Jean- Michel Blanquer et Amazon

Tous les élèves de cours préparatoire et de CE1 ont été évalués en début d’année scolaire. Non seulement la pertinence de ces tests est contestée par les enseignants mais, surtout, les résultats
sont conservés par le géant Amazon. Étonnant, non ?

Le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, est un fervent défenseur des tests à tout-va. Les dernières évaluations des élèves de CP et de CE1 se sont achevées avec leur lot d’absurdités.
Ainsi, l’énoncé commun aux CE1 (les gamins ont 7 ans !) parle de « sommeil paradoxal » ou de « glande pinéale » du cerveau. Des exercices prétendument rédigés par les « meilleurs scientifiques » sélectionnés par le ministre en personne ! Jeanne, professeure des écoles dans le 19e arrondissement de Paris, raconte : « On a vu des enfants pleurer devant leur copie car ils ne comprenaient rien. Ils pensaient qu’ils allaient être grondés. »

Le SNUIPP-FSU, principal syndicat des enseignants du premier degré, s’insurge en pointant du doigt ces méthodes qui ne respectent pas « les apprentissages réels des élèves ». Et ajoute que « ces évaluations placeront artificiellement la majorité d’entre eux en situation d’échec et de stress important ».

Les résultats de cette année sont peu reluisants. Un élève sur deux a des difficultés en calcul mental en début de CE1 et 25 % des élèves de CP ont des difficultés à reconnaître les lettres et le son auquel elles correspondent. La solution du ministère ? Blanquer annonce sans rire que les professeurs disposeront d’un « kit pédagogique sur Edusco1.fr pour faire avancer les élèves sur les différents sujets ». De quoi remonter le moral des instits !

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Une enseignante référente pour les usages du numérique (Erun) a découvert que les données récoltées auprès de 1,6 million d’écoliers sont stockées et gérées par Amazon, en Irlande, en violation du règlement général sur la protection des données (RGPD) en vigueur depuis le 20 juin.
Étrange coïncidence : l’ancien directeur du numérique à l’Éducation nationale, Mathieu Jeandron, a justement été embauché par Amazon Web Services au printemps dernier. Ce choix est une suite
logique dans le parcours de ce polytechnicien qui poussait pour que les outils pédagogiques Google for Education et Microsoft for Education soient largement utilisés dans
nos écoles. Alerté, le ministère se défend en avançant que « dans le cadre du processus d’évaluation des élèves, […] Amazon Web Services n’ont [pas] accès aux données à caractère personnel des élèves ou des professeurs ».

Reste la durée de conservation de ces données. Le ministère ressort son bouclier et explique qu’elles seront anonymes dès la cinquième année après la sortie de l’élève du circuit scolaire. Donc, les résultats avec nom, prénom, année de naissance et plus si affinités resteront accessibles pendant les cinq premières années après la scolarité. Adieu l’anonymat. Surprenant quand on connaît les craintes de fichage de nos bambins par les Gafam (Google-Amazon-Facebook-Apple-Microsoft).

Le Collectif national de résistance à Base élèves lutte contre tous les fichiers scolaires.
Article de Maxime Carsel dans Siné mensuel de novembre 2018.

Barrage à l’extrême droite ?

Un peu plus d’un an après l’élection de Macron, il est temps, comme on dit, de mettre les poings sur la gueule et la barre aux taiseux.
Vous vouliez faire barrage à l’extrême droite ? Vous avez la droite extrême.
Vous vouliez un langage de vérité ? Vous avez un tartuffe vulgaire qui se complait dans une obscène duplicité.
Vous vouliez un pouvoir exemplaire ? Vous avez un chef de clan provocateur qui s’enorgueillit de sa propre turpitude. Un adolescent attardé qui se tripote le zizi présidentiel (face caméra) avec les produits dérivés de l’Élysée.

Vous étiez ses électeurs ? Vous êtes désormais ses complices. Honteux, taiseux, vous abritant lâchement derrière la répétition obsessionnelle, écœurante, des éléments de langage du chef. Des mots qui ne veulent rien dire mais qui brisent tout.
De vous, on pourrait dire que vous n’êtes rien. Mais, en même temps, vous êtes presque tout parce que, précisément, vous ne faites ni ne dites rien. Englués dans un confort morbide, vous contemplez
en silence le spectacle de votre funeste inconséquence. Je vous hais.

