Trop d’impôts ! Trop d’impôts !

« François Hollande est devenu un puissant dealer de subvention, un narcotique auquel les entreprises françaises aiment se shooter… » Qui écrit çà ? Un ancien cadre du Medef, responsable des affaires sociales.
(…)
Après trois années de thèse – en « génie des matériaux » – Élise répond à une annonce d' »ingénieur d’affaires, chercheur conseil » : « il faut qu’il y ai marqué « chercheur conseil », décode-t-elle, même si chez eux, je n’ai jamais une minute de recherche. Çà leur permet de bénéficier du crédit impôt recherche. Mais en réalité, j’étais commerciale, je devais vendre leurs produits… » Et quels produits ? « De la défiscalisation en Crédit impôts recherche ! J’ai commencé par potasser le code général des impôts, un guide de procédures fiscales…
– Mais ils n’avaient pas besoin d’une scientifique pour çà ? on lui demande.
– Non, mais çà faisait sérieux, pour être crédible chez les clients, pour discuter avec le PDG. J’avais capté que c’était limite. Je leur expliquais comment frauder, comment retranscrire toute leur activité en Recherche et Développement. On tirait sur cette vache à lait, pour faire du détournement. Souvent, les clients doutaient de pouvoir en bénéficier, mais nous, une laborantine, une secrétaire, un VRP, on te passe tout çà en R et D. Les SSII, les société de service en informatique – ce sont des marchands de viande – ils embauchent un cheptel de cents mecs en CIR.
– Mais les inspecteurs des impôts ont bien dû vous coincer ?
– Non, jamais. Le contrôle se fait à deux niveaux : fiscal, et sur ce plan-là, formel, administratif, on respecte scrupuleusement la procédure. Mais en théorie, le contrôle est aussi scientifique, et là, le fisc, on les enfume. Il leur faudrait des agents qui soient les deux en un, mais l’état n’a pas les moyens de se payer des enculés comme nous ! On arrive à endormir les contrôleurs, en leur fabriquant des fantômes. Çà correspond à un tel travail d’investigation, ils n’en ont pas les moyens. Et aussi, ils ne sont pas encouragés : il y a la volonté politique de fermer les yeux.
D’après un rapport de la Cour des comptes, un tiers du CIR part dans les sociétés de services, dans les banques, les assurances, etc… Plus que dans l’industrie pharmaceutique !
Ce qui me révolte, c’est que les clients, une fois qu’ils ont touché au truc, ils tombent dans un engrenage où ils veulent toucher toujours plus de pognon. Là, toute la bagarre, tout le lobbying, c’est de transformer le CIR en Crédit impôt innovation, que ce soit encore plus large… »
C’est en 2012 qu’on avait croisé Élise.
En 2013, François Hollande créait quoi ? Le Crédit d’impôt innovation…

Extraits d’un article de François Ruffin et Pierre Souchon dans le journal Fakir de mai-juin 2014.

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