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Oser bifurquer

À l`epoque, c’est déjà un buzz. Nous sommes le 30 novembre 2018. Futurs diplômés, parents, familles, anciens élèves, professeurs, institutionnels et industriels sont réunis pour la cérémonie de remise des diplômes de l’École centrale de Nantes. Parmi les tout juste diplômés, Clément Choisne, 24 ans. Lunettes rondes, nœud papillon et moustache chevron, le jeune ingénieur fait face à l’auditoire. « Comme bon nombre de mes camarades, alors que la situation climatique et les inégalités de notre société ne cessent de s’aggraver, que le Giec pleure et que les êtres se meurent, je suis perdu. Incapable de me reconnaître dans la promesse d’une vie de cadre supérieur en rouage essentiel d’un système capitaliste de surconsommation. »

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Depuis, les discours de jeunes diplômés de grandes écoles appelant à un sursaut écologique face à l’urgence climatique se sont multipliés. À Polytechnique, cette fois dans l’Essonne, durant la cérémonie des 24 et 25 juin derniers, plusieurs diplômés ont invité étudiants et anciens à « amorcer un virage radical », à « sortir des sentiers battus » et à « construire un avenir différent de celui qui semble tout tracé aujourd’hui ». « Il est urgent de sortir des rails sur lesquels nous installent insidieusement notre diplôme et notre réseau […].

Car tenter de résoudre à la marge des problèmes sans jamais remettre en cause les postulats mêmes du système dans lequel nous vivons ne suffira pas. »

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Coup d’accélérateur de ces prises de position en 2022 : le discours de huit étudiants d’AgroParisTech, le 30 avril, qui appellent à « déserter » des emplois « destructeurs » lors de leur cérémonie de remise de diplômes. « Nous refusons de servir ce système et nous avons décidé de chercher d’autres voies ».

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Un contexte marqué par des catastrophes climatiques de plus en plus nombreuses, une crise sanitaire qui a pu remuer les consciences et une inaction gouvernementale criante.
« La jeunesse, en particulier la jeunesse diplômée, est porteuse d’une demande de radicalité, constate Monique Dagnaud. Ce qui se traduit par exemple dans la volonté de marquer son désaccord, sa révolte par rapport à l’enseignement reçu dans sa formation. »

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Face à l’idée que le changement peut provenir de l’intérieur, qu’il faudrait travailler au sein même des entreprises qui contribuent le plus au dérèglement climatique pour les transformer en profondeur, de jeunes diplômés disent « non ». Non, ce n’est pas efficace ; non, rien ne change.

Extraits d’un article dans Politis du 21 juillet 2022.

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