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La laïcité, oui mais.

Une question,quand même, nous taraude : est-ce qu’on va enfin faire disparaître du vocabulaire politique et intellectuel le sale mot de laïcard intégriste ? Est-ce qu’on va enfin arrêter d’inventer de savantes circonvolutions sémantiques pour qualifier pareillement les assassins et leurs victimes ?
Ces dernières années, nous nous sommes sentis un peu seuls, à tenter de repousser à coup de crayon les saloperies franches et les finasserie pseudo intellectuelles qu’on nous jetait au visage, et au visage de nos amis qui défendaient fermement la laïcité : islamophobes, christianophobes, provocateurs, irresponsables, jeteurs d’huile sur le feu, racistes, vous-l’avez-bien-cherché… Oui, nous condamnons le terrorisme, mais. Oui, menacer de mort des dessinateurs, ce n’est pas bien, mais. Oui, incendier un journal, c’est mal, mais.
(…)
Nous allons espérer qu’à partir de ce 7 janvier 2015 la défense ferme de la laïcité va aller de soi pour tout le monde, qu’on va enfin cesser, par posture, par calcul électoral ou par lâcheté , de légitimer ou même de tolérer le communautarisme et le relativisme culturel, qui n’ouvrent la voie qu’à une seule chose : le totalitarisme religieux. Oui, le conflit israélo-palestinien est une réalité, oui, la géopolitique internationale est une succession de manœuvres et de coups fourrés, oui, la situation sociale des, comme on dit, population d’origine musulmane en France est profondément injuste, oui, le racisme et les discriminations doivent être combattus sans relâche.

Il existe heureusement plusieurs outils pour tenter de résoudre ces graves problèmes, mais ils sont tous inopérants s’il en manque un : la laïcité. Pas la laïcité positive, pas la laïcité inclusive, pas la laïcité-je-ne-sais-quoi, la laïcité point final. Elle seule permet, parce qu’elle prône l’universalisme des droits, l’exercice de l’égalité, de la liberté, de la fraternité, de la sororité. Elle seule permet la pleine liberté de conscience, liberté que nient, plus ou moins ouvertement selon leur positionnement marketing, toutes les religions dès lors qu’elles quittent le terrain de la stricte intimité pour descendre sur le terrain politique. Elle seule permet, ironiquement, aux croyants, et aux autres, de vivre en paix. Tous ceux qui prétendent défendre les musulmans en acceptant le discours totalitaire religieux défendent en fait leurs bourreaux. Les premières victimes du fascisme islamique, ce sont les musulmans.

Extraits d’un article de Gérard Biard dans Charlie Hebdo du 14 janvier 2015.

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La reprise (ou la croissance) pour qui ?

S’il vous prend la mauvaise idée de feuilleter la presse de caniveau ou les feuilles saumon des journaux de rentiers, vous trouverez toutes sortes de bobards sur la situation économique et sociale en Grèce. On nous annonce, ici et là, une embellie et même le retour de la croissance pour bientôt. Ne tombez pas dans le panneau. Les seuls progrès financiers sont ceux des investisseurs qui, comme EDF dans les montagnes crétoises ou Suez dans les villes, se jettent comme des vautours sur le bien commun bradé, notamment l’eau, parfois même sans appel d’offre. Mais la population grecque ne s’y trompe pas et déclare, à plus de 80 % dans tous les sondages, qu’elle ne voit ni ne croit en aucune embellie pour l’instant.
Comme en France, à la virgule près, les mille Grecs les plus riches ont gagné 15 % de revenus de plus en un an, alors que les autres triment, tirent la langue et continuent de voir leurs acquis sociaux fondre comme neige au soleil.

Extrait d’un article de Yannis Youlountas dans Siné mensuel de novembre 2014.

