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Néolibéralisme et répression

À l’origine, le néolibéralisme était une réaction aux insuffisances de la politique libérale classique. L’objectif de ses défenseurs était de repenser un rôle « positif » pour l’État, qui n’interviendrait pas dans l’économie mais favoriserait la centralité du marché concurrentiel. L’État peut très bien avoir un rôle important dans la surveillance et la répression lorsque précisément, surgissent des formes de contestation. Un État fort pour établir et préserver le marché, c’est quelque chose de caractéristique de la pensée néolibérale.
Emmanuel Macron a éliminé la résistance politique en 2017 puisqu’il avait tous les leviers de pouvoir que lui offre la Ve République. Le seul moyen pour contester sa politique se trouvait donc dans les mouvements sociaux. Or, pour contrer ces oppositions, surtout si on veut aller vite – ce qui était son désir -, l’État s’adonne à la répression. D’autant plus quand ces mouvements sont désorganisés, comme l’étaient les gilets jaunes.
[…]

Il s’agit d’utiliser des moyens répressifs, policiers et judiciaires, pour briser les résistances politiques à l’établissement du marché concurrentiel. Dans la pratique, ce sont toutes les tentatives de lutte contre le capital, la domination des classes dirigeantes, bref : cet ordre social qui continue de favoriser les gens les plus aisés, les plus diplômés. […]

Les politologues proclament souvent qu’il existe un centre gauche qui se veut, certes, libéral économiquement, mais aussi ouvert et tolérant. C’est un mythe. Tous les aspects répressifs et liberticides des politiques de Hollande et de Macron n’ont jamais empêché le soutien de ces figures de centre gauche. Ce discours appartient à un certain groupe bourgeois et éduqué qui souhaite diffuser une représentation positive de lui-même.

Extraits d’un entretien de Bruno Amable dans Politis du 05 mai 2022.

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Représentation et mandat

Je refuse que quiconque me représente, puisse prendre à ma place les décisions qui m’importent. OK pour mandater quelqu’un dans telle ou telle circonstance précise, pas pour lui donner un blanc-seing de plusieurs années.

Il ne s’agit pas d’entonner « Tous des pourris », la vieille antienne poujadiste. Peut-être, en effet, existe-t-il des politiciens intègres. Mais ils ne le restent guère longtemps, d’abord parce qu’ils doivent se frotter aux contingences de la realpolitik, ensuite
parce que le pouvoir corrompt inévitablement. Il est, j’en suis certain, impossible de l’exercer – ou simplement de le briguer – en restant probe. Que penser, alors, de ceux pour qui il constitue une fin en soi ? Comment accorder confiance à des bonimenteurs
interchangeables qui, tous, multiplient des promesses qu’ils savent ne pas pouvoir tenir ?
Leurs rodomontades sont grotesques, odieuses ou, au mieux, pitoyables. Et vous voudriez faire d’eux les maîtres de nos destin ?

[…]

N’allez pas, non plus, m’objecter que le choix d’un dirigeant est un mal nécessaire, un capitaine étant indispensable pour piloter le pays. Mon cul ! En France en 1871, en Russie en 1917, en Espagne en 1936, des communautés dépourvues de chefs ont fonctionné à merveille, en totale autogestion. Toutes ont été écrasées dans le sang, parce qu’elles épouvantaient les tenants de la discipline et de l’esclavage consenti.

Et puis, même si vous me faisiez avouer sous la torture que je ne crois pas davantage aux vertus de la démocratie directe qu’à celles de sa parodie républicaine, ça ne m’empêcherait pas de continuer à mépriser des institutions qui entravent ma liberté, des législations qui la musèlent, des pratiques qui la bafouent.

Extraits d’un article de Jean-Pierre Bouyxou dans Siné mensuel d’avril 2022.