Les barbares des premiers temps dépeçaient les corps, éviscéraient les chairs et les brandissaient en trophée : ils avaient la cruauté ostentatoire et assumée. Votre barbarie est plus moderne et plus sournoise, c’est la « barbarie de la réflexion », pour parler comme Vico. Elle se pare d’une prétendue rationalité pour écarter l’essence de ce qui fait notre humanité.
Vous chantiez les louanges de l’élu ? Vous êtes devenus les chantres obscurs de la dés-humanité qui s’avance. Et chaque matin se teinte toujours davantage de brun.

Article « coup de gueule » de Pierre Concialdi dans Siné mensuel d’octobre 2018.

Liberté de la presse

La France a voté à différents moments de son histoire des lois pour garantir la liberté de la presse vis-a-vis des pouvoirs politique et économique.
Problème : cet arsenal législatif n’a jamais été vraiment appliqué pour la protéger des appétits de la finance.

[…]

D’abord, les « lois scélérates » de 1895-1894, votées en période d’attentats anarchistes, restreignent sérieusement la liberté de ceux qui professent des opinions d’extrême gauche. Ensuite, évidemment, la Première Guerre mondiale donne au gouvernement l’occasion de s’asseoir pendant quatre ans sur la liberté de la presse. Mais, surtout, c’est une autre forme de censure qui se
développe, une sorte de censure privatisée : celle exercée par des patrons de presse de plus en plus puissants, dirigeant leurs journaux comme des entreprises capitalistes.

[…]

Dans l’entre-deux-guerres, la presse française accélère sa financiarisation : le maître de forges et parlementaire François de Wendel devient actionnaire de plusieurs titres prestigieux comme
Le journal des débats et Le Temps. Parfumeur millionnaire, également engagé en politique, François Coty rachète Le Figaro en 1922 et en fait un journal encore plus à droite qu’il ne l’était
jusque-là. Enfin,Jean Prouvost, grand patron de l’industrie textile du Nord, s’emploie à bâtir un empire de presse […]

Par ailleurs, les éditions Hachette disposent d’un quasi-monopole dans la distribution des journaux. À gauche, on dénonce cette collusion du monde de la presse et du monde de l’argent qui, de toute évidence, permet de diffuser essentiellement des idées de droite. Il faut attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale pour que soient prises des mesures garantissant la liberté de la presse vis-à-vis des « puissances d’argent ». En 1944, trois ordonnances du Gouvernement provisoire de la République visent ainsi à assurer l’indépendance de l’information par la rupture de la presse avec les milieux financiers en interdisant par exemple à la même personne de posséder plusieurs quotidiens et à un directeur de publication de tirer l’essentiel de ses revenus d’une activité industrielle ou commerciale.

Dans Combat, journal issu de la Résistance, Camus explique qu’il s’agit là d’un impératif politique après quatre années qui ont vu la presse vénale se jeter dans les bras de l’occupant par « appétit de l’argent ». Trois ans plus tard, l’Assemblée nationale vote la loi Bichet, qui vise clairement Hachette, en ce sens qu’elle entend mettre fin à la situation hégémonique dont jouit cette entreprise en termes de distribution des journaux, comme le souligne son premier article : « La diffusion de la presse imprimée est libre ». La loi Bichet est fondée sur la solidarité entre les éditeurs, qui se regroupent librement dans des coopératives de presse, elles-mêmes chargées d’une diffusion équitable dans les kiosques. Elle défend ainsi le pluralisme de l’information contre la tentation monopolistique de certains groupes. Il n’est donc pas surprenant que le président Macron envisage depuis quelque temps d’abroger cette loi de liberté, au nom du libéralisme économique.

