Politicard

C’est l’histoire d’un politicard dont tout le monde sait qu’il est corrompu. Il accorde des permis de construire sur des zones inconstructibles, les limonadiers se vantent de pouvoir l’acheter à pas cher pour arranger leurs petites affaires d’extension, de terrasses, etc.
Un pote avocat dîne l’autre soir dans le même resto que le procureur. Le proc se laisse aller à des confidences : « Oui, on a un dossier bien épais sur lui. »
On sait, on a des dossiers et puis… on regarde ailleurs.

Il a fallu que Fillon soit candidat à la présidence pour qu’on s’aperçoive qu’il était pourri. Il a fallu trente ans à la justice pour embastiller Balkany. Et, selon toute vraisemblance, Sarkozy n’aura jamais droit à la fouille rectale.
Dans ses mémoires, le commissaire Broussard racontait qu’on l’envoyait surveiller les mafieux corses sur l’Île de Beauté.
Ce à quoi il ajoutait que c’eût été plus facile de planquer place Beauvau, là où ils passaient le plus clair de leur temps.

En France on n’assassinera jamais le juge Falcone ou le juge Borsellino.
Pourquoi ? Parce qu’en France, il n’y aura jamais d’opération mains propres.

En France, des politiciens se font prendre en photo dans la piscine d’un trafiquant d’armes.
En France, un petit politicard de province peut continuer à toucher des pots-de-vin tant qu’il ne fait pas trop de vagues. Aucun journaliste, aucun procureur, aucun flic, aucun confrère ne viendra jamais lui causer d’ennui. Parce qu’en France, le vrai problème, hein… c’est l’immigration !

Article de Yan Lindingre dans Siné mensuel d’octobre 2019.

Griller l’audiovisuel public

Selon la stratégie consacrée par des décennies de politique libérale, réduire la masse salariale constitue la variable d’ajustement préférée des dirigeants. Il y aurait bien d’autres économies à faire pourtant, explique Bertrand Durand, vingt-huit ans de Maison ronde. Ce technicien de formation, aux allures d’amateur de rock, est secrétaire CGT du Comité social et économique. Il énumère.

La dispendieuse rénovation de la Maison de la Radio d’abord. Le coût des travaux n’a cessé de déraper à mesure du retard du chantier. Il atteindra 750 millions d’euros en 2025, soit trois fois plus que prévu, supporté au tiers par Radio France. « Cela représente environ 20 millions par an sur notre budget au détriment du reste. Et regardez ce studio quasi-neuf qui ne sert jamais. Il a été mal conçu, on entend le bruit des pas des techniciens dans les micros. »

La hiérarchie ensuite. Trop de chefs. « Chaque semaine, on nous annonce des promotions à de tout nouveaux postes de direction. Et bien sûr, le salaire qui va avec. » Entre 2005 et 2015, l’inflation des postes de direction était estimée à 58 % contre 6 % d’augmentation sur l’effectif total. À France Télévisions, le constat est similaire.
La Cour des comptes l’avait d’ailleurs souligné en 2016, mettant également le groupe en garde sur les achats de programmes entachés de soupçons de favoritisme : « Des règles strictes de déontologie doivent être mises en place sans délai pour mettre fin à certaines pratiques contestables. Par exemple, des responsables de programmes qui créent leurs propres entreprises de production et reçoivent immédiatement d’importantes commandes de France Télévisions ». Nagui, Patrick Sébastien, Michel Drucker… La télévision publique a curieusement engendré un certain nombre de millionnaires.

Bertrand Durand épingle enfin une gestion catastrophique du personnel. « La maison est régulièrement condamnée au prud’hommes pour des CDD à répétition et dépense des sommes considérables pour des ruptures conventionnelles dont certaines pourraient être qualifiées de complaisantes », note le syndicaliste. De l’humoriste Stéphane Guillon au technicien de France Bleu Sud Lorraine et ses 258 CDD, neuf fois sur dix le salarié obtient gain de cause. L’entreprise provisionne en moyenne 20 millions d’euros par an sur sa comptabilité pour « litiges », dont un tiers rien que pour les procès aux prud’hommes.

Sur le terrain, les équipes tirent la langue. Les effets combinés des précédents plans et de la nouvelle « lutte contre l’emploi précaire » – qui consiste non pas à titulariser les CDD mais à ne plus remplacer les salariés en congés ou en arrêt maladie -, se font sentir.
[…]
« Griller l’audiovisuel public pour laisser le champ libre aux petits copains du privé », suggère un journaliste, rappelant cette autre phrase du président de la République : « Qu’est-ce qui justifie qu’on mette de l’argent dans France Télévisions et pas dans TF1 ? » Vous connaissez la réponse.

