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Économie Société

Quel travail est essentiel ?

Au fond, quel travail est essentiel ?
Ce fut la surprise du premier confinement. Le monde, éberlué, découvrait que l’essentiel n’était pas de travailler pour produire des gadgets à renouveler tous les six mois. Les soignant-es – notamment les infirmières, sages-femmes et aides-soignantes – battaient le pavé depuis des années pour réclamer des postes, des moyens et de la reconnaissance, et cela dans la quasi-indifférence générale, surtout celles des gouvernants, et, d’un coup, ils étaient applaudis aux fenêtres.

 

Ainsi, pour faire société, c’est-à-dire pour aller vers « la civilisation des mœurs », comme disait le sociologue Norbert Élias, la priorité est de délibérer démocratiquement sur les finalités assignées au travail humain. La surprise du confinement est donc simultanément sa première leçon : éduquer, soigner, protéger, tels sont les enjeux mis au jour. Enjeux du présent et de l’avenir. En effet, donner enfin du sens au travail est le seul moyen de concilier les préoccupations sociale et écologique.

 

Avec le travail, c’est le fonds qui manque le moins Ésope et La Fontaine l’avaient compris, avant même Marx, « le travail est un trésor ». En l’occurrence, le travail accompli dans tous les services non marchands, qui échappent donc au règne du profit, est productif des choses essentielles, mais, de surcroît, est productif de valeur économique qui n’est pas soustraite à celle des marchandises mais qui s’y ajoute. On pouvait s’en douter, et quelques rares économistes iconoclastes le criaient dans le désert depuis longtemps, mais la sentence bourgeoise était la plus forte : tout ce qui n’est pas marchandise est parasitaire et argent gaspillé. Mais l’idéologie ne gagne pas à tous les coups car, un rappel à un peu de raison vient d’être adressé par l’Insee lui-même : les fonctionnaires sont productifs. Que ceux ou celles qui voudraient encore supprimer des postes par dizaines sinon centaines de milliers se le disent !

 

Mais le meilleur reste à voir : comment ce travail essentiel est-il productif ? S’agit-il d’un tour de magie ? La magie n’est pas dans l’argent, elle est dans la démocratie : la collectivité a un jour décidé qu’on devait apprendre et écrire à tous les enfants, soigner
tous les malades, et satisfaire aussi de nombreux autres besoins collectifs. Elle a donc validé par avance le travail de ceux et celles qui seraient affectés à ces tâches, hors de toute nécessité de passer par la case marché-profit-accumulation. Rien qu’en procédant à cette validation sociale par une décision politique démocratique, dont la seule condition est que celle-ci soit suivie d’une seconde décision : accepter démocratiquement qu’un impôt aussi juste que possible en vienne effectuer le paiement. « Travaillons, prenons de la peine » à définir ainsi le travail.

Extrait d’un article de Jean-Marie Harribey dans Lignes d’attac d’avril 2022.

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Médias Santé Société

Censure en démocratie

Ce n’était déjà pas simple avant, mais depuis l’apparition du Covid, il est devenu à peu près impossible d’émettre la moindre critique sur la vaccination, en général. L’interdiction de douter concerne bien tout ce qui touche de près ou de loin à la vaccination.
Exemple, avec le problème des adjuvants aluminiques : des scientifiques tout à fait sérieux soupçonnent que l’aluminium contenu dans certains vaccins puisse provoquer des troubles importants chez certaines personnes, en provoquant notamment une maladie appelée myofasciite à macrophages (Lire L’âdf n° 159). Les recherches en la matière avaient donné naissance à un documentaire tout aussi sérieux, intitulé L’aluminium, les vaccins et les 2 lapins. Mis en ligne sur le site de l’association d’entraide aux malades de myofasciite à macrophages (E3M), celui-ci a été tout bonnement supprimé par Youtube le 1er février 2022. Prétexte avancé par la plateforme : « Informations médicales incorrectes ». Nouveau gardien de la vérité, Youtube (détenu par Google) a ainsi supprimé en février plusieurs vidéos portant sur le sujet. La dernière en date est le documentaire Aluminium, notre poison quotidien, qui ne devait pourtant pas être totalement délirant, puisqu’il avait été diffusé sur France 5 en 2011. L’association E3M a engagé un référé contre Google.

