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20 heures, émouvoir et divertir

C’est du domaine de la colère intérieure, du haut-le-cœur muet devant sa télé, de la bouche bée devant un système jean-foutre. Ne pas compter sur ces gens-là pour te raconter ce qui est essentiel ici et dans le monde. Une fois passés les titres et les choix d’ouverture des journaux du soir ou du matin, une fois digérés le fait divers et la météo d’exception, bien sûr sans trop s’appesantir sur le contexte de changement climatique, voici les reportages à l’étranger.
En Israël, du spectaculaire, de l’innovant : des drones qui cueillent les pommes. Belle réalisation technologique longuement démontrée au pays où sévit l’apartheid puisque deux genres de citoyens sont clairement identifiés. Mais là – c’était sur France 2 -, pas question d’y faire référence, pas de reportage non plus sur les morts palestiniens, les destructions de maisons arabes au profit des colons et les exactions de l’armée occupante.
Non, les pommes d’abord ! Ainsi l’arrivée d’un gouvernement d’extrême-droite tout comme la répression menée par Israël contre les Palestiniens de Cisjordanie ne sont pas dignes d’intérêt ! Les pommes, vous dis-je.

Et c’est comme ça pour bien d’autres lieux étrangers. Sauf l’Ukraine, où la guerre oblige à respecter le travail des reporters. Mais en Afrique, les reportages sont des cartes postales, sur des safaris et des sites géographiques ; en Nouvelle-Calédonie – Certes c’est la France, mais c’est si loin… – on nous montre des touristes bien blancs, bien riches, en train de se pâmer devant la couleur bleu azur d’un lagon…
Désormais, le journalisme pratiqué et diffusé dès le second quart d’heure du JT est un divertissement. Dans le sens premier : divertir, c’est à dire conduire le regard vers autre chose, se tourner vers ailleurs.

Ah, heureusement, il reste quelques faits divers bien crapoteux pour assurer l’émotion et l’audience. Ainsi va la course médiatique, soucieuse de ne pas trop troubler le spectateur et d’éviter l’écart entre rumeur et réalité en se déportant vers de bien belles images tournées pour faire rêver et dignes d’alimenter les bavardages du lendemain.

Pas étonnant que la confiance dans le travail des journalistes se traîne en queue de peloton des enquêtes d’opinion. Pas surprenant que le nombre de téléspectateurs soit à la baisse. C’est inquiétant pour ce métier d’information où, chaque jour, il conviendrait de se demander ce qui est important, quelle est la hiérarchie des faits à rapporter. Mais je raisonne comme un sot nourri d’autrefois alors que la vague des jean-foutre caracole sur les réseaux télévisés à flux continu.

Article de Claude Sérillon dans Siné mensuel de décembre 2022.

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BFM et la liberté d’expression

Chez Télérama, Samuel Gontier a des collègues payés à « regarder des séries ». Son travail à lui est plus éprouvant. Chroniqueur télé, il s’inflige le pire du petit écran, du 20 heures de TF1 aux bavardages fascisants des plateaux de CNews. Reportages biaisés, déférence envers le pouvoir, propagande néolibérale, hostilité obsessionnelle aux grévistes, aux chômeurs, à l’islam et à l’immigration : dans la France de l’ère Macron, la désinformation télévisuelle bat son plein. Avec un style plein d’humour et d’ironie piquante, Samuel Gontier en rend compte dans ses articles, publiés depuis une quinzaine d’années par Télérama (et, occasionnellement, par CQFD).

Mais ce qui l’amène à comparaître ce 17 octobre devant la chambre des délits de presse du tribunal de Paris, c’est un simple tweet « Depuis l’arrivée de Marc-Olivier Fogiel à sa tête, la ligne éditoriale de BFM TV s’affermit : racisme, xénophobie et islamophobie à tous les étages. Et libre antenne à Luc Besson, accusé de viol. » Ni la chaîne ni l’animateur n’ont apprécié. Ils ont porté plainte en diffamation.

