Agrobusiness et accaparement des terres agricoles

Agro-écologie ou agrobusiness ? intérêt général ou intérêts particuliers ?

En France, si le ministère de l’Agriculture clame haut et fort vouloir hisser notre pays au titre de champion de l’agro-écologie, la loi pour l’avenir agricole votée à l’automne dernier ne bouscule en rien les verrous de l’accès au foncier.
Les sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural (Safer) continuent d’être des organismes parapublics opaques qui participent à la concentration des terres aux mains des plus gros propriétaires. En 2013, la cour des comptes accusait même les Safer d’avoir »perdu de vue les missions d’intérêts général dont elles étaient investies », c’est à dire l’installation des jeunes. En 2012, sur les 88000 hectares rétrocédés par la Safer, seulement 2700 concernaient la première installation de jeunes agriculteurs… Alors qu’en dix ans, un quart des agriculteurs a disparu en France, les démarches pour l’installation demeurent un véritable parcours du combattant pour tout jeune paysan. Les différentes étapes et structures (Chambre d’agriculture, commission départementale d’orientation agricole, mutuelle sociale agricole…) liées à l’installation agricole restent aux mains de la FNSEA, le syndicat productiviste majoritaire. Face à ces embûches, aujourd’hui, seul un tiers des installations arrive à bénéficier d’aides publiques.

Dernière trouvaille dans l’arsenal des politiques publiques, la « compensation collective agricole », inscrite dans la loi d’avenir agricole, prendra effet en 2016.
Tous les projets d’aménagement « susceptible d’avoir des conséquences négatives importantes sur l’économie agricole » devront comprendre « des mesure de compensation collective visant à consolider l’économie agricole du territoire ».
Au vu des premières expérimentation en cours, la FNSEA, aux manettes de ce dispositif, a pour ambition d’en faire un nouvel outil de concentration des terres.

Xavier Beulin, la FNSEA et les agrocarburants

Ainsi dans le cadre du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, la chambre d’agriculture de Loire-Atlantique a-t-elle défini avec Vinci un futur « fond de compensation économique agricole » de 3 millions d’euros qui pourrait soutenir à terme la culture d’agrocarburants et des acquisitions de terres.
En Île-de-France, une mesure de compensation collective agricole s’est entre autres traduite par un vaste engagement d’achats de produits oléagineux auprès de Diester, filiale agrocarburants en mauvaise santé financière de Sofiprotéol, groupe agro-industriel dirigé par Xavier Beulin, président de la FNSEA…

Les investissements étrangers dans le foncier agricole se multiplient également. Ces trois dernières années, des investisseurs chinois ont mis la main sur une centaine de domaines bordelais. Un fond de pension belge a déjà racheté des centaines d’hectares dans le nord de la France. En Bretagne, Synutra, géant de la nutrition infantile en Chine, fait actuellement construire à Carhaix une énorme usine de transformation de lait. À partir de 2016, 700 éleveurs livreront un million de litres à Synutra qui l’exportera en poudre de lait pour les nourrissons de la classe moyenne chinoise.

Extrait d’un article de Mickaël Correia dans le journal CQFD de juin 2015.

La FNSEA casse en toute impunité

Pour la justice, il y a deux poids deux mesures face aux syndicalistes paysans.
D’un coté un syndicat de paysans, la Confédération paysanne qui défend une agriculture respectueuse de l’environnement dont toutes les actions directes récentes (fauchage de champs OGM, démontage de quelques machines de traite dans la ferme usine des mille vaches) ont fait l’objet systématique de poursuites judiciaires avec à l’occasion des incarcérations.

De l’autre un syndicat légèrement majoritaire, la FNSEA, dont les manifestations ont été l’occasion de plus de dégradations que toutes les actions des Zadistes réunis (pourtant qualifiés par les premiers de djihadistes verts). Dans le sillage de leurs manifestations, de nombreux bâtiments publics ou associatifs sont saccagés (comme le 5 novembre dernier les locaux d’Europe Écologie à Toulouse) voire incendiés (comme la Trésorerie de Morlaix et les locaux de la Mutuelle sociale agricole au mois de septembre). Les membres de la FNSEA se sont livrés aussi à des actes de barbarie sur des animaux (en janvier 2013, des agriculteurs de la Manche passaient des étourneaux dans la fente de la boîte aux lettres d’une association écologiste, les mutilant pour beaucoup, le 5 novembre des ragondins étaient bombardés de peinture, battus et écrasés, le 25 novembre un sanglier était pendu sur le passage de François Hollande à Florange). Et ce sans aucune réaction de la police dont les enquêtes sont généralement au point mort. Et sans suites judiciaires. Les politiques condamnent mollement ces actes, Valls dit « être à l’écoute des revendications de la FNSEA ». Comment expliquer que les politiques agricoles successives aient été largement dictées par ce syndicat, la France préférant, par exemple, payer les amendes de Bruxelles plutôt que de faire appliquer comme ses voisins les directives environnementales en termes d’utilisation des intrants chimiques ?

Comment expliquer que ce syndicat censé défendre ces adhérents, les a poussés au surendettement pour cause de mécanisation à outrance et à la dépendance totale au cours des marchés des matières premières de l’élevage (alors que si on fait brouter ses vaches c’est gratuit) ?

L’explication est peut-être à trouver dans les intérêts des dirigeants du syndicat. Prenons Xavier Beulin, son président. En plus d’être un heureux céréalier prospère, il est surtout le président de Sofiprotéol, énorme groupe agro-industriel (7 milliards de chiffre d’affaires en 2013) dont les missions sont très loin d’être paysannes. Sofiprotéol, issu du lobby du colza, a fait fortune dans les années 90 avec sa filiale Diester sur le développement du biocarburant, non seulement exonéré fiscalement par le gouvernement Juppé, mais dont l’ajout au diesel a été rendu obligatoire.
Conséquence, le prix de nombre de céréales pour l’alimentation animale a flambé, étranglant un peu plus les éleveurs.

Autre paradoxe, le syndicaliste Xavier Beulin a soutenu une loi, en 2011, demandant aux agriculteurs ressemant leurs récoltes de verser une redevance aux semenciers… qu’il ait des participations chez ces mêmes semenciers doit être étranger à sa position. Et comme dans cette histoire tout est dans tout, deux semenciers importants (Ragt et In Vivo) ont signé avec Sofiprotéol et Unigrains un accord stratégique en 2010. Unigrains qui était avec l’Institut technique des céréales et des fourrages (ITCF), organisme public accusé par la Cour des comptes en 2008 de financer indirectement la FNSEA… Affaire classée sans suite comme la plupart des méfaits de ce syndicat… Xavier Beulin s’en fout plein les fouilles et les adhérents surendettés et couillons de son syndicat peuvent continuer à se suicider ou dévaster nos villes.

Article de Jean-Jacques Rue dans le journal Siné mensuel de décembre 2014.