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L’extrême droite au parlement

À l’Assemblée Nationale, Marine Le Pen est une grande muette. Élue députée en 2017, après treize ans passés sur les bancs d’un Parlement européen qui l’accuse d’avoir personnellement détourné près de 140 O00 euros d’argent public, elle n’a guère cherché la lumière.
Isolée, tout en haut à droite de l’hémicycle, avec six élus de son parti, elle a accompli son mandat sans éclat. Par prudence autant que par désintérêt pour l’institution parlementaire, elle a peu pris la parole en séance plénière, encore moins en commission, évitant de trop se dévoiler. Mais ses absences sont aussi parlantes que ses votes : elle a ainsi voté la prorogation de l’état d’urgence antiterroriste (6 juillet 2017), la proposition de loi Sécurité globale (24 novembre 2020), ratifié l’ordonnance réformant le code de la justice pénale des mineurs (16 février 2021).
Ces derniers mois, elle n’intervenait plus que pour dénoncer les outils de gestion de la crise sanitaire, dont les passes sanitaire et vaccinal attentatoires aux libertés, selon elle. En septembre, elle avait toutefois accepté sans ciller de proroger l’état d’urgence
sanitaire… dans les outre-mer.

 

Durant toute la législature, Marine Le Pen aura participé à moins de 10% des 4 419 scrutins publics organisés dans l’Hémicycle. Un chiffre qui, à lui seul, résume sa très faible activité au Palais-Bourbon. Alors que les députés ont eu à voter sur 43O projets de loi, propositions de loi ou résolutions lors de ces scrutins, elle ne s’est prononcée que sur 101 d’entre eux.

[…]

À trois reprises en 2021, les eurodéputés RN se sont opposés à la levée des brevets sur les vaccins. Ils ont aussi refusé (16 mars 2021) que la responsabilité des multinationales puisse être mise en cause en cas de violations des droits humains ou de dommages environnementaux. ils se sont abstenus le 15 septembre 2021 sur une résolution promouvant la présomption de salariat des travailleurs ubérisés.

 

Pour la réautorisation des pesticides « tueurs d’abeilles » dans la culture des betteraves sucrières (6 octobre 2020).
Dans le projet de loi contre le dérèglement climatique (avril 2021), le RN s’est opposé à la réduction de la publicité pour les produits polluants dans les médias, à l’interdiction de la publicité aérienne, à la taxation des engrais azotés minéraux, destinée a réduire leur usage, et a demandé de reporter au 1er janvier 2025 l’interdiction des terrasses chauffées des restaurants.

 

Le RN a voté contre la mise en place de meilleurs critères environnementaux et climatiques lors de l’élaboration de la nouvelle PAC (Politique agricole commune), en octobre 2020.
Dans le rapport sur un marché unique plus durable, il a rejeté un amendement qui proposait de durcir la formulation sur l’obsolescence (3 novembre 2020).

 

Vote contre une résolution condamnant l’interdiction de fait du droit à l’avortement en Pologne (26 novembre 2020).
Vote contre une résolution sur l’écart de salaire entre hommes et femmes (30janvier 2020). En 2016, Marine Le Pen et ses élu-es avaient voté contre la convention d’Istanbul sur la prévention et la lutte contre les violences faites aux femmes.

Extraits d’un article dans Politis du 21 avril 2022.

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Réélire Macron

La rupture Macron, ça aura été la même chose mais en pire, la pauvreté massive qui s’installe, le racisme décomplexé, les rupins qui dégueulent leur mépris, les tirs de LBD en pleine tête, les néonazis armés dans les rues de Paris, les mensonges éhontés de Jean-Michel Blanquer et d’Olivier Véran , et CNews qui nous ferait presque regretter BFM.

 

Cinq ans plus tard, quelques rides et désillusions en plus, nous voilà qui enfilons nos pince-nez, non pas pour aller « faire barrage », mais pour tenter d’échapper à la puanteur du « débat » présidentiel. Les 10 et 24 avril, certains d’entre nous se rendront
aux urnes en crissant des dents tandis que d’autres reliront Bakounine sur la corniche Kennedy en surveillant du coin de l’œil leur canne à pêche. C’est le printemps, chacun fait ce qu’il veut de
ses dimanches, mais on reste tous bien convaincus que le sursaut social et politique dont l’Hexagone millésime 2022 aurait tant besoin n’émergera pas de l’isoloir, où personne ne vous entendra crier votre rage.

