éolien

Désormais, l’éolien est entré dans l’ère du gigantisme : les constructeurs – souvent d’anciens producteurs d’électricité au moyen du charbon – multiplient les annonces et les projets grandioses. La filiale du groupe américain General Electric dédiée aux énergies renouvelables a ainsi annoncé un investissement de 400 millions de dollars pour construire Haliade-X, une nouvelle turbine éolienne offshore de 260 m de haut censée produire 45 % d°énergie de plus que les installations actuelles.

Ce monstre sera composé d’un rotor de 2,20 m pour une envergure totale de 38 000 m2. Ses promoteurs assurent qu’elle pourra produire 67 GWh d’électricité par an, soit la consommation de 16 000 foyers.

Les groupes industriels investissent dans ce secteur à forte croissance, ils y importent leur quête du profit, leur imaginaire productiviste, leur obsession pour le gigantisme dont on connaît pourtant les limites. Au nom des quelques centaines d’emplois promis et des annonces mensongères sur « l’énergie propre », le gouvernement et la presse relaient et soutiennent ces projets, convaincus d’avoir trouve la solution à l’effondrement environnemental.

Mais le coût écologique et énergétique de ces géants des airs est loin d’être négligeable : pour construire et installer ces éoliennes à la durée de vie limitée il faut par exemple 1 500 tonnes de béton enterré, mais aussi de nombreux métaux plus ou moins rares, dont l’extraction est polluante, et des batteries pour stocker l’énergie.

La multiplication des projets conduit à une spéculation débridée, à des gabegies financières, à une artificialisation des terres absurde.
L’aspect « propre » et « durable » du photovoltaïque comme des grandes fermes d’éoliennes peut être contesté au regard des déchets qu’ils produisent et de leur demande en métaux.
Si les énergies dites renouvelables ont acquis une place importante dans les politiques européennes, tout se passe comme si le secteur de l’électricité et les grandes multinationales tentaient de capter ces technologies ,pour les conformer à ses normes, tout en repoussant le modèle alternatif qu’elles véhiculaient initialement. Avec le changement d’échelle des grands projets renouvelables, le rêve d’autonomie et de relocalisation s’effondre.

L’essor et la promotion des énergies renouvelables s’apparente de plus en plus à un moyen de détourner l’attention des enjeux les plus urgents en faisant croire qu’il existerait des solutions techniques pour sortir de notre dépendance aux combustibles fossiles sans modifier radicalement nos modes de vie, nos systèmes économiques et nos imaginaires consuméristes.
Certaines des associations qui militent contre les projets d’éoliennes géantes en viennent d’ailleurs à promouvoir le nucléaire, perçu comme la seule alternative, cédant ainsi au mirage du « nucléaire propre » véhiculé par les ingénieurs d’EDF et du CEA. D’autres militants écologistes, comme ceux de l’Amassada ont bien saisi le piège et choisissent de remettre en cause le nucléaire comme l`éolien géant, deux modalités d’une même course à la puissance mortifère.

Il n’y a pas de solutions techniques miraculeuses et il faut cesser de croire que notre pouvoir d’achat pourra continuer de croître indéfiniment en consommant toujours plus d’énergie.
La promotion des énergies renouvelables doit s’accompagner d’une réduction des consommations, de leur relocalisation, au lieu de se fondre dans l’imaginaire de la puissance. Comme le montre toute l’histoire du capitalisme, sa force réside dans sa capacité à intégrer et absorber ses critiques : le problème n’est pas l`éolien en tant que tel mais l’éolien industriel.

Ivan Illich l’avait montré dans les années 1970 : c’est l’imaginaire de la puissance et du productivisme qui pose problème, c’est lui qui transforme le beau rêve d’une énergie alternative et propre en cauchemar de paysages saccagés et de techniques contrôlées par les lobbies et leurs intérêts financiers.

Extrait d’un article de Vincent Cheynet dans le journal La Décroissance de janvier 2019.

Non-violence

En lisant ce texte (« Comment la non-violence protège l’État » de Peter Gelderloos), rébarbatif, dénué de tout humour, et finalement effrayant, nous retrouvons ce « fascisme des anti-fascistes » bien mis en lumière, voici un demi-siècle, par ce grand précurseur de la décroissance qu’était Pier Paolo Pasolini : « Le fascisme peut revenir sur la scène à condition qu’il s’appelle antifascisme », soulignait-il.
Car, pour Peter Gelderloos et les bien mal nommées éditions Libre qui le publient, il est légitime d’employer la violence pour faire taire ceux qui ne pensent pas comme soi, ceux du « camp du Mal ». Le problème est que ce dernier est toujours très subjectif, et qu’il change même au cours de la vie de chacun de nous. Au-delà des étiquettes, c’est une attitude parfaitement fascistoide. Car, ce qui compte, ce sont les méthodes et actions, non les justifications qui les motivent. Les fins sont contenues dans les moyens, faire le mal au nom du bien est la pire et la plus ancienne des perversions.