Article paru dans l’âge de faire de mai 2022.

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Environnement

Planification écologique

Mesure pivot du programme de La France insoumise (LFI), la planification écologique a été reprise in extremis par le candidat Emmanuel Macron, dont le programme est pourtant aux antipodes de celui de Jean-Luc Mélenchon.

Cherchez l’erreur… Certes, on peut constater la similarité apparente des propositions concernant la responsabilité politique de la planification écologique, attribuée au Premier ministre dans les deux cas. Ce qui revient à reconnaître qu’a minima l’une des fonctions de la planification est d’assurer la cohérence de l’ensemble des politiques publiques face à l’objectif écologique.
Mais là s’arrêtent les analogies. Car, sauf à renier sa vision du monde, Emmanuel Macron mettra en œuvre une planification favorable à la croissance et au capitalisme néolibéral et mondialisé. La sortie du système productiviste et extractiviste dominant ne sera donc pas un objectif assigné à la planification écologique. Encore moins celui de sobriété, ni la « règle verte » proposée par LFI, qui consiste à « ne pas prélever sur la nature plus de ressources que ce qu’elle peut reconstituer ».

Il en va de même de la transformation de la répartition des richesses, nécessaire pour réduire les inégalités face au changement climatique. Car cette politique imposerait une fiscalité renforcée sur le capital et les revenus des grandes entreprises et des ménages les plus riches, principaux pollueurs, à rebours des politiques appliquées pendant le premier quinquennat.

Un autre enjeu majeur porte sur la démocratie. Pour paraphraser le Président dans son discours « écologique » de Marseille du 16 avril : la planification écologique sera démocratique ou ne sera pas. Car il est essentiel que l’ensemble des acteurs soient associés aux décisions et à leur mise en œuvre, à toutes les échelles territoriales.
Ce qui est incompatible avec la conception autoritaire et technocratique du pouvoir d’Emmanuel Macron.
Au soir de son élection, acquise grâce au vote d’une minorité d’électeurs inscrits, celui-ci a indiqué qu’il gouvernerait la France autrement. Mais le fâcheux précédent la Convention citoyenne pour le climat montre que la démocratie participative et citoyenne a peu de poids face aux lobbys de la FNSEA et du Medef, principaux alliés du Président.
Instaurer une planification démocratique nécessite des réformes institutionnelles ambitieuses et contraignantes.
Par exemple, comme le propose LFI, la création d’un Conseil de planification écologique, rassemblant les syndicats, les représentants des branches patronales et des citoyens tirés au sort. De son côté, Emmanuel Macron n’a pas tenu sa promesse de réformer la constitution alors que deux modifications importantes étaient prévues : introduire dans l’article 1 le fait que « la République garantit la préservation de l’environnement et de la diversité biologique » et créer une « chambre du futur », siégeant au Parlement, en remplacement du Conseil économique, social et environnemental. Autant de réformes avortées qui auraient contribué à conforter la planification écologique.

Article de Dominique Plihon dans Politis du 05 mai 2022.

