Les médias et la ZAD de Notre-Dame-des-Landes

[…] Une information notamment circule de plateaux en plateaux : les zadistes se seraient dangereusement armés en prévision d’une éventuelle intervention des gendarmes.
Dans le JT de France 2, Anne-Sophie Lapix prévient d’emblée : « Les forces de l’ordre craignent une réplique ultra-violente des zadistes, ils les disent armés de boules de pétanque hérissées de clous, de piques et de herses. » Puis le reportage, musique angoissante à l’appui, passe en revue des témoignages anonymes de gendarmes, publiés dans la presse, évoquant l’arsenal des zadistes. « Dans les états-majors, les militaires parlent de herses plantées de clous géants, de boules de pétanques hérissées de lames de rasoir. »
Le reportage cite ensuite une « note interne » révélant la présence de « stocks d’engins incendiaires, de pièges dans les bois et même d’armes à feu », avant de reprendre les propos d’un haut gradé livrés au JDD : « Ils nous attendent, ils se préparent à l’affrontement et on peut craindre des morts. »
[…]
Sur CNews le 14 décembre, dans l’émission « L’heure des pros », le journaliste du Point Jérôme Béglé brode autour de témoignages similaires, sans citer de sources, sans nuance, mais en continuant d’entretenir le flou : « On rentre quand même dans quelque chose qui est qu’on a une occupation illégale d’un terrain depuis donc dix ans par des gens qui, de ce qu’on comprend, ont constitué une réserve de cocktails molotov, ont dressé des herses, ont dressé des pièges, ont été violents avec les forces de l’ordre et qui disent que de toute façon ils seront de nouveau violents. Il va falloir aussi qu’on fasse quelque chose là-dessus. »

Sur France 5, l’animatrice de « C dans l’air » prend encore moins de précautions : « Ils ont piégé cette zone de 1200 hectares, lit-on ces derniers jours » affirme-t-elle à propos des habitants de la ZAD. Une information qui semble confirmée par un reportage de BFM-TV, image à l’appui : « La ZAD est occupée par deux cents à trois cents personnes en état de siège permanent ».

Sur Canal +, Christophe Barbier met lui aussi en garde contre les « professionnels de la contestation des pouvoirs » que sont les habitants de la ZAD et prophétise : « Il y aura de la violence, et de la violence grave parce qu’en face il faut réussir à mobiliser une force policière apte quantitativement et qualitativement à dégager un terrain pareil […] On est plus proche d’une guérilla type Vietnam des pauvres que de la simple répression d’une manifestation. »
[…]

Les révélations « exclusives » du JDD

Mais à quelle source se sont nourris ces prophéties alarmistes et commentaires anxiogènes ?

Les « révélations » sur l’armement des zadistes vont prendre un tour définitivement grotesque avec la publication, par le JDD, des fameuses photos citées ou décrites de façon allusive dans plusieurs articles et reportages, et issues, comme on l’apprendra plus tard, d’un dossier établi… par la gendarmerie.

En effet, « l’exclusivité » et le sensationnalisme tournent court lorsque l’on apprend que ces « photos secrètes de la ZAD » s’avèrent être en réalité une collection de clichés récupérés sur les réseaux sociaux, non crédités et interprétés de manière totalement fantaisiste voire mensongère. Val K., une photographe à qui une photo a été « empruntée », en a fait le commentaire sur Twitter. […]
Suite aux réactions suscitées, le scoop du JDD a été « démonté » sur le site de Libération, du Monde, ou encore d’Arrêt sur images. Hervé Gattegno, le directeur du JDD, a même dû présenter ses excuses pour avoir présenté comme « secrètes » des photos volées, non sourcées et tirées des réseaux sociaux. Mais si le journaliste rétro-pédale sur la question de l’origine des clichés, il assume pleinement l’interprétation qui leur est donnée : « Ces photos montrent l’organisation et les moyens dont disposent les occupants de la zone ». On a connu mieux en matière de déontologie journalistique…

Article de Frédéric Lemaire pour Acrimed

Naomi Klein : Tout peut changer

De tous les essais pondus depuis quinze ans sur la nécessité d’emprunter un virage pour éviter le changement climatique, le dernier livre de la journaliste canadienne Naomi Klein est celui qu’il faut lire. Dans cet ouvrage, elle établit brillamment le lien entre climat et capitalisme.

