Agriculture : Capital Terre

[…] dans un monde en profonde mutation, les politiques foncières sont aujourd’hui surtout mises à mal par la poussée des grandes entreprises et investisseurs agricoles.
Une récente étude de la Safer met en lumière la part de marché croissante des acquéreurs sociétaires. Aux antipodes de l’agriculture familiale ou paysanne, une agriculture de firmes se développe notamment sous l’influence d’investisseurs d’origine non agricole.
Par des jeux d’achats de part de sociétés, des « holdings peuvent se constituer et contrôler plusieurs exploitations agricoles pour atteindre des structures agrégées de 1000, 2000 ha voire plus en grandes cultures. Comme chacune des exploitations remplit une déclaration de surface et est recensée comme entité distincte, l’agrégation au sein de la même holding reste invisible. »

Ainsi le capital prend le pas sur le travail dans le pilotage des fermes, les emplois diminuent et la valeur ajoutée de l’activité quitte le territoire. Avec de tels investissements, le marché s’opacifie, rendant la régulation impossible. Malgré une réforme partielle des Safer en 2014, celles-ci restent pour l’essentiel incapables d’intervenir pour réguler la vente de terre par le transfert de parts de société. Les ingrédients sont réunis pour que les cas d’accaparement se multiplient.

Aujourd’hui en France, 10 % des exploitants exploitent 50 % des terres. Pourtant, le métier agricole continue à attirer des vocations, souvent hors des cadres familiaux, la diversité des techniques agronomiques respectueuses de l’environnement se renforce et réussit petit à petit à trouver un écho dans la profession et chez les politiques, la société civile s’organise pour avoir prise sur la question foncière.

Extrait d’un article du magazine Chemins de terre de décembre 2016 (publié par l’association Terre de liens).

Plus d’informations sur le site de l’association AGTER : Politique foncière agricole en France.

Agrobusiness et accaparement des terres agricoles

Agro-écologie ou agrobusiness ? intérêt général ou intérêts particuliers ?

En France, si le ministère de l’Agriculture clame haut et fort vouloir hisser notre pays au titre de champion de l’agro-écologie, la loi pour l’avenir agricole votée à l’automne dernier ne bouscule en rien les verrous de l’accès au foncier.
Les sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural (Safer) continuent d’être des organismes parapublics opaques qui participent à la concentration des terres aux mains des plus gros propriétaires. En 2013, la cour des comptes accusait même les Safer d’avoir »perdu de vue les missions d’intérêts général dont elles étaient investies », c’est à dire l’installation des jeunes. En 2012, sur les 88000 hectares rétrocédés par la Safer, seulement 2700 concernaient la première installation de jeunes agriculteurs… Alors qu’en dix ans, un quart des agriculteurs a disparu en France, les démarches pour l’installation demeurent un véritable parcours du combattant pour tout jeune paysan. Les différentes étapes et structures (Chambre d’agriculture, commission départementale d’orientation agricole, mutuelle sociale agricole…) liées à l’installation agricole restent aux mains de la FNSEA, le syndicat productiviste majoritaire. Face à ces embûches, aujourd’hui, seul un tiers des installations arrive à bénéficier d’aides publiques.

Dernière trouvaille dans l’arsenal des politiques publiques, la « compensation collective agricole », inscrite dans la loi d’avenir agricole, prendra effet en 2016.
Tous les projets d’aménagement « susceptible d’avoir des conséquences négatives importantes sur l’économie agricole » devront comprendre « des mesure de compensation collective visant à consolider l’économie agricole du territoire ».
Au vu des premières expérimentation en cours, la FNSEA, aux manettes de ce dispositif, a pour ambition d’en faire un nouvel outil de concentration des terres.

Xavier Beulin, la FNSEA et les agrocarburants

Ainsi dans le cadre du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, la chambre d’agriculture de Loire-Atlantique a-t-elle défini avec Vinci un futur « fond de compensation économique agricole » de 3 millions d’euros qui pourrait soutenir à terme la culture d’agrocarburants et des acquisitions de terres.
En Île-de-France, une mesure de compensation collective agricole s’est entre autres traduite par un vaste engagement d’achats de produits oléagineux auprès de Diester, filiale agrocarburants en mauvaise santé financière de Sofiprotéol, groupe agro-industriel dirigé par Xavier Beulin, président de la FNSEA…

Les investissements étrangers dans le foncier agricole se multiplient également. Ces trois dernières années, des investisseurs chinois ont mis la main sur une centaine de domaines bordelais. Un fond de pension belge a déjà racheté des centaines d’hectares dans le nord de la France. En Bretagne, Synutra, géant de la nutrition infantile en Chine, fait actuellement construire à Carhaix une énorme usine de transformation de lait. À partir de 2016, 700 éleveurs livreront un million de litres à Synutra qui l’exportera en poudre de lait pour les nourrissons de la classe moyenne chinoise.

Extrait d’un article de Mickaël Correia dans le journal CQFD de juin 2015.