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Consommation Économie Société

Libre-échange et conditions de travail

Le règne du libre-échange a ceci d’admirablement cohérent qu’il ne se contente pas d’orchestrer la guerre des pauvres à l’échelle des individus. La mise en concurrence de chacun contre tout le monde autour de l’os à ronger des emplois délocalisables ne s’acharne pas seulement sur les travailleurs du premier monde et les forçats d’Asie, d’Afrique du Nord ou d’Europe de l’Est : elle attise aussi les rivalités entre pays « low cost ».

Depuis quelques mois, le gouvernement du Bangladesh scrute avec consternation les accords de libre-échange que l’union européenne est en train de négocier dans son dos avec l’Inde et le Vietnam. S’ils aboutissent, ces accords ouvriront les vannes aux exportations de textile indien et vietnamien à destination du marché européen. Pour le Bangladesh, qui écoule 65% de sa production de liquettes vers l’Europe, les conséquences seraient évidemment calamiteuses. « Nous risquons de perdre une bonne partie de nos bénéfices à l’exportation », s’alarme le Daily Star, un quotidien bangladais proche du pouvoir. Lequel prédit, sur la foi d’un calcul d’une précision ésotérique, une « chute du produit intérieur brut de 0.27% » (05/03/14).

Les zombies de Bruxelles objecteront que ce n’est que justice : le Bangladesh bénéficie déjà d’un traité de libre-échange avec l’UE, qui l’autorise à ravitailler Carrefour, H&M ou Benetton sans payer un sou de taxes douanières. En vertu de quoi le pays des usines tueuses occupe la deuxième place – après la Chine – au rang des plus gros fournisseurs de fringues de la France. Pourquoi l’Inde et le Vietnam, deux de ses plus redoutables concurrents sur le marché mondial du textile, n’auraient-ils pas droit eux aussi à la munificence libérale du club européen ?

Les féticheurs bruxellois sont décidément d’impayables farceurs. En juillet 2013, trois mois après le massacre du Rana Plaza (plus de mille cent ouvrières bangladaises mortes écrabouillées dans l’effondrement de leur usine), le commissaire européen au commerce, Karel de Gucht, lançait en grande pompe un « pacte sur la durabilité » visant à « soutenir le Bangladesh dans ses efforts pour éviter une autre tragédie comme celle du Rana Plaza ». Tu parles d’un soutien. En multipliant les accords de libre-échange qui dérégulent davantage encore le champs de bataille planétaire du prêt-à-porter, l’UE alourdit la pression sur le secteur textile au Bangladesh – la première ressource du pays – et contribue indirectement à rendre plus infernales les conditions de travail de ses quatre à cinq millions d’ouvrières.

Le gouvernement et le patronat bangladais peuvent bien claironner qu’ils ont recruté deux cents inspecteurs pour veiller à la sécurité dans les usines, histoire de faire joli dans les brochures des communicants, personne au Bangladesh n’est dupe. « Si nous n’améliorons pas notre compétitivité, nos clients risquent de se détourner du Bangladesh pour se reporter sur la concurrence indienne », résume un exportateur dans le Financial Express, le quotidien d’affaires de Dacca (04/03/14). En somme, l’UE se comporte comme les multinationales dont elle défend les actionnaires : on se gomine la langue de « chartes éthiques » et de « durabilité » tout en s’employant à écraser les prix. Et les ouvrières qui vont avec.

Article d’Olivier Cyran dans le numéro de mars 2014 du journal CQFD.

