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La médiacratie en génuflexion

Quand la Terre cesse de tourner, et qu’il n’y a plus d’autre recours pour échapper à la valse des spécialistes que de couper le son et l’image. Pendant cinq jours, les médias audiovisuels se sont comportés en dévots. Un grand moment pour Stéphane Bern.
Nous avions connu ça chez nous avec Johnny Hallyday. Pardon pour la comparaison! Mais ce n”est pas tant cette inondation médiatique qui nous a choqués que le contenu du discours qui a accompagné chaque étape de ce long parcours de deuil, depuis Balmoral jusqu’à Westminster, où il n’a été question que de foules éplorées et recueillies, jusqu’à ce moment d’extase quand les deux couples princiers ont semblé se réconcilier aux abords de Buckingham. Nous étions invités à être les dupes de ce qui ressemblait pourtant à une mise en scène.
Le journal de 20 heures était devenu une sorte de tabloïd britannique. La directrice de Point de vue, Adélaïde de Clermont-Tonnerre, était omniprésente sur les écrans de télévision.
Juste retour des choses, puisque cette héritière d’une grande famille de nobles est la descendante d’un certain Stanislas de Clermont-Tonnerre, qui défendit Louis XVI et la royauté jusqu’à la dernière extrémité. Ce qui donnait à nos « talk-shows » un petit côté « Ancien Régime » qui est peut-être plus d’actualité qu’on ne croit.
Enfin, tout ça manquait furieusement du plus élémentaire des pluralismes. Qu’étaient devenus tous les Britanniques qui ne se sentaient pas affligés par le deuil ? Qu’étaient devenus les républicains ? On dit qu’ils sont près de 20 % en Angleterre même, et plus parmi les jeunes.
Sans parler de l’Écosse et de l`Irlande, où des iconoclastes ont chanté « Lizzy’s in a box » à Dublin, et organisé un concert de klaxons à Londonderry, qui n’a pas oublié le massacre des républicains par l’armée en 1972. Sans aller jusqu’à ces marques cruelles d’irrévérence, on aurait pu aller voir du côté des Jamaïcains de Brixton ou des déshérités de Birmingham ou de Liverpool… On aurait pu s’interroger sur cette vague de grèves dans ce pays si merveilleux que l’on nous donnait à admirer ? Où étaient passés Ken Loach et Michael Leigh? Les pauvres ne manquent pourtant pas en Grande-Bretagne, qui a le pénible privilège d’être sans doute le pays le plus inégalitaire d’Europe. Où était la contestation grandissante des frais colossaux d’entretien de la famille, de ses terres, de ses
châteaux et de ses écuries ?
Un mot est revenu sans cesse dans les commentaires : stabilité. Que la monarchie britannique soit gage de stabilité ne fait évidemment aucun doute. Ce n’est pas le constat qui peut choquer, mais l’absence de distance avec des valeurs érigées en vertus cardinales. La continuité et le statu quo ne font pas forcément les affaires de ceux qui veulent changer la société dans le sens d’une plus grande justice sociale.
À son insu, la reine était un pieux mensonge. Elle incarnait une tempérance et une bienveillance en trompe-l’œil dans une société qui est impitoyable et violente. À cet égard, que le dernier geste d’Elizabeth ait été d’adouber Liz Truss, qui se présente comme l’héritière de Thatcher, a quelque chose de symbolique.

Extrait d’un article de Denis Sieffert dans Politis du 15 septembre 2022.

