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La maltraitance en système

Victor Castanet, dans son livre Les Fossoyeurs, précise dans une note de l’auteur : « Journaliste et citoyen, je n’ai aucune difficulté avec le fait que de grands groupes privés gagnent de l’argent dans un secteur comme celui de la prise en charge de la dépendance… » Des actionnaires qui se font de l’argent sur le dos des personnes âgées et des aides-soignantes, cela ne le dérange pas ? Ah bon. […]
On ne vit que par le jeu hypercomplexe d’interactions. Les individus font l’Ehpad et l’Ehpad fait… les individus.
Et les vieux dans tout ça ? Eh bien, dans notre société, une personne non productive et qui devient dépendante, comme le dit Laurent Garcia dans votre n° 1691, « ça n’intéresse pas grand monde ».
Et la maltraitance – ou la non-bienveillance, la limite est floue – est une conséquence d’un système politique, social, économique, humain… qui justement laisse de grands groupes privés s’occuper de gens fragiles, sous-payer des soignant-es, sans fournir les moyens suffisants pour les former, les conscientiser, les soutenir, les reconnaître. Et une certaine maltraitance est aussi présente entre les soignant-es.

J’interviens moi-même dans un Ehpad en tant que kinésithérapeute libérale, et tous les matins ou presque je suis témoin d’actes maltraitants, qui vont du monsieur 100 % dépendant qu’on laisse au soleil derrière des baies vitrées, ou qui n’a pas de protection pour boire son café chaud, qu’on pose dans son fauteuil roulant comme un paquet, ici où là, sans dire un mot, qu’on laisse avec des ongles longs et sales, qu’on ne couvre pas assez alors qu’il ne bouge pas, qu’on laisse manger seul alors qu’il en est incapable, etc., à la dame qu’on laisse hurler sur les toilettes car « ça la brûle » à cause de son infection urinaire chronique (et là je m’empresse de chercher une infirmière, disponible, trois fois, avant qu’elle ne se déplace) et aucun protocole hydrique n’est mis en place malgré mes demandes
répétées […].
Et quand je dénonce, évidemment je gêne.
Certes, certain-es soignant-es, malgré les conditions, qui sont difficiles, restent bienveillant-es et professionnel-les, et certaines maisons de retraite sont de vrais établissements alternatifs, comme à Kersalic, en Bretagne, ou les maisons autogérées, telles les Babayagas de Thérèse Clerc. Mais il existe par ailleurs, globalement et individuellement, un vrai manque de volonté – aussi de conscience ? de professionnalisme ? d’humanité ? d’éducation ? – de la part d’encadrant-es, de soignant-es, de directeur-trices d’Ehpad.

Ce qui se passe dans certains Ehpad n’est qu’un reflet de ce qu’il advient dans notre monde ultralibéral, individualiste et capitaliste. Où les gens fragiles ne sont pas respectés. […]

Nathalie Goineau dans le courrier des lecteurs de Politis du 17 février 2022.

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