D’ailleurs, le libéralisme économique n’est-il pas le pire ennemi de la liberté de la presse ? Très vite après la publication des ordonnances de 1944, les grandes féodalités financières ont repris leurs droits : dès 1947, le journal de Camus, Combat, est racheté pour moitié par un homme d’affaires, Henri Smadja. Plusieurs grands groupes de presse, démantelés après la guerre, comme Prouvost, se reconstituent rapidement. En somme, ces ordonnances n’ont jamais été effectivement appliquées, comme le montre l’exemple de Robert Hersant : condamné à la Libération pour faits de collaboration,
il parvient en quelques décennies à fonder un gigantesque empire de presse […]

Et la loi dite « anti-Hersant », préparée par le gouvernement socialiste en 1984, qui devait limiter les concentrations financières dans la presse, ne fut pas davantage appliquée.

Extraits d’un article de Stéphane Mazurier, historien, dans Siné mensuel de septembre 2018.
Sur le même sujet : l’indépendance des médias.

L’homme est un loup

– On connaît la célèbre phrase : « l’homme est un loup pour l’homme ». Mais l’homme est pire qu’un loup pour l’homme.

– Cette phrase a été reprise de l’Antiquité par Thomas Hobbes qui considérait que les hommes étaient tellement méchants qu’il fallait les protéger, et donc qu’il fallait un État pour y parvenir. Je pense comme vous et Rousseau que c’est l’inverse : « l’homme est naturellement bon mais la société actuelle le rend méchant. » En effet, les chasseurs-cueilleurs étaient nomades et travaillaient
deux à trois heures par jour d’après les ethnologues (ce que j’ai pu constater chez les Pygmées). Après la révolution néolithique, le temps contraint exige trois fois plus de travail. La nourriture
augmente et la population aussi. Il faut alors stocker les réserves contre les pillards et les sociétés dites « égalitaires » deviennent inégalitaires. Les chefs, jusque-là symboliques, deviennent des tyrans.
La violence a toujours existé mais la guerre apparaît seulement au néolithique, puis l’armée et la police. L’individu s’inquiète et les dirigeants lui font expliquer par des penseurs comme
Hobbes qu’il faut un État pour le protéger, puisque l’homme est naturellement mauvais. . .

[…]

– On est trop nombreux pour redevenir des chasseurs-cueilleurs…

– Bien sûr, mais regardez Notre-Dame-des-Landes ! La vraie trouille des autorités, ce ne sont pas les « casseurs », comme ils disent. Leur crainte, c’est de voir se développer une contre-société avec des codes radicalement différents. Et, marginalement, cela va se développer de plus en plus. Pas question de prendre le pouvoir comme on l’imaginait en 36. On n’arrivera pas à remplacer nos hommes et femmes politiques qui sont imbattables dans leur pratique de la langue de bois. En revanche, on peut vivre de peu en dehors du système, d’une manière raisonnable qui nous satisfasse.

– La notion de progrès ne vous dit rien qui vaille…

– On nous a piégés avec le progrès. Regardez le grand débat Rousseau contre Voltaire. Voltaire avait raison à son époque : l’avenir était souriant et le progrès libérateur. Mais autant Rousseau se ridiculisait en son temps, autant il redevient d’actualité, parce qu’il a vu plus loin, que ça ne pouvait pas aboutir à une solution durable. Et c’est lui qui est en train de gagner.

Extraits d’un entretien entre Benoît Delépine (rédaction de Siné Mensuel) et Pierre Jouventin dans Siné mensuel de juillet-août 2018.
Lire aussi La religion du progrès.

réussite entrepreneuriale

À son apogée, en 2000, le groupe Doux emploie 13 000 salariés dans le monde avec un chiffre d’affaires qui dépasse le milliard d’euros. Il tient la 1ère place européenne et la 3ème place mondiale de l’exportation de volaille congelée. Il est alors de bon ton de présenter le patron, Charles Doux, comme l’exemple de la réussite entrepreneuriale.

Deux erreurs stratégiques

La première erreur est de confondre recettes et subventions. Le groupe a prospéré non pas sur la base d’une colonne « recettes » supérieure à la colonne « dépenses » mais sur l’aubaine des subventions européennes à l’exportation. Ce système a abondé la caisse de Doux à hauteur de 50 à 60 millions d’euros par an. René Louail, ancien porte-parole de la Confédération paysanne et ex-conseiller régional breton (EELV), avance le chiffre du milliard d’euros d’argent public capté ainsi sur la durée.