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Le quotidien de référence et la censure

Le Monde aime à se présenter comme « le quotidien de référence ». Ainsi, tout organe de presse pourra désormais se prévaloir du précédent accompli par le journal du soir quand il s’excusera auprès du chef de l’État pour un article qui aura déplu à celui-ci. En effet, après avoir dépublié (ou, en l’occurrence, censuré, selon le dictionnaire des synonymes) sur son site, le 1er septembre, la tribune du chercheur en science politique Paul Max Morin portant sur les propos tenus le 26 août par Emmanuel Macron lors de son voyage en Algérie, Le Monde s’est expliqué dans un premier et bref texte s’achevant en ces termes : « Le Monde présente ses excuses à ses lectrices et lecteurs, ainsi qu’au président de la République. »
On peut être à la fois poli et donner un signal inquiétant en faveur du recul de la liberté de la presse en France.
Intitulée « Réduire la colonisation en Algérie à une « histoire d’amour » parachève la droitisation de Macron sur la question mémorielle », cette tribune a pourtant été commandée, puis réceptionnée, lue, validée par la rédaction et publiée dans l’édition papier (datée du
2 septembre), mais tout cela… « trop rapidement » (sic), comme l’a affirmé le quotidien dans un second texte d’explication.
Dans cette autojustification sinueuse, on peut aussi relever ceci : « Les pages Débats du Monde ont vocation à accueillir des analyses et des points de vue, y compris très polémiques. Nous ne pouvons nous permettre d’y accueillir des textes comportant des erreurs factuelles. »
Écrivant dans sa tribune : « En cinq ans, la colonisation sera passée dans le verbe présidentiel d’un « crime contre l’humanité » (2017) à « une histoire d’amour qui a sa part de tragique » », Paul Max Morin aurait été fort malcomprenant. La parole présidentielle,
en réponse à un journaliste, avait été celle-ci : « Non mais, vous savez, c’est une histoire d’amour qui a sa part de tragique. Il faut pouvoir se fâcher pour se réconcilier. J’essaie, depuis que je suis président de la République et même avant, de regarder notre passé
en face, je le fais sans complaisance. »
« Regarder notre passé en face… » : le chef de l’État ne faisait en effet aucunement allusion aux 130 années de colonisation que la France a imposées au peuple algérien…
Depuis son arrivée au pouvoir, Emmanuel Macron développe une dangereuse conception de son rapport à la presse, confondant aisément journalisme et communication. Raison de plus pour ne pas céder un pouce de son indépendance quand on se prétend « le quotidien de référence ».

Article de Christophe Kantcheff dans Politis du 08 septembre 2022.

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Les chiens de garde attaquent la Nupes

Aussitôt Emmanuel Macron réélu, les chiens de garde sécurisaient le périmètre de la « démocratie » en étouffant les critiques. Dire du président qu’il a été « mal élu » ? C’est « ébranler la légitimité du vote, et par là même les fondements de la démocratie représentative » pour Le Monde. C’est « alimenter une défiance dans les institutions, dans notre système démocratique » pour David Pujadas. Des syndicats qui souhaitent être pris en compte ? « C ‘est factieux ! » s’indigne Jean-Michel Aphatie. Ce n’était là qu’un début.

Pour Mathieu Bock-Côté (Europe 1, 27 avr.), « Jean-Luc Mélenchon veut accélérer la crise de régime », tenter « un coup de force » et « un dernier tour de piste avant de se laisser momifier vivant à la manière d’un petit Lénine français vénéré et contemplé par tous les sectateurs de la Révolution ». […]

L’éditocratie poursuivra précisément sur cette lancée. À commencer par Catherine Nay (Europe 1, 30 avr.) : Si ça ne se passe pas comme prévu, « il faudra aller chercher la victoire dans la rue pour faire avancer la société ». Qui le dit ? C ‘est la Clémentine Autain [sic]. Vous savez avec son joli sourire et ses yeux myosotis. Et elle dit ça sans être morigénée par quiconque, c’est sa vision de la démocratie ! Ça s’appelle le fascisme à visage humain.
Dans Le Figaro (6 mai), Ivan Rioufol monte d’un cran : « S’il y a un totalitarisme qui vient, c’est au cœur de la gauche marxiste et révolutionnaire qu’il faut le traquer, comme toujours historiquement. » Et de poursuivre : « L’entourloupe sur « le cordon sanitaire » a permis à l’extrême gauche, sectaire et violente, de se comporter en terrain conquis. Oui, il y a un danger pour la République. Mais il est à débusquer dans la stratégie d’infiltration insurrectionnelle du soi-disant Insoumis. »