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Consommation Économie Société

Méritocratie et libéralisme

Le libéralisme a sur la contribution productive des individus un discours parfaitement lénifiant. Du moment que la démocratie est libérale, les talents seraient récompensés au mieux. Ainsi les patrons du CAC 40 « méritent »-ils les millions qui leur sont versés. Et çà ne concerne pas que le privé le journal « Capital » préconisait récemment de réduire le nombre de profs tout en augmentant leur traitement salarial : tout pour les « méritants », et la porte pour les « non-talentueux ». Bref, tout pour les directeurs, leaders éclairés qui sauvent le monde tous les jours et reçoivent en contrepartie si peu de reconnaissance de la part de ceux qui bénéficient de leurs illustres services.
Cette perspective occulte évidemment une grande partie des faits. Elle ne dit pas qu’en tirant ainsi la couverture à eux c’est toute une population qui se retrouve mise à nu par les grands timoniers. Elle ne dit pas non plus comment le « mérite » est mesuré, ni par qui. Le souci est que ceux qui mesurent sont souvent les mêmes que ceux qui finissent en haut du classement. Les stratégies sont nombreuses pour que ce pouvoir n’échappe pas à ceux qui en bénéficient, comme le montrait déjà Pierre Bourdieu dès les années soixante, au moyen d’enquêtes qui ont fait date, telles que « Les héritiers » (avec Jean-Claude Passeron, 1964) ou, un peu plus tard, « La distinction » (1979). Alors que le premier montre comment l’institution scolaire bénéficie avant tout à celle et ceux qui sont les plus riches en « capital scolaire », le second explique comment les modes de vie marquent l’appartenance à une classe sociale.

Extrait d’un article de Fabrice Flipo dans le journal La décroissance de décembre 2013

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Économie Politique

Souveraineté et libre-échange

Dépassé dans les principaux scrutins de 2012, le front de gauche échoue face au front national. Pour Aurélien Bernier, auteur en cette année d’élections européennes et municipales de « La Gauche radicale et ses tabous » (Seuil), les défaites se succéderont tant que les revendications de souveraineté, de protectionnisme, de rupture avec l’Union européenne seront laissées à l’extrême droite.

La Décroissance : Dans votre ouvrage, vous montrez que l’abandon par la gauche de la revendication de la souveraineté a ouvert un boulevard au Front national. Pourtant cette souveraineté est-elle un gage suffisant pour une politique écologiste ? Les États-Unis ou le Japon maîtrisent leur monnaie et prennent des mesures protectionnistes pour favoriser leurs intérêts nationaux, mais ils visent tout autant que l’Union européenne la puissance et la croissance économique…

Aurélien Bernier : On pourrait ajouter les Britanniques, qui sont un peu dans le même cas puisqu’ils maîtrisent leur monnaie et que leur position par rapport à l’Europe évolue selon leurs intérêts. Le protectionnisme peut tout à fait être de droite et servir le capitalisme. Donc à la question « le protectionnisme est-il un gage suffisant pour mener une politique écologiste ? », la réponse est non. Il n’y a pas de solution magique à tous les problèmes, comme la sortie de l’euro. Mais il s’agit d’un préalable indispensable, parce que je pense que le libre-échange est le verrou politique qui empêche tout processus démocratique de transformation (même s’il existe d’autres verrous, comme le verrou culturel bien sûr).

C’est avec le libre-échange que le pouvoir a été transféré aux multinationales et que la terrible pratique du chantage aux délocalisations a été permise. La première fonction du libre-échange a été, au départ, de conquérir de nouveaux marchés et de s’approprier des matières premières à bas prix. Cet ordre commercial est né du productivisme, qui a changé de nature avec la mondialisation, avec la réorganisation de la production au niveau international : le libre-échange est devenu un moyen de contourner la souveraineté populaire et politique.
Les entreprises peuvent produire dans des pays à bas coûts, avec très peu de contraintes environnementales et sociales, et faire pression sur les pays où les réglementations sont plus contraignantes, pour les bloquer ou les raboter. Par exemple, quand Arcelor fait du chantage sur la réglementation environnementale de l’union européenne, en menaçant de fermer ses sites si on ne lui attribue pas assez de droits à polluer, il obtient satisfaction : les gouvernements donnent les droits à polluer qu’il réclame. Et ce n’est qu’un cas parmi d’autres. Le libre-échange permet ainsi un nivellement par le bas.
La menace des délocalisations est encore plus grave que le phénomène des délocalisations en tant que tel : elle empêche d’envisager des politiques sociales et environnementales trop contraignantes.

