Peste brune

« Toi et tes amis, des gros pédés et sales youpins comme toi, vous détestez Trump et les citoyens. Le Covid est un canular. La seule cause de la mort des Américains, c’est vous. Je prie pour que toi et ta famille soyez retrouvés dans un sac mortuaire et jetés à la mer. Je souhaite ta mort et celle de toute ta famille ».
Des e-mails comme celui-ci. Bob Z. en reçoit plusieurs par jour. Ces injures antisémites et ces menaces de mort ont commencé il y a quelques années, soit après l’élection de Trump, et n’ont cessé d’aller crescendo.

Bob Z. est un militant de 57 ans qui vit et travaille dans une grande ville du nord-ouest des États-Unis. Depuis trente ans, il s’occupe des droits des ouvriers, des immigrés, des pauvres, leur apporte des outils juridiques pour s’organiser, réclamer une augmentation, peser dans les
débats, amener de l’équité dans les lieux de travail, porter plainte et monter un syndicat.

Pas de quoi nous surprendre en France, où nous avons Code du travail, comités d’entreprise, statut de salarié protégé et contrats de travail. Mais aux États-Unis, c’est une autre paire de manches. Déjà en temps normal, mais sous Trump, c*est encore pire. Être de ce côté-là des salariés,
militer pour l’augmentation du salaire horaire minimum, lutter pour les droits civiques, afficher son soutien à Bernie Sanders, c’est trop.

À lire les e-mails malfaisants et racistes de ces Républicains obtus, ça mérite même la peine de mort. Effrayant ! À tel point que Bob Z., père de trois adolescentes, pense s’exiler au Canada. Pour respirer un peu. Et quel que soit le résultat de la prochaine élection présidentielle.
Pour lui, comme pour ses proches, ses collègues et d’autres militants de base qui sont également inondés d’e-mails nauséabonds partout dans le pays, la situation politique et sociale ne risque pas de s’arranger. Même si Biden est élu.

Pour Bob, les dégâts de Trump sont plus graves qu’on ne l’imagine vu de France. Il a détruit la démocratie, changé la législation, amené le fascisme. « L’extrême droite est déjà dans la rue, je la vois. Les milices s’organisent », explique-t-il. Trump a fait sortir la peste brune de sa
boîte. Elle n’est pas près d’y rentrer.

Article de Véronique Brocard dans Siné mensuel de novembre 2020

Journalistes et pouvoir

Les relations du monde politique avec la presse varient selon ses propres intérêts. Il l’aime quand elle le sert, la déteste quand elle le contrarie. Macron, comme tous les autres, n’a pas échappé à ces oscillations d’humeur.
De séduisants, quand ils taillaient un costard à Fillon, les médias sont devenus nuisibles le jour où le candidat s’est transformé en président de la République. Empêtré dans l’affaire Benalla, Macron a même fait exploser sa détestation au grand jour en déclarant que « la presse ne cherche plus la vérité ». C’était il y a un an. Depuis, les relations ne se sont pas apaisées, au contraire.

Le chef de l’État trouve les journalistes futiles, incompétents. Et dangereux. Pour calmer la profession, Macron a lancé une opération d’intimidation. Auditions libres, gardes à vue, perquisitions et convocations à la DGSI – neuf recensées à ce jour – se multiplient.

Devant l’urgence, l’Association de la presse judiciaire (APJ) a décidé de réagir. « Il n’est plus possible de considérer les journalistes comme des suspects », explique Jean-Philippe Deniau, le président de l’APJ, qui ajoute : « ll faut prévenir les journalistes de leurs droits. » Avec le cabinet d’avocats Spinosi, et le Syndicat national des journalistes, l’association a édité un Guide de défense du journaliste, petit couteau suisse des droits de la profession, de la loi de 1881 (elle-même menacée par le gouvernement, qui voudrait la réformer), des secrets des sources et de l’attitude à adopter face à la police et à la justice.

Faut-il emporter son portable ? Puis-je refuser d’aller à une convocation ou m’opposer à une perquisition ? Suis-je obligé de donner mes mots de passe ? Peuvent-ils emporter mes documents ? Pour consulter ce kit de survie du journaliste en milieu hostile, il suffit d’aller sur les sites de l’APJ ou du SNJ. C’est gratuit et indispensable.

Article de Véronique Brocard dans Siné mensuel de juillet 2019.