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Économie Médias

Les économistes médiatiques nous enfument

Ils sont entre 40 et 50 économistes surmédiatisés (sur 3000 ou 4000 économistes en France, scandalisés voire traumatisés par ces pratiques) à s’être transformés en lobbyistes de leurs employeurs privés.Le plus connu d’entre eux, Daniel Cohen, a été embauché par la banque Lazard, LA banque d’affaires du capitalisme de connivence français, qui est au cœur de tous les deals financiers et industriels depuis vingt ans. Il gagnait, en 2011, entre 10 et 20 fois plus que ce qu’il gagne à l’École normale supérieure (ENS) !
Il y a une OPA de la finance sur les milieux intellectuels et c’est un danger. La loi de 2006 a autorisé les grandes universités à créer des fondations et des chaires financées par les grand groupes, comme Loréal, Axa, Total, BNP Paribas, Crédit Agricole…
(…)
Alors que le traitement d’un professeur en fin de carrière avoisine les 5000 euros par mois, les bénéficiaires d’une chaire sénior à l’École d’économie de Toulouse, très liée au privé, ont une rémunération trois à quatre fois supérieure. D’évidence, l’indépendance de la recherche est en danger.
Au cours de mon enquête, j’observe aussi qu’une partie des journalistes est dans ce même système de corruption. Je prends l’exemple d’une grande émission qui est totalement à pensée unique, la pensée unique néolibérale, qui est C dans l’air, d’Yves Calvi. Les seuls économistes invités sont précisément ceux qui siègent au CA des banques, etc. et qui, de fait, médiatisent « l’économie » de leurs clients. Ils sont invités non-stop, partout, dans tous les médias. On ne voit qu’eux pratiquement, on n’entend qu’eux, ils nous expliquent la crise et ses solutions à leur manière, néolibérale. Un scandale. Parmi ceux que l’on entend et voit partout, il y en a qui sont présentés comme économistes alors qu’ils ne le sont même pas, comme Marc Fiorentino qui détenait lui-même une société de placement en Bourse et qui avait fait l’objet de trois sanctions de l’Autorité des marchés financiers.
(…)
La corruption a gagné jusque dans les rangs du PS et une partie du personnel politique a été totalement gangrénée par le camp adverse ! Regardez sur qui s’appuie François Hollande : Jean-Pierre Jouyet dont toutes les convictions sont à droite, qui pense « qu’il faut aller vers davantage de flexibilité et des boulots qui ne sont pas forcément payés au SMIC », dont les réseaux personnels sont des amitiés avec les banquiers d’affaires. Emmanuel Macron, devenu ministre de l’Économie et remplacé en tant que conseiller économique de Hollande par Laurence Boone, membre du Cercle des économiste (l’un des cénacles mondains et parisiens de la pensée unique), chef économiste chez Bank of America Merrill Lynch, puis dans le groupe du milliardaire François Pinault.

Extraits d’un entretien avec Laurent Mauduit dans le journal Siné mensuel d’octobre 2014.

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Inflation : les gens « sérieux » sont tous d’accord !

Fakir : Bonjour, j’ai sous les yeux un article que vous avez écrit dans Le Monde, le 17 août, et qui s’intitule : L’inflation peut-elle résorber les dettes publiques?. Vous interrogez six économistes, mais bizarrement les six sont contre l’inflation.
Alain Faujas : Vous savez, j’ai été pris par le temps. J’ai appelé six économistes de droite et de gauche dont je pensais, pour certains, qu’ils allaient se prononcer en sa faveur. À ma surprise ils étaient aussi contre – même Daniel Cohen et Delors.
Quand les économistes « de gauche » sont représentés par un économiste de la banque Lazard, Daniel Cohen, et par le grand ami des patrons européens, Jacques Delors, le débat est fermement cadré. Il ne versera pas dans le populisme…
Fakir : Si c’est une question de temps, pourquoi dans un numéro suivant vous n’avez pas cherché à trouver d’autres économistes en faveur de l’inflation comme Jacques Sapir, comme Frédéric Lebaron pour équilibrer le débat ?
Alain Faujas : Parce que l’on est passé à autre chose. On a considéré que la question avait été résolue, et par des gens sérieux. Et puis, ce sujet n’attire pas.
Et comment reconnaît-on les « gens sérieux » ? Ils ne prônent pas l’inflation, ni le protectionnisme, ni les nationalisations, ni la décroissance, etc. C’est ainsi que, depuis trente ans, le « cercle de la raison » cher à Alain Minc tourne en rond, se mord la queue, enferme la politique dans un mouchoir de poche centriste et fort triste. C’est ce consensus des bien-pensants qu’il faut aujourd’hui faire voler en éclats. C’est un air vif qu’il faut apporter dans la prison des idées.

