nouvelle religion d’État. Elle peut néanmoins être aussi utilisée pour détourner l’attention des causes des désastres vers leurs effets, car la résilience est une arme d’adaptation massive aux effets des catastrophes, à défaut de rechercher l’abolition de leurs causes.

Extrait d’un entretien de Thierry Ribault dans l’âge de faire de novembre 2022.

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