En tout cas, voilà qui doit ravir tous ceux qui appellent à réprimer les militants, comme l’ « expert » médiatique Éric Denécé. L’auteur d’Écoterrorisme (Tallandier, 2016), employé par de grandes sociétés, s`emploie à diffuser l’idée que la résistance écologiste et Daech seraient du même tonneau. La DGR, Peter Gelderloos et les éditions Libre lui en apportent la confirmation sur un plateau.

Rappelons que ceux qui incitent les mouvements à sombrer dans la violence se sont régulièrement avérés être des agents du camp adverse, infiltrés pour susciter la désapprobation et légitimer la répression.
Le fantasme de violence est le plus souvent porté par des immatures qui ne la connaisse pas. Ils ne sont pas structurés pour y être confrontés et s’effondrent le plus souvent à sa première réelle rencontre. À ce moment-là, traumatisés, ils déserteront à jamais tout engagement. […]

C’est le même principe que l’insulte, la violence verbale : à bout d’arguments, on humilie grâce à elle son contradicteur pour briser un échange qui nous échappe. C’est la rupture de la dialectique : « l’insulte tue la parole, nie le débat, discrédite la controverse des idées » (Charles Silvestre, secrétaire de la Société des amis de L’Humanité, 28 août 2009). Nous n`avons cessé de le rappeler, à la suite de nos grands anciens, quitte à lasser : la décroissance commence par le refus de la montée aux extrêmes, elle est une désescalade. Loin d’être un pacifisme angélique, narcissique voire lâche qui refuserait la confrontation, elle commence par le choix courageux de la non-violence.

Extraits d’un article de Vincent Cheynet dans La Décroissance de juillet-août 2018.

Idéologie libérale

Il est aujourd’hui d’autant plus difficile de s’extraire de l’idéologie libérale qu’une large partie de la population l’a intégré comme un phénomène naturel : « c’est le propre du point de vue dominant que de pouvoir se nier comme point de vue particulier », rappelle Frédéric Lordon (lire Charlot ministre de la vérité.
C’est surtout le propre de tous les fanatismes que de prétendre échapper à leur subjectivité. Et ils s’en trouvent nombre en position minoritaire. Pis, cette normalisation est conduite au nom de la liberté des individus, et même de leur anti-conformisme. « Think different » martèle la pub pour engendrer le désir du même produit. D’où ces armées de zombies rivés sur leur portables ânonnant les mêmes poncifs libéraux – « Nous sommes tous différents », « Ça a toujours existé de tous temps », « Il faut accepter les évolutions », « il faut être positif », etc. -, tous convaincus d’être des esprits libres et mêmes rebelles.

Violence du sans limite

Dans cette perspective libérale chacun est compris comme autosuffisant, auto-engendré. Cette toute-puissance a son revers : chacun est renvoyé à son unique responsabilité. Celui qui ne réussit pas est entièrement responsable de son échec. Rien ne dépasse l’individu dans la société des atomes des Macron et Thatcher. La double peine y est constante : celui qui échoue se voit refuser toute analyse du contexte qui aurait pu produire ou concourir à son échec. Aucune cause sociologique ne pourrait l’aider à le comprendre car, comme l’explique un des phares de cette double pensée. Philippe Val « la sociologie mène à l’antisémitisme. »
Penser le Nous y relèverait au mieux de la bêtise. plus sûrement du proto-hitlero-bolchevisme (Ferry).
Celui qui parle d’homosexualité est aussitôt soupçonné d’être soit homosexuel soit homophobe. celui qui théorise sur le « transgenre » est renvoyé à un supposé problème d`identité sexuelle, celui qui conteste les riches à son incapacité de le devenir. etc.
Vous avez mauvaise mine parce que la vie ne vous a pas fait de cadeau ? « Ce qui se passe à l’extérieur, n’est jamais que le reflet de ce qui se passe à l’intérieur », répond Cyril Dion des Colibris dans son magazine Kaizen.
Le mieux serait de rejoindre un stage de développement personnel. L’argent, l’amour et la santé vous viendraient alors naturellement, en même temps qu’un teint hâlé et une dentition parfaite de grine-pipole.
L’étude psychologique est réduite à une sorte de psychologisme dégradé relevant du commérage de magazines. Cette société qui ne fait plus société se brutalise sournoisement et rapidement, sous le prétexte souriant et « cool » de l’émancipation des individus de toutes contraintes.

Extrait d’un article de Vincent Cheynet dans le journal La Décroissance de mai 2017.