Si on imagine une gauche radicale et écologiste qui arrive au pouvoir, ce qui est sûr c’est qu’elle n’aurait aucun moyen de transformer le mode de production et de consommation sans rompre avec l’ordre commercial international, et avec l’ordre juridique et monétaire de l’Union européenne qui impose le productivisme et le libre-échange.

Extrait d’un article du journal La décroissance de février 2014.

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Économie Politique

Sortir de l’euro

Pour le chef de file de Debout la République, Nicolas Dupont-Aignant, l’absence de véritable confrontation entre représentants politiques sur le sujet (l’Euro) est aussi due au fait que l’euro est devenu un dogme, une croyance : on assimile l’euro à l’Europe et l’Europe à la paix. On est donc sommé d’y croire… Dupont-Aignan note d’ailleurs que l’argumentaire des proeuro a changé. Comme si la foi des fidèles commençait à s’éroder : Ce n’est plus « l’euro, çà marche », mais « si on en sort, c’est la catastrophe ». (…) Et va plus loin : les banques, elles aussi, ont intérêt à étouffer le sujet : « il ne faut pas sous-estimer leur poids dans cette histoire. D’ailleurs, beaucoup de gens dans les milieux d’affaires, au sein de l’oligarchie, beaucoup d’économistes sont pour la sortie de l’euro. Mais ils ne peuvent pas le dire publiquement, sinon les banques mettraient fin à leurs contrats. »
(…)
Du coté de la gauche de la gauche, on sait aussi enterrer discrètement les débats. A en croire Jacques Généreux, l’économiste en chef du parti de gauche, « les dirgeants comunistes n’ont pas voulu entendre parler de rupture avec l’euro. Ils ne voulaient pas fâcher les socialistes et perdre des postes en échange, confie-t-il à Marianne, c’est pourtant ce qu’on aurait dû mettre dans le programme du front de gauche. On aurait dû écrire noir sur blanc : si les négociations avec nos partenaires de l’union pour refonder le projet européen n’aboutissent pas, s’il n’est pas possible de redonner de l’autonomie à la banque de France sans sortir de l’euro, alors oui, in fine, nous n’hésiterons pas à sortir de l’euro. » Mais « Méluche » n’a jamais eu l’occasion de défendre ce que Généreux appelle « la stratégie du coup de force », ses propres alliés communistes ayant réussi à lui tordre le bras ! « C’était un défaut majeure de notre programme à la présidentielle », regrette Généreux.

Extraits d’un article de Gérald Andrieu dans Marianne du 31 janvier 2014.

Vers 2009, influencé par la lecture d’économistes « mainstream » comme Xavier Timbeau et Patrick Artus, j’admets que l’Allemagne est sur une trajectoire nationaliste et utilise l’euro pour détruire ses partenaires. Nous devons sortir de ce rapport monétaire sadomasochiste avec l’Allemagne.
(…)
Une sortie de l’euro provoquerait certes une désorganisation temporaire mais, surtout, des effets économiques bénéfiques et rapides, avec en prime une révolution sociale, le nettoyage d’élites mal formées, vieillissantes, archaïques, quelque chose de comparable à ce qui s’est passé en 1945.
(…)
Vu de Washington, de Tokyo ou de Berne, la zone euro est le trou noir de l’économie mondiale, l’un des deux grands facteurs dépressifs planétaires, l’autre étant l’excédent commercial chinois. Les Etat-Unis, la Grande-Bretagne, le Japon font des politiques de relance monétaire et regardent d’un air navré l’euro, cette construction archaïque, qui interdit toute relance monétaire à la France.
(…)
Le verrouillage de la question monétaire par les oligarchies partisanes crée un sentiment d’impuissance. Le Front national, dont la fonction est en fait de sécuriser le système, souille toutes les solutions économiques raisonnables. Mais les élections européennes nous offrent un puissant moyen d’action. L’idéologie européiste a mis en place une institution bidon, le Parlement européen, feuille de vigne du pouvoir réel. Le Parlement se prétend incarnation de la démocratie au moment même où la machine européenne devient la domination implacable des petites nations du Sud par les nations plus puissantes situées au Nord. Les députés européens ne servent à rien, même s’ils sont eux-même très motivés pour être élus : une mandature de cinq ans çà ne rien faire, rémunérée 10000 € par mois (impôts déduits, primes intégrées) leur permettra d’acheter un appartement ou une maison de campagne. Les citoyens français peuvent refuser d’entrer dans ce jeu dégradant. S’abstenir, ce sera voter à la fois contre les partis européistes et contre le FN. Au-dessus d’un certain niveau, le taux d’abstention vaudra référendum. Le ridicule tuera l’idéologie.

