Défendre ce qui subsiste de vie

Partout dans un monde que les entreprises financières et multinationales polluent et détruisent systématiquement, des mouvements de résistance apparaissent pour défendre ce qui subsiste de vie et de biodiversité contre la violence mafieuse du profit, contre la dictature de l’argent qui propage la barbarie, sans même avoir besoin, le plus souvent, de prétextes religieux ou idéologiques.
Dans la confusion et le chaos des valeurs anciennes et nouvelles, naissent des territoires que la solidarité d’hommes et de femmes tente de libérer de l’emprise de la marchandise et de l’État, qui lui sert de gendarme. Revendiquer la priorité de l’humain sur l’économie est devenu le moteur d’un mouvement qui fluctue, connaît des hauts et des bas, semble parfois disparaître mais renaît sans cesse avec une obstination accrue.

La ZAD de Notre-Dame-des-Landes participe de cette tendance. Elle concrétise aujourd’hui un projet que les multinationales et l’État, à leur botte, vont s’efforcer d’anéantir. La seule répression policière risquant de heurter les sensibilités (comme on l’a vu dans la lutte contre le barrage du Testet), la bouffonnerie gouvernementale a fait appel à la clownerie citoyenne en organisant un référendum. Qui accorde la liberté de parole selon le principe « une demi-heure pour Hitler, une demi-heure pour les Juifs » ne risque pas trop de surprises.

Si le gouvernement, qui hésiterait à proposer un référendum sur le maintien ou le retrait de l’Europe, a pris l’initiative de proposer un vote sur le choix entre Vinci et une « poignée d’amoureux de plantes vertes », c’est qu’il était aussi sûr du résultat que ceux qui persistent à appeler démocratie un régime corrompu, inféodé aux oligarchies arasant la terre sous le rouleau compresseur de la rentabilité.

Comme les zapatistes du Chiapas en ont fait l’expérience, il n’y a pas de dialogue possible entre des hommes et des femmes qui revendiquent le droit de vivre, et des instances étatiques, bureaucratiques, politiques qui cautionnent les empoisonneurs de l’agroalimentaire, les pollueurs de la pétrochimie, les paysagistes du gaz de schiste, des gisements aurifères, des grands travaux « d’intérêt public », les collègues et concurrents de Goldman Sachs et tutti quanti.

La vie est la seule arme qui ne tue pas. Elle est notre seule défense. Il n’y a pas de solutions venues d’en haut. Tout vient de la base et doit rester à la base. Vivent les territoires libérés de la prédation étatique et marchande !

Article de Raoul Vaneigem dans Siné mensuel de juillet-Août 2016.

La Résistance

La Résistance, celle de la Deuxième Guerre, ça fait vieillot, d’un autre temps. Pourtant, il faut jeter un œil dans ce rétro. Savoir d’où on vient, pour choisir où on va. La Résistance fut la réponse de Français très minoritaires et de pas mal d’étrangers (indésirables mais bienvenus quand il s’agit de mourir pour la France) à l’invasion nazie. À l’époque, l’extrême droite, la droite et le patronat choisirent le plus souvent Pétain et la collaboration.
À la fin de la guerre, le Conseil national de la résistance impose ses réformes à un patronat rendu muet par ses trahisons. Le sang des morts nous octroie Sécu, retraite, liberté de la presse, résistance aux puissances de l’argent…
L’extrême droite d’aujourd’hui est l’héritière directe de l’extrême droite d’hier. La gauche d’aujourd’hui est l’héritière de pas mal de saloperies (politique coloniale de la France, misogynie, imprégnation stalinienne, bureaucratie) mais aussi et surtout de l’esprit frondeur, inventif et joyeux des Lumières, de la Révolution, de la Commune, du Front populaire, de mai 68. Et, bien sûr, de la Résistance. Ce qui reste beau aujourd’hui vient de ce creuset-là.
Depuis trente ans, l’énergie du patronat consiste à « sortir de 1945… défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance » (1) ! Le tandem Hollande-Valls, d’un cynisme abyssal et d’une lâcheté stratosphérique, participe avec entrain à la démolition. Trahit les idéaux de la Résistance quand il urge, question de vie ou de mort, d’en appliquer l’esprit : « Faire en sorte que l’intérêt particulier soit toujours contraint de céder à l’intérêt général, que les grandes sources de la richesse commune soient exploitées et dirigées […] pour l’avantage de tous, que les coalitions d’intérêt […] soient abolies une fois pour toutes, et qu’enfin chacun de ses fils, chacune de ses filles puisse vivre, travailler, élever ses enfants dans la sécurité et la dignité…  » (2)
Je vous souhaite à tou-te-s une belle année de résistance active et imaginative.
(1) Denis Kessler, vice-président du Medef, octobre 2007. Plus clair, tu meurs.
(2) Charles de Gaulle, septembre 1944. Eh oui! Aujourd’hui, au Medef, ll ferait figure de dangereux gauchiste.

Article d’Isabelle Alonso dans Siné mensuel de janvier 2016.