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Environnement

Planification écologique

Mesure pivot du programme de La France insoumise (LFI), la planification écologique a été reprise in extremis par le candidat Emmanuel Macron, dont le programme est pourtant aux antipodes de celui de Jean-Luc Mélenchon.

Cherchez l’erreur… Certes, on peut constater la similarité apparente des propositions concernant la responsabilité politique de la planification écologique, attribuée au Premier ministre dans les deux cas. Ce qui revient à reconnaître qu’a minima l’une des fonctions de la planification est d’assurer la cohérence de l’ensemble des politiques publiques face à l’objectif écologique.
Mais là s’arrêtent les analogies. Car, sauf à renier sa vision du monde, Emmanuel Macron mettra en œuvre une planification favorable à la croissance et au capitalisme néolibéral et mondialisé. La sortie du système productiviste et extractiviste dominant ne sera donc pas un objectif assigné à la planification écologique. Encore moins celui de sobriété, ni la « règle verte » proposée par LFI, qui consiste à « ne pas prélever sur la nature plus de ressources que ce qu’elle peut reconstituer ».

Il en va de même de la transformation de la répartition des richesses, nécessaire pour réduire les inégalités face au changement climatique. Car cette politique imposerait une fiscalité renforcée sur le capital et les revenus des grandes entreprises et des ménages les plus riches, principaux pollueurs, à rebours des politiques appliquées pendant le premier quinquennat.

Un autre enjeu majeur porte sur la démocratie. Pour paraphraser le Président dans son discours « écologique » de Marseille du 16 avril : la planification écologique sera démocratique ou ne sera pas. Car il est essentiel que l’ensemble des acteurs soient associés aux décisions et à leur mise en œuvre, à toutes les échelles territoriales.
Ce qui est incompatible avec la conception autoritaire et technocratique du pouvoir d’Emmanuel Macron.
Au soir de son élection, acquise grâce au vote d’une minorité d’électeurs inscrits, celui-ci a indiqué qu’il gouvernerait la France autrement. Mais le fâcheux précédent la Convention citoyenne pour le climat montre que la démocratie participative et citoyenne a peu de poids face aux lobbys de la FNSEA et du Medef, principaux alliés du Président.
Instaurer une planification démocratique nécessite des réformes institutionnelles ambitieuses et contraignantes.
Par exemple, comme le propose LFI, la création d’un Conseil de planification écologique, rassemblant les syndicats, les représentants des branches patronales et des citoyens tirés au sort. De son côté, Emmanuel Macron n’a pas tenu sa promesse de réformer la constitution alors que deux modifications importantes étaient prévues : introduire dans l’article 1 le fait que « la République garantit la préservation de l’environnement et de la diversité biologique » et créer une « chambre du futur », siégeant au Parlement, en remplacement du Conseil économique, social et environnemental. Autant de réformes avortées qui auraient contribué à conforter la planification écologique.

Article de Dominique Plihon dans Politis du 05 mai 2022.

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Économie Environnement Politique Société

Démocratie et énergies fossiles

« L’argent qui finance cette agression est directement lié au changement climatique, puisque cet argent vient des énergies fossiles, pétrole et gaz. Si nous ne dépendions pas de ces énergies, la Russie n’aurait pas les moyens pour entreprendre cette guerre », déclarait Svitlana Krakovska, la représentante ukrainienne au Giec.
Dans Carbon Democracy, Timothy Mitchell a théorisé le fait que la dimension démocratique d’un pays est inversement proportionnelle à ses ressources fossiles. Avec la guerre en Ukraine, nous avons passé un nouveau cap : c’est une arme. Cette guerre est biface. D’un côté, l’Occident prétend faire le blocus économique le plus sévère depuis 1945 et, de l’autre, tous les jours, plus de 650 millions d’euros sont versés en achat de pétrole, de gaz et de charbon. Toutes les banques russes sont exclues du système interbancaire Swift, sauf les deux plus importantes, qui gèrent les revenus issus de ressources fossiles. Nous sommes loin de la confrontation entre deux blocs ! Le capitalisme a la capacité de lier les blocs démocrates et autoritaires.