Annoncée depuis plusieurs années, avec la reforme de la Pac, la fin des restitutions européennes en 2013 marque le début de la descente aux enfers de l’entreprise.
La seconde erreur est d’avoir délocalisé une partie de la production au Brésil, en 1998.
Certes, Doux s’est rapproché du soja OGM cultivé sur les friches de la forêt amazonienne et a profité des bas salaires locaux, mais le temps des colonies est fini depuis longtemps et, en matière d’exploitation tropicale, les Brésiliens n’ont pas de leçon à recevoir. En quelques années, la conquête brésilienne de Doux tourne au fiasco : 550 millions d’euros de dettes sur place. Premier dépôt de bilan du breton en 2012. Début des grandes manœuvres de dépeçage du Groupe Doux.

Trois arnaques

Elles ne sont pas étrangères à l’amassage d’une fortune personnelle de plus de 300 millions d’euros pour Charles Doux.

Tricherie à la subvention européenne soutenant l’exportation. Elle est versée pour compenser la différence de prix entre le marché mondial et le marché européen. Elle est calculée sur le poids des poulets congelés que Doux imbibe d’eau pour qu’ils pèsent plus lourd !
Arnaque en bande organisée avec la découverte d’un cartel de 35 entreprises s’entendant sur les prix des produits standards ou élaborés à base de poulet, dinde, canard, pintade et lapin. Doux est dans le coup avec LDC, Terrena. Sofiprotéol. Ces glorieux entrepreneurs s’entendent sur le dos du consommateur. L’amende légale équivaut à 10 % du chiffre d’affaires des industriels concernés, soit 160 millions d’euros. Le lobbying des patrons ramène l’amende globale à 15,5 millions payables sur trois ans. Doux joue des difficultés de l’entreprise pour échapper à la sanction.
Faux poulet halal exporté dans les pays musulmans. La tromperie porte sur la méthode d’abattage et de saignée de l’animal. Doux en conviendra dans une note interne qui fera des vagues chez les adorateurs d’Allah et n’arrangera pas ses ventes à l’export.

Extrait d’un article d’Antoine Lopez dans Siné mensuel de juin 2018.

Idées reçues sur mai 68

Première idée reçue : la France de 1968, prise dans le tourbillon des « Trente Glorieuses », se porterait bien économiquement.

Certes, on vit dans une société bien différente de celle de l’immédiat après-guerre qui avait souffert de toutes les pénuries. Là, on a un taux de croissance qui est confortable, plutôt stable, de
l’ordre de 5 % par an. Mais derrière cette croissance se cachent des inégalités sociales très profondes. 5 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté, 2 millions avec des salaires de
l’ordre de 400 ou 500 francs par mois, à peu près l’équivalent en euros aujourd’hui. La moitié des logements n’ont ni eau courante ni toilettes. Beaucoup de familles habitent dans une ou deux
pièces à six, à huit. Il y a entre 470 O00 et 500 000 demandeurs d’emploi. Évidemment par rapport aux chiffres actuels, ça paraît faible. Mais beaucoup d’entreprises ferment dans le textile, la métallurgie, la mécanique. On commence à dire que les conditions de production françaises ne sont plus assez compétitives, concurrentielles, dans un monde où le marché commun se met en œuvre, où
le libre-échange se diffuse à l’échelle internationale. L’ANPE est créée en 1967. On ne crée pas une agence nationale pour l’emploi s’il n’y a pas de problème de chômage. La même année est créé le
poste de secrétaire d’État à l’emploi occupé par jacques Chirac ! Ses détracteurs l’appellent Monsieur chômage…
On lit sur les banderoles de la CGT et même de la CFDT le 1er mai 68 : « Défense de l’emploi », « Non aux licenciements »…

Les jeunes étaient moins bien payés, Pourquoi ?