Le 9 octobre 2019, quand Samuel Gontier poste ce message sur le réseau social Twitter, c’est pour faire la réclame d’un de ses articles, tout juste mis en ligne sur le site de Télérama. Intitulé « Robert Ménard, Marine Le Pen et Jean-Pierre Chevènement en majesté sur BFMTV », le texte relate une journée ordinaire chez BFM, trois mois après l’arrivée de Marc-Olivier Fogiel à sa direction, en juillet 2019.
L’invité du matin ? Le politicien d’extrême droite Robert Ménard. Simplement présenté comme « maire sans étiquette de Béziers et fondateur de Reporters sans frontières », ledit Ménard est invité à parler… d’immigration.
Plus tard dans la journée, voici un débat entre éditorialistes. « La question n’est pas celle de l’immigration en général, elle est celle d’une immigration en particulier, qui a à voir avec la sphère arabo-musulmane et qui a à voir avec l’histoire de France », affirme Jean-Sébastien Ferjou, du site conservateur Atlantico. […]

Les chaînes d’infos en continu jouent un rôle primordial dans l’agenda et le cadrage médiatiques. Elles disent à quoi penser et comment y penser. […]

[…] le comptage du CSA n’a rien de fiable : si, comme Robert Ménard, ils ne sont pas clairement affiliés à un parti, les invités ne sont pas pris en compte. L’éditorialiste d’Atlantico qui prétend qu’il y a un problème avec l’immigration arabo-musulmane « n’est pas comptabilisé non plus ». Et puis, ce qui fait la ligne éditoriale d’une chaîne, c’est aussi le choix des sujets. « Passer des heures et des heures sur un fait divers impliquant un exilé afghan, c’est un choix, lance le journaliste […]

Extraits d’un article de Clair Rivière dans le journal CQFD de novembre 2022.

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Concentration des médias

La voracité de Vincent Bolloré pour étendre son empire a occulté les autres mouvements de concentration qui ont touché le paysage médiatique (et le monde de l’édition) ces derniers mois, à commencer par le projet (avorté) de fusion TF1-M6 (p. 3). Face à la gourmandise des milliardaires, le Sénat a mis en place une commission d’enquête entendant « mettre en lumière les processus ayant permis ou pouvant aboutir à une concentration dans les médias en France, et évaluer l’impact de cette concentration sur la démocratie ». Las, cinq mois plus tard, malgré de nombreuses auditions – dont celles d’Acrimed (p. 21) et des propriétaires de médias (p. 18) -, le rapport de la commission sénatoriale est resté bien trop timide.

Pourtant, la situation est préoccupante. D’un côté, des propriétaires qui ne se privent pas de peser sur la ligne éditoriale de leur média, notamment en période d’élections (p. 4), et qui peuvent pour cela s’appuyer sur des chefferies à leur écoute (p. 12). De l’autre, une financiarisation qui fait primer des logiques de rentabilité et de profitabilité, plutôt que d’investir dans le reportage et l’enquête (p. 14). S’il est donc nécessaire de « refonder la propriété des médias » et de donner plus de pouvoir aux rédactions, encore faut-il en discuter les modalités et les principes (p. 24).

L’un des chantiers majeurs est sans conteste celui du financement. Le dépôt de bilan du Ravi, début septembre, rappelle qu’il est impératif de soutenir les médias indépendants, par exemple en réorientant les aides à la presse, qui bénéficient actuellement aux plus riches (p. 8). Il est aussi nécessaire d’octroyer des moyens suffisants au service public de l’information. La suppression de la redevance, finalement promulguée cet été malgré une mobilisation en juin (p. 31), n’est de ce point de vue pas une bonne nouvelle. Pire, elle fragilisera un peu plus un audiovisuel public déjà exsangue. C’est pourquoi la refondation de l’audiovisuel public reste un combat à poursuivre, et des états généraux pourraient constituer une première étape vers une réappropriation des médias (p. 37).

En cahier central de ce numéro, nous glissons la désormais fameuse carte du paysage médiatique « Médias français : qui possède quoi ? », fruit d’un partenariat entre Acrimed et Le Monde diplomatique depuis 2016. Il s’agit de la dix-septième version, éditée en décembre 2021… en attendant la prochaine : dans le monde des grands médias, les transactions, rachats et autres OPA ne connaissent pas de trêve.

Édito-sommaire du numéro d’octobre-décembre 2022 de Médiacritique(s), magazine trimestriel d’Acrimed.