Jouer sa petite révolution écolo à la maison ne suffira pas. En citant la sociologue de Harvard Theda Skocpol, Klein affirme que l’obstacle principal à la lutte contre le changement climatique, c’est l’absence d’un mouvement d’envergure qui mettrait la pression à nos dirigeants depuis la base.
Elle considère que les changements climatiques peuvent représenter la force qui ferait se rencontrer tous les mouvements de la société civile : ceux des droits de l’homme, de l’égalité, pour la décolonisation, pour la sécurité alimentaire, pour les droits des paysans, etc.

Comme illustration de la convergence de ces mouvements, un chapitre est consacré à la blocadie, terrotoire virtuel où se battent des citoyens du monde, des peuples indigènes, des riverains… contre les projets d’exploitation de ressources. Ils ne se battent pas seulement pour la défense de la nature mais pointent les failles démocratiques qui ont permis d’imposer ces barrages, mines et autres puits de gaz de schiste : détournement des débats publics, entre-soi des décideurs politiques et industriels, militarisation de la répression des opposants.
Les correspondances avec le mouvement des Zad de France (Notre-Dame-des-Landes, Sivens, Roybon…) sont évidentes.

Extrait d’un article de Laure Noualhat dans Siné mensuel d’avril 2015.

Sivens avant la mort de Rémi Fraisse

(…) Tout cela parce qu’ils sont incapables de justifier publiquement le projet, si ce n’est répéter inlassablement ce que dit le Campagne d’aménagement des coteaux de Gascogne qui a réalisé les études justifiant ce projet, qui a assuré la maîtrise d’ouvrage, assure actuellement la maîtrise d’œuvre et compte exploiter l’ouvrage et vendre conseil et matériel d’irrigation aux agriculteurs. À part ça, la CACG n’est pas juge et partie ; circulez il n’y a rien à voir.
Tout cela parce qu’ils sont incapables d’apporter des réponses aux questions qui découlent des analyses argumentées et fondées sur la connaissance des dossiers, élaborées par le collectif Sauvegarde de la zone humide du Testet. Par son attitude de refus du dialogue, il a créé un climat de guerre civile avec la constitution de milices armées, cherchant à ratonner les zadistes.
(…)
Une mobilisation exceptionnelle de forces de police et de gendarmerie. Entre 200 et 300 gendarmes mobiles du lundi au vendredi depuis le 1er septembre. Une violence policière qui va crescendo de jour en jour : flashball, grenades lacrymogènes lancées en tir tendu (pour faire mal), dégradation, destruction d’affaires personnelles, matraquages, humiliations et ce, face à des personnes désarmées ayant pour unique motivation la défense du bien commun, commun à toutes les formes de vie.
(…)
Contrairement à ce que déclare le président du CG81, toutes les procédures juridiques ne sont pas épuisées. (…)
Trois recours sur le fond sont en cours et ne seraient jugés qu’après la construction du barrage si les opposants n’arrivaient pas à l’empêcher. (…)
Qu’attendent donc le CG81 et son président pour accéder à la demande de moratoire et de débat public contradictoire ?
Que ce soit l’émeute ? Il cherche à pousser les gens à la violence ? Il attend qu’il y ait des blessés graves ?
Pourquoi un tel acharnement à refuser le débat sur le fond ? (…)
Au lieu d’écouter les arguments des citoyens, l’exercice de leur droit et de leur devoir d’alerte, au lieu d’étudier ces arguments et de dialoguer avec les citoyens, sur les analyses qui montrent l’absurdité de ce projet et les alternatives possibles, ils font corps pour soutenir la CACG, la société qui cherche à imposer ce barrage depuis plus de 30 ans !

Extraits d’un article écrit avant la mort de Rémi Fraisse et paru dans Les Zindigné(e)s d’octobre 2014.