Pour les jeunes, il y a l’abattement d’âge, c’est à dire qu’ils ne touchent qu’un pourcentage du salaire des travailleurs adultes à travail égal. Concrètement, on a 16 ans et on gagne 60 % du salaire d’un adulte, à 17 ans 70 %… Ces très bas salaires pour les jeunes vont d’ailleurs être une des étincelles de la mobilisation, avant même mai 68.

Autre idée reçue : tout commence à Paris.

Les premiers pavés n’ont pas été lancés au quartier Latin mais à Quimper, en octobre 67, avec de grandes manifestations paysannes. À Caen en janvier-février 68, il y a des grèves très importantes
de jeunes ouvriers, surtout dans les entreprises sous-traitantes de l’automobile. Les patrons avaient « délocalisé » en province, hors des bastions ouvriers traditionnels de la région parisienne,
notamment dans l’Ouest. Ils espéraient que cette main-d’œuvre d’origine rurale serait plus servile, et les salaires sont beaucoup moins élevés à travail égal par rapport à la région parisienne.
Ce sont ces jeunes-la qui vont se mobiliser les premiers dans une grève très dure où les rejoignent des paysans, des étudiants et des salariés du secteur tertiaire.

Caen, c’est aussi une place forte de la jeunesse communiste révolutionnaire qui vient prêter main-forte aux grévistes. À tel point que le préfet du Calvados rédige des rapports quasiment chaque
jour envoyés au ministère de l’Intérieur pour alerter sur cet alliage de groupes sociaux qui se rencontrent à la faveur de la grève, une situation qu’on pourrait, prévient-il, retrouver à l’échelle nationale.
Pendant les événements, outre les régions très industrialisées, j’ai découvert avec surprise que, par exemple, dans les Vosges, il y avait des grèves avec occupation dans de nombreuses industries textiles, parfois implantées en milieu rural, avec dix ou vingt salariés.

Cela nous amène au troisième lieu commun : 68 ne serait qu’un petit mouvement d’étudiants.

L’événement est défiguré partout par le discours médiatique un peu hégémonique – même s’il est en train de changer – qui dit que tout ça était une petite révolte de fils à papa qui ne savaient
pas très bien ce qu’ils voulaient, qui jouaient à la révolution mais qui, ensuite, se sont bien tranquillement rangés. On a occulté pendant des décennies la grève générale, le mouvement social, les occupations d’usines, de bureaux, de magasins, de ports, de gares, de théâtres, de lycées, d’universités…
Il y a eu cette occultation tout simplement pour éviter que ça ne se reproduise.

Début d’un entretien avec Ludivine Bantigny dans Siné mensuel de mai 2018.

Santé et Médecine du travail

[…] en 2007, une modification du Code de la santé publique introduit le terme « notamment » devant la liste des personnes et organismes autorisés à porter plainte contre un médecin devant l’Ordre : patients, associations de patients, organismes d`assurance maladie… Dès lors. les avocats d`entreprises s’engouffrent dans la brèche juridique.
« Très pratique quand leurs clients sont embarrassés devant les prud’hommes. Ils espèrent discréditer des écrits médicaux sur lesquels s’appuient les salariés puisque, selon le code de déontologie, le médecin n’a pas le droit de faire le lien entre une pathologie et le travail » remarque le Docteur Dominique Huez, président de l`association Santé et Médecine du travail.

D’après ses estimations environ 400 généralistes, psys ou professionnels de la santé au travail essuient une plainte chaque année, un chiffre qui aurait nettement augmenté depuis 2012.
« Le plus souvent, les poursuites s’arrêtent en phase de conciliation. Les médecins acceptent de modifier leurs certificats. Ces affaires n’étant pas jugées, seuls les Conseils départementaux
de l’ordre connaissent le nombre de plaintes et ces chiffres sont difficiles à obtenir », nuance le Docteur Mathilde Boursier qui a consacré son travail de thèse à quantifier les plaintes d’employeurs
contre des médecins généralistes pour des certificats en lien avec le monde du travail.
Sur 96 Conseils départementaux de l’Ordre interrogés, seuls 17 ont accepté de lui répondre.