Entretien entre les journalistes de Fakir et Alain Faujas, journaliste au journal Le Monde, initialement publié dans le journal Fakir de septembre 2011 et republié en octobre 2014.

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Paresse et lâcheté des médias

L’expédition punitive de l’armée israélienne à Gaza a réactivé l’une des aspirations les plus spontanées du journalisme moderne : le droit à la paresse. En termes plus professionnels, on appelle cela l’ « équilibre ». (…)
Dans le cas du conflit au proche-Orient, où les torts ne sont pas également partagés, l' »équilibre » revient à oublier qui est la puissance occupante. Mais, pour la plupart des journalistes occidentaux, c’est aussi un moyen de se protéger du fanatisme des destinataires d’une information dérangeante en faisant de celle-ci un point de vue aussitôt contesté. Outre qu’on observe pas ce même biais dans d’autres crises internationales (…) le véritable équilibre souffre pour deux raisons. D’abord parce que, entre les images d’un carnage prolongé à Gaza et celles d’une alerte au tir de roquette sur une plage de Tel-Aviv, une bonne balance devrait pencher un peu… Ensuite, parce que certains protagonistes, israéliens dans le cas d’espèce, disposent de communicants professionnels, tandis que d’autres n’ont à offrir aux médias occidentaux que le calvaire de leurs civils.
Or inspirer la pitié ne constitue pas une arme politique efficace ; mieux vaut contrôler le récit des événements. Depuis des décennies, on nous explique donc qu’Israël « riposte » ou « réplique ». Ce petit État pacifique, mal protégé, sans allié puissant, parvient pourtant toujours à l’emporter, parfois sans une égratignure… Pour qu’un tel miracle s’accomplisse, chaque affrontement doit débuter au moment précis où Israël s’affiche en victime stupéfaite de la méchanceté qui l’accable (un enlèvement, un attentat, une agression, un assassinat). C’est sur ce terrain bien balisé que se déploie ensuite la doctrine de l' »équilibre ». L’un s’indignera de l’envoi de roquettes contre des populations civiles ; l’autre lui objectera que la « riposte » israélienne fut beaucoup plus meurtrière. Un crime de guerre partout, balle au centre, en somme.
Et ainsi on oublie le reste, c’est à dire l’essentiel : l’occupation militaire de la Cisjordanie, le blocus économique de Gaza, la colonisation croissante des terres. Car l’information continue ne semble avoir jamais assez de temps pour creuser ce genre de détails. Combien de ses plus gros consommateurs savent-ils, par exemple, qu’entre la guerre des six jours et celle d’Irak, soit entre 1967 et 2003, plus du tiers des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies ont été transgressées par un seul État, Israël, et que souvent elles concernaient… la colonisation de territoires palestiniens ? Autant dire qu’un simple cessez-le-feu à Gaza reviendrait à perpétuer une violation reconnue du droit international.
On ne peut pas compter sur Paris pour le rappeler. Depuis qu’il a déclaré, le 9 juillet dernier, sans un mot pour les dizaines de victimes civiles palestinienne, qu’il appartenait au gouvernement de Tel-Aviv de « prendre toutes les mesures pour protéger sa population face aux menaces », M. François Hollande ne se soucie plus d’équilibre. Il est devenu le petit télégraphiste de la droite israélienne.

Un article de Serge Halimi dans Le Monde Diplomatique d’août 2014.