Extraits d’un article de Léa Gasquet dans Siné mensuel de septembre 2019.

Journalistes et pouvoir

Les relations du monde politique avec la presse varient selon ses propres intérêts. Il l’aime quand elle le sert, la déteste quand elle le contrarie. Macron, comme tous les autres, n’a pas échappé à ces oscillations d’humeur.
De séduisants, quand ils taillaient un costard à Fillon, les médias sont devenus nuisibles le jour où le candidat s’est transformé en président de la République. Empêtré dans l’affaire Benalla, Macron a même fait exploser sa détestation au grand jour en déclarant que « la presse ne cherche plus la vérité ». C’était il y a un an. Depuis, les relations ne se sont pas apaisées, au contraire.

Le chef de l’État trouve les journalistes futiles, incompétents. Et dangereux. Pour calmer la profession, Macron a lancé une opération d’intimidation. Auditions libres, gardes à vue, perquisitions et convocations à la DGSI – neuf recensées à ce jour – se multiplient.

Devant l’urgence, l’Association de la presse judiciaire (APJ) a décidé de réagir. « Il n’est plus possible de considérer les journalistes comme des suspects », explique Jean-Philippe Deniau, le président de l’APJ, qui ajoute : « ll faut prévenir les journalistes de leurs droits. » Avec le cabinet d’avocats Spinosi, et le Syndicat national des journalistes, l’association a édité un Guide de défense du journaliste, petit couteau suisse des droits de la profession, de la loi de 1881 (elle-même menacée par le gouvernement, qui voudrait la réformer), des secrets des sources et de l’attitude à adopter face à la police et à la justice.

Faut-il emporter son portable ? Puis-je refuser d’aller à une convocation ou m’opposer à une perquisition ? Suis-je obligé de donner mes mots de passe ? Peuvent-ils emporter mes documents ? Pour consulter ce kit de survie du journaliste en milieu hostile, il suffit d’aller sur les sites de l’APJ ou du SNJ. C’est gratuit et indispensable.

Article de Véronique Brocard dans Siné mensuel de juillet 2019.

Liberté de la presse

Dominique Pradalié a été longtemps rédactrice en chef du journal de la nuit sur France 2. Aujourd’hui secrétaire générale du Syndicat national des journalistes, elle s’inquiète de la précarisation de la profession et de la mainmise du pouvoir.

[…] j’avais banni les sondages de mes journaux télévisés sur France 2. Je considérais que ce n’étaient pas des informations mais des vecteurs de promotion, de propagande, de pression pour faire croire aux gens telle ou telle chose. Mais quand vous voyez que, dans un des derniers magazines politiques de France 2, la première question posée aux hommes politiques, concerne l’immigration alors qu’on va avoir 2h30 devant nous !
Alors que le principal problème affiché des Français depuis des années, c’est le pouvoir d’achat, l’emploi, le travail. On tombe à la renverse. C’est scandaleux et c’est choquant.

Est-ce une « première » qu’il y ait eu autant de journalistes blessés ?

Parlons d’abord des manifestants, que le pouvoir nous présente comme d’épouvantables terroristes ! Même s’ils ont 72 ans ou plus, même s’ils sont dans une chaise roulante. Quelles suites vont être données à toutes ces exactions contre les centaines de blessé-e-s ? Contre les mutilé-e-s ? Il y a plus de vingt personnes qui ont perdu un œil, d’autres une main, d’autres qui sont à vie frappées dans leur corps et dans leurs certitudes constitutionnelles d’avoir le droit de manifester !

Les violences contre les journalistes posent une autre question : celle de la liberté de la presse.
Le pouvoir veut nous empêcher de faire notre travail ! On a plus d’une centaine de cas recensés par un confrère très sérieux, David Dufresne, qui documente chaque cas en vidéos, photos, témoignages, actes médicaux, etc. Voir Allo place Beauvau.

Plus de cent journalistes se plaignent d’avoir été empêchés de travailler : injuriés, agressés, visés, ciblés, matériel saisi ou détruit, cartes de presse subtilisées. Les preuves existent.
Beaucoup plus de plaintes ont été déposées contre les forces de l’ordre que contre les agresseurs gilets jaunes. C’est quand même fou ! La France est mise en garde par l’Onu, par le Conseil de l’Europe, par le Défenseur des droits, le président de la Commission nationale consultative des droits de l’homme, qui disent, en substance, vous êtes en train d’outrepasser vos droits en violant les droits constitutionnels que sont les droits de manifester, d’informner et d’être informé.