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Des médias à pleurer

Quelle tristesse! Quel drame!
La reine des Britanniques a cassé sa pipe en or à 96 ans dans sa propriété de Balmoral – 20000 hectares, 50 employés à demeure, plus de chambres que tous les palaces parisiens réunis – entourée de sa famille. Quelle terrible fin. On ne la souhaite à personne. La seule bonne nouvelle dans cette horrible tragédie est venue des radios, télés et journaux qui, pendant quarante-huit heures, n’ont parlé en boucle et non-stop que du décès de la Queen.
Plus de guerre en Ukraine, plus de dérèglement climatique, plus d’économies d’énergie à faire, plus d’inflation, plus de problème de pouvoir d’achat, même plus de Macron. La reine devrait mourir plus souvent!
Les médias, dans leur ensemble, ne cessent de nous surprendre. Gorbatchev meurt quelques jours plus tôt, les voilà qui survolent le sujet entre Paul Pogba qui aurait marabouté Kylian Mbappé et une histoire de char à voile pour les déplacements du PSG.
C’est un choix éditorial entre celui qui a changé le monde et celle qui a passé sa vie à changer de demeure.
Des médias que je remercie au passage.
Les journalistes du PAF m’ont enfin ouvert les yeux : « La France est triste. » « C’est la sidération dans tout le pays. » « Les Français pleurent la reine. » « La reine avait conquis nos cœurs… » Heureusement qu’ils sont là pour nous informer. Grâce à eux, j’ai découvert, ébahi, que j’aimais la reine.
Nous avons vécu minute par minute l’agonie, le trépas, la sidération, le recueillement, le voyage du cercueil, les déplacements du remplaçant écolo en avion privé, la famille à nouveau soudée, la fabrication des nouvelles tasses à thé, l’explication du protocole. Chacun y va de son témoignage poignant, et ça dure, la machine à niaiseries est en branle, on ne peut plus l’arrêter. Dans ce magma de platitudes, une phrase a retenu mon attention, elle est revenue à de nombreuses reprises : « Tant qu’on n’a pas vu le cercueil, on ne pouvait pas y croire. » Ça paraît con comme ça, mais cette touchante banalité m’a interpellé : est-ce qu’elle est vraiment dans la boîte ? Neuf jours, c’est long, ont-ils été obligés de l’empailler ? Y a-t-il un mannequin à l’intérieur ? Ou 200 kilos de cocaïne ! Pas bête, c’est la meilleure planque qui soit : elle a traversé tout le pays et personne n’oserait vérifier.
C’est dingue, dans un monde de progrès obligatoire et de modernité à tout prix, une vieille bourgeoise ringarde conservatrice ultra-traditionnaliste est considérée comme une icône. Serions-nous si paumés, en manque de valeurs et de repères ?
De ce point de vue, effectivement, la mort de la reine en dit long sur notre époque.

Article de Christophe Alévêque dans Siné mensuel d’octobre 2022.

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La médiacratie en génuflexion