« Prescrire des arrêts de travail, c’est du quotidien quand on est généraliste. Dans nos enseignements à la fac, on nous répétait de faire attention à la rédaction des certificats. Mais comment concilier notre obligation de motiver notre diagnostic, la souffrance des patients et le risque de plainte ? »
Seule certitude : les poursuites sont de plus en plus fréquentes. Entre 2011 et 2015, sur l’ensemble des plaintes, celles qui concernent des certificats liés au travail ont doublé. Dans 90 % des cas, c’est l’employeur d’un patient qui met en cause le médecin.
Ceux qui refusent de se dédire en conciliation, ou de violer le secret médical pour justifier leurs écrits, sont jugés devant les Chambres disciplinaires régionales de l’0rdre. En mars 2018, le
Docteur Gaël Nayt, psychiatre à Paris, est condamnée à trois mois d’interdiction d’exercer par la chambre disciplinaire d’Île-de-France pour un « certificat de complaisance » à la suite d’une plainte
de Bouygues Énergie. Quatre ans plus tôt, elle écrivait à propos d’un de leurs salariés, suivi pour un épisode dépressif anxieux : « l’état de santé dans lequel je l`ai vu […] est directement imputable à sa situation professionnelle ».

Extrait d’un article de Léa Gasquet dans Siné mensuel d’avril 2018.

Poisons

Poison en eaux troubles

Entre Donald Trump qui cherche à rejouer Gunfight at the OK Corral dans les établissements scolaires en équipant de flingues les « meilleurs » profs, histoire d’encourager les élèves à venir au bahut enfouraillés jusqu’aux oreilles, et Macron qui, du haut de son insolente jeunesse, passe à la moulinette l’hôpital public, les transports ferroviaires et tous les acquis sociaux grignotés
par le peuple pour figurer, à côté de la sémillante Thatcher, au palmarès des cinglés du libéralisme absolu, on ne sait plus où donner du coup de boule. C’est pourquoi j’ai décidé aujourd’hui de faire dans le frais, le frétillant et le savoureux : je vais donc vous parler du saumon, ce prince des tables festives.

J’ai vite découvert que la cupidité galopante du capitalisme avait transformé la chair de ce délice en cocktail chimique mortel. Il suffit de taper les mots « saumon » et « toxique » sur le Net pour voir apparaître une flopée d’articles mortellement sérieux affirmant tous qu’un sorbet à l’arsenic et une tranche de saumon sont d’une dangerosité équivalente. Sous les fermes de saumon parsemées à travers les fjords norvégiens s’est formée une couche de déchets de 15 mètres de hauteur, débordante de bactéries, médicaments et pesticides. La maladie du pancréas et le virus de l’anémie infectieuse se répandent à travers la Norvège.
Les souris nourries au saumon d’élevage crèvent de diabète et d’obésité et, cerise sur la dame, cette saloperie se répand partout et provoque des modifications génétiques qui contaminent les morues. Et comme rien ne se perd, les peaux de poissons sont recyclées dans les cosmétiques et le reste des déchets dans les plats cuisinés.
Je ne suis pas méchant mais j’ai quelquefois envie d’en servir à mes copains « de gôche » qui ont voté Macron pour « faire obstacle à la droite ».

Article de Patrick Raynal dans Siné mensuel de mars 2018.