Les énergies fossiles ont été essentielles à l’accélération du capitalisme aux XIXe et XXe siècles. L’accès à des énergies à bas coût a permis d’accélérer la productivité, et donc la croissance. Mais ces énergies sont émettrices de gaz à effet de serre. Elles sont la première raison des changements climatiques qui ont fait entrer l’humanité dans l’ère de l’anthropocène.
La realpolitik des pays occidentaux a amplifié notre dépendance au gaz et au pétrole russes, mais aussi à toutes les matières premières, dont l’uranium, provenant de régimes autoritaires. Notons cette corrélation entre économie fondée sur la rente géologique et régime
autoritaire, que l’Équatorien Alberto Acosta avait décrite dans son livre La Malédiction de l’abondance.
Les pays occidentaux ont laissé prospérer des régimes autoritaires pour avoir un accès aux énergies fossiles à un prix faible. Dans les pays producteurs, une minorité a récupéré la rente au détriment de la population.

Début d’un article de Jérôme Gleizes dans Politis du 31 mars 2022.

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Environnement L'énergie en France Politique Société

Guerres et énergies

Cette guerre de la ressource, nous nous en rapprochons avec le retour du conflit à la lisière de l’Europe. La Russie, redevenue une grande puissance énergétique, tient à le faire savoir avec son arsenal mis à jour grâce aux revenus du pétrole et du gaz. Mais qui donc a bien pu financer de tels investissements militaires ? C’est nous, principalement !
Avec le concours des autres pays « développés » qui, c’est bien connu, ont des idées puisqu’ils n’ont pas de pétrole ! La première (et seule idée) ayant été d’en acheter à des pétromonarchies, des dictatures ou des pays pour le moins totalitaires, ici ou là. Et qui pour nous « défendre » ?
Les États-Unis ? Ceux-ci étant redevenus un des principaux producteurs de charbon, de gaz ou de pétrole « non conventionnel », pour nous en vendre au mépris des destructions que cela entraîne sur leur propre sol et pour le climat en général.
Nous avons ainsi financé, pour faire rouler nos tonnes de ferraille afin d’être « libres », la militarisation de tous les producteurs. « Vous oubliez l’énergie électrique, propre, décarbonée, solidaire, etc., etc. » Il n’y a pas encore et il n’y aura pas de mines d’électricité, les chimères sont de faibles recours face à la situation actuelle.

Extrait d’un article de Bruno Clémentin dans le journal La Décroissance de mars 2022.

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Environnement Société

Privatiser les gènes

[…] durant les années 2000, les lobbies agro-industriels et la Commission européenne, qui lui est favorable, ont peu à peu perdu la bataille des OGM transgéniques. Ils ont donc délaissé ce domaine et ont investi leurs capitaux ailleurs.
À tel point qu’aujourd’hui, la technique de la transgenèse apparaît archaïque ! Ainsi, on constate actuellement une « poussée » de l’appropriation du vivant de deux manières.

La première, c’est le développement de nouveaux OGM par d’autres techniques que la transgenèse, et la pression sur les instances politiques européennes pour que ces nouveaux OGM ne soient pas encadrés strictement comme le sont les OGM transgéniques.
La principale technique dans ce cas est la mutagenèse. Elle n’est pas nouvelle, mais a été révolutionnée ces dernières années du fait de différentes innovations technologiques. Je pense à l’émergence des techniques de régénération des cellules végétales multipliées en laboratoire. Il y a eu également la baisse incroyable du coût du séquençage génétique, divisé par 100 000 en dix ans. Ajoutez à cela d’autres innovations et vous obtenez une explosion des nouvelles techniques génétiques. Sans entrer dans les détails, aujourd’hui, le
lobby biotechnologique joue aux apprentis-sorciers. C’est pour cette raison que nous luttons pour faire en sorte que ces nouveaux OGM ne soient pas exclus du champ d’application de la réglementation sur les OGM. La bataille juridique et politique est en cours.

