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Menace fasciste

Dans leur ouvrage Face à la menace fasciste, Ludivine Bantigny et Ugo Palheta décryptent les conséquences des politiques macronistes sur l’état politique de la France, alertant sur les signes d’un processus fascisant en cours.

[…] Ugo Palheta et moi sommes très clairs : il faut souligner très fermement qu’il n’y a pas de fascisme. Le régime n’est pas fasciste, la politique menée n’est pas fasciste à proprement parler, mais, outre le fait qu’il y a des groupes fascistes organisés, il y a aussi dans le monde médiatique des éditorialistes qui le sont de plus en plus et qui tiennent un discours extrêmement racialiste.
Ils prônent ce qui pourrait correspondre à la définition du fascisme : une aspiration à un pouvoir autoritaire, qui déciderait d’éliminer systématiquement ses opposants pour imposer une communauté fondée sur la nation et homogène du point de vue à la fois social et ethno-racial, du point de vue du genre, des mœurs, etc.
On peut parler de menace fasciste, plus précisément de traits de fascisation, qui s’inscrivent plus généralement dans une sorte d’extrême droitisation du débat public et de la politique menée au sommet de l’État.

On observe un pouvoir exercé de manière de plus en plus autoritaire. Il nous semble intéressant de rappeler ce que disait Antonio Gramsci sur la crise d’hégémonie. La tendance à la fascisation prend place dans une crise d’hégémonie, quand le pouvoir en place peut de moins en moins obtenir le consentement de la population et doit s’exercer de plus en plus sous une forme répressive.
Les menées factieuses de certains corps de police sont très révélatrices, quand les agents viennent intimider le Parlement et la justice en manifestant devant l’Assemblée par exemple. Il y a des traits de fascisation dans les traques contre les migrant-es ou quand des petits groupes fascistes s’en prennent à des librairies antifascistes.
On voit croître une violence d’État qui non seulement n’hésite pas à réprimer les manifestations, les mobilisations sociales, mais en outre légifère d’un point de vue sécuritaire et autoritaire, avec par exemple la loi « séparatisme » et la loi « sécurité globale ». Cette perspective de plus en plus liberticide s’accompagne d’un racisme de plus en plus structurel qui prend notamment les traits de l’islamophobie. Qu’une association comme le CCIF puisse être dissoute de manière parfaitement arbitraire sans que cela suscite une levée de boucliers, c’est très inquiétant.

Le pouvoir macroniste, pour qui ce n’était pas un programme au départ, a adopté cette dimension islamophobe, cette politique du bouc-émissaire, en cherchant à aller sans cesse sur le terrain du Rassemblement national.

Le deuxième ensemble de traits de fascisation s’observe dans la montée implacable de l’extrême-droite, en particulier en termes électoraux. Comme si désormais, il était tenu pour une évidence que Marine Le Pen soit au second tour. L’hypothèse de son élection n’est plus absolument lunaire.
Emmanuel Macron s’installe délibérément, et légifère, sur ce terrain. […] Cela l’amène à cette extrême-droitisation et à la tactique du bouc émissaire, qui passent aussi par la voix de ses ministres. Quand on voit un Jean-Michel Blanquer ou une Frédérique Vidal mobiliser le registre infâme de l’islamogauchisme, y compris au lendemain de l’assassinat de Samuel Paty, on est vraiment dans une surenchère terrible, qui n’a plus de freins.
Même chose avec la manière dont des opérations policières sont complètement validées, comme si le gouvernement ne tenait plus véritablement sa police.

Extrait d’un article dans Lignes d’attac d’octobre 2021.

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