[…]

Sur LCI (6 mai), Jean-François Kahn qualifie sans rire les Insoumís de « néo-bolcheviks ». « Un parti factieux, séditieux ? » interroge de son côté Frédéric Haziza (Radio J, 8 mai). « Une secte » affirmait deux jours plus tôt Philippe Val (Europe 1, 6 mai) : « Une secte dont certains militants se radicalisent sur Internet, […]
Le 2 mai, date de l’accord entre La France insoumise et Europe Écologie Les Verts (EELV), David Reyrat, journaliste sportif au Figaro, synthétise : « Pour être certain de ne pas être coincé dans une faille temporelle. On parle bien en 2022 de porter au pouvoir en France des trotskistes, des maoïstes, des communistes, des khmers verts. En 2022. En France. C’est bien ça ? Vous confirmez ? » (Twitter, 2 mai, tweet supprimé depuis). Franz-Olivier Giesbert confirme dans Le Point (5 mai) : « La haine est en marche et rien ne semble pouvoir l’arrêter. » On ne le lui fait pas dire… « Certes, nous ne sommes pas en 1789 quand la populace saccageait et pillait tout sur son passage. Il y a en ce printemps ensoleillé mais saturnien beaucoup d’électricité dans l’air, une violence verbale peu ordinaire, en particulier du côté des chefs à plume de la France insoumise. » Et le non-violent-Verbal de qualifier les responsables insoumis de « mufles » et de « braillards », quelques lignes seulement avant de fustiger la « décomposition démocratique » du pays : « Une partie des « élites » de la France d’en haut commence à basculer dans l’extrémisme de gauche ». Diantre ! L’élite médiatique, au moins, aura été épargnée.

Extraits du numéro de juillet 2022 de Médiacritique(s), magazine trimestriel d’Acrimed.

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La campagne 2022 des média

« Spectacularisée », la campagne présidentielle s’est déclinée dans les médias audiovisuels à travers plusieurs dizaines de créneaux politiques par semaine, dont le « bruit » fut amplifié dans et par la presse écrite. « Éditorialisée », elle fut commentée à outrance par le huis-clos des journalistes politiques, dans des dispositifs fac-similés de «C dans l,air››, de BFM-TV à France Inter en passant par France 2, qui réussit l’exploit de masser dix-sept éditorialistes autour d’un seul et même plateau (p. 32). « Feuilletonnée », elle fut traitée par le petit bout de la lorgnette : polémiques, transferts, communication, petites phrases, sondomanie, coulisses, indiscrétions et chuchotements. Journalisme hippique, journalisme de slogan, journalisme de commentaire : la campagne de l’élection présidentielle de 2022 fut, en un mot, dépolitisée (p. 46).

 

Hormis quelques formats ayant permis de traiter des questions de fond, les médias dominants ont mis en musique une campagne à leur image, pour les besoins de leur fonctionnement autophage. Jusqu’au néant au carré : en l’occurrence sur BFM-TV, où les têtes d’affiche commentent ce qu’elles ont commenté les jours passés (p. 8)! Englué dans ses routines, le journalisme politique prétend d’une chaîne à l’autre « se renouveler », « se distinguer »… en faisant toujours à l’identique, le mimétisme présidant tant à la fabrique de l’agenda qu’à la hiérarchisation de l’information, et, enfin, au mode de traitement de « l’actualité ».