[…] Le brevetage des gènes est une autre façon de privatiser toujours plus le vivant. Jusque dans les années 90, le droit de propriété intellectuelle le plus utilisé était le droit d’obtention végétale (Dov), qui repose sur la caractérisation des variétés : telle pomme jaune et grosse par exemple. Or, pour les obtenteurs, c’est-à-dire les firmes qui vivent des brevets comme BASF ou Bayer, l’inconvénient avec le Dov, c’est que si je croise cette pomme avec une pomme rouge, et que j’obtiens une pomme aussi grosse mais rouge, le propriétaire de la pomme jaune perd ses Dov sur cette pomme croisée avec « ma » variété. Or, avec l’évolution du « génie » génétique, Bayer et consorts peuvent isoler le gène qui rend la pomme grosse : aujourd’hui, ils déposent les brevets sur les gènes, ce qui leur permet d’exiger des droits, c’est-à-dire de l’argent, sur l’ensemble des variétés dans lesquelles on retrouve ces gènes. Hier, il y avait quelques gènes brevetés, comme le fameux gène de Monsanto qui permet à la plante de résister au Roundup. Aujourd’hui, ce brevetage des gènes a explosé, et s’étend aussi aux gènes « natifs » qui sont présents à l’état naturel.

[…] Dans les années 2000, certains programmes mondiaux « publics-privés », comme Divseek, financé en partie par la Banque mondiale, ont conduit au séquençage du génome de l’ensemble des plantes présentes dans les banques de semences. Cela s’est traduit par la constitution d’immenses bases de données numériques, contenant d’une part les séquences génétiques, d’autre part les caractères des plantes (résistance, taille, etc.), le tout mis à disposition des industriels. Il ne restait plus qu’à croiser les données de ce « Big
data » pour « découvrir » que statistiquement, tel gène correspond à tel caractère. Ce gène est ensuite isolé, sélectionné et introduit par les généticiens dans ce qu’on appelle les « variétés élites » existantes.
Le gène est ensuite breveté, et même s’il ne produit pas lui-même des semences, le détenteur du brevet pourra réclamer des droits de propriété pour toutes les plantes qui contiennent ce gène et expriment le caractère associé.

Extrait d’un entretien de Guy Kastler dans l’âge de faire de mars 2022.

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Économie Environnement

Capitalisme et dérèglement climatique

Pour lutter contre le changement climatique, il faut s’attaquer à sa cause. Deux principales sont proposées.

Une, qualifiée d’anthropocène, dénonce la responsabilité de l’espèce humaine, qui, par nature, produirait et consommerait toujours plus nous menant inexorablement dans le mur. La solution serait de changer nos comportements. Mais, mettant sur le même pied le milliardaire et le chômeur en fin de droits, elle néglige trop les inégalités croissantes du monde réel pour être opérationnelle.

L’autre, partage l’idée d’une transformation de nos modes de production et de consommation, mais en les appelant par leur nom : le capitalisme. C’est lui, c’est-à-dire le rapport social qui sépare les propriétaires des grands moyens de production des travailleurs, qui serait responsable de la crise globale de notre monde.

Sa logique profonde, c’est la recherche sans fin du profit, transformant en marchandise tout ce qui peut en procurer. Ce qui compte n’est pas la valeur d’usage des biens et services produits, mais ce que rapporte leur vente.
Quand un produit révèle sa nocivité, comme le tabac, l’amiante, aujourd’hui le pétrole ou les pesticides, l’industrie qui le fournit ou l’utilise commence par nier tout effet nocif. Et quand les effets sont trop visibles, elle lutte juridiquement pour échapper aux
condamnations. Enfin, elle promet de se transformer pour être le leader des changements nécessaires.
Total est la dernière des grandes entreprises qui vient d’être épinglée alors qu’elle connaissait depuis 50 ans les conséquences climaticides de son activité. Et aujourd’hui elle s’engage à être exemplaire tout en se préparant à extraire 2,2 milliards de barils en Ouganda.

Le profit reste le but

Mais la dissimulation d’informations remettant en cause une production n’est pas la seule pratique d’une entreprise soucieuse d’abord de ses profits.
Le gâchis d’intelligence pour truquer les contrôles, comme l’a fait Volkswagen, en est un exemple. Ou la levée de plus de 700 millions d’euros d’une start-up pour produire des vignettes de footballers, dont on peut questionner l’utilité sociale.

Et quand cette utilité existe, le profit reste le but, comme Pfizer, qui préfère vacciner les enfants des pays riches plutôt que
les centaines de millions d’Africains non solvables, au risque d’une relance de la pandémie.
C’est la société qui devrait pouvoir décider ce qui doit être produit dans l’intérêt général et pas les seuls propriétaires des moyens de production.
Tant qu’extraire un baril de pétrole, qu’émettre une tonne de CO2 ou licencier un travailleur seront rentables, ce baril sera extrait, cette tonne sera émise et ce travailleur sera licencié.