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Politique

Néolibéralisme et répression

À l’origine, le néolibéralisme était une réaction aux insuffisances de la politique libérale classique. L’objectif de ses défenseurs était de repenser un rôle « positif » pour l’État, qui n’interviendrait pas dans l’économie mais favoriserait la centralité du marché concurrentiel. L’État peut très bien avoir un rôle important dans la surveillance et la répression lorsque précisément, surgissent des formes de contestation. Un État fort pour établir et préserver le marché, c’est quelque chose de caractéristique de la pensée néolibérale.
Emmanuel Macron a éliminé la résistance politique en 2017 puisqu’il avait tous les leviers de pouvoir que lui offre la Ve République. Le seul moyen pour contester sa politique se trouvait donc dans les mouvements sociaux. Or, pour contrer ces oppositions, surtout si on veut aller vite – ce qui était son désir -, l’État s’adonne à la répression. D’autant plus quand ces mouvements sont désorganisés, comme l’étaient les gilets jaunes.
[…]

Il s’agit d’utiliser des moyens répressifs, policiers et judiciaires, pour briser les résistances politiques à l’établissement du marché concurrentiel. Dans la pratique, ce sont toutes les tentatives de lutte contre le capital, la domination des classes dirigeantes, bref : cet ordre social qui continue de favoriser les gens les plus aisés, les plus diplômés. […]

Les politologues proclament souvent qu’il existe un centre gauche qui se veut, certes, libéral économiquement, mais aussi ouvert et tolérant. C’est un mythe. Tous les aspects répressifs et liberticides des politiques de Hollande et de Macron n’ont jamais empêché le soutien de ces figures de centre gauche. Ce discours appartient à un certain groupe bourgeois et éduqué qui souhaite diffuser une représentation positive de lui-même.

Extraits d’un entretien de Bruno Amable dans Politis du 05 mai 2022.

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Société

Extrêmes droites et fascisme

[…] nous imaginons souvent que nos pays en auraient fini avec les formes de barbarie des siècles précédents, alors même que celles-ci ont eu principalement l’Europe pour épicentre. Que ce soit l’esclavage, le colonialisme, le fascisme, les guerres mondiales et bien sûr le génocide des juifs d’Europe et des Roms commis par les nazis ; cela sans nier les atrocités commises ailleurs par des pouvoirs tyranniques. Disons que, dans l’imaginaire dominant des pays d’Europe, on réserve la barbarie, la dictature ou les politiques d’épuration ethnique à des pays lointains, d’Afrique, d’Amérique latine ou d’Asie. Or ce nationalisme radical de purification qu’est le fascisme est bien né sur le Vieux Continent et n’a pas disparu dans les décombres du bunker d’Hitler en 1945, comme le rappelait souvent l’historien du fascisme Zeev Sternhell.

Après l’éclipse de l’après-guerre, dans une Europe traumatisée par le second conflit mondial, le fascisme a été contraint de muter pour renaître et reprendre sa marche en avant. À partir des années 1970, chaque crise lui a permis de progresser, à des rythmes différents selon les pays. En centrant son activité sur la scène électorale et médiatique, il a adopté la guerre de position comme stratégie politico-culturelle, au sens de Gramsci. Même si des petits groupes violents se développent dans son sillage en cherchant à tenir la rue et, pour cela, en commettant des agressions contre les minorités (ethno-raciales, de genre, sexuelles) et les militant-es féministes, antiracistes, antifascistes et de gauche. Jusqu’à commettre des attentats, pour certains militants fascistes isolés.