C’est donc du jamais-vu…

En cinquante ans, oui ! Autrefois, la profession se levait quand un journaliste était maltraité volontairement par les forces de l’ordre. Un journaliste ! Là, il y en a plus de cent et aucune question n’a été posée à la conférence de presse du président de la République. Rien ! Et encore, notre chiffre est sans doute sous-estimé.

De nombreux jeunes journalistes précaires ne veulent pas se manifester parce qu’ils ont peur de démarrer leur vie professionnelle avec des casseroles. Ils craignent que l’IGPN les fiche à vie. Au début, on a dit à tous les confrères : signalez-vous à l’IGPN. Puis, après, on s’est dit : « Est-ce une bonne idée ? Ça sert à les mettre en fiche, clairement, et puis une fiche, après, on ne sait pas ce qu’elle devient. Comme Gaspard Glanz ou d’autres.

Extraits d’un entretien de la rédaction de Siné mensuel avec Dominique Pradalié dans l’édition de juin 2019.

Les gilets jaunes et les médias

Vermine, racaille… Le traitement médiatique de la révolte des gilets jaunes est symptomatique de ce qu’Halimi appelait le journalisme de révérence : faible avec les puissants, dur avec les faibles.

Pour les violences policières, tout le monde est au courant. Même ceux qui hésitent à soutenir les gilets jaunes trouvent infâmes les yeux crevés, les vies abîmées. Mais il n’y a pas qu’avec les LBD qu’on fait un carton sur les protestataires.
Avec les mots aussi, et des formules comme les « bas instincts » (Vincent Trémolet de Villers) ou les « pulsions malsaines » (Hervé Gattégno) imputés à la foule par des éditorialistes en vue et leurs
invités. Racontés par ces messieurs en embuscade devant leur télé, les gilets jaunes deviennent des « minus rongés par le ressentiment comme par des puces » (Franz-Olivier Giesbert) ou de la « racaille cagoulée » (Pascal Bruckner).

Le mépris pour ces moins-que-rien qui ont le mauvais goût de demander sur Facebook un monde plus juste en faisant des fautes d’accord, s’est déversé dès le début. D’entrée de jeu, un procès en populisme. Et pan ! Depuis, des épiphénomènes sont présentés comme le cœur du mouvement. Homophobe, raciste, antisémite, complice quand il n’est rien de tout ça, le gilet jaune est un « nouveau beauf » (Jacques Julliard) ou un « poujadiste » (Jean Quatremer). Le « Suicidez-vous » entendu à l’acte XXIII est, à la louche, le fait de « lamentables racailles »
(Bruno Jeudy) et de « vermines » (Renaud Dély). Et tant pis pour les gilets jaunes qui, ce même samedi, disaient aux flics : « Ne vous suicidez pas, venez avec nous » et patientaient avec eux en discutant jusqu’à ce que l’ordre tombe enfin de laisser le peuple quitter la place de la République où il était « nassé » depuis plus de deux heures.

Sur cette déferlante d’injures, Alain Brossat, ancien professeur de philosophie à la faculté de Nanterre vient à point nommé poser deux mots parfaits : violences médiatiques.
C’est le concept qui manquait. « La violence médiatique est dans l’ordre des discours sur l’événement en cours, l’équivalent du monopole de la maîtrise des airs que s’assure une puissance impériale lorsqu’elle affronte un ennemi rivé au sol, écrit-il […] Elle s’éprouve comme un tort infligé à ceux qui n’ont qu’un accès infinitésimal à la parole publique ».

On la voit d’ailleurs s’exercer sur les ouvriers, chaque fois qu’ils font grève pour dire non à la fermeture d’une usine ou à la privatisation d’un service public.
On se souvient que l’an dernier les cheminots étaient, pour les mêmes, d’insupportables « privilégiés ».
Invités à la télévision pour y être sans cesse interrompus, des syndicalistes repartaient perdants, vaguement ridicules. À l’évidence, un journalisme de classe se renforce mais il indigne
de plus en plus, et jusque dans la paisible Académie française où Danièle Sallenave sort des rangs avec un court essai intitulé Jojo le gilet jaune, référence à la petite phrase présidentielle de cet hiver.