 

Car tout indique que les dés électoraux sont plus pipés que jamais et qu’on repart pour cinq ans encore pires. Ce fils de flic de Macron a annoncé la couleur : mise au boulot forcée des titulaires du RSA, nouveau recul de l’âge de la retraite, baisse des droits de succession, relance sans débat du nucléaire civil et militaire, inaction climatique, industrialisation de l’agriculture, répression de l’immigration, et bien sûr des keufs derrière chaque arbre – toujours plus lourdement armés, toujours plus menaçants. Le grand bond en arrière, la régression sociale massive. En bon français : une vie de merde garantie et sans recours pour des
tas de gens qui méritent vachement mieux.

 

Avec ça, l’impression pénible d’être pris pour des jambons. On n’est pas des politologues surdoués du genre Alain Duhamel (hin hin hin), mais il nous semble malgré tout constater autour de nous un certain consensus contre le projet néolibéral. Quand on lit
dans les sondages que les principales préoccupations des Français, ce sont le pouvoir d’achat, la santé et le chômage, ça nous paraît raccord. Que l’immigration et l’insécurité inquiètent, certes, mais moins que la crise écologique. Bref, les gens sont beaucoup moins cons qu’on ne voudrait nous le faire croire. Et la majorité d’entre eux ne s’en laissent pas conter sur la médiocrité
du taulier de l’Élysée et la cohorte des profiteurs de crise qui l’entourent – parmi lesquels ces vampires à cravates payés des millions pour pondre des Power-Points pourraves sur la baisse des APL.

 

Et pourtant, sauf grosse grosse surprise ou catastrophe plus grave encore, Emmanuel Macron va être réélu le 24 avril. Et à l’aise : une bonne partie du système médiatique y travaille, aux mains d’oligarques qui n’ont pas grand-chose à envier à leurs collègues de Pologne ou de Hongrie. Alors qu’est-ce qu’on fait ? Au cours du quinquennat qui s’achève, seuls les Gilets jaunes et… le Covid-19 ont su freiner les menées antisociales de ces raclures de bidet. À CQFD, on mise clairement pour les premiers, pour un mouvement de rue puissant et polymorphe. C’est ce qu’il reste de
démocratie qui en dépend, et nos vies en proie au rouleau-compresseur capitaliste. Avanti, popolo !

Édito du d’avril 2022.

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Res publica

Le règne de Macron, c’est cinq années de présidence néo-libérale, mais aussi cinq années de résistance acharnée. C’est ce que retracent habilement les pages en noir et jaune de la bande dessinée Res Publica, qui permet de dresser le triste bilan du fossoyeur des aides sociales.
On aurait dû le noter ! Toutes ces lois injustes votées dès le début de son quinquennat, toutes ces violences verbales adressées à « ceux qui ne sont rien », ces violences physiques subies, notamment, par les Gilets jaunes, ces attaques contre les services publics, y compris contre l’hôpital en pleine période de pandémie… Oui, vraiment, on aurait dû noter tout ça, pour le rejeter à la figure de celui qui se présente pour un second mandat en enfilant, quel culot, l’habit du candidat « raisonnable ».

Heureusement, d’autres l’ont fait pour nous. Tout noter et tout rappeler, c’est bien ce que font David Chauvel et Malo Kerfriden dans une épaisse (mais il faut bien ça) bande dessinée sortie en ce début d’année électorale aux éditions Delcourt.

