L’écologie depuis un siècle

Dans une passionnante analyse, le juriste Gabriel Ullmann dresse le nombre (impressionnant) d’alertes et d’actions sans lendemain qui visaient à empêcher le déraillement définitif de notre chère espèce sur les cendres d’une planète fumante.

Dès le début du XX* siècle, et les premiers graves dégâts commis par la révolution industrielle, les scientifiques alertent sur le danger de l’épuisement des ressources et le coût engendré par la pollution – y compris le réchauffement planétaire. Dès 1920, l’économiste anglais Arthur
Pigou suggère d’intégrer le coût de cette pollution dans la production des biens : la fiscalité verte n’en est même pas là cent ans plus tard.

Les premières batailles sociales environnementales éclatent dès ces années-là, comme les premières révoltes contre la dégradation des paysages par des usines dégueulasses ou des mines ultra-polluantes.
Dès les années 1940, l’analyse du réchauffement planétaire est documentée, le danger de la pollution aussi. De l’Europe à l’Amérique en passant par l’Afrique, les États créent des réserves pour protéger leur environnement.
En 1948, les atteintes déjà visibles à la biodiversité provoquent la création de l’Union internationale de la conservation de la nature (UICN), organisme à l’origine de l’élaboration de listes d’espèces en danger. Mais la destruction s’accélère.
Les années 1950 sont celles de l’industrialisation de l’agriculture, une des premières sources de gaz à effet de serre. Le recours massif aux pesticides est en grande partie responsable du déclin des insectes, des oiseaux, et de la pollution des rivières et du littoral (ah, que serait le littoral breton sans ses chères algues vertes!).

Par un retour de balancier, les années 1960 sonnent l’heure des grandes résolutions pour les États. L’écologie entre dans le champ du politique. On l’a oublié mais la loi sur la protection de la nature et la loi littoral ont été votées par le Parlement en 1976, sous Giscard, par des élus de droite comme de gauche… Le choc pétrolier accélère une prise de conscience étatique de la limite des ressources. La société civile s’empare du sujet, l’heure est aux grands combats écolos (le Larzac), René Dumont fait naître l’écologie politique. Lois et décrets engendrent notre
actuel droit de l’environnement.

La suite, vous la connaissez : frénésie de la société de consommation, dérégulation, le tout assorti d’authentiques avancées législatives (loi sur l’eau, de protection des espèces…) impulsées par la très libérale Union européenne. Et la contradiction tend aujourdhui au sublime. Emmanuel Macron proclame: « Make the planet great again » tout en déchiquetant le droit de l’environnement pour le grand plaisir des promoteurs. Les élus locaux renchérissent sur le développement durable et expliquent ensuite à leurs administrés que telle zone industrielle « créera de l’emploi » même si, au passage, elle détruira des terres agricoles (et les emplois existants avec).

Extrait d’un article de Blandine Flipo dans Siné mensuel de mai 2021.

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