En arrière-petite-fille d’un cheminot et d’une ouvrière à la peine sur un lavoir municipal des bords de Loire, la dame en gilet vert n’a pas l’esprit à s’engourdir sous les ors de la République. « J’ai éprouvé dès les premières manifestations un élan de sympathie, régulièrement renouvelé par le contraste réjouissant, à la télévision, entre leur assurance un peu maladroite et l’hostilité mal dissimulée des journalistes et de leurs invités », écrit-elle. À l’heure où le mépris coule à flots, l’académicienne, avec Alain Brossat, tient désormais ouvert le registre des violences
médiatiques.

Article de Lara Smith dans Siné mensuel de mai 2019.

Colère

– Vous êtes très attaché à la colère.

– La colère est un don. L’abbé Pierre disait même qu’elle a été son don le plus précieux. La colère qui est pourtant l’un des sept péchés capitaux ! J’avais adoré ça. La colère est une force extraordinaire. Après, il faut l’architecturer, être capable d’en faire un carburant durable, pas juste un moteur à explosion.
J’appelle ça la « rage du sage ». Si tu n’as pas de colère, que veux-tu faire d’important ? Tu ne peux pas changer le monde sans ce feu-là.

– Les gilets jaunes incarnent-ils la colère d’aujourd’hui ?

– Oui, et sous une forme extrêmement légitime. Déjà, il faudrait les remercier d’avoir explosé la forme manif Nation-Bastille, traîne-savate ! Ils sont très rares, ces petits actes inventifs… Il y a eu Act’Up, un peu Greenpeace… Mais nous, la gauche radicale, nous restons trop peu créatifs sur les formes de lutte. Je regrette que les gilets jaunes ne s’en prennent pour l’instant qu’au gouvernement et pas aux vampires du profit… Les Bernard Arnault, François Pinault, Xavier Niel…
Tu ne peux pas atteindre un minimum de justice sociale si ces moguls-là, qui siphonnent la valeur en toute impunité, d’une façon obscène, ne se sentent jamais menacés !
La violence, ils l’exercent de façon systémique et permanente sur nous. Il faut les placer dans une situation critique où il se diront : « Maintenant, si on ne change pas, nous allons subir la
violence-retour qu’on a générée. »
Les gilets jaunes ne deviennent pas agressifs par hasard ! Ils ont subi des vagues continues de violence quotidienne – économique, symbolique, physique -, qui se compacte en une colère sédimentée qui n’avait jamais pu ou osé sortir. Cette violence-là est archisaine ! Quand elle est ravalée, elle débouche sur la dépression, le suicide, l’agression des proches.
Il va y avoir ce procès contre Orange où, enfin, pour la première fois, va être jugée une approche managériale fondée sur le harcèlement, qui a provoqué une vague de suicides sans précédent. Existe-t-il pire violence ? Après, quand tu casses une vitrine, quand tu démontes le Fouquet’s, ça reste une violence sur les biens. Elle fait mal à qui ? Aux assureurs ? Personne n’a égorgé de
flics. Eux, par contre, ont mutilé une trentaine de personnes déjà. Il faut être factuel ici.

Extrait d’un entretien entre la rédaction de Siné mensuel et Alain Damasio dans Siné mensuel d’avril 2019.

Antisionisme

Finkielkraut est considéré en France comme un philosophe, profond et original ; dans les pays anglosaxons, des personnages comme lui ou BHL seraient relégué au rang de parleurs dans des programmes de l’après-midi, entre l’éleveur de serpents à sonnette et la femme qui a trouvé l’amour en entrant chez les bénédictines.

Finkielkraut est tout au plus un publiciste réactionnaire qui a fait son fonds de commerce en instrumentalisant les accusations d’antisémitisme pour salir les meilleurs (Morin, Mermet, Siné). Cela dit, les attaques antisémites dont il a été l’objet dans une des manifestations des gilets jaunes sont inadmissíbles et doivent être condamnées sans équivoque. De telles attaques salissent les gilets jaunes.

Les rares slogans antisémites entendus dans les rassemblements des gilets jaunes ont fourni l’occasion à certains politiciens français de relancer une campagne visant à pénaliser non pas les propos racistes et donc aussi antisémites (ils le sont déjà dans plusieurs lois), mais ce qu’ils appellent des propos antisionistes.
Le député Sylvain Maillard vient de proposer un projet de loi dans ce sens, et affirme : « On a le droit de critiquer le gouvernement israélien, mais pas de remettre en question le droit de l’État [d’Israël] d’exister. Personne ne remet en question le droit à l’existence de la France ou de l’Allemagne. »

Doublement faux : contrairement à la France ou à l’Allemagne, l’État d’Israël est le produit d’une colonisation, et nombreux ont été les États colonialistes dont on a refusé la légitimité (la Rhodésie ou l’Afrique du Sud, pour ne donner que deux exemples). De même que l’existence ne fait pas le droit, la non-existence ne signifie pas l’absence du droit à exister, comme l’ont montré le sort de dizaines d’États colonisés qui sont devenus souverains.