Article de Gilles Rotillon, économiste atterré, dans l’âge de faire de janvier 2022.

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Environnement Société

Une écologie de consensus

Une écologie de consensus, zéro idéologie, ni de droite ni de gauche ? Cet impératif, sauver la planète, nous rassemblerait tous, riches et pauvres, damnés de la Terre et actionnaires, par-delà les frontières, tous unis contre la catastrophe en cours ? Ce nouveau spectre, le réchauffement, imposerait une Sainte-Alliance et mettrait fin à « l’histoire de toute société jusqu’à nos jours », qui n’a été, selon Marx, « que l’histoire des luttes de classes. Hommes libres et esclaves, patriciens et plébéiens, barons et serfs, maîtres de jurandes et compagnons, en un mot, oppresseurs et opprimés, en opposition constante, [qui] ont mené une guerre ininterrompue, tantôt ouverte, tantôt dissimulée » ?

 

Voilà qui ferait taire, aussi, le milliardaire américain Warren Buffett, lui qui estimait : « La guerre des classes existe, c’est un fait, mais c’est la mienne, la classe des riches, qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la remporter » ? Une « guerre » qui ne vaudrait pas pour l’environnement ? Au contraire, me semble-t-il. Au contraire.

La crise écologique aiguise cette lutte, la renforce. La « guerre » ne porte plus seulement sur le niveau de vie, mais sur la vie elle-même.

Nous sommes engagés, vous, moi, mes enfants, dans un combat, celui des « Terriens » contre des « forces destructrices », de l’intérêt général contre les multinationales. Nous avons des adversaires, et ils sont organisés, avec des bataillons d’avocats, de lobbies, d’éditorialistes, d’élus, jusqu’au sommet des États, qui tout à la fois mènent la guerre et, chez nous, la dissimulent, qui la déguisaient hier sous des études climato-sceptiques, qui la masquent aujourd’hui sous la « croissance verte », le « développement durable », « nous ne pouvons agir seuls », « il nous faut un cadre européen », « ne pas nuire à la compétitivité », etc.

 

Ailleurs, cette « guerre » ne se dissimule pas, elle est ouverte. Les « forces destructrices » disposent de la police et de l’armée, de mercenaires qui, pour défendre leurs intérêts, fonciers, miniers, laissent des cadavres derrière eux. J’avais votre âge, environ, quand j’ai dévoré Mon combat pour la forêt, de Chico Mendes, son autobiographie, rachetée dans une réderie. « Au début, je pensais que je me battais pour sauver les hévéas, écrivait le syndicaliste brésilien. Puis j’ai pensé que je me battais pour sauver la forêt amazonienne. Maintenant, je sais que je me bats pour l’humanité. » Il l’a payé, à 44 ans, mon âge aujourd’hui, assassiné par les propriétaires terriens, les éleveurs de bétail. Malheureusement, il a de la compagnie au paradis : d’après l’ONG britannique Global Witness, quatre militants écolos sont tués chaque semaine.
Nous n’en sommes pas là, Rémi Fraisse excepté. Pas encore.

Extrait du livre Il est où, le bonheur de François Ruffin.

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Environnement

Greenwashing de la commission européenne

Les groupes de défense de l’environnement au Club de Rome en passant par la puissante coalition d’investisseurs IIGCC, qui pèse 50 000 milliards de dollars d’actifs et réunit plus de 370 institutions, les critiques ne cessent de pleuvoir. Tous accusent la Commission européenne d’avoir dévoyé un outil qui devait être la pièce maîtresse de la stratégie finance durable de l’Union européenne (UE) pour en faire un nouveau standard du greenwashing.

La Chine et la Russie, deuxième producteur de gaz au monde, ont exclu le gaz de leur taxonomie. La Corée du Sud en a écarté le nucléaire, et la norme ISO a décidé de bannir les deux. Mais l’UE soi-disant leader de la finance durable et de la lutte contre le dérèglement climatique, décide de les inclure. Ce qui, au passage, ruine la crédibilité de l’outil et risque de saper ses chances d’atteindre ses propres objectifs en matière climatique, trompant ainsi les investisseurs sur la direction à donner d’urgence à leurs capitaux.

