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Le communisme et Robert Guédiguian

– Vous êtes aussi convaincu que « le nationalisme est l’ennemi de toutes les révolutions »…

– Dans l’histoire, le nationalisme et le racisme qui l’accompagne sont d’abord la haine des autres. Donc appuyer en permanence sur ces boutons, c’est la dernière chose qu’ont trouvé les théoriciens de droite pour sauver le régime et se battre contre le mécontentement qui gronde. Plutôt que de lutte des classes, de service public, de pouvoir d’achat, des retraites ou du chômage, ils veulent qu’on ne parle plus que d’immigration, des musulmans, d’envahissement, de « grand remplacement ».

– Vous croyez toujours « à la nécessité absolue des organisations politiques » ?

– Je ne suis plus encarté depuis 1979 mais si se créait un grand parti des travailleurs comme celui de Lula au Brésil, je pourrais l’être a nouveau. Les organisations sont nécessaires si on se pose la question de la prise du pouvoir. On peut se mobiliser sur une cause spécifique mais pour prendre le pouvoir je ne vois pas d’autre manière que l’élection. Je trouve saugrenu de vouloir tirer au sort les représentants. Le seul système viable est la démocratie représentative.

– Vous revendiquez votre communisme. Quelle définition en donnez-vous ?

– La mauvaise réputation du communisme c’est qu’il serait la négation des individus. Je pense exactement le contraire. Être communiste c’est réaliser des moments où individus et société vont dans le même sens. Cette société peut être un pays, un village, une entreprise ou une coopérative. Ces moments communistes ont existé, il faut en garder l’exaltation. Ce temps-là, il faut essayer de le reproduire, voir pourquoi ça n’a pas fonctionné.

– Parmi les moments communistes vous comptez la gestion des cantines à Mouans-Sartoux.

– Mouans-Sartoux est une petite ville dans les Alpes-Maritimes juste au-dessus de Cannes qui est un îlot communiste. Ils ont adopté un système de maraîchage municipal qui permet à leurs cantines d’être autonomes. Tous les plats sont bios et locaux. ‘

– L’instant à Marseille où l’union entre les gauches, les écologistes, et des mouvements citoyens s’est cristallisée avec le Printemps marseillais est aussi pour vous un moment communiste…

– Le Printemps marseillais – pourvu que ça dure – a prouvé qu’une alliance extrêmement large, pas seulement entre partis mais aussi avec des associations, pouvait gagner. On se prend à rêver, en se disant pourquoi ça ne fonctionnerait pas au niveau national ? Le remplacement de Michèle Rubirola par Benoît Payan a été un coup de théâtre mais pas une rupture dogmatique.
Je ne suis pas dans l’incarnation, ce que je souhaite c’est que le programme pour lequel ils se sont battus, en particulier sur les écoles et les transports, soit respecté.

– Les lendemains peuvent donc encore chanter ?

– Il y a des périodes plus ou moins exaltantes. Le combat consiste à mettre en lumière ces moments d’exaltation. Il faut dire aux jeunes : « Réfléchissez aux raisons de l’échec et essayez de ne pas reproduire les mêmes erreurs. » C’est une dynamique permanente qui va de l’optimisme au pessimisme. Après on peut utiliser tous les oxymores que l’on veut, « optimisme désespéré » ou, comme disait Antonio Gramsci, « lier le pessimisme de l’intelligence à l’optimisme de la volonté ».

Extrait d’un entretien de Robert Guédiguian dans le mensuel Le ravi de janvier 2022.

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