Quand la Terre cesse de tourner, et qu’il n’y a plus d’autre recours pour échapper à la valse des spécialistes que de couper le son et l’image. Pendant cinq jours, les médias audiovisuels se sont comportés en dévots. Un grand moment pour Stéphane Bern.
Nous avions connu ça chez nous avec Johnny Hallyday. Pardon pour la comparaison! Mais ce n”est pas tant cette inondation médiatique qui nous a choqués que le contenu du discours qui a accompagné chaque étape de ce long parcours de deuil, depuis Balmoral jusqu’à Westminster, où il n’a été question que de foules éplorées et recueillies, jusqu’à ce moment d’extase quand les deux couples princiers ont semblé se réconcilier aux abords de Buckingham. Nous étions invités à être les dupes de ce qui ressemblait pourtant à une mise en scène.
Le journal de 20 heures était devenu une sorte de tabloïd britannique. La directrice de Point de vue, Adélaïde de Clermont-Tonnerre, était omniprésente sur les écrans de télévision.
Juste retour des choses, puisque cette héritière d’une grande famille de nobles est la descendante d’un certain Stanislas de Clermont-Tonnerre, qui défendit Louis XVI et la royauté jusqu’à la dernière extrémité. Ce qui donnait à nos « talk-shows » un petit côté « Ancien Régime » qui est peut-être plus d’actualité qu’on ne croit.
Enfin, tout ça manquait furieusement du plus élémentaire des pluralismes. Qu’étaient devenus tous les Britanniques qui ne se sentaient pas affligés par le deuil ? Qu’étaient devenus les républicains ? On dit qu’ils sont près de 20 % en Angleterre même, et plus parmi les jeunes.
Sans parler de l’Écosse et de l`Irlande, où des iconoclastes ont chanté « Lizzy’s in a box » à Dublin, et organisé un concert de klaxons à Londonderry, qui n’a pas oublié le massacre des républicains par l’armée en 1972. Sans aller jusqu’à ces marques cruelles d’irrévérence, on aurait pu aller voir du côté des Jamaïcains de Brixton ou des déshérités de Birmingham ou de Liverpool… On aurait pu s’interroger sur cette vague de grèves dans ce pays si merveilleux que l’on nous donnait à admirer ? Où étaient passés Ken Loach et Michael Leigh? Les pauvres ne manquent pourtant pas en Grande-Bretagne, qui a le pénible privilège d’être sans doute le pays le plus inégalitaire d’Europe. Où était la contestation grandissante des frais colossaux d’entretien de la famille, de ses terres, de ses
châteaux et de ses écuries ?
Un mot est revenu sans cesse dans les commentaires : stabilité. Que la monarchie britannique soit gage de stabilité ne fait évidemment aucun doute. Ce n’est pas le constat qui peut choquer, mais l’absence de distance avec des valeurs érigées en vertus cardinales. La continuité et le statu quo ne font pas forcément les affaires de ceux qui veulent changer la société dans le sens d’une plus grande justice sociale.
À son insu, la reine était un pieux mensonge. Elle incarnait une tempérance et une bienveillance en trompe-l’œil dans une société qui est impitoyable et violente. À cet égard, que le dernier geste d’Elizabeth ait été d’adouber Liz Truss, qui se présente comme l’héritière de Thatcher, a quelque chose de symbolique.

Extrait d’un article de Denis Sieffert dans Politis du 15 septembre 2022.

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Le quotidien de référence et la censure

Le Monde aime à se présenter comme « le quotidien de référence ». Ainsi, tout organe de presse pourra désormais se prévaloir du précédent accompli par le journal du soir quand il s’excusera auprès du chef de l’État pour un article qui aura déplu à celui-ci. En effet, après avoir dépublié (ou, en l’occurrence, censuré, selon le dictionnaire des synonymes) sur son site, le 1er septembre, la tribune du chercheur en science politique Paul Max Morin portant sur les propos tenus le 26 août par Emmanuel Macron lors de son voyage en Algérie, Le Monde s’est expliqué dans un premier et bref texte s’achevant en ces termes : « Le Monde présente ses excuses à ses lectrices et lecteurs, ainsi qu’au président de la République. »
On peut être à la fois poli et donner un signal inquiétant en faveur du recul de la liberté de la presse en France.
Intitulée « Réduire la colonisation en Algérie à une « histoire d’amour » parachève la droitisation de Macron sur la question mémorielle », cette tribune a pourtant été commandée, puis réceptionnée, lue, validée par la rédaction et publiée dans l’édition papier (datée du
2 septembre), mais tout cela… « trop rapidement » (sic), comme l’a affirmé le quotidien dans un second texte d’explication.
Dans cette autojustification sinueuse, on peut aussi relever ceci : « Les pages Débats du Monde ont vocation à accueillir des analyses et des points de vue, y compris très polémiques. Nous ne pouvons nous permettre d’y accueillir des textes comportant des erreurs factuelles. »
Écrivant dans sa tribune : « En cinq ans, la colonisation sera passée dans le verbe présidentiel d’un « crime contre l’humanité » (2017) à « une histoire d’amour qui a sa part de tragique » », Paul Max Morin aurait été fort malcomprenant. La parole présidentielle,
en réponse à un journaliste, avait été celle-ci : « Non mais, vous savez, c’est une histoire d’amour qui a sa part de tragique. Il faut pouvoir se fâcher pour se réconcilier. J’essaie, depuis que je suis président de la République et même avant, de regarder notre passé
en face, je le fais sans complaisance. »
« Regarder notre passé en face… » : le chef de l’État ne faisait en effet aucunement allusion aux 130 années de colonisation que la France a imposées au peuple algérien…
Depuis son arrivée au pouvoir, Emmanuel Macron développe une dangereuse conception de son rapport à la presse, confondant aisément journalisme et communication. Raison de plus pour ne pas céder un pouce de son indépendance quand on se prétend « le quotidien de référence ».