[…] le déni a longtemps été plus fort en France qu’ailleurs, parce qu’on s’imagine bien souvent que notre pays serait une sorte de phare de l’humanité : la « patrie des droits de l’homme ». Certains historiens ont même prétendu que la France avait été « allergique » au fascisme au XXe siècle : du fait notamment de la profondeur de l’ancrage des idées républicaines et de l’existence d’autres traditions à droite, le fascisme n’aurait pas pu trouver de terrain favorable et donc se développer.
Or c’est oublier qu’il y eut des mouvements de masse authentiquement et indéniablement fascistes dans les années 1930 (par exemple le Parti populaire français de Jacques Doriot), que d’autres mouvements de masse (comme les Croix-de-Feu) avaient plus qu’un air de famille avec le fascisme, et que le régime de Vichy fut une dictature qui emprunta nombre de ses traits au fascisme (en particulier à sa variété portugaise que fut le salazarisme).
C’est aussi oublier à quel point l’un des principaux axes de propagande des fascismes européens, à savoir l’antisémitisme, fut central et endémique dans la politique française dès la fin du XIXe siècle et jusqu’au milieu du XXe siècle. C’est oublier enfin combien la République fut compatible avec l’entreprise coloniale, et tout ce que celle-ci comportait de politiques de déshumanisation, de hiérarchisation raciale, d’accaparement de biens, etc. Des traits qui sont bien communs avec le projet fasciste. Rien d’étonnant, donc, à ce que, parmi les fondateurs du FN, se soient mêlés des collaborationnistes (pétainistes) et des nostalgiques de l’Algérie française dont certains se vantaient même d’avoir torturé pendant la guerre coloniale.

Extraits d’un entretien d’Hugo Palheta dans Politis du 14 avril 2022.

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Politique

Représentation et mandat

Je refuse que quiconque me représente, puisse prendre à ma place les décisions qui m’importent. OK pour mandater quelqu’un dans telle ou telle circonstance précise, pas pour lui donner un blanc-seing de plusieurs années.

Il ne s’agit pas d’entonner « Tous des pourris », la vieille antienne poujadiste. Peut-être, en effet, existe-t-il des politiciens intègres. Mais ils ne le restent guère longtemps, d’abord parce qu’ils doivent se frotter aux contingences de la realpolitik, ensuite
parce que le pouvoir corrompt inévitablement. Il est, j’en suis certain, impossible de l’exercer – ou simplement de le briguer – en restant probe. Que penser, alors, de ceux pour qui il constitue une fin en soi ? Comment accorder confiance à des bonimenteurs
interchangeables qui, tous, multiplient des promesses qu’ils savent ne pas pouvoir tenir ?
Leurs rodomontades sont grotesques, odieuses ou, au mieux, pitoyables. Et vous voudriez faire d’eux les maîtres de nos destin ?

[…]

N’allez pas, non plus, m’objecter que le choix d’un dirigeant est un mal nécessaire, un capitaine étant indispensable pour piloter le pays. Mon cul ! En France en 1871, en Russie en 1917, en Espagne en 1936, des communautés dépourvues de chefs ont fonctionné à merveille, en totale autogestion. Toutes ont été écrasées dans le sang, parce qu’elles épouvantaient les tenants de la discipline et de l’esclavage consenti.

Et puis, même si vous me faisiez avouer sous la torture que je ne crois pas davantage aux vertus de la démocratie directe qu’à celles de sa parodie républicaine, ça ne m’empêcherait pas de continuer à mépriser des institutions qui entravent ma liberté, des législations qui la musèlent, des pratiques qui la bafouent.

Extraits d’un article de Jean-Pierre Bouyxou dans Siné mensuel d’avril 2022.

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Politique

L’extrême droite au parlement

À l’Assemblée Nationale, Marine Le Pen est une grande muette. Élue députée en 2017, après treize ans passés sur les bancs d’un Parlement européen qui l’accuse d’avoir personnellement détourné près de 140 O00 euros d’argent public, elle n’a guère cherché la lumière.
Isolée, tout en haut à droite de l’hémicycle, avec six élus de son parti, elle a accompli son mandat sans éclat. Par prudence autant que par désintérêt pour l’institution parlementaire, elle a peu pris la parole en séance plénière, encore moins en commission, évitant de trop se dévoiler. Mais ses absences sont aussi parlantes que ses votes : elle a ainsi voté la prorogation de l’état d’urgence antiterroriste (6 juillet 2017), la proposition de loi Sécurité globale (24 novembre 2020), ratifié l’ordonnance réformant le code de la justice pénale des mineurs (16 février 2021).
Ces derniers mois, elle n’intervenait plus que pour dénoncer les outils de gestion de la crise sanitaire, dont les passes sanitaire et vaccinal attentatoires aux libertés, selon elle. En septembre, elle avait toutefois accepté sans ciller de proroger l’état d’urgence
sanitaire… dans les outre-mer.