On se souvient ainsi, dès le départ, à quel point l’ex-banquier de chez Rothschild a été mal élu : le second tour qui l’oppose à Marine Le Pen enregistre une abstention historique de 25 %. Parmi les votant-es, plus de 4 millions ont déposé un bulletin blanc ou nul – là encore, c’est un record. Sur les quelque 20 millions de personnes ayant voté pour Macron lors de ce second tour, 43 % disent aux instituts de sondage qu’elles ne l’ont fait que pour faire barrage à l’extrême-droite, et seulement 16 % affirment avoir voté par adhésion à son programme.
« Au final, c’est un peu plus de trois million de Français, sur les 66 millions d’habitants que compte le pays, qui ont exprimé le souhait clair et affirmé de voir le projet politique d’Emmanuel Macron exister. »

Président des élites

Ça fait pas lourd, et pourtant, le nouveau monarque va annoncer la couleur dès sa prise de fonction, avec des cadeaux faits aux plus riches (suppression de l’ISF et de l’ « Exit Tax », par exemples) et des économies réalisées sur le dos des plus précaires. Dès juillet 2017, le gouvernement annonçait ainsi une baisse mensuelle de 5 euros des APL.
« Si à 18, 19, 20 ans, 24 ans, vous commencez à pleurer parce qu’on vous enlève 5 euros, qu’est-ce que vous allez faire de votre vie ? », défendait une députée de la majorité.

Ce n’était pas du tout l’avis des spécialistes de la question. La présidente d’ATD Quart Monde signalait alors qu’un « allocataire du RSA bénéficiaire de l’APL touche 472 euros par mois. Une fois toutes ces dépenses courantes déduites, il ne lui reste que 58 euros pour se nourrir soit moins de 2 euros par jour. Pour lui, 5 euros, c’est énorme. »

Extrait d’un article de Nicolas Bérard dans l’âge de faire d’avril 2022.

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Économie Environnement Politique Société

Démocratie et énergies fossiles

« L’argent qui finance cette agression est directement lié au changement climatique, puisque cet argent vient des énergies fossiles, pétrole et gaz. Si nous ne dépendions pas de ces énergies, la Russie n’aurait pas les moyens pour entreprendre cette guerre », déclarait Svitlana Krakovska, la représentante ukrainienne au Giec.
Dans Carbon Democracy, Timothy Mitchell a théorisé le fait que la dimension démocratique d’un pays est inversement proportionnelle à ses ressources fossiles. Avec la guerre en Ukraine, nous avons passé un nouveau cap : c’est une arme. Cette guerre est biface. D’un côté, l’Occident prétend faire le blocus économique le plus sévère depuis 1945 et, de l’autre, tous les jours, plus de 650 millions d’euros sont versés en achat de pétrole, de gaz et de charbon. Toutes les banques russes sont exclues du système interbancaire Swift, sauf les deux plus importantes, qui gèrent les revenus issus de ressources fossiles. Nous sommes loin de la confrontation entre deux blocs ! Le capitalisme a la capacité de lier les blocs démocrates et autoritaires.

Les énergies fossiles ont été essentielles à l’accélération du capitalisme aux XIXe et XXe siècles. L’accès à des énergies à bas coût a permis d’accélérer la productivité, et donc la croissance. Mais ces énergies sont émettrices de gaz à effet de serre. Elles sont la première raison des changements climatiques qui ont fait entrer l’humanité dans l’ère de l’anthropocène.
La realpolitik des pays occidentaux a amplifié notre dépendance au gaz et au pétrole russes, mais aussi à toutes les matières premières, dont l’uranium, provenant de régimes autoritaires. Notons cette corrélation entre économie fondée sur la rente géologique et régime
autoritaire, que l’Équatorien Alberto Acosta avait décrite dans son livre La Malédiction de l’abondance.
Les pays occidentaux ont laissé prospérer des régimes autoritaires pour avoir un accès aux énergies fossiles à un prix faible. Dans les pays producteurs, une minorité a récupéré la rente au détriment de la population.

Début d’un article de Jérôme Gleizes dans Politis du 31 mars 2022.