Article de Christophe Kantcheff dans Politis du 08 septembre 2022.

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Les chiens de garde attaquent la Nupes

Aussitôt Emmanuel Macron réélu, les chiens de garde sécurisaient le périmètre de la « démocratie » en étouffant les critiques. Dire du président qu’il a été « mal élu » ? C’est « ébranler la légitimité du vote, et par là même les fondements de la démocratie représentative » pour Le Monde. C’est « alimenter une défiance dans les institutions, dans notre système démocratique » pour David Pujadas. Des syndicats qui souhaitent être pris en compte ? « C ‘est factieux ! » s’indigne Jean-Michel Aphatie. Ce n’était là qu’un début.

Pour Mathieu Bock-Côté (Europe 1, 27 avr.), « Jean-Luc Mélenchon veut accélérer la crise de régime », tenter « un coup de force » et « un dernier tour de piste avant de se laisser momifier vivant à la manière d’un petit Lénine français vénéré et contemplé par tous les sectateurs de la Révolution ». […]

L’éditocratie poursuivra précisément sur cette lancée. À commencer par Catherine Nay (Europe 1, 30 avr.) : Si ça ne se passe pas comme prévu, « il faudra aller chercher la victoire dans la rue pour faire avancer la société ». Qui le dit ? C ‘est la Clémentine Autain [sic]. Vous savez avec son joli sourire et ses yeux myosotis. Et elle dit ça sans être morigénée par quiconque, c’est sa vision de la démocratie ! Ça s’appelle le fascisme à visage humain.
Dans Le Figaro (6 mai), Ivan Rioufol monte d’un cran : « S’il y a un totalitarisme qui vient, c’est au cœur de la gauche marxiste et révolutionnaire qu’il faut le traquer, comme toujours historiquement. » Et de poursuivre : « L’entourloupe sur « le cordon sanitaire » a permis à l’extrême gauche, sectaire et violente, de se comporter en terrain conquis. Oui, il y a un danger pour la République. Mais il est à débusquer dans la stratégie d’infiltration insurrectionnelle du soi-disant Insoumis. »

[…]

Sur LCI (6 mai), Jean-François Kahn qualifie sans rire les Insoumís de « néo-bolcheviks ». « Un parti factieux, séditieux ? » interroge de son côté Frédéric Haziza (Radio J, 8 mai). « Une secte » affirmait deux jours plus tôt Philippe Val (Europe 1, 6 mai) : « Une secte dont certains militants se radicalisent sur Internet, […]
Le 2 mai, date de l’accord entre La France insoumise et Europe Écologie Les Verts (EELV), David Reyrat, journaliste sportif au Figaro, synthétise : « Pour être certain de ne pas être coincé dans une faille temporelle. On parle bien en 2022 de porter au pouvoir en France des trotskistes, des maoïstes, des communistes, des khmers verts. En 2022. En France. C’est bien ça ? Vous confirmez ? » (Twitter, 2 mai, tweet supprimé depuis). Franz-Olivier Giesbert confirme dans Le Point (5 mai) : « La haine est en marche et rien ne semble pouvoir l’arrêter. » On ne le lui fait pas dire… « Certes, nous ne sommes pas en 1789 quand la populace saccageait et pillait tout sur son passage. Il y a en ce printemps ensoleillé mais saturnien beaucoup d’électricité dans l’air, une violence verbale peu ordinaire, en particulier du côté des chefs à plume de la France insoumise. » Et le non-violent-Verbal de qualifier les responsables insoumis de « mufles » et de « braillards », quelques lignes seulement avant de fustiger la « décomposition démocratique » du pays : « Une partie des « élites » de la France d’en haut commence à basculer dans l’extrémisme de gauche ». Diantre ! L’élite médiatique, au moins, aura été épargnée.

Extraits du numéro de juillet 2022 de Médiacritique(s), magazine trimestriel d’Acrimed.

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La campagne 2022 des média

« Spectacularisée », la campagne présidentielle s’est déclinée dans les médias audiovisuels à travers plusieurs dizaines de créneaux politiques par semaine, dont le « bruit » fut amplifié dans et par la presse écrite. « Éditorialisée », elle fut commentée à outrance par le huis-clos des journalistes politiques, dans des dispositifs fac-similés de «C dans l,air››, de BFM-TV à France Inter en passant par France 2, qui réussit l’exploit de masser dix-sept éditorialistes autour d’un seul et même plateau (p. 32). « Feuilletonnée », elle fut traitée par le petit bout de la lorgnette : polémiques, transferts, communication, petites phrases, sondomanie, coulisses, indiscrétions et chuchotements. Journalisme hippique, journalisme de slogan, journalisme de commentaire : la campagne de l’élection présidentielle de 2022 fut, en un mot, dépolitisée (p. 46).

