Détruire la nature pour quelques emplois mal payés

Les partisans pro-Center Parcs de Roybon n’en démordent pas : le village-vacances créerait 700 emplois. Mais de quels emplois parle-t-on ?
En Moselle, Center Parcs embauche un peu plus de 600 personnes. 60 % d’entre elles sont au Smic horaire, la moitié travaillant 9 heures par semaine, pour un salaire de 319 euros par mois. Du coté du Center Parcs de l’Aisne, les conflit sociaux se répètent. Dans ces conditions, comment croire que la prospérité de la vallée du Chambaran sera assurée ?
En Alsace, c’est l’attrait pour la pratique du golf et ses retombées économiques qui justifient le projet. Avec ses 78 ha, le golf de la Sommerau est classé dans la catégorie grands golfs, « un modèle économique délicat », de l’aveu même de la Fédération Française de Golf. Et puis il existe déjà 20 golfs à proximité et les inscriptions en Alsace sont en baisse.

Le nouvel aéroport de Notre-Dame-des-Landes quant à lui occuperait cinq fois plus d’espace que l’actuel. Mais la surface des postes d’embarquement ou les aires de stationnement des avions, eux, diminuent. Comment atteint-on un tel gigantisme ? En augmentant la surface des commerces ou des parkings, les activités les plus lucratives.

Selon l’adage, l’argent, c’est le nerf de la guerre. Les prévisions budgétaires sont souvent bien en-dessous du montant des travaux. Pour les promoteurs de la ligne Lyon-Turin, le devis en 2002 était de 12 milliards d’euros. La Cour des Comptes a estimé en 2012 que la note sera bien plus salée : 26,1 milliards d’euros.
Mêmes calculs hasardeux à Notre-Dame-des-Landes. Vinci Airports a annoncé un coût de 561 millions d’euros hors taxes pour la construction, dont 115 millions à la charge des collectivités. Ce coût global serait largement sous-estimé, selon les arcitectes Ivan Fouquet et Francois Fedele, qui le chiffrent plutôt à près d’un milliard d’euros. Combien pour les collectivités ?

Concernant le Center Parcs, le montage financier de Pierre et Vacances est bien rôdé : le département se porte acquéreur des parties communes du complexe pour 7 millions d’euros, la région Rhône-Alpes ayant promis une aide similaire, dont 3,5 millions pour « la prise en compte des surcoûts liés au développement des énergies renouvelables et à la maîtrise de l’impact environnemental ». Pour le golf de la Sommerau, il s’agit initialement d’un investissement de 6 millions d’euros de la part des collectivités. Mais si le projet est déficitaire, les collectivités se sont engagées à reprendre les fonds… À quel prix ?

Extrait d’un article de la lettre du hérisson n°256, publication de l’association France Nature Environnement.

Trop d’impôts ! Trop d’impôts !

« François Hollande est devenu un puissant dealer de subvention, un narcotique auquel les entreprises françaises aiment se shooter… » Qui écrit çà ? Un ancien cadre du Medef, responsable des affaires sociales.
(…)
Après trois années de thèse – en « génie des matériaux » – Élise répond à une annonce d' »ingénieur d’affaires, chercheur conseil » : « il faut qu’il y ai marqué « chercheur conseil », décode-t-elle, même si chez eux, je n’ai jamais une minute de recherche. Çà leur permet de bénéficier du crédit impôt recherche. Mais en réalité, j’étais commerciale, je devais vendre leurs produits… » Et quels produits ? « De la défiscalisation en Crédit impôts recherche ! J’ai commencé par potasser le code général des impôts, un guide de procédures fiscales…
– Mais ils n’avaient pas besoin d’une scientifique pour çà ? on lui demande.
– Non, mais çà faisait sérieux, pour être crédible chez les clients, pour discuter avec le PDG. J’avais capté que c’était limite. Je leur expliquais comment frauder, comment retranscrire toute leur activité en Recherche et Développement. On tirait sur cette vache à lait, pour faire du détournement. Souvent, les clients doutaient de pouvoir en bénéficier, mais nous, une laborantine, une secrétaire, un VRP, on te passe tout çà en R et D. Les SSII, les société de service en informatique – ce sont des marchands de viande – ils embauchent un cheptel de cents mecs en CIR.
– Mais les inspecteurs des impôts ont bien dû vous coincer ?
– Non, jamais. Le contrôle se fait à deux niveaux : fiscal, et sur ce plan-là, formel, administratif, on respecte scrupuleusement la procédure. Mais en théorie, le contrôle est aussi scientifique, et là, le fisc, on les enfume. Il leur faudrait des agents qui soient les deux en un, mais l’état n’a pas les moyens de se payer des enculés comme nous ! On arrive à endormir les contrôleurs, en leur fabriquant des fantômes. Çà correspond à un tel travail d’investigation, ils n’en ont pas les moyens. Et aussi, ils ne sont pas encouragés : il y a la volonté politique de fermer les yeux.
D’après un rapport de la Cour des comptes, un tiers du CIR part dans les sociétés de services, dans les banques, les assurances, etc… Plus que dans l’industrie pharmaceutique !
Ce qui me révolte, c’est que les clients, une fois qu’ils ont touché au truc, ils tombent dans un engrenage où ils veulent toucher toujours plus de pognon. Là, toute la bagarre, tout le lobbying, c’est de transformer le CIR en Crédit impôt innovation, que ce soit encore plus large… »
C’est en 2012 qu’on avait croisé Élise.
En 2013, François Hollande créait quoi ? Le Crédit d’impôt innovation…

Extraits d’un article de François Ruffin et Pierre Souchon dans le journal Fakir de mai-juin 2014.