Extraits d’un entretien d’Aude Lancelin, journaliste pour Marianne, avec Emmanuel Todd dans Marianne du 31 janvier 2014.

Les chantres de la monnaie unique (…) ont menti aux Européens : ni la croissance ni l’emploi n’ont été au rendez-vous, sauf en Europe rhénane. (…) une monnaie unique dans une zone où les économies ont des niveaux de productivité différents aboutit progressivement à la capture de la production de richesses par la zone la plus développée. (…) L’euro a ruiné l’Europe du Sud : elle est incapable de vivre avec une monnaie forte, son industrie ou son tourisme en pâtissent trop. La prétendue reprise espagnole s’effectue avec un jeune sur deux au chômage ! L’Italie et la France crèvent à feu continu d’une surévaluation de l’euro par rapport aux grandes monnaies du monde et ne peuvent plus compenser leur écart de productivité avec l’Europe rhénane par des dévaluations. Dans quelques années nous serons « à poil ». Et lorsque les citoyens comprendront que les élites européennes les ont ruinés avec l’euro au profit de l’Europe du Nord, ils se révolteront, mais il sera trop tard… (…) Combien de millions de chômeurs devrons-nous accepter avant qu’un politique n’ait enfin le courage de tuer cette funeste monnaie ?

Extraits d’un entretien d’Emmanuel Lévy, journaliste pour Marianne, avec Philippe Villin dans Marianne du 31 janvier 2014.

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Économie Politique Société

Ces salariés qui coûtent trop cher…

Selon le document « Approche de la compétitivité française » (cosigné en juin 2011 par le MEDEF, l’UPA, la CGPME, la CFDT, la CFTC et la CGC), notre pays est en troisième place sur le podium des dividendes versés aux détenteurs du capital des entreprises.
En trente ans, la rémunération des actionnaires a été multipliée par cinq.
Il y a trente ans, pour 100 euros de salaires, les entreprises versaient 7 euros de dividendes, aujourd’hui elles en versent 34, soit cinq fois plus.
Il y a trente ans, pour 100 euros de valeur ajoutée, les entreprises versaient 5 euros de dividendes, aujourd’hui elles versent 23 euros, soit cinq fois plus.
Tout va super bien pour les riches en France en 2013 : ils ne sont pas près de s’en aller, ils sont plus nombreux que jamais… Ils affluent : la France est le troisième pays importateur de capitaux. Pendant que nos salaires de base sont bloqués, la France s’est hissée au troisième rang mondial pour le nombre de milliardaires par tranche de 10 millions d’habitant (7,6), derrière le Luxembourg (24,2) et Hong Kong (10,5).
La France totalise même 287 000 nouveaux millionnaires de plus en dollars entre 2012 et 2013, en un an de gauche, passant ainsi de 1,92 à 2,21 millions de millionnaires, toujours selon le rapport mondial « Wealth Report 2013 » de la banque Crédit suisse, publié le 9 octobre 2013.

Extrait d’un article de Gérard Filoche dans Siné Mensuel de janvier 2014

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Économie Société

Dette, 5000 ans d’histoire.

« Dette, 5000 ans d’histoire » est un livre de David Graeber.