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Environnement L'énergie en France Politique Société

Guerres et énergies

Cette guerre de la ressource, nous nous en rapprochons avec le retour du conflit à la lisière de l’Europe. La Russie, redevenue une grande puissance énergétique, tient à le faire savoir avec son arsenal mis à jour grâce aux revenus du pétrole et du gaz. Mais qui donc a bien pu financer de tels investissements militaires ? C’est nous, principalement !
Avec le concours des autres pays « développés » qui, c’est bien connu, ont des idées puisqu’ils n’ont pas de pétrole ! La première (et seule idée) ayant été d’en acheter à des pétromonarchies, des dictatures ou des pays pour le moins totalitaires, ici ou là. Et qui pour nous « défendre » ?
Les États-Unis ? Ceux-ci étant redevenus un des principaux producteurs de charbon, de gaz ou de pétrole « non conventionnel », pour nous en vendre au mépris des destructions que cela entraîne sur leur propre sol et pour le climat en général.
Nous avons ainsi financé, pour faire rouler nos tonnes de ferraille afin d’être « libres », la militarisation de tous les producteurs. « Vous oubliez l’énergie électrique, propre, décarbonée, solidaire, etc., etc. » Il n’y a pas encore et il n’y aura pas de mines d’électricité, les chimères sont de faibles recours face à la situation actuelle.

Extrait d’un article de Bruno Clémentin dans le journal La Décroissance de mars 2022.

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Vente d’armes

La France d’Emmanuel Macron, après celle de François Hollande, a tranquillement continué, comme d’autres pays d’Europe, à livrer des armes jusqu’en 2020 à la Russie de Vladimir Poutine – dans le moment précis, donc, où ses armées ravageaient Alep après Grozny, et avant Marioupoi.
Interviewé la semaine dernière par Le Parisien, Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères de M. Macron, après avoir été celui de la Défense sous M. Hollande, a crânement déclamé qu’il refusait de « parler » de ce « sujet ». Mais il a tout de même tenu à « insister spécifiquement » sur le fait qu’il avait, en 2015, lorsqu’il était donc ministre de la Défense du président « socialiste », « mis en œuvre la décision de François Hollande de renoncer à la vente» de deux porte-hélicoptères Mistral au Kremlin, qui venait d’annexer la Crimée. Puis de fanfaronner: « C’était un acte politique et financier lourd. Nous avons pris, à ce moment-là, toutes nos responsabilités. »

C’est très beau. Mais, dans la vraie vie, les choses se sont passées un peu différemment. François Hollande, loin de vouloir « prendre toutes [ses] responsabilités » après l’annexion de la Crimée, assurait encore en juillet 2014 qu’il était hors de question pour lui de
renoncer à la livraison des bâtiments achetés (et payés) par la Russie.
Et c’est uniquement parce qu’il a été soumis à une gigantesque pression internationale – des États-Unis, en particulier – qu’il s’est finalement résolu, deux mois plus tard, à ne pas livrer ces navires à Moscou, qui les avait déjà payés.

Dans la vraie vie, Le Drian lui-même, qui se targue donc de l’avoir mise en œuvre et la présente aujourd’hui comme un pur moment d’éthique, n`était pas du tout favorable à l’annulation de cette vente. Il a même expliqué – sans rire – qu’il s’agissait de « bateaux » qui n’étaient « pas armés », et qui par conséquent ne pouvaient pas être véritablement considérés comme des navires « de guerre » avant leur arrivée en Russie. (Cette kalachnikov n’est pas du tout un fusil d’assaut, voyons : elle n’est pas chargée.)

Mais la suite – que le ministre, probablement sous l’effet d’un accès de pudeur, n’évoque pas dans l’entretien publié par Le Parisien – est encore plus intéressante. Et édifiante – ô combien. Car l’annulation de cette livraison coûtait cher à la France : il fallait rembourser aux Russes le petit milliard d’euros qu’ils avaient déboursé pour l’achat des deux porte-hélicoptères.
Alors François Hollande, toujours flanqué de son fidèle Jean-Yves, a cherché une bonne âme susceptible de les racheter. Et, par chance, il l’a trouvée. En la personne du principal client de l’industrie française de l’armement : le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi. Le fameux démocrate qui, selon Amnesty International, foule quotidiennement aux pieds les droits humains. Et qui a finalement acquis en septembre 2015, pour 950 millions d’euros, les deux navires de guerre dont la livraison à la Russie avait été annulée.