 

Pas étonnant, dès lors, de constater partout les mêmes biais. Par exemple : la campagne médiatique en faveur de Yannick Jadot lors de la primaire écologiste, « choix de la raison » contre Sandrine Rousseau, clouée au pilori pour « wokisme » et « discours victimaire » (p. 4); la polarisation de l’agenda autour de l’extrême droite, la fabrique puis la surexposition d’Éric Zemmour, pour laquelle l’Arcom épinglait dix médias le 31 mars, dont France Inter et France 5 ; la surmédiatisation de la « primaire populaire » (p. 26) ; la marginalisation systématique des « petits candidats » et enfin, le journalisme de révérence dont a bénéficié Emmanuel Macron, d’opérations de communication (p. 14) en récits propagandistes (p. 22) portant au pinacle le « chef de guerre » et « protecteur de la Nation » (p. 20).

 

De quoi souligner combien les médias pèsent volontairement ou non – sur le champ politique d’une part, et altèrent la perception par le public des enjeux et des acteurs d’une campagne présidentielle d’autre part.
Car pendant ce temps, des enjeux aussi centraux que la santé ou le climat sont invisibles. À partir d’une étude du « Face au 7/9 » (France Inter) et de « Élysée 2022 » (France 2), des étudiantes en journalisme ont montré que seules 9 questions des journalistes sur 475 ont porté sur le système de santé (La Feuille, EPJT, mai 2022).
« L’Affaire du siècle » (regroupement d’ONG) a quant à elle révélé que les questions climatiques n’ont représenté que 3,6 % du « volume rédactionnel » de 120 médias de février à avril 2022 (Libération, 8 avr.).

 

Dans ce marasme, et alors que les conditions de travail des journalistes se dégradent toujours davantage (p. 3), les chefferies éditoriales oscillent entre autocélébration et déni. Pire : une fois tournée la page des appels rituels au barrage d’une extrême droite qu’elles ont contribué à normaliser (p. 40), elles se remettent en selle pour une cabale massive contre la gauche. « Fascisme à visage humain », « danger pour la France », « sixième pilier de l’islam »… La France insoumise, et derrière elle la « Nouvelle union populaire écologique et sociale » pour les élections législatives, déchaînent les chiens de garde. Bref, ne mâchons pas nos mots : les médias dominants posent un problème démocratique majeur.

Édito du numéro de mai-juin 2022 de Médiacritique(s), magazine trimestriel d’Acrimed.

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Eugénie Bastié et les média

Eugénie Bastie est désormais une personnalité du théâtre de marionnettes qu’est la télévision. Nous l’avons vu apparaître en 2015 lors de la création de la revue Limite par des jeunes « cathos-décroissants ». Elle y était rédactrice en chef associée. Répugnant plus que tout aux cabales qui sont la marque de fonctionnement des mass media – ici, ânonner que cette revue est encore aujourd’hui un nid d’ultra-archi-méga-réactionnaires, ce qui est faux -, nous ne nous attarderons pas sur le sujet. Disons simplement que Limite est une revue d’opinion qui défend ses convictions chrétiennes, ce qui est son droit le plus strict, et qui ose s’afficher comme partisane de la décroissance, ce qui est déjà remarquable dans le paysage médiatique actuel, notamment face à ses calomniateurs complétement à la botte.
« je suis jeune, je suis une fille, je sais que je suis ‘bankable’ « , avait reconnu à ses débuts Eugénie Bastié. Ça avait le mérite de la lucidité et de la franchise. Ce type de profil ne pouvait en effet qu’intéresser nos oligarques à la recherche d’agents pour leurs médias.
Eugénie Bastié s’est écartée progressivement de Limite pour privilégier sa carrière au Figaro puis à CNEWS. Le piège de la vanité s’est alors refermé sur elle. Nous la retrouvons aujourd’hui présentatrice d’une émission, Place aux idées, sur la chaîne de M. Bolloré. Mais accéder à la notoriété a un prix avec ce type de grands prédateurs. Et c’est là que l’on va se marrer, car c’est aussi l’objet de cette rubrique. La voici donc désormais animatrice télé comme les autres, jeune femme obligée de tenir le crachoir et d’assurer la promotion des nouveaux chefs-d’œuvre des vieux mâles blancs réacs qui font la joie des médias droitards.
[…]
Revenons au propos d’introduction d’Eugénie Bastié sur les mass media. L’idée selon laquelle ceux-ci ne déterminent pas les élections est évidemment une blague. Seuls les gogos la gobent encore, mais ils sont hélas nombreux. D’autant plus que ce mensonge fait bien entendu partie intégrante de la propagande médiatique. Il faut habiter une autre planète pour ne pas les voir battre campagne actuellement pour leur candidat et celui qu’ils ont désigné pour être son faire-valoir.
Inutile de nous lancer ici dans une énième démonstration que « l’opinion, ça se travaille », elle a été faite à de multiples reprises. Ce canular est bien sûr répété à l’envi par tous ceux qui « veulent en être », comme Eugénie Bastié.
Les pires insultes à la Ferry/Bruckner & Cie ne sont d’ailleurs jamais loin contre ceux qui décrivent simplement la réalité de la structuration économique des grands médias. La présentatrice de CNews voudrait de surcroît nous faire avaler que ce discours critique est spécifiquement « de gauche », et qu’il prendrait les citoyens pour des neuneus (Séguéla ne dit pas autre chose contre les réfractaires à la pub). Les 10 milliardaires et l’État qui possèdent tous les mass media y martèlent la promotion d’une idéologie capitaliste libérale à laquelle s’est soumise la plus large partie de la gauche, quand celle-ci n’en n’a pas été fer de lance. […]

