Revenu universel

Le débat qui divise aujourd’hui les gauches et l’écologie au sujet d’un revenu universel me semble un vrai/faux débat qui n’existe que dans la mesure où nous ne poussons pas assez loin la remise en cause des logiques mortifères du capitalisme et du productiviste.

Méfions-nous par exemple des fausses oppositions : il y a autant d’adeptes de la réduction du temps de travail (retour à la retraite à 60 ans, 32 heures) parmi les défenseurs que chez les adversaires du revenu universel. Nous sommes également nombreux parmi les adeptes d’un socle social émancipatoire à reconnaître que le travail constitue un élément important de la construction de soi […]

L’avantage d’un revenu universel, au maximum démonétarisé bien sûr, est de reconnaître la droit à chacun d’accéder à un certain nombre de biens et de services permettant de vivre bien, qu’il s’agisse de la gratuité de l’école, des soins, de l’eau vitale, des transports en commun urbains, de la restauration scolaire et pourquoi pas sociale, des services culturels ou funéraires, du logement social, d’un bouclier énergétique, etc. Cette liste n’eut en rien limitative, il ne s’agit surtout pas de faire de ce revenu universel un revenu de survie, une trappe à pauvreté, […]

À titre exploratoire nous avons proposé de retenir un nouveau paradigme qui est celui de la gratuité du bon usage face au renchérissement ou à l’interdiction du mésusage. Précisons que n’existe pas de définition « scientifique » (au sens d’objective) et encore moins moraliste de ce qui serait le bon ou le mauvais usage.
Le seul arbitrage possible est là encore de nature politique. C’est apprendre ensemble à différencier les usages : pourquoi payer ainsi son eau le même prix pour faire son ménage ou remplir sa piscine privée ? Nous devons garantir le libre-accès à 1’eau vitale et renchérir le reste. Ce qui vaut pour l’eau vaut pour d’autres biens et services.
Les centaines d’expériences en cours prouvent en effet qu’il ne s’agit jamais de rendre gratuits les produits et services existants mais d’utiliser le passage à la gratuité pour repenser socialement, écologiquement, démocratiquement l’ensemble des biens et services.

Un revenu démonétarisé permet non seulement de faire davantage société mais de faire monde car il oblige à se poser sans cesse les questions de l’uti1ité et du sens. Choisir de donner un revenu démonétarisé c’est commencer non seulement à démonétariser mais à démarchandiser, et même à déséconomiser, nos sociétés, c’est donc, selon le vieux slogan écologiste, prôner le pouvoir de vivre avant le pouvoir d’achat.

Extraits de l’éditorial de Paul Ariès dans le journal Les Zindigné(e)s de janvier-février 2017.