Cette somme court de l’invention du crédit en Mésopotamie à la crise des subprimes, cite Rabelais ou le Rigg-Veda (les hymnes sacrés de l’Inde) et offre une puissante réflexion historique et morale, l’humour en prime. Surprise, c’est un succés : 100 000 exemplaires vendus aux États-Unis, autant en Allemagne. Car David Graeber, anthropologue, prof d’économie à l’université de Londres et instigateur d’Occupy Wall Street, démontre comment l’adage « Chacun doit payer ses dettes » a deux poids et deux mesures. Dans certains États américains, une personne endettée peut aujourd’hui être jetée en prison alors que sa banque est renflouée par des fonds publics. Et quand les créanciers et le Fonds monétaire international étranglent la Grèce ou le Portugal, Washington relève son plafond de la dette – de 5 000 milliards de dollars en 1996 à 16700 milliards en 2013. Parmi les créanciers, Pékin ne réclame pas (encore) ses intérêts, le déficit américain servant à acheter « made in china »
(…)
En 1971, la querre au Vietnam est un gouffre financier ? Le président Nixon dévalue en enterrant la convertibilité en or du dollar. Depuis, la monnaie est totalement dématérialisée, mais cela n’a rien d’inédit, rappelle David Graeber. N’en déplaise à l’économiste Adam Smith, selon lequel le troc a précédé la monnaie et le crédit, on sait qu’en 2400 avant notre ère les prêts à intérêts étaient si répandu au Proche-Orient que des amnistie étaient régulièrement décrétées pour effacer les dettes du peuple, synonymes d’asservissement. Or, les premières pièces connues datent de -600. En Grèce ou en Inde, les États font battre monnaie pour payer leurs soldats, et font émerger l’économie de marché pour entretenir l’armée. Les conquêtes apportent du butin et surtout des prisonniers, qui remplacent au pays les « asservis pour dettes ».
L’anthropologue voit dans ce triptyque guerre-monnaie-esclavage un moteur de l’histoire. Hernan Cortès conquiert le Mexique pour honorer ses créanciers; puis les conquistadors usent de l’esclavage et du péonage – un travailleur détenu doit payer à son patron des dettes contractées pour pouvoir vivre sur place, système toujours en vigueur dans les ateliers-bagnes asiatiques ou les chantiers du Qatar… « C’est le scandale secret du capitalisme : à aucun moment il n’a été organisé essentiellement autour d’une main d’œuvre libre », juge David Graeber.
Mais « les insurrections paysannes, du Chiapas au Japon, ont régulièrement revendiqué l’effacement des dettes au lieu de se concentrer sur des problèmes structurels comme le système des castes ou même l’esclavage ». Pour ce partisan d’un jubilé de la dette, la crise écologique et sociale doit entraîner une vraie remise en cause du sens de l’économie, via, par exemple, la semaine de 20 heures.

Présentation de l’ouvrage par Simon Barthélémy dans le magazine Terra eco de novembre 2013.

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Économie Environnement Politique

Les Français payeront l’addition pour les camions

Les routes ne sont pas gratuites. Elles sont payées par les Français et usées par les camions. En outre le « tout camion » pollue et réchauffe le climat. Cette taxe, juste écologiquement et socialement, si elle n’entre pas en vigueur va entrainer une augmentation des impôts locaux pour payer l’entretien des routes passées sous l’autorité des collectivités locales. Elle est aussi un signal pour les poids lourds de toute l’Europe : venez traverser la France, c’est pas cher pour vous !

Le cadeau fiscal ne résoudra rien et enfonce le pays dans la crise.

Le cadeau fiscal coûtera plus d’un milliard par an à l’Etat, en manque à gagner, 800 millions de plus si le contrat avec le prestataire est rompu. Par ailleurs, la crise profonde que traversent certains secteurs agricoles ne saurait trouver de solution si nous sommes incapables de favoriser une production (notamment agricole) de proximité, faiblement émettrice de gaz à effets de serre et de pollutions atmosphériques.
Le moins disant environnemental et social, payant le plus mal ses salariés et polluant le plus, continue d’être l’alpha et l’oméga d’un dogme productiviste qui saigne nos territoires et notre économie. Tant pis pour les conséquences tant que le prix est le plus bas possible et qu’on ne paye pas pour son outil de travail (la route)…