Car la soumission à cette « médiacratie » – titre d’un vieux livre de feu le journaliste-vedette François-Henri de Virieu – est la condition d’accès à la parole publique, donc au pouvoir. Refusez-la et vous vous retrouverez à contribuer à nos Samizdat contemporains, c’est-à-dire l’équivalent des revues dissidentes qui étaient distribuée sous le manteau en URSS. Donc à lire La Décroissance !

Extraits d’un article de Vincent cheynet dans le journal La Décroissance d’avril 2022.

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Censure en démocratie

Ce n’était déjà pas simple avant, mais depuis l’apparition du Covid, il est devenu à peu près impossible d’émettre la moindre critique sur la vaccination, en général. L’interdiction de douter concerne bien tout ce qui touche de près ou de loin à la vaccination.
Exemple, avec le problème des adjuvants aluminiques : des scientifiques tout à fait sérieux soupçonnent que l’aluminium contenu dans certains vaccins puisse provoquer des troubles importants chez certaines personnes, en provoquant notamment une maladie appelée myofasciite à macrophages (Lire L’âdf n° 159). Les recherches en la matière avaient donné naissance à un documentaire tout aussi sérieux, intitulé L’aluminium, les vaccins et les 2 lapins. Mis en ligne sur le site de l’association d’entraide aux malades de myofasciite à macrophages (E3M), celui-ci a été tout bonnement supprimé par Youtube le 1er février 2022. Prétexte avancé par la plateforme : « Informations médicales incorrectes ». Nouveau gardien de la vérité, Youtube (détenu par Google) a ainsi supprimé en février plusieurs vidéos portant sur le sujet. La dernière en date est le documentaire Aluminium, notre poison quotidien, qui ne devait pourtant pas être totalement délirant, puisqu’il avait été diffusé sur France 5 en 2011. L’association E3M a engagé un référé contre Google.

Article paru dans l’âge de faire de mai 2022.

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Censure covidienne

[…] il y avait des choses que je ne comprenais pas. Ni intellectuellement ni moralement. Pourquoi ne pas respecter le B.A BA des plans pour faire face à une épidémie : tester-isoler-soigner ? Pourquoi mettre hors jeu la médecine de ville ? Et tout faire reposer sur l’hôpital public en sachant l’état ou il est. On s’est privé de tous nos atouts !

 

Sébastien Boitel : Êtes-vous sorti de vos domaines de compétence  ?