Deuxième erreur : l’antisionisme est originellement une idéologie juive et pas une invention d’islamo-gauchistes. Quand, au tournant du XXe siècle, le sionisme a vu le jour, l’immense majorité
des Juifs s’y étaient opposés : les religieux pour des raisons théologiques, le mouvement ouvrier juif (en particulier le Bund) par socialisme… et les Juifs bourgeois d’Europe occidentale par peur de perdre leurs droits civiques.

Extrait d’un article de Michel Warschawski dans Siné mensuel de mars 2019.

Lire aussi Antisionisme et antisémitisme de Denis Sieffert.

Casseur de droits

Le 23 décembre 1981, la gauche remporte un de ses plus beaux trophées. Sous les signatures de François Mitterrand, Pierre Mauroy et Robert Badinter, la loi anticasseurs, de sinistre mémoire,
portée par Marcellin après Mai 68, qui introduisait dans le code pénal une responsabilité collective des violences commises par des manifestants, est abrogée.

La droite revenue au pouvoir va certes créer un nouveau délit, celui de groupement en vue de commettre des infractions, destine « à nettoyer les racailles au Kärsher », selon la oélèbre expression
de Sarkozy.

C’est ce qui va être utilisé contre tous les manifestants opposés à la loi travail puis contre les gilets jaunes, la Cour de cassation ayant à nouveau rappelé, en 2017, que le vieux délit de
refus de dispersion était une infraction politique avec des garanties procédurales pour les prévenus incompatibles avec une répression expéditive.
Mais la droíte n’osera pas rétablir la loi anticasseurs.

Il a suffi de quelques tags, d’une statue cassée mais surtout d’une grande trouille pour qu’Édouard Philippe ose dépasser tous ses prédécesseurs. Sans vergogne, le gouvernement a repris un projet de loi déposé au Sénat par la droite pour inventer l’interdiction préventive de manifestation. La principale nouveauté du projet, actuellement discuté au Parlement, c’est qu’elle donne aux préfets, représentants salariés du gouvernement, le pouvoir de décider qui a le droit de manifester, alors que toutes les démocraties réservent le contrôle de cette liberté fondamentale à des magistrats judiciaires indépendants, qui statuent à l’égard de délinquants dont la culpabilité a été établie.

il suffit désormais qu’au doigt mouillé, et à l’aide de notes blanches secrètes, le préfet considère qu’une personne constitue « une menace d’une particulière gravité à l’ordre public ».

Pour s’assurer de l’efficacité de la mesure, le préfet peut convoquer le quidam à l’heure de la manifestation. Le récalcitrant encourt une peine d’emprisonnement.

Les voies de recours, coûteuses, à supposer qu’elles soient utilisées, seront examinées trop tard par le tribunal administratif pour être efficaces. Il faut rappeler que la plupart des assignations à résidence prononcées à l’occasion de la COP21 ont été annulées trop tard.

De toute façon, un nouvel arrêté peut être édicté pour chaque manifestation, ce qui rend tout recours illusoire. Le gouvernement peut désormais choisir les manifestants autorisés à s’opposer à sa politique.

On connaissait la justice préventive qui consiste à condamner quelqu’un pour ce qu’il pourrait faire, voici désormais la police politique préventive.
La droite l’a rêvé, Macron l’a fait.

Article de Dominique Tricaud dans Siné mensuel de mars 2019.