D’après l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la neutralité carbone à l’horizon 2050 suivant une « trajectoire 1,5 °C » implique de multiplier par six la production d’électricité à partir du solaire et de l’éolien d’ici à 2030, et de décarboner totalement la production d’électricité européenne d’ici à 2035.
La Commission ne piétine pas seulement le travail et les recommandations des membres de la plateforme finance durable de l’UE et, précédemment, du groupe technique d’experts sur le financement durable (TEG). Elle va aussi à l’encontre des standards qui existent
déjà au niveau européen en matière de finance durable (il est à relever que le nucléaire et le gaz sont également exclus du label français Greenfin) et rend de facto la taxonomie inutile […]

Début de l’article de Lucie Pinson dans Politis du 27 janvier 2022.

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Environnement

Dérèglement climatique et responsabilités individuelles

En 2019, le cabinet de conseil Carbone 4 a sorti un rapport montrant que même si chaque Français adoptait les écogestes les plus « héroïques » – ne plus jamais prendre l’avion, arrêter de manger de la viande, faire systématiquement du covoiturage, etc. -, les émissions de gaz à effet de serre ne diminueraient que de 25 %, ce qui est largement insuffisant.
Ces écogestes, ça peut être un premier pas vers le militantisme, quelque chose qui peut nous sensibiliser à la fragilité du monde, mais jusqu’à présent ça a surtout été utilisé pour culpabiliser les gens, notamment les classes populaires – et je ne pense pas que la culpabilisation soit un bon vecteur de mobilisation.
Je pense que l’importance démesurée accordée aux comportements des individus permet avant tout d’invisibiliser la structure sociale du chaos climatique. Elle reflète le triomphe de la logique libérale dominante : l’individualisation de la responsabilité. Au même titre que le racisme ou le sexisme ne sont pas le fruit de relations interindividuelles, mais le produit de rapports de domination et de constructions sociohistoriques, au même titre que les violences policières sont systémiques et non pas commises par de rares individus, le changement climatique n’est en rien la conséquence d’une somme de responsabilités individuelles.

Une avalanche de rapports scientifiques martèle qu’i1 faut stopper dès maintenant toute nouvelle activité industrielle liée aux énergies fossiles. Et on sait désormais que chaque dixième de degré compte […]

 

Toute firme, banque ou États qui continue à mettre de l’argent dans les énergie fossiles relève forcément du criminel climatique puisqu’ils le font en toute connaissance de cause.

[…]

Depuis 2015, on sait que pour limiter le chaos sur Terre lié au dérèglement climatique, il faudrait laisser dans le sous-sol 80 % des réserves de charbon, la moitié de celles de gaz et un tiers de celles de pétrole.
Alors qu’on devrait déjà être dans une dynamique de freinage assez radical des énergies fossiles, ces sociétés ont des projets d’extension de plus 20 % d’ici 2030.

Extraits d’un entretien de Mickaël Correia, auteur de Criminels climatiques, dans le journal CQFD de janvier 2022.

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Économie Environnement

Matières premières

Aujourd’hui, le secteur des métaux consomme plus de 12 % de la consommation mondiale d’énergie et chacune des étapes de la chaîne de valeur de l’industrie métallique (extraction, raffinage, etc.) consomme une quantité importante d’eau. Nous avons réalisé des travaux de modélisation de consommation de nombreux métaux dans des scénarios climatiques contraints à l’horizon 2050 et les résultats sont particulièrement instructifs. En effet, l’urgence climatique impose la décarbonation des secteurs électriques ou du
transport et la substitution des technologies traditionnelles (centrales à charbon, véhicules thermiques, etc.) par des technologies plus « soutenables » (éolien, solaire, véhicule électrique). Or, ces technologies contiennent plus de matériaux (rapportés au MW installé) que les technologies traditionnelles. Dans nos scénarios climatiques contraints à 2 °C de réchauffement, nous allons consommer près de 90 % des ressources existantes en cuivre, 87 % de celles de bauxite, 83 % du cobalt, 60 % du nickel et 30 % du lithium dans les trois prochaines décennies.