 

Laurent Mucchielli : C’est ce qu’on dit pour me discréditer et ne pas discuter du fond. D’autant que mon expérience m’a aidé. Montrer comment on joue sur la peur, je le fais depuis 20 ans. Mettre en évidence les phénomènes de corruption aussi. Dans mon manuel de sociologie, je consacre un chapitre à la délinquance en col blanc. Notamment au sein de l’industrie pharmaceutique. Voilà pourquoi, avant même les vaccins, j’étais préparé. Et pour travailler, je me suis entouré d’une cinquantaine de personnes. Quant à l’intitulé de mon travail, il n’a pas bougé : Enquête sur la gestion politico-sanitaire de la crise du Covid. De la sociologie, pas de la virologie.

 

SB : D’où le terme « doxa »…

 

LM : Popularisé par Bourdieu, cela désigne à la fois le discours dominant et des dominants. Et indique que ce qui est raconté est une construction qui s’est imposée comme une pseudo-évidence. Grâce à un certain nombre de mécanismes.
D’abord la peur : avec ce virus, on va tous mourir ! Ensuite l’impuissance : on ne peut pas soigner. D’où le confinement. Seul moyen d’en sortir ? Le vaccin. Avec, tout au long, une normalisation éditoriale avec constitution d’un espace légitime de discussion. En rejetant tout ce qui contrevient au discours officiel dehors, dans cette catégorie fourre-tout de « complotisme ».
Et ce, grâce à l’alliance de fait entre plusieurs acteurs : l’industrie pharmaceutique dont le marketing devient message politique ; l’OMS dont le principal financeur est la fondation Bill Gates, soutien massif des vaccins ; les gouvernements ; les médias, de plus en plus dans la com’ et les Gafam avec des phénomènes de censure gravissimes.

 

SB : Quid de Mediapart qui a « dé-publié » un des billets de votre blog ?

 

LM : J’ai subi leur censure non pas une mais quatre fois. Pour des articles rédigés avec des médecins, des universitaires… Voilà pourquoi je fais mes adieux à un média qui dit défendre la liberté d’expression, les lanceurs d’alerte, les intellectuels critiques mais qui n’a jamais répondu à mes demandes. Et qui, dans cette crise, a raconté la même chose que les autres.

Extrait d’un entretien de Laurent Mucchielli dans le mensuel Le ravi de mars 2022.

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Fascisme et médias

Les médias ne sont pas les principaux responsables de l’enracinement de l’extrême droite en France, produit en premier lieu de différentes crises (politique, économique, sociale) et d’une configuration politique où se conjuguent, sur un temps long, l’orientation néolibérale des politiques publiques, le durcissement autoritaire de l’État, le renforcement du nationalisme et du racisme, l’assise du Front national et l’affaiblissement politique de la classe ouvrière (Ugo Palheta, La possibilité du fascisme. France, la trajectoire du désastre.). Le préciser d’emblée ne revient ni à « atténuer » notre critique des médias, ni à sous-estimer leur rôle dans la progression de l’extrême droite. Les médias ont bien contribué à sa banalisation et à sa légitimation : il importe d’en comprendre les mécanismes.

La dépolitisation de la politique et de l’extrême droite

Le journalisme politique dominant spécule. Triture la tambouille politicienne, commente les élections comme une course de petits chevaux, disserte sur les « passes d’armes » et les « petites phrases », « décrypte » les stratégies de communication, scrute les bruits de couloirs, jongle avec les enquêtes de popularité et les sondages. Cette mise en scène médiatique des enjeux politiques – exacerbée par temps d’élections au détriment, trop souvent, de l’information sur les débats de fond – modèle depuis des décennies une vision politicienne de la politique qui profite à l’extrême droite : elle contribue à détourner de larges fractions de la population (en particulier dans les classes populaires) de la politique tout en donnant beaucoup de grain à moudre aux discours « anti-système » factices du FN et de ses affidés.