Make our planet great again

Lorsque Emmanuel Macron devient ministre de l’Économie, un de ses premiers faits d’armes a été de permettre aux constructions illégales de ne pas être démolies (loi du 6 août 2015, dite « loi Macron »). […]

Mais à peine arrivé à l’Élysée, il a repris son boulot de démolition énergiquement, tantôt en pleine lumière, tantôt en douce sous prétexte de « choc de simplification » des normes. Des normes qui, pour simplifier, sont devenues franchement plus arrangeantes, voire inexistantes…

Ainsi Macron a-t-il généralisé le principe du « silence vaut accord » des administrations.
Exemple : une ferme usine de 1 000 vaches veut s’agrandir, elle demande une autorisation, l’administration ne répond pas dans les deux mois, l’absence de réponse vaut un « oui ». Et tant pis si les services de l’État auraient pu constater qu’augmenter le nombre de ruminants au mètre carré risquait de polluer le cours d’eau situé à côté…

Cette « simplification » a été accompagnée d’une autre : nombre d’installations classées (susceptibles d’impact sur l’environnement) sont passées d’un régime d’autorisation (avec vérification obligatoire des services de l’État) à un régime de déclaration. […]

Plusieurs décrets ont permis, sous prétexte d’ « expérimentation », de se passer purement et simplement d’appliquer le droit.
Ainsi, le décret du 29 décembre 2017 permet aux préfets de Mayotte, du Lot, du Bas-Rhin, du Haut-Rhin, de la Creuse et des régions Pays de la Loire et Bourgogne-Franche-Comté de s’asseoir purement et simplement sur les normes réglementaires en matière d’environnement […]

Plus récemment, le 28 décembre dernier, C’est l’enquête publique qui a été supprimée au profit d’une simple consultation par Internet, pour les régions Bretagne et Hauts-de-France. […]

Le must, c’est la loi Elan, votée fin 2018. L’article 1 permet de créer des grandes opérations d’urbanisme, qui pourront s’asseoir sur le droit de l’environnement avec bonheur.
L’article 4 multiplie les dérogations possibles à l’évaluation environnementale censée être obligatoire.
L’article 15 tente de minorer les obligations de respect de normes édictées au niveau régional pour les maîtres d’ouvrage…
Et l’article 24, sous prétexte de « limiter l’insécurité liée au contentieux », complique sérieusement le recours à la justice pour les associations pour stopper un projet débile. Génial !

[…]. À France Nature Environnement, un juriste s’est chargé de dresser la liste de toutes les régressions sur le droit de l’environnement commises par le gouvernement.
Antoine Gatet avoue : « On n’arrive plus à suivre question contentieux, les décrets sont trop nombreux. On a donc décidé de se concentrer sur les recours au Conseil d’État, car toute régression du droit de l’environnement est interdit selon la Charte de l’environnement. »

Arnaud Gossement, avocat spécialiste de l’environnement, ajoute : « Ce qui m’inquiète le plus, c’est le manque de moyens. Il y a toujours moins d’inspecteurs des installations classées, la police de l’environnement ne peut plus faire son travail. Traduire un pollueur en justice relève du parcours du combattant. Et quand on y arrive, les peines sont dérisoires. »

Make our planet great again, disait l’autre! Dire qu’il y en a qui y ont cru…

Extraits d’un article de Blandine Flipo dans Siné mensuel de février 2019.

Passer à la caisse

Les macronistes, Jupiter en tête, font leur tronche condescendante de premier de cordée et donnent dans la pédagogie patiente mais excédée qu’on réserve au cancre bas de plafond : « Ô peuple simplet à jaune gilet, vous rejetez les impôts, mais ne comprenez-vous pas, dans votre abrutissement populaire, votre sidération profonde, que si vous voulez des services publics en état de marche et un bilan carbone acceptable, il vous faut non seulement les financer, mais augmenter votre effort ? Écoles, hôpitaux, tribunaux, ça coûte une blinde, grattez-vous le fond des poches, bande de radins ! Pigé ? » Ce qu’on appelle prendre les gens pour des billes.

Imaginons un supermarché. On circule dans les rayons, on emplit son chariot avec la conscience aiguë qu’après, faut passer à la caisse. Au cas où on serait tenté de glisser un article en loucedé, des dizaines de caméras assistées d’antivols et de vigiles surveillent l’action. Alors on passe à la caisse.
Tous ? Non ! Dans ce supermarché-là, les plus gros chariots, croulant sous les gourmandises de luxe, bénéficient d’une issue spéciale : on passe tout droit, on paie pas ! Ce supermarché s’appelle Trésor public. La caisse gratis s’appelle évasion ou fraude, l’une étant la formule légale de l’autre, une échappatoire qui permet à des voleurs, déserteurs, de mettre à gauche (un comble) ce qu’i1s doivent à la collectivité. Faire payer les pauvres, épargner les riches. C’est ça qui jette les gens dans la rue. L’injustice. Énorme, flagrante, cynique. Pigé ? Non. Le macroniste ne veut
pas le savoir, il n’est ni de gauche ni de gauche.

Article d’Isabelle Alonso paru dans Siné mensuel de février 2019.