Article de Sébastien Fontenelle dans Politis du 24 mars 2022.

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Le Crif plutôt que les Palestiniens

Emmanuel Macron a sans doute pensé que les temps troublés que nous vivons sont propices à un coup tordu contre les Palestiniens. Voilà en tout cas que la France reconnaît désormais Jérusalem comme « capitale éternelle du peuple juif ». C’est Jean Castex, s’exprimant au nom du Président, qui l’a annoncé le 24 février à l’occasion du dîner annuel du Crif.
En d’autres temps, cela aurait donné lieu à un séisme diplomatique. Rappelons que l’ambassaole de France, comme celles de la plupart des pays de l’Union européenne, est toujours à Tel-Aviv, et que l’ONU ne reconnaît pas l’annexion de Jérusalem par Israël. Ainsi, sans le moindre débat, la France imite Donald Trump et s’aligne progressivement sur Israël.
Un pas de plus dans l’abandon de la solution à deux États. Scandalisé, l’homme d’affaires palestinien Mounib Al-Masri, grand artisan du rapprochement culturel entre la Palestine et la France, a immédiatement fait savoir qu’il rendait sa légion d’honneur. Mais un mauvais coup ne venant jamais seul, le ministre de l’intérieur, Gerald Darmanin, avait annoncé, quelques heures plutôt, qu’il allait, au nom du président de la République, demander la dissolution du Collectif Palestine vaincra. Cette organisation, connue pour son intransigeance dans la lutte contre tous les racismes, est une nouvelle victime de l’amalgame entretenu par Emmanuel Macron entre critique de la politique israélienne de colonisation et antisémitisme. Qu’est-ce qu’il ne faut pas faire pour plaire au Crif en période électorale!

Article publié dans Politis du 10 mars 2022.

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(Dé)union de la (vraie) gauche

V’là-t-y pas que je me fais engueuler par un lecteur ! Je vais être claire : j’adore que les lecteurs se manifestent. Contents, pas contents, qu’ils s’expriment ! Mais là, il charrie, l’ami Bernard, je me permets le prénom car il me tutoie d’entrée. On est entre nous, entre gauchos. D’après lui, mon soutien à Mélenchon n’est pas bien comme il faut. Je fustige l’ordre dispersé, ça le désoblige. On devrait s’aligner sans la ramener. Parmi quelques délicatesses peu bienveillantes, il me met en demeure : « Je ne me suis pas trompé, j’ai bien compris que tu rejoignais l’Union populaire et je l’espère pas pour y faire de la figuration […] il n’y a aucune honte à dire que Mélenchon est le meilleur et très largement au-dessus du lot. […] On ne peut pas soutenir un mouvement en étant un pied dedans et un pied dehors, c’est tout ou rien, on a suffisamment d’adversité comme ça ! »

On soutient un mouvement comme on veut, si tu permets. Le petit doigt sur la couture du pantalon, très peu pour moi. Voter pour le mieux placé, qui se trouve être aussi le plus brillant, le mieux préparé et le mieux entouré, donc voter Mélenchon, une évidence. Mais qu’on ne compte pas sur moi pour accabler les autres. L’ennemi, c’est la droite. Et la bête immonde est à nos portes. Tout ou rien ? C’est une blague ? Non. Certainement pas. Garder son esprit critique. Préférer gagner en n’étant pas d’accord sur tout plutôt que perdre en campant sur du chimiquement pur. Négliger les divergences. Virer la droite. Il sera temps de peser quand on aura réussi. Oublier les chapelles à la con. Tenir compte des autres, les respecter. C’est ça, être de gauche. Autrement c’est pas la peine.

Tout ou rien ? Bien ou mal ? Noir ou blanc ? Non merci. Pour moi, ça sera rouge. Multiple et flamboyant. Un arc-en-ciel à lui tout seul. Cerise, carmin, corail, écrevisse, vermillon, tomate, émotion, rage, vin, poivron, rébellion, plaisir, sang, coquelicot, cœur, drapeau… rouge !

Article d’Isabelle Alonso dans Siné mensuel de mars 2022.