Nous n’aurons pas les moyens de la transition écologique

Pour mémoire, rappelons que le gouvernement avait promis que la baisse du budget du ministère de l’écologie de 7% serait compensée par la TKPL. Sans elle qui le financera ?…
On ne peut continuer à faire comme avant en espérant que ça change. La transition écologique nécessite des investissements et il nous semble naturel que ceux qui sont les principaux responsables de la crise écologique soient aussi ceux qui financent prioritairement la sortie de crise au profit de tous ceux (dont de nombreuses entreprises, exploitants agricoles…) qui essayent de construire la France de demain. A moins de remettre en cause le principe pollueur-payeur et d’assumer un état de fait : aujourd’hui c’est pollué-payeur !

Extrait de la newsletter d’octobre 2013 de l’association France Nature Environnement.

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Économie Politique Société

Comment refouler l’ordre marchand ? Avec de l’audace !

Les néolibéraux ont si bien enraciné l’idée qu’il n’y avait pas d’alternative qu’ils en ont persuadé leurs adversaires, au point que ceux-ci en oublient parfois leurs propres propositions…
Rappelons-en quelques-unes en conservant à l’esprit que plus elles semblent ambitieuses aujourd’hui, plus il importe de les acclimater sans tarder. Et sans jamais oublier que leur rudesse éventuelle doit être rapportée à la violence de l’ordre social qu’elles veulent défaire.
Cet ordre, comment le contenir, puis le refouler ? L’extension de la part du secteur non marchand, celle de la gratuité aussi, répondrait d’un coup à ce double objectif.
(…)
Il conviendrait peut-être de définir démocratiquement quelques besoins élémentaires (logement, nourriture, culture, communications, transports), de les faire financer par la collectivité et d’en offrir à tous la satisfaction. Voire, comme le recommande le sociologue Alain Accardo, d’étendre rapidement et continûment le service public jusqu’à la prise en charge gratuite de tous les besoins fondamentaux à mesure de leur évolution historique, ce qui n’est économiquement concevable que moyennant la restitution à la collectivité de toutes les ressources et toutes les richesses servant au travail social et produites par les efforts de tous. Ainsi, plutôt que de solvabiliser la demande en augmentant fortement les salaires, il s’agirait de socialiser l’offre et de garantir à chacun de nouvelles prestations en nature.
(…)
Un tel programme comporterait un triple avantage. Politique : bien que susceptible de réunir une très large coalition sociale, il est irrécupérable par les libéraux ou par l’extême droite. Ecologique : il évite une relance keynésienne qui, en prolongeant le modèle existant, reviendrait à ce qu’une somme d’argent soit injectée dans les comptes en banque pour être redirigée vers la consommation marchande par la police publicitaire (Le plan B n°22, Paris, février-mars 2010). Il privilégie aussi des besoins qui ne seront pas satisfaits par la production d’objets inutiles dans les pays à bas salaires, suivie de leur transport en conteneurs d’un bout à l’autre de la terre. Un avantage démocratique enfin : la définition des priorités collectives (ce qui deviendra gratuit, ce qui ne le sera pas) ne serait plus réservée à des élus, à des actionnaires ou à des mandarins intellectuels issus des mêmes milieux sociaux.
(…)
Le garrot imposé à la collectivité se desserrera d’autant plus vite que celle-ci recouvrera les recerttes fiscales que trente ans de néolibéralisme ont dilapidées. Pas seulement lorsqu’on a remis en cause la progressivité de l’impôt et s’est accomodé de l’extension de la fraude, mais quand on a créé un système tentaculaire dans lequel la moitié du commerce international de biens et de services transite par des paradis fiscaux . Leurs bénéficiaires ne se résument pas à des oligarques russes ou à un ancien ministre français du budget : ils comptent surtout des entreprises aussi dorlotées par l’État (et aussi influentes dans les médias) que Total, Apple, Google, Citigroup ou BNP Paribas.

Quelques extraits d’un long article de Serge Halimi dans Le Monde Diplomatique de septembre 2013.

