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Finance carbone

Voilà un montant qui en impose: 130 000 milliards de dollars. Et c’était bien l’objectif recherché par Mark Carney, lors de l’annonce des actifs représentés par les acteurs financiers qu’il a réussi à réunir dans la Glasgow Financial Alliance for Net Zero (GFANZ), soit l’alliance des acteurs financiers pour l’atteinte de la neutralité carbone. Derrière cet acronyme imprononçable se trouve le groupement le plus tendance de la finance durable, et au passage un haut lieu du greenwashing.

Six alliances rassemblent désormais plus de 450 banques, assureurs, détenteurs et gestionnaires d’actifs, mais aussi des conseillers en investissements et fournisseurs de données. À chaque métier son alliance. Toutes sont fédérées par la GFANZ, pilotée par Mark Carney, l’ancien gouverneur de la Banque d’Angleterre, devenu le conseiller principal de la COP 26 sur la finance. […]

Pas une seule règle ne vise à empêcher d’investir dans l’expansion des énergies fossiles. D’après l’Agence internationale de l’énergie (AIE), tenir l’objectif de neutralité carbone requiert de repenser profondément nos modes de production et de consommation énergétiques, afin de ne plus ouvrir de nouveaux projets charbonniers ni de nouveaux champs pétroliers et gaziers au-delà de 2021. Mais les acteurs financiers n’ont pas à montrer patte blanche et à faire valoir une quelconque ambition sur le charbon, le gaz ou le pétrole pour rejoindre une de ces alliances.

Cela pourrait très bien expliquer le succès de la GFANZ, qui a annoncé passer de 90 000 milliards de dollars d’actifs représentés à 130 000 milliards. Signer est tellement indolore que même les plus gros soutiens aux énergies fossiles -la banque JP Morgan Chase ou les gestionnaires d’actifs Vanguard et BlackRock – ont rejoint ces alliances. […]

Mais lorsqu’on regarde de plus près les critères précis, ils autorisent toujours les centrales à charbon à voir le jour. Et, surtout, la position de l’AOA (Net-Zero Asset Owner Alliance) sur le charbon n’engage absolument pas ses membres. À la mi-octobre 2021, encore 34 sur 58 de ses membres ne restreignaient pas leurs soutiens aux développeurs du secteur du charbon, et seulement 4 d’entre eux avaient une politique robuste sur le charbon. Non seulement rejoindre une de ces alliances n’implique pas de répondre à la première des urgences climatiques, c’est-à-dire d’arrêter d’aggraver la situation en refusant de soutenir l’expansion des énergies fossiles, mais même si un membre ne remplit pas les critères minimaux requis par l`alliance, il ne risque pas de s’en voir exclu. […]

Si, il y a six ans, la France s’imposait comme une référence dans la décarbonation des flux financiers, en étant notamment la première à arrêter ses soutiens publics au charbon, la tendance s’inverse. Elle a brillé par son absence de la plus importante des annonces faites la semaine dernière à Glasgow : l’engagement de vingt pays à ne plus soutenir le développement de nouveaux projets d’énergies fossiles à l’étranger, pétrole et gaz compris. Cet engagement historique a été pris par le Royaume-Uni, les États-Unis ou encore le Canada.

Extrait d’un article de Lucie Pinson dans Politis du 11 novembre 2021.

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