Brevets et vaccins

[…] le 28 avril, le Parlement européen se prononçait massivement contre la levée des brevets sur les vaccins contre le Covid-19. Côté français, les députés LREM, LR, RN mais aussi PS, votaient contre, eux aussi…
Pour ne pas lever les brevets, nos dirigeants sortent la carte Covax. La belle excuse, Covax ne fonctionne pas : les pays riches gardent tout pour eux (voir encadré).
Alors, on sort de belles promesses, de la part des entreprises pharmaceutiques, cette fois. « Nous vendrons les doses de nos vaccins à prix coûtant », ont d’abord assuré AstraZeneca, et l’Américain Johnson & Johnson. Le PDG de Pfizer rassurait : le profit pour son groupe serait « marginal ».
Et même mieux : ne pas faire de bénéfice, ce serait un principe « radical et fanatique ».
Mais qui a vraiment espéré ?
Qui les a vraiment crus ?
Aussitôt les vaccins sur le marché, c’est un autre principe, bien plus « radical et fanatique » qui a triomphé : faire payer, le plus cher possible.

« Au départ, le vaccin Pfizer coûtait 12 euros la dose, puis le prix a augmenté à 15,50 euros. Aujourd’hui, des contrats sont signés pour 900 millions de vaccins à hauteur de 19,50 euros la dose », enrage Boyko Boríssov. En ce début de printemps, le Premier ministre bulgare goûte aux vertus de la concurrence libre et non faussée.
L’Afrique du Sud, pressée par les dégâts de « son » variant, a elle dû négocier directement avec AstraZeneca. Et payé pour ses doses 2,5 fois le prix de l’Union européenne. Moderna vend lui la même dose 12,5 euros aux USA, et 15 en Europe.
Une chose reste certaine : pour Big Pharma, c’est tout bénéf. Le montant total de la facture de l’UE auprès de Pfizer dépasse les 17 milliards d’euros. Un analyste américain estime que la marge commerciale du groupe, sur ce coup-là, se situera entre 60 et 80 % : pas mal pour un profit « marginal ». Voilà qui devrait permettre à Pfizer de faire mieux que ses 9,6 milliards de bénéfices de 2020, alors que le cours en bourse de son partenaire BioNTech s’est lui envolé de 245 %.

Le plus drôle, ou le pire, dans tout ça ? Qui a investi, massivement investi ? Pas les labos, mais nos impôts : les citoyens paient ainsi leurs doses deux fois. Car c’est l’argent public, largement, qui a financé la recherche en amont : 12 milliards de dollars versés à l’industrie pharmaceutique, rien que pour les six vaccins candidats à l’homologation de l’Union européenne. Pfizer, à lui seul, en a reçu 450 millions de l’UE, sans aucune contrepartie, ni sur le contrôle des prix ni sur l’exigence d’une vaccination mondiale. Selon la société d’analyse de données scientifiques Airfinity, les organisations à but non lucratif ont fourni près de deux milliards d’euros. Big Pharma, quant à elle, n’aurait mis la main à la poche que pour 3 milliards d’euros… Et sans grand risque : les contrats de livraison étaient signés à l’avance… avec les fonds de la Sécu.

Extrait d’un long dossier sur les vaccins dans le journal Fakir de mai 2021.

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