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Économie Environnement L'énergie en France

Gaz de schiste : il faudra beaucoup creuser

L’économiste Thomas Porcher estime que la folle rentabilité des gaz de schiste américains s’écrit déjà au passé et qu’espérer une manne d’emplois pour la France relève de l’illusion.

Les entreprises américaines ont gagné en compétitivité parce que le prix du gaz a baissé. En France, ce prix est moins flexible, car il est déterminé par des contrats de long terme indexés sur le prix du pétrole. Par ailleurs, aux Etats-Unis, maintenant que le prix du gaz est faible, la rentabilité du gaz de schiste n’est plus évidente et la production stagne. (…) Aux Etats-Unis, il y a eu 600 000 emplois créés, c’est énorme, du jamais vu. Leur secret, c’est de forer sans cesse. Ils ont déjà creusé 500 000 puits, rien que pour le gaz. Pour créer 100 000 emplois en France, il faudrait creuser 90 000 puits, soit 30 par jour jusqu’en 2020. C’est impensable ! En moyenne, dans le monde, 750 000 euros de production de gaz ne créent que deux emplois.

Extraits d’un entretien de l’économiste Thomas Porcher dans Terraeco d’octobre 2013.

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Économie Environnement L'énergie en France

Sortir du nucléaire, catastrophe industrielle ou remède au chômage ?

Au cours du « grand débat sur la transition énergétique », industriels et syndicats n’ont eu que ce mot à la bouche : sortir du nucléaire, c’est licencier en masse et ouvrir la voie aux délocalisations massives.

En novembre 2011, Henri Proglio, patron d’EDF, évoquait un million d’emplois menacés (…) Faisant référence à une étude commandée au cabinet PriceWaterhouse Cooper, l’ancienne PDG d’Areva table plutôt 400 000 emplois, dont 125 000 directement liés à la filière. (…) Une enquête menée par Bastamag [2] revoit encore à la baisse ce dernier chiffre. 18 000 salariés d’EDF employés dans les centrales, environ 20 000 sous-traitants pour la maintenance, quelque 47 000 « collaborateurs » d’Areva, 16 000 employés du Commissariat à l’Énergie Atomique et environ 2000 dans différentes institutions (ASN, Andra…), donneraient environ 106 000 emplois directs. Pas négligeable, mais on est loin du million.
(…)
Surtout, sortir du nucléaire, ce n’est pas seulement fermer des réacteurs ! C’est aussi mettre en place une autre politique énergétique, reposant sur la réduction des consommations d’énergie et le développement d’autres moyens de production d’électricité : des activités qui ne peuvent s’effectuer sans main-d’œuvre !
L’association Négawatt s’est ainsi attaquée à une évaluation économique de son scénario de transition énergétique publié en 2011, qui propose l’abandon du nucléaire et une réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre [3]. Pilotée par l’économiste Philippe Quirion, une étude minutieuse s’est attachée à décliner pour 118 secteurs d’activité les impacts de ce scénario [4], en calculant le nombre d’emplois par millions d’euros dépensés dans chaque branche, et en comparant ces résultats avec ceux obtenus dans un scénario « tendanciel » où la production nucléaire actuelle serait maintenu, les réacteurs existants prolongés, de nombreux EPR construits et les énergies fossiles toujours massivement utilisées.
(…)
Au final, les secteurs favorisés par la transition énergétique étant beaucoup plus intensifs en emplois, l’effet net sur l’emploi est largement positif. On aboutit donc en 2020 à 235 000 emplois de plus que dans le scénario tendanciel, et 632 000 en 2030 ! Nulle délocalisation massive au final, et au contraire une meilleure répartition d’emplois locaux sur tout le territoire. Et ce, sans surcoût, puisqu’on part d’un même investissement de départ, réparti différemment, dans les deux scénarios. Mieux encore : le projet Négawatt, caractérisé par les économies d’énergie et l’abandon du nucléaire, permet d’économiser 5 milliards d’euros par rapport au scénario tendanciel.

Extraits d’un article publié en mai 2013 par le réseau Sortir du nucléaire et consultable sur le site sortirdunucleaire.org