Territoire

Territoire et capitalisme globalisé

Pour ce capitalisme globalisé tout territoire est équivalent, c’est dire combien il lui est indifférent. Le lieu n’est qu’un support technique sur lequel on branche une gare TGV, un aéroport,
un centre commercial, des logements standardisés, des services, des entreprises, des labos de recherche, etc.
Cette configuration ne correspond plus à ses attentes ?, il débranche et délocalise ses activités. Les dirigeants n’entretiennent aucun lien avec le territoire, contrairement à ce qui se passait avec le capitalisme paternaliste du siècle dernier qui s’évertuait à s’enraciner dans le local, gagnant la municipalité, tissant un réseau clientéliste, assurant am; travailleurs –
quil fallait discipliner – un logement. un jardin et des loisirs contrôlés…
Les dirigeants actuels partent le week-end à Prague, Amsterdam, Londres ou Berlin et rêvent déjà de leur futur poste à Dubai ou Shanghai…

Les gilets jaunes, si l’on peut regrouper sous cette appellation une telle diversité d’opinions et de revendications, pointent l’éloignement entre leur logement et leur travail. les obligeant à des navettes quotidiennes en automobile, d’où une facture « essence » importante. Ce qu’ils condamnent c’est bel et bien « la banlieue totale » que Bernard Charbonneau dénonçait déjà en 1972 !
La haute administration d’État, sous couvert d’américanisation/modernisation de la France sous de Gaulle et avec la complicité, de fait, du Parti communiste français (PCF) et de la Confédération générale du travail (CGT) a déménagé le territoire, démantelé un réseau ferré finement maillé, tracé d’imposantes autoroutes à péage, zoné les activités, dont le commerce, offert sur un plateau aux multinationales de la distribution.

Le centre commercial

Ne l’oublions pas, le centre commercial (remarque personnelle : lire Europacity) a assassiné la ville, toutes les villes, en les décentrant, en développant la périphérie au détriment de leur ancien centre et en imposant, comme nouveau cœur de ville, ces vastes parkings sur lesquels sont posés, sans aucune aménité ni beauté, des boîtes à consommation !
Je me méfie beaucoup de cette caractérisation de « périurbanisation » pour des territoires et des populations qui n’ont aucune unité, ni sociologique, ni électorale, ni culturelle. Ce sont des non-villes et des non-campagnes imbriquées tant bien que mal entre elles avec une population qui n’avait guère le choix de son installation, sa seule consolation étant le « rêve pavillonnaire », devenu une farandole de maisons sans grâce. Réactiver les bourgs et les villages, soit désertés soit transformés en dortoirs, devient un impératif politique.

Devoir de ville

En cela, je ne parle pas seulement de « droit à l’urbain », en élargissant le périmètre du « droit à la ville » d’Henri Lefebvre, mais en réclamant un « devoir de ville », de la même manière que Bernard Charbonneau expliquait que la liberté n’était pas un droit mais un devoir ! Le « devoir » de faire ville, consiste à refuser l’éparpillement des habitations, des lieux de production et des services et de les rassembler dans des unités territoriales bio-urbaines qui exalteraient les qualités des villes, à savoir l’urbanité, la diversité et l’altérité.
Cela signifie à l’échelle mondiale la décroissance des mégalopoles et pour la France, dont certains territoires frontaliers sont à cheval avec d’autres États (Pays basque, Catalogne…), la
mise en place de « biorégions urbaines », décidées par les habitants et non pas décrétées d’en haut, qui inventent une nouvelle démocratie locale directe, assurent une production décentralisée d’énergie, recherchent l’autonomie alimentaire, n’opposent plus nature et culture, ville et campagne, etc.

Extrait d’un entretien de Thierry Paquot dans le journal La Décroissance de mars 2019.

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