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Économie

Division mondiale du travail

L’ ouvrage La Machine est ton seigneur et ton maître raconte, de l’intérieur, les conditions de travail proche de l’esclavage qui règnent dans les usines chinoises de Foxconn, où sont notamment fabriqués ordinateurs et smartphones vendus dans le monde
entier.
« La productivité était fixée à 5 120 pièces par jour. En juillet 2010, elle a été relevée de 25 %, soit 6 400 piètes par jour. je suis complètement épuisé. » Les éditions Agone rééditent La machine est ton seigneur et ton maître, une plongée dans l’univers des « villes-usines » de l’entreprise taïwanaise Foxconn. Le plus grand fabricant du monde dans le domaine de l’électronique emploie plus d’un million de personnes, notamment pour confectionner à moindre coût et à très grande vitesse les milliards de smartphones vendus aux quatre coins de la planète.

La plupart des employé-es sont des jeunes campagnards qui viennent tenter leur chance en ville. Chez Foxconn, ils découvrent les cadences infernales, les 12 heures de travail quotidiennes, les heures sup, non payées, les deux jours de repos par mois, les dortoirs dans lesquels ils s’entassent pour dormir… Et au réveil, la machine… « Nous avons perdu la valeur que nous devrions avoir en tant qu’êtres humains, et nous sommes devenus une prolongation des machines, leur appendice, oui, leur domestique. J’ai souvent pensé que la machine était mon seigneur et maître, dont je devais peigner les cheveux, tel un esclave », estime Yang, qui a travaillé pour Foxconn.

Sur les murs des usines sont affichées certaines citations de Terry Gou, le multimilliardaire fondateur de Foxconn : « Un dirigeant doit avoir le courage d’être un dictateur pour le bien commun », « Si les objectifs ne sont pas atteints, le soleil cesse de se lever », ou
encore, « Croissanre, Ton nom est sauffrance ».

Yang raconte : « je me suis rendu compte que, pendant le travail, j’avais fréquemment des trous noirs. Comme j’avais déjà intériorisé tous les gestes du travail je me réveillais en sursaut, ne sachant plus si j’avais traité les dernières pièces ou pas. » En 2010, suite à une vague de suicides de ses employées, l’entreprise Foxconn s’était retrouvée sous les feux des projecteurs. Plus de 10 ans après, pourtant, rien n’a vraisemblablement changé. Pour la journaliste Célia Izoard, qui signe la postface, ces ouvriers et ouvrières
constituent « les ombres chinoises de la Silicon Walley ». Là où se regroupent les grands groupes états-uniens des nouvelles technologies, les employé-es sont (très) bien payés, ont gratuitement accès à des restaurants gastronomiques, des médecins, des diététiciens, bénéficient parfois de congés à volonté… Chacun se persuade qu’il travaille à la création d’un « monde meilleur » et que la smartcity rendra nos vies plus fluides, écologiques, et solidaires. En réalité, tout cela est rendu possible par une « division mondiale du travail qui fait disparaitre « les problèmes » en les laissant aux sous-traitant », et qui permet « la vente d’appareils numériques d’une complexité inouïe pour quelques centaines d’euros. Car le smartphone est intrinsèquement un objet de luxe, et s’il fallait débourser des milliers d’euros pour en posséder un, on n’en trouverait pas dans toutes les poches. » Un livre qu’il faudrait vendre dans tous les classieux AppleStore du pays. À défaut, vous le trouverez en librairie.

Article paru dans l’âge de faire de juillet-août 2022.

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