 

Hormis quelques formats ayant permis de traiter des questions de fond, les médias dominants ont mis en musique une campagne à leur image, pour les besoins de leur fonctionnement autophage. Jusqu’au néant au carré : en l’occurrence sur BFM-TV, où les têtes d’affiche commentent ce qu’elles ont commenté les jours passés (p. 8)! Englué dans ses routines, le journalisme politique prétend d’une chaîne à l’autre « se renouveler », « se distinguer »… en faisant toujours à l’identique, le mimétisme présidant tant à la fabrique de l’agenda qu’à la hiérarchisation de l’information, et, enfin, au mode de traitement de « l’actualité ».

 

Pas étonnant, dès lors, de constater partout les mêmes biais. Par exemple : la campagne médiatique en faveur de Yannick Jadot lors de la primaire écologiste, « choix de la raison » contre Sandrine Rousseau, clouée au pilori pour « wokisme » et « discours victimaire » (p. 4); la polarisation de l’agenda autour de l’extrême droite, la fabrique puis la surexposition d’Éric Zemmour, pour laquelle l’Arcom épinglait dix médias le 31 mars, dont France Inter et France 5 ; la surmédiatisation de la « primaire populaire » (p. 26) ; la marginalisation systématique des « petits candidats » et enfin, le journalisme de révérence dont a bénéficié Emmanuel Macron, d’opérations de communication (p. 14) en récits propagandistes (p. 22) portant au pinacle le « chef de guerre » et « protecteur de la Nation » (p. 20).

 

De quoi souligner combien les médias pèsent volontairement ou non – sur le champ politique d’une part, et altèrent la perception par le public des enjeux et des acteurs d’une campagne présidentielle d’autre part.
Car pendant ce temps, des enjeux aussi centraux que la santé ou le climat sont invisibles. À partir d’une étude du « Face au 7/9 » (France Inter) et de « Élysée 2022 » (France 2), des étudiantes en journalisme ont montré que seules 9 questions des journalistes sur 475 ont porté sur le système de santé (La Feuille, EPJT, mai 2022).
« L’Affaire du siècle » (regroupement d’ONG) a quant à elle révélé que les questions climatiques n’ont représenté que 3,6 % du « volume rédactionnel » de 120 médias de février à avril 2022 (Libération, 8 avr.).

 

Dans ce marasme, et alors que les conditions de travail des journalistes se dégradent toujours davantage (p. 3), les chefferies éditoriales oscillent entre autocélébration et déni. Pire : une fois tournée la page des appels rituels au barrage d’une extrême droite qu’elles ont contribué à normaliser (p. 40), elles se remettent en selle pour une cabale massive contre la gauche. « Fascisme à visage humain », « danger pour la France », « sixième pilier de l’islam »… La France insoumise, et derrière elle la « Nouvelle union populaire écologique et sociale » pour les élections législatives, déchaînent les chiens de garde. Bref, ne mâchons pas nos mots : les médias dominants posent un problème démocratique majeur.

Édito du numéro de mai-juin 2022 de Médiacritique(s), magazine trimestriel d’Acrimed.

