Va-t-en-guerre ou va-t-en-paix ?

Suite aux déclarations de François HOLLANDE le 16 novembre qui promettait d’éradiquer le terrorisme, Jean-Chistophe NOTIN écrit dans le Figaro : « Le terrorisme est une arme, une tactique, celle des faibles en général ; il ne peut pas plus être éradiqué que l’artillerie ou le combat de rue. (…) Les dernières décisions militaires des autorités françaises sont du même bois. Sauf que le départ du porte-avions Charles de Gaulle et la multiplication des frappes aériennes donnent une idée exagérée de la capacité de nuisance de la France : à vrai dire, même en déployant au dessus de la Syrie toutes les armées de l’air de tous les pays de la coalition, l’État islamique sévirait toujours ».

Alors que faire ? Selon Jean-Christophe NOTIN, « proclamer urbi et orbi que la France pratique la loi du Talion, avec des « tueurs » à sa solde, c’est la rabaisser et entrer dans le jeu de l’ennemi ». En lieu et place de postures idéologiques et tonitruantes, il faut réhabiliter nos services secrets, aujourd’hui sous-exploités. « Si les armées contribuent à endiguer le mal, une partie du remède se trouve entre les mains de ces services, de la diplomatie au sens large, à qui incombe la mission d’intermédiation qui a longtemps fait la puissance de la France. Sinon, à continuer de proclamer une guerre qui est ingagnable, les autorités françaises se destinent tout droit à une grave défaite. »

Pas évident en ces temps obscurs de se proclamer pacifiste, au risque de se faire au mieux traiter de gentil idéaliste naïf, souvent de « droit-de-l’hommiste geignard ou de sale post-soixante-huitard pourri par la culture de l’excuse, ou au pire de se faire virtuellement, voire directement pour les plus belliqueux, cracher au visage.

« C’est la paix qu’il faut gagner » titre pourtant Maud VERGNOL dans son édito dans l’Humanité. « L’enjeu aujourd’hui n’est pas de savoir comment gagner la guerre, mais comment contribuer à y mettre fin. (…) L’unité nationale ne consiste pas à siffler « silence dans les rangs » et étouffer les voix de la paix et du progrès. Celles-ci demeurent, plus que jamais, la solution » écrit l’éditorialiste.

Et on lira également en ce sens, non sans un certain soulagement, la chronique de Luc LE VAILLANT dans Libération, intitulée « Splendeurs et misères d’un va-t-en-paix ».

« Je ne suis pas en guerre, écrit Luc LE VAILLANT. Enfin, j’aimerais ne pas l’être. Je suis un nid de contradictions vipérines qui attend que l’anti-venin pacifiste inoculé par Jean JAURÈS finisse par faire son effet. (…) Parfois, j’ai des remontées d’acide vengeur. Je me sens prêt à appliquer la double loi du Talion. Une baffe ? Mon poing dans la gueule. Un attentat ? Une bombe atomique sur Raqqa. »

« Je suis un va-t-en-paix, mais je ne suis pas totalement simplet et j’admets que parfois, les armes doivent parler. Mes larmes sont celles d’un crocodile quand les drones français abattent les donneurs d’ordre massacreurs. (…) Je suis un va-t-en paix qui se méfie des dopés au tout-sécuritaire qui prolifèrent par les très mauvais temps qui courent. Cela m’angoisse, cette coalition des belliqueux et des identitaires, des vendeurs de mort et des flambeurs de peurs. Cela m’afflige que ce soit la gauche qui prolonge l’état d’urgence, qui assigne à résidence sans procès, qui pense à expulser les binationaux. Cela me terrifie que l’on donne aux policiers le droit de défourailler à leur guise. »

Luc LE VAILLANT conclut : « Je suis un va-t-en-paix. Évitez-moi d’avoir à revêtir l’uniforme de la garde nationale, fantasme de la levée en masse, délire de la nation en armes. Épargnez-moi surtout le retour des cercueils des soldats morts pour la France qui viendraient s’ajouter aux massacrés du vendredi 13, journée d’une gentillesse très particulière. Sauve qui peut la paix, svp ! »

Extrait de la revue de presse de Nicolas Martin sur France-Culture le 23/11/2015

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