Ainsi, ce ne sont pas seulement les métaux dits technologiques ou stratégiques (lithium, cobalt et terres rares) qui seront affectés mais bien l’ensemble des métaux. Le XXIème siècle sera un nouvel âge d’or pour les métaux ! Une voiture électrique consomme en moyenne 80 kg de cuivre, contre seulement 20 kg pour un véhicule thermique. Le cuivre pourrait être le métal le plus contraint dans les décennies à venir car il est consommé dans de nombreux secteurs (construction, infrastructures, biens de consommation) et la transition énergétique ajoutera ainsi une couche supplémentaire sur la demande de cuivre. Si nous ne devrions pas observer de contraintes géologiques sur les terres rares, ce sont des problématiques environnementales qui pourraient à terme en limiter la production. Sur l’ensemble des marchés, des contraintes environnementales (pollution des sols, gestions des déchets), géopolitiques (concentration des réserves ou de la production) ou économiques (présence de monopoles ou d’oligopoles) rendent les perspectives incertaines.

[…]

Cet enfermement vient de l’image que véhicule l’automobile dans nos sociétés et des valeurs qui lui sont attachées : liberté et individualisation notamment. En outre, il vient d’une incompréhension globale du cycle de vie d’un véhicule électrique. Les émissions de gaz à effet de serre se concentrent beaucoup plus sur la phase de production de la batterie et du véhicule que sur son usage. En outre les batteries ou les véhicules sont composés de matériaux (lithium, cobalt, cuivre, etc.) dont la disponibilité risque d’être critique dans les décennies à venir. La fabrication de « tanks électriques » ne permettra absolument pas de faire face à l’urgence climatique. Ce type de véhicule donne l’impression de faire un geste pour l’environnement, alors que les questions climatiques requièrent à l’opposé de prendre en compte la sobriété dans nos comportements de consommation. La sobriété constituerait une réponse collective permettant de modérer la consommation d’énergie et de matériaux de la société : sobriété d’usage (utilisation optimale des équipements, modération de la vitesse des véhicules, etc.), sobriété conviviale (mutualisation, comme l’autopartage), sobriété dimensionnelle (adaptation des équipements aux usages) ou sobriété structurelle (organisation des espaces de vie et de travail pour réduire les distances parcourues).

Extraits d’un entretien d’Emmanuel Hache, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), dans le journal La Décroissance de décembre 2021.

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Environnement

Le nucléaire vert

La centrale d’EDF, déjà très gourmande en eau (154 millions de m2 d’eau prélevés en 2020, de quoi remplir plus de 60 000 fois une piscine olympique), veut encore augmenter ses prélèvements dans le fleuve. Et ses rejets. Car c’est tout un cocktail que le site nucléaire déverse chaque année dans la Loire : 88,3 tonnes de produits chimiques (chiffres 2020 EDF), auxquels s’ajoutent les rejets radioactifs (dont 51 000 milliards de becquerels dus au tritium).

En 2020, la centrale nucléaire de Belleville a rejeté :

  • 42 tonnes de chlorures
  • 18 tonnes de sodium
  • 13,5 tonnes de cuivre
  • 6,1 tonnes d’acide borique
  • 5 tonnes de zinc
  • 2,6 tonnes d’AOX (organochlorés)
  • 392 kilos d’azote global (ammonium, nitrites, nitrates)
  • 268 kilos de morpholine
  • 190 kilos de phosphates
  • 164 kilos de détergents
  • 0,58 kilo d’hydrazine
  • 0,28 kilo de lithine

EDF a demandé à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) de modifier ses autorisations de rejets et de prélèvements dans l’environnement pour créer une station de déminéralisation avec l’eau du fleuve. Pourquoi ? Parce que légionelles et amibes, des micro-organismes vecteurs de maladies graves, adorent les ambiances chaudes et humides. Elles pullulent dans les tours aéro-réfrigérantes et les circuits de refroidissement.

Pour lutter contre la prolifération de ces agents pathogènes que l’industriel a créée, EDF a besoin d’importantes quantités de monochloramine, un mélange d’eau de javel, d’ammoniaque et d’eau déminéralisée. Et parfois aussi de chlore. Le tout sera rejeté dans la Loire. On imagine aisément l’effet de ces produits biocides sur les autres organismes vivants dans le fleuve et ses environs.

Extrait d’un article paru dans la revue Sortir du nucléaire de l’automne 2021.