 

Conjointement, c’est avec cette même lorgnette que le journalisme dominant a dépolitisé et banalisé le FN et Marine Le Pen – et ce activement à partir de janvier 2011, date à laquelle cette dernière prit la présidence du parti. Le processus semble désormais abouti : en mars 2019, Nathalie Saint-Cricq (alors cheffe du service politique de France 2) la déclarait « hyper dédiabolisée », paraphrasée deux ans plus tard par sa consœur Léa Salamé face au président du RN, Jordan Bardella : « À force de vouloir banaliser votre discours, n’êtes-vous pas devenu banal ? » (France Inter, 28 sept. 2021) Jusqu’à réécrire l’histoire : « Marine Le Pen n’a jamais véritablement eu de discours radicaux […] Moi, je n’ai jamais vu de propos racistes dans un meeting. » (Dominique Reynié, France 5, 29 sept. 2021) Une « dédiabolisation » largement performative, passée d’une prophétie médiatique oralisant la communication du parti par et sur lui-même, à une mise en pratique chronique de la part des grands médias. Avec, comme fidèles compagnons de route, les instituts de sondage.

 

Dans « La construction sondagière du Rassemblement national » (Politika, 3 janv.), Alexandre Dézé – maître de conférences en science politique à l’université de Montpellier – montre « à partir d’un examen critique de différents sondages produits au cours de ces dix dernières années » (et de leurs mésusages médiatiques), comment ces derniers, « devenus centraux dans le traitement médiatique du Front national/Rassemblement national, ont contribué à la construction d’une réalité en partie irréelle du parti, en le présentant comme une organisation renouvelée, en surévaluant de manière quasi-systématique son potentiel électoral ou encore en accentuant sa normalité au prix d’une interprétation biaisée des résultats d’enquêtes ».

Début d’un dossier dans le numéro de janvier 2022 de Médiacritique(s), magazine trimestriel d’Acrimed.

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BFMTV, chaîne d’info ?

C’est devenu un réflexe de zapper sur BFMTV comme autrefois on allumait une radio pour écouter un flash. Sans parler des écrans allumés non-stop dans les cafés, les restos… et les ministères. À ces téléviseurs s’ajoutent les réseaux sociaux, où les chaînes postent sans arrêt des extraits d’émissions, comme l’abjection d’Yves Thréard citée plus haut, suscitant partages, indignations, détournements qui renforcent leur visibilité. Conséquence : les politiques y sont accros. Pour les seconds couteaux ou les petits nouveaux, c’est un moyen d’exister. S’y presse aussi la fine fleur du journalisme français. Enfin, la fine fleur… Peu de représentants des médias indépendants mais, à foison, des « toutologues » de journaux et de radios appartenant à des groupes privés détenus par des milliardaires. Les chaînes info constituent ainsi un concentré du système médiatique dominant.
Elles ont une influence majeure sur l’agenda, la hiérarchie et le cadrage de l’actualité. Elles jouent un rôle moteur dans ce que Bourdieu appelait dès 1996 la « circulation circulaire de l’information » qui, depuis, s’est intensifiée et accélérée avec l’apparition des réseaux sociaux et de ces chaînes.

Pour savoir quelle place y tiennent l’extrême droite et ses idées, visitons le site de l’Arcom (ex-CSA). L’autorité de contrôle et de régulation des médias audiovisuels veille à l’équité des temps de parole des candidats. Selon son décompte, cette équité est à peu prés respectée, du moins si l’on se réfère aux équilibres établis par les fichus sondages – dont ces télés font grand usage. Une étrangeté cependant : BFMTV accorde plus de temps à Zemmour et à ses représentants que CNews, dont on sait qu’elle roule pour le candidat de Bolloré. Alors, prenons d’autres statistiques. Sur tous les tweets de BFMTV à propos de ersonnalités politiques du 7 septembre au 7 octobre derniers, comptabilisés par Libération : 432 sont dédiés à Zemmour, presque quinze par jour (I), trois fois plus que le nombre de messages consacrés à la deuxième plus citée… Marine Le Pen.
Quelques mois plus tard, la première semaine de février, les tweets mentionnant Zemmour et Le Pen ont représenté deux tiers de ceux postés pour BFMTV, trois quarts pour CNews. Cette prédominance révèle bien mieux que le décompte de l’Arcom la réalité de ce qui se passe sur les antennes. Pour en avoir une idée, observons une soirée. Pas sur CNews, caricatural ramassis de réacs, où l’on réhabilite le nazisme pour mieux combattre « l’épuration » conduite, selon Eugénie Bastié, par des féministes « radicales, intersectionnelles, Woke » qui veulent « désexiser » (sic) la société.