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Eugénie Bastié et les média

Eugénie Bastie est désormais une personnalité du théâtre de marionnettes qu’est la télévision. Nous l’avons vu apparaître en 2015 lors de la création de la revue Limite par des jeunes « cathos-décroissants ». Elle y était rédactrice en chef associée. Répugnant plus que tout aux cabales qui sont la marque de fonctionnement des mass media – ici, ânonner que cette revue est encore aujourd’hui un nid d’ultra-archi-méga-réactionnaires, ce qui est faux -, nous ne nous attarderons pas sur le sujet. Disons simplement que Limite est une revue d’opinion qui défend ses convictions chrétiennes, ce qui est son droit le plus strict, et qui ose s’afficher comme partisane de la décroissance, ce qui est déjà remarquable dans le paysage médiatique actuel, notamment face à ses calomniateurs complétement à la botte.
« je suis jeune, je suis une fille, je sais que je suis ‘bankable’ « , avait reconnu à ses débuts Eugénie Bastié. Ça avait le mérite de la lucidité et de la franchise. Ce type de profil ne pouvait en effet qu’intéresser nos oligarques à la recherche d’agents pour leurs médias.
Eugénie Bastié s’est écartée progressivement de Limite pour privilégier sa carrière au Figaro puis à CNEWS. Le piège de la vanité s’est alors refermé sur elle. Nous la retrouvons aujourd’hui présentatrice d’une émission, Place aux idées, sur la chaîne de M. Bolloré. Mais accéder à la notoriété a un prix avec ce type de grands prédateurs. Et c’est là que l’on va se marrer, car c’est aussi l’objet de cette rubrique. La voici donc désormais animatrice télé comme les autres, jeune femme obligée de tenir le crachoir et d’assurer la promotion des nouveaux chefs-d’œuvre des vieux mâles blancs réacs qui font la joie des médias droitards.
[…]
Revenons au propos d’introduction d’Eugénie Bastié sur les mass media. L’idée selon laquelle ceux-ci ne déterminent pas les élections est évidemment une blague. Seuls les gogos la gobent encore, mais ils sont hélas nombreux. D’autant plus que ce mensonge fait bien entendu partie intégrante de la propagande médiatique. Il faut habiter une autre planète pour ne pas les voir battre campagne actuellement pour leur candidat et celui qu’ils ont désigné pour être son faire-valoir.
Inutile de nous lancer ici dans une énième démonstration que « l’opinion, ça se travaille », elle a été faite à de multiples reprises. Ce canular est bien sûr répété à l’envi par tous ceux qui « veulent en être », comme Eugénie Bastié.
Les pires insultes à la Ferry/Bruckner & Cie ne sont d’ailleurs jamais loin contre ceux qui décrivent simplement la réalité de la structuration économique des grands médias. La présentatrice de CNews voudrait de surcroît nous faire avaler que ce discours critique est spécifiquement « de gauche », et qu’il prendrait les citoyens pour des neuneus (Séguéla ne dit pas autre chose contre les réfractaires à la pub). Les 10 milliardaires et l’État qui possèdent tous les mass media y martèlent la promotion d’une idéologie capitaliste libérale à laquelle s’est soumise la plus large partie de la gauche, quand celle-ci n’en n’a pas été fer de lance. […]

Car la soumission à cette « médiacratie » – titre d’un vieux livre de feu le journaliste-vedette François-Henri de Virieu – est la condition d’accès à la parole publique, donc au pouvoir. Refusez-la et vous vous retrouverez à contribuer à nos Samizdat contemporains, c’est-à-dire l’équivalent des revues dissidentes qui étaient distribuée sous le manteau en URSS. Donc à lire La Décroissance !

Extraits d’un article de Vincent cheynet dans le journal La Décroissance d’avril 2022.

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Censure en démocratie

Ce n’était déjà pas simple avant, mais depuis l’apparition du Covid, il est devenu à peu près impossible d’émettre la moindre critique sur la vaccination, en général. L’interdiction de douter concerne bien tout ce qui touche de près ou de loin à la vaccination.
Exemple, avec le problème des adjuvants aluminiques : des scientifiques tout à fait sérieux soupçonnent que l’aluminium contenu dans certains vaccins puisse provoquer des troubles importants chez certaines personnes, en provoquant notamment une maladie appelée myofasciite à macrophages (Lire L’âdf n° 159). Les recherches en la matière avaient donné naissance à un documentaire tout aussi sérieux, intitulé L’aluminium, les vaccins et les 2 lapins. Mis en ligne sur le site de l’association d’entraide aux malades de myofasciite à macrophages (E3M), celui-ci a été tout bonnement supprimé par Youtube le 1er février 2022. Prétexte avancé par la plateforme : « Informations médicales incorrectes ». Nouveau gardien de la vérité, Youtube (détenu par Google) a ainsi supprimé en février plusieurs vidéos portant sur le sujet. La dernière en date est le documentaire Aluminium, notre poison quotidien, qui ne devait pourtant pas être totalement délirant, puisqu’il avait été diffusé sur France 5 en 2011. L’association E3M a engagé un référé contre Google.

Article paru dans l’âge de faire de mai 2022.