Les femmes en prison

Mais la vraie différence est que les femmes se retrouvent plus facilement abandonnées à elles-mêmes. Les liens avec les familles et les maris se disloquent et certaines n’ont aucune visite durant des détentions qui peuvent durer des années. […] On note
aussi une prévalence des maladies psychiatriques chez les femmes. Pour la majorité, elles ont déjà subi des violences avant d’être détenues, mais l’administration pénitentiaire n’en tient pas compte. » […]

Dans les pays de la Méditerranée, les condamnations les plus prononcées à l’égard des femmes concernent les crimes liés à la morale publique, les crimes familiaux et les trafics de drogues. Mais en Turquie et en Israël de nombreuses femmes, respectivement kurdes et palestiniennes, sont emprisonnées pour leur activisme politique. « Les femmes kurdes peuplent les prisons d’Erdogan par centaines. Elles sont journalistes, élues, avocates et elles subissent les pires atrocités. Elles sont la principale cible pour atteindre le peuple kurde car elles sont au cœur même de sa société », souligne Annick Samouelian, coprésidente de Solidarité et Liberté Provence et coordinatrice du collectif Solidarité Kurdistan.

Beaucoup de prisonnières appartiennent au Parti démocratique des peuples (HDP), parti de gauche et pro-kurdes, considéré par le président turc comme la vitrine politique du PKK. La plupart sont députées ou maires. Le HDP a mis en place depuis 2014 un système de parité qui fait que lorsqu’un homme est élu, une femme aussi. Lors des purges de 2016, de nombreux maires ont été arrêtés. Le chef d’inculpation est toujours le même : « Appartenance à un groupe terroriste ». Les femmes sont enfermées dans des prisons de haute sécurité dans des geôles qui ressemblent à des poulaillers, parfois avec leurs enfants. Ces derniers ne sont pas autorisés à avoir de jouets. Elles subissent aussi des fouilles à nu qui, si elles s’y opposent, se transforment en actes de torture.

Lorsque les femmes écrivent à leur famille en langue kurde, elles sont obligées de payer la traduction de chaque lettre, « ce qui n’est pas le cas pour les autres « nationalités », note Annick Samouelian. Et de dénoncer : « Ce n’est rien d’autre que de la persécution. »
Beaucoup d’entre elles ont entamé des grèves de la faim pour alerter l’opinion publique. Sans effet. Certaines ont perdu la vie. […]

En Israël, les activistes palestiniennes n’échappent pas, elles n’ont plus, à la prison. Le plus souvent sans procès grâce à un système de détention administrative hérité du mandat britannique qui permet d’incarcérer une personne pendant six mois renouvelables à
l’infini sans que la personne concernée n’ait eu droit à un procès équitable. Certaines militantes sont emprisonnées ainsi depuis 15 ans. 37 activistes palestiniennes – étudiantes, journalistes, parlementaires, féministe… – sont actuellement enfermées dans la prison de Damon, près de Nazareth.

Si sur les 4500 prisonniers politiques palestiniens elles représentent un faible nombre, Torr Martin du Collectif Palestine vaincra explique que l’occupation israélienne développe à leur égard une politique d’humiliation et de tortures spécifiques du fait qu’elles sont des femmes. Les humiliations à caractère sexuel sont légions : « Lorsqu’elles sont interrogées dans des conditions indignes, souvent dévêtues et en leur faisant subir des sévices corporels, les autorités font venir leur famille pour y assister et faire pression, explique-t-il.
Il y a une dimension patriarcale et sexiste dans ce que l’on fait subir aux femmes incarcérées. Le but c’est de casser leur détermination. L’emprisonnement pour Israël est une arme coloniale. »

Les interrogatoires peuvent durer des jours entiers, 44 jours pour Mays Abu Gosh, étudiante en journalisme et militante palestinienne d’une vingtaine d’années. Qui n’a de cesse de dénoncer les violences subies depuis sa libération. En 50 ans, 10 000 femmes palestiniennes sont passées par les geôles israéliennes. L’ONG de défense des droits des prisonniers palestiniens, Addameer, dénonce des conditions de détention contraires au droit international. Les violences sexuelles sont largement utilisées pour intimider, humilier les femmes détenues et obtenir des confessions. Pour Addameer, ces pratiques découlent « d’une violence raciste et basée sur le genre institutionnalisée par les autorités israéliennes ».

Extraits d’un article de Samantha Rouchard dans le mensuel Le Ravi d’avril 2021.

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