 

Durant toute la législature, Marine Le Pen aura participé à moins de 10% des 4 419 scrutins publics organisés dans l’Hémicycle. Un chiffre qui, à lui seul, résume sa très faible activité au Palais-Bourbon. Alors que les députés ont eu à voter sur 43O projets de loi, propositions de loi ou résolutions lors de ces scrutins, elle ne s’est prononcée que sur 101 d’entre eux.

[…]

À trois reprises en 2021, les eurodéputés RN se sont opposés à la levée des brevets sur les vaccins. Ils ont aussi refusé (16 mars 2021) que la responsabilité des multinationales puisse être mise en cause en cas de violations des droits humains ou de dommages environnementaux. ils se sont abstenus le 15 septembre 2021 sur une résolution promouvant la présomption de salariat des travailleurs ubérisés.

 

Pour la réautorisation des pesticides « tueurs d’abeilles » dans la culture des betteraves sucrières (6 octobre 2020).
Dans le projet de loi contre le dérèglement climatique (avril 2021), le RN s’est opposé à la réduction de la publicité pour les produits polluants dans les médias, à l’interdiction de la publicité aérienne, à la taxation des engrais azotés minéraux, destinée a réduire leur usage, et a demandé de reporter au 1er janvier 2025 l’interdiction des terrasses chauffées des restaurants.

 

Le RN a voté contre la mise en place de meilleurs critères environnementaux et climatiques lors de l’élaboration de la nouvelle PAC (Politique agricole commune), en octobre 2020.
Dans le rapport sur un marché unique plus durable, il a rejeté un amendement qui proposait de durcir la formulation sur l’obsolescence (3 novembre 2020).

 

Vote contre une résolution condamnant l’interdiction de fait du droit à l’avortement en Pologne (26 novembre 2020).
Vote contre une résolution sur l’écart de salaire entre hommes et femmes (30janvier 2020). En 2016, Marine Le Pen et ses élu-es avaient voté contre la convention d’Istanbul sur la prévention et la lutte contre les violences faites aux femmes.

Extraits d’un article dans Politis du 21 avril 2022.

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Politique

Réélire Macron

La rupture Macron, ça aura été la même chose mais en pire, la pauvreté massive qui s’installe, le racisme décomplexé, les rupins qui dégueulent leur mépris, les tirs de LBD en pleine tête, les néonazis armés dans les rues de Paris, les mensonges éhontés de Jean-Michel Blanquer et d’Olivier Véran , et CNews qui nous ferait presque regretter BFM.

 

Cinq ans plus tard, quelques rides et désillusions en plus, nous voilà qui enfilons nos pince-nez, non pas pour aller « faire barrage », mais pour tenter d’échapper à la puanteur du « débat » présidentiel. Les 10 et 24 avril, certains d’entre nous se rendront
aux urnes en crissant des dents tandis que d’autres reliront Bakounine sur la corniche Kennedy en surveillant du coin de l’œil leur canne à pêche. C’est le printemps, chacun fait ce qu’il veut de
ses dimanches, mais on reste tous bien convaincus que le sursaut social et politique dont l’Hexagone millésime 2022 aurait tant besoin n’émergera pas de l’isoloir, où personne ne vous entendra crier votre rage.

 

Car tout indique que les dés électoraux sont plus pipés que jamais et qu’on repart pour cinq ans encore pires. Ce fils de flic de Macron a annoncé la couleur : mise au boulot forcée des titulaires du RSA, nouveau recul de l’âge de la retraite, baisse des droits de succession, relance sans débat du nucléaire civil et militaire, inaction climatique, industrialisation de l’agriculture, répression de l’immigration, et bien sûr des keufs derrière chaque arbre – toujours plus lourdement armés, toujours plus menaçants. Le grand bond en arrière, la régression sociale massive. En bon français : une vie de merde garantie et sans recours pour des
tas de gens qui méritent vachement mieux.