Accueil des migrants

Rédaction de Siné Mensuel : Macron critique le rôle des associations, il répond même à une tribune de Jean-Marie Le Clézio qui l’avait pourtant soutenu lors de la présidentielle : « Il faut se garder des faux bons sentiments. »
Damien Carême : Je trouve ça scandaleux, pitoyable. Que le chef de l’État ose dire ça, ou accuser les associations ! Il est là pour assurer la cohésion nationale. Or il joue l’éclatement de cette cohésion. Si les associations n`avaient pas été là, la France serait la honte de l’Europe, voire du monde entier.
L’État doit apprendre à travailler avec le monde associatif, avec les ONG, pour repérer, rechercher les solutions qui peuvent marcher. On y a tous intérêt…
– Son « mauvais génie », c’est Gérard Collomb ?
– J’ai vu le ministre de l’Intérieur au mois de septembre, je ne veux plus le voir. Pendant trois quarts d’heure, il ne m’a parlé que de répression. Il voulait même passer un accord avec la Libye ! Avant même que les documents ne sortent sur la torture dans ce pays, tous ceux qui sont sur le terrain le savaient. Les ONG le savaient, même moi, je le savais. Il suffisait de rencontrer des migrants passés par ce pays ! On ne peut pas construire de politique d’immigration avec des mecs dans des ministères qui ne bougent pas leurs fesses de leur bureau !
[…]
Rédaction de Siné Mensuel : L’argumentaire de Macron distinguant les bons migrants, réfugiés, et les mauvais, économiques, semble fonctionner ! Vous faites ce tri ?
Damien Carême : Bien sûr que non ! S’ils quittent leur pays, leurs attaches, leur histoire, leur culture, tout ce qu’ils ont, ce n’est pas par plaisir ! Qu’ils fuient le terrorisme ou la famine…
– Ce discours est-il audible dans l’opinion ?
– Oui, quand on explique. Depuis plus d’un an j’interviens un peu partout en France, devant des salles pleines de gens qui se demandent comment on peut faire. Ils refusent de trier les « bons » et les « mauvais ». Qui est-on pour se permettre de juger ? Quand la population se trouve au contact des réfugiés. son point de vue évolue. Au moment de l’ouverture des centres d’accueil et d’orientation (CAO), il y a moins de deux ans. L’État a dû forcer la main de quelques villes qui n’y étaient pas favorables, et s’était engagé à les fermer le 31 mars. Finalement, ce sont les maires qui ont demandé aux préfets de poursuivre. Parce qu’il s’y est joué des solidarités qui n’existaient pas avant. Sur les 500 centres ouverts, pas une ville où ça se soit mal passé.
– Pourtant, nous avons été abreuvés d’images de manifestations hostiles.
– L’univers médiatique entretient ce fantasme. Aujourd’hui, la presse en continu envoie une équipe qui va rester une heure. On diffuse du spectaculaire. Mais je n’ai jamais vu un reportage de fond qui racontait les interactions entre population accueillante et population accueillie. Rencontrer des gens. Voir les solidarités, cela demande du temps et les médias ne le prennent pas.

Extraits d’un entretien entre la rédaction de Siné Mensuel et Damien Carême, maire de Grande-Synthe, dans Siné mensuel de février 2018.

Le problème en France…

Ils sont vallsistes, ces fameux chantres de la laïcité à tout crin. Toute cette rive droite des « gauches irréconciliables », conspuant à l’envi ceux qu’ils nomment les « gauchistes », « islamo-gauchistes », ou encore « rouges-bruns »… nous autres. Comme si être de gauche signifiait être nazi et/ou islamiste.

Évidemment, on est tous antisémites, à l’instar de Corbyn en Angleterre (dixit Caroline Fourest). Car, comme l’a expliqué Apathie à Cambadélis, ceux qui s’attaquent à la finance sont des antisémites.
Le problème des Philippe Val et consorts, cette gauche qui fréquente Le Siècle, qui se tape sur le ventre avec Sarkozy, c’est qu’en soutenant Valls, ils soutiennent une politique très favorable au commerce avec les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite.
Alors, c’est bien beau de voir des antisémites partout, mais il faudrait aussi comprendre que vendre des engins de guerre et acheter du pétrole à des dingues qui ne rêvent que de rayer Israël de la carte, c’est un peu incohérent.

À moins que ces procès en sorcellerie, ces prises de parole entamées systématiquement par « le problème en France, c’est l’antisémitisme » ne servent qu’à des intérêts personnels. Mais je n’ose le croire.
Le jour où Valls sera président, ces thuriféraires l’accompagneront en voyage d’affaires dans des pays où l’on graisse la patte des salafistes, de Daech, des Frères musulmans et autres saloperies téléguidant des attentats jusque… chez Charlie Hebdo. Cherchez l’erreur.

Article de Yan Lindingre dans Siné mensuel de janvier 2018.