[…]

Seules la personnalité et la stratégie de Zemmour sont discutées, presque pas son programme ou son idéologie. Le chef du service politique de RMC revendique : « L’idée, c’est pas de faire de l’idéologie, des grandes théories. » Non, sur BFMTV, l’élection se joue comme une « course de petits chevaux ». Une compétition entre personnes, qu’importe si elles sont racistes, sexistes, homophobes, islamophobes… On ne parle même pas de candidat d’extrême droite, mais, comme Bruce Toussaint, de « candidat si particulier », soit une manière extrêmement dépolitisante d’aborder la politique

Extraits d’un article de Samuel Gontier dans le journal CQFD de mars 2022.

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Aides à la presse

Les pouvoirs publics soutiennent la presse ? Oui, massivement, mais seulement quand elle appartient à des grands patrons et/ou que les médias aidés les brossent dans le sens du poil ! Le Ravi, le journal d’enquête et de satire en Provence-Alpes-Côte d’Azur, critique envers tous les pouvoirs et n’appartenant qu’à ses lecteurs, se fait taper au portefeuille par des élus qui, la main sur le cœur, multiplient les déclarations d’amour pour la liberté d’expression, le pluralisme ou le droit à la satire. Et ce n’est pas le seul…
 

Pour la première fois en 18 ans, Le Ravi et l’association qui l’édite en menant des projets de journalisme participatif ou d’éducation aux médias et au dessin de presse, n’ont été soutenus en 2021 par aucune grande collectivité locale. Elles investissent toutes pourtant chaque année des millions dans la presse en y communiquant ou en y finançant des partenariats. Pour dénoncer cette hypocrisie et réclamer une autre politique publique de financement des médias en 2022, signez notre pétition !
 

Où qu’elle crèche, en région comme à Paris, la presse a le compte en banque bien serré. Fermeture des kiosques, baisse du nombre de lecteurs acceptant de payer pour de l’information, concentration sans précédent des médias dans les mains de capitaines d’industrie qui achètent avant tout de l’influence, pressions des géants du marché numérique…
 

Et les pouvoirs publics attribuent ces aides souvent de manière discrétionnaire, sans transparence sur leurs bénéficiaires ni sur les critères d’attribution.

Les plus grands groupes, aux mains d’une poignée de milliardaires comme ceux qui se disputent La Provence, captent l’essentiel des aides à la presse. Ils les dévoient parfois en utilisant cet argent pour réduire les effectifs de leurs rédactions, rendant le travail de leurs journalistes encore plus difficile.
 

Défendant des intérêts privés, ces groupes poussent des thèmes en avant, en occultent ou en minimisent d’autres, conduisant à un déni massif de démocratie. Des médias qui appartiennent à des industriels, dépendant de la commande publique et, pour certains comme Boloré ou Dassault, poussant un agenda politique clair : à (l’extrême) droite toute !

Contre cette marée montante de désinformation, les médias libres qui n’appartiennent pas à un milliardaire mais à leurs journalistes et leurs lecteurs, rament à la cuillère, envers et contre tout. A Paris comme en région, avec chacun leur ligne éditoriale et leur modèle économique, mais une même obsession : fournir au lecteur une information libre, contradictoire et de qualité (Cf l’appel « Ouvrez les fenêtres, lisez la presse indépendante« ).

Extrait d’un article dans le mensuel Le ravi de février 2022.