 

Avec ça, l’impression pénible d’être pris pour des jambons. On n’est pas des politologues surdoués du genre Alain Duhamel (hin hin hin), mais il nous semble malgré tout constater autour de nous un certain consensus contre le projet néolibéral. Quand on lit
dans les sondages que les principales préoccupations des Français, ce sont le pouvoir d’achat, la santé et le chômage, ça nous paraît raccord. Que l’immigration et l’insécurité inquiètent, certes, mais moins que la crise écologique. Bref, les gens sont beaucoup moins cons qu’on ne voudrait nous le faire croire. Et la majorité d’entre eux ne s’en laissent pas conter sur la médiocrité
du taulier de l’Élysée et la cohorte des profiteurs de crise qui l’entourent – parmi lesquels ces vampires à cravates payés des millions pour pondre des Power-Points pourraves sur la baisse des APL.

 

Et pourtant, sauf grosse grosse surprise ou catastrophe plus grave encore, Emmanuel Macron va être réélu le 24 avril. Et à l’aise : une bonne partie du système médiatique y travaille, aux mains d’oligarques qui n’ont pas grand-chose à envier à leurs collègues de Pologne ou de Hongrie. Alors qu’est-ce qu’on fait ? Au cours du quinquennat qui s’achève, seuls les Gilets jaunes et… le Covid-19 ont su freiner les menées antisociales de ces raclures de bidet. À CQFD, on mise clairement pour les premiers, pour un mouvement de rue puissant et polymorphe. C’est ce qu’il reste de
démocratie qui en dépend, et nos vies en proie au rouleau-compresseur capitaliste. Avanti, popolo !

Édito du d’avril 2022.

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Médias Santé

Censure covidienne

[…] il y avait des choses que je ne comprenais pas. Ni intellectuellement ni moralement. Pourquoi ne pas respecter le B.A BA des plans pour faire face à une épidémie : tester-isoler-soigner ? Pourquoi mettre hors jeu la médecine de ville ? Et tout faire reposer sur l’hôpital public en sachant l’état ou il est. On s’est privé de tous nos atouts !

 

Sébastien Boitel : Êtes-vous sorti de vos domaines de compétence  ?

 

Laurent Mucchielli : C’est ce qu’on dit pour me discréditer et ne pas discuter du fond. D’autant que mon expérience m’a aidé. Montrer comment on joue sur la peur, je le fais depuis 20 ans. Mettre en évidence les phénomènes de corruption aussi. Dans mon manuel de sociologie, je consacre un chapitre à la délinquance en col blanc. Notamment au sein de l’industrie pharmaceutique. Voilà pourquoi, avant même les vaccins, j’étais préparé. Et pour travailler, je me suis entouré d’une cinquantaine de personnes. Quant à l’intitulé de mon travail, il n’a pas bougé : Enquête sur la gestion politico-sanitaire de la crise du Covid. De la sociologie, pas de la virologie.

 

SB : D’où le terme « doxa »…

 

LM : Popularisé par Bourdieu, cela désigne à la fois le discours dominant et des dominants. Et indique que ce qui est raconté est une construction qui s’est imposée comme une pseudo-évidence. Grâce à un certain nombre de mécanismes.
D’abord la peur : avec ce virus, on va tous mourir ! Ensuite l’impuissance : on ne peut pas soigner. D’où le confinement. Seul moyen d’en sortir ? Le vaccin. Avec, tout au long, une normalisation éditoriale avec constitution d’un espace légitime de discussion. En rejetant tout ce qui contrevient au discours officiel dehors, dans cette catégorie fourre-tout de « complotisme ».
Et ce, grâce à l’alliance de fait entre plusieurs acteurs : l’industrie pharmaceutique dont le marketing devient message politique ; l’OMS dont le principal financeur est la fondation Bill Gates, soutien massif des vaccins ; les gouvernements ; les médias, de plus en plus dans la com’ et les Gafam avec des phénomènes de censure gravissimes.

 

SB : Quid de Mediapart qui a « dé-publié » un des billets de votre blog ?

 

LM : J’ai subi leur censure non pas une mais quatre fois. Pour des articles rédigés avec des médecins, des universitaires… Voilà pourquoi je fais mes adieux à un média qui dit défendre la liberté d’expression, les lanceurs d’alerte, les intellectuels critiques mais qui n’a jamais répondu à mes demandes. Et qui, dans cette crise, a raconté la même chose que les autres.

Extrait d’un entretien de Laurent Mucchielli dans le mensuel Le ravi de mars 2022.

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Res publica

Le règne de Macron, c’est cinq années de présidence néo-libérale, mais aussi cinq années de résistance acharnée. C’est ce que retracent habilement les pages en noir et jaune de la bande dessinée Res Publica, qui permet de dresser le triste bilan du fossoyeur des aides sociales.
On aurait dû le noter ! Toutes ces lois injustes votées dès le début de son quinquennat, toutes ces violences verbales adressées à « ceux qui ne sont rien », ces violences physiques subies, notamment, par les Gilets jaunes, ces attaques contre les services publics, y compris contre l’hôpital en pleine période de pandémie… Oui, vraiment, on aurait dû noter tout ça, pour le rejeter à la figure de celui qui se présente pour un second mandat en enfilant, quel culot, l’habit du candidat « raisonnable ».

Heureusement, d’autres l’ont fait pour nous. Tout noter et tout rappeler, c’est bien ce que font David Chauvel et Malo Kerfriden dans une épaisse (mais il faut bien ça) bande dessinée sortie en ce début d’année électorale aux éditions Delcourt.

On se souvient ainsi, dès le départ, à quel point l’ex-banquier de chez Rothschild a été mal élu : le second tour qui l’oppose à Marine Le Pen enregistre une abstention historique de 25 %. Parmi les votant-es, plus de 4 millions ont déposé un bulletin blanc ou nul – là encore, c’est un record. Sur les quelque 20 millions de personnes ayant voté pour Macron lors de ce second tour, 43 % disent aux instituts de sondage qu’elles ne l’ont fait que pour faire barrage à l’extrême-droite, et seulement 16 % affirment avoir voté par adhésion à son programme.
« Au final, c’est un peu plus de trois million de Français, sur les 66 millions d’habitants que compte le pays, qui ont exprimé le souhait clair et affirmé de voir le projet politique d’Emmanuel Macron exister. »

Président des élites

Ça fait pas lourd, et pourtant, le nouveau monarque va annoncer la couleur dès sa prise de fonction, avec des cadeaux faits aux plus riches (suppression de l’ISF et de l’ « Exit Tax », par exemples) et des économies réalisées sur le dos des plus précaires. Dès juillet 2017, le gouvernement annonçait ainsi une baisse mensuelle de 5 euros des APL.
« Si à 18, 19, 20 ans, 24 ans, vous commencez à pleurer parce qu’on vous enlève 5 euros, qu’est-ce que vous allez faire de votre vie ? », défendait une députée de la majorité.

Ce n’était pas du tout l’avis des spécialistes de la question. La présidente d’ATD Quart Monde signalait alors qu’un « allocataire du RSA bénéficiaire de l’APL touche 472 euros par mois. Une fois toutes ces dépenses courantes déduites, il ne lui reste que 58 euros pour se nourrir soit moins de 2 euros par jour. Pour lui, 5 euros, c’est énorme. »

Extrait d’un article de Nicolas Bérard dans l’âge de faire d’avril 2022.