Nutrition mondiale

Dès à présent, le réchauffement climatique accroît encore les périodes de sécheresse et donc la baisse de la production agricole dans les pays les plus chauds. Or, il est prévu que la température mondiale moyenne se renforce pour atteindre de 4 à 6°C en 2100. […]

En 2017, selon le rapport sur la nutrition mondiale, sur 7 milliards d’humains dans le monde, 2 milliards de personnes souffraient de carences en micronutriments essentiels, comme le fer, la vitamine A ou l’iode, 815 millions de personnes se couchent le ventre vide, soit plus d’une personne sur 8. Il y a donc une augmentation quantitative par rapport aux 777 millions de personnes
recensées en 2015. […]

L’augmentation de la population mondiale a un impact sur la malnutrition, cependant, certains agronomes, estiment que la quantité de nourriture disponible dans le monde est suffisante pour nourrir l’humanité même si elle atteint 11 milliards d’individus. Or, selon le WWF sur les 9 frontières écologiques à ne pas franchir, 4 sont déjà dépassées : le phosphore et l’azote, le CO2, la biodiversité, l’usage des sols avec la déforestation.
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Le développement des agrocarburants contribue à affamer les plus malnutris. Un rapport confidentiel de la Banque mondiale, obtenu par le Guardian, affirme que Don Mitchell, un économiste réputé de la Banque mondiale, « a calculé le prix d’un panier de denrées entre janvier 2002 et février 2008 et mesuré une hausse globale de 140 %. Prenant en compte la « chaîne des conséquences », Mitchell estime que sur les 140 % d’accroissement, 35 % sont imputables à la hausse des prix de l’énergie, des engrais et à la faiblesse du dollar, et 75 % aux agrocarburants.

En 2016, Grain recense « 491 accaparements de terres, portant sur 30 millions d’hectares dans 78 pays. Grâce aux mouvements sociaux, la croissance a ralenti depuis 2012, néanmoins, le problème continue de s’amplifier ». Ce qui accroît encore le nombre de paysans sans terre.

Extraits d’un article de Thierry Brugvin dans la revue Les Zindigné(e)s de septembre 2018.

Les prédateurs au pouvoir

La contrainte écologique est devenue incontournable et doit être intégrée dans la course à l’argent. Faire de nécessité vertu, telle est la maxime du système capitaliste qui se nourrit des crises qu’il engendre. Les riches propriétaires des moyens de production ont construit une partie de leurs profits avec la gratuité des matières premières et la possibilité de déverser leurs déchets dans des poubelles à ciel ouvert dans les endroits les plus pauvres de la planète.

Le réchauffement climatique étant aujourd’hui irréversible les oligarques vont pouvoir se protéger, grâce a leurs immenses richesses. Ainsi, après l’ouragan Sandy à New York en 2012, il a été décidé de procéder à l’aménagement de l’East River, pour les parties les plus riches de Manhattan, avec un projet d’un demi-milliard de dollars délicieusement dénommé East Side Coastal Resilience Project.

Les prédateurs au pouvoir

Soucieux de se préserver du dérèglement climatique, dont ils portent une large part de responsabilité, les nantis vont ainsi aggraver les inégalités sociales et économiques et en même temps profiter du business lucratif de ce nouveau marché lié à l’adaptation aux bouleversements induits par les atteintes récurrentes aux équilibres du climat.
Dans cet arrangement avec la crise environnementale les capitalistes entreprennent la marchandisation des ressources naturelles avec la création de nouveaux produits financiers liés au carbone, à la biodiversité ou aux catastrophes naturelles. L’écologie est aujourd’hui au cœur des rapports de classe : les riches vont tenter de mettre à leur seul profit les conséquences de ce qui s’annonce comme un tsunami dévastateur pour les peuples qui n’auront pas les moyens de se protéger des dégâts liés au réchauffement climatique.
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Dès le début des années 1970 le géant américain des hydrocarbures Exxon Mobil a commencé à faire travailler les scientifiques sur le réchauffement climatique. Celui-ci ayant été avéré, le groupe pétrolier s’est mobilisé contre cette information dramatique.
Admise en privé dans les hautes sphères de l’oligarchie mondiale, elle devait être niée devant les peuples. Pour cela Exxon Mobil n’a pas hésité à financer le mouvement Climatosceptique, ce qui a retardé la prise de conscience de la gravité de la situation.
Le lobbying acharné des pays charbonniers et gaziers a abouti à ce que toute mention des énergies fossiles soit supprimée de l’accord issu de la Conférence de Paris sur le réchauffement climatique, la COP 21, qui s’est tenue du 50 novembre au 11 décembre 2015.
L’article 52 de cet accord exclut, à la demande des États-Unis, toute responsabilité juridique et donc la possibilité de demander des indemnisations devant les tribunaux.

Les pays du G20 se sont engagés à éliminer progressivement les subventions aux énergies fossiles, mais en réalité il n’en est rien, les gouvernements continuent d’attribuer 452 milliards de dollars par an pour la recherche et l’exploitation de carburants fossiles, ce qui représente quatre fois le soutien aux énergies renouvelables.

Les États-Unis offre chaque année 20,5 milliards de dollars pour le développement des énergies fossiles soit 51 fois leur aide aux pays sous-développés pour faire face au dérèglement climatique. Le groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) recommande de maintenir sous terre 80 % des réserves d’hydrocarbures déjà recensées, charbon, pétrole et gaz naturel, pour avoir 66 % de chances de limiter le réchauffement climatique à 2°. Mais entre faire du fric ou sauver la planète les investisseurs financiers ont fait leur choix. Depuis 20 ans qu’il existe des conférences internationales sur le climat, les émissions de CO2 ont augmenté de 60 % !

Deux extraits du livre Les prédateurs au pouvoir de Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon.

Cop 21, la procrastination institutionnalisée

L’accord de Paris, scellé au forceps le 12 décembre dernier au Bourget, fonde la lutte mondiale contre le dérèglement climatique sur des engagements volontaires, déterminés au niveau national, et sur un nouvel instrument juridique qui ne saurait contraindre les États a faire plus. Cela revient à promouvoir une vision libérale ou chacun met ce qu’il veut dans le pot commun. Qu’importe que cela ne soit pas suffisant : les contributions nationales des États publiées en amont de la COP 21 conduisent vers un réchauffement climatique supérieur à 8 °C et pourtant, la COP 21 n’a pas été utilisée pour tenter de réduire l’écart entre le réel (les 3 °C ou plus) et le souhaitable (les 2 °C ou moins), comme si ce n’était pas la priorité absolue.

En remettant a demain ce que les États ne veulent pas aujourd’hui, l’accord de Paris institutionnalise la procrastination : un message bien compris par la Commission européenne qui propose de ne pas toucher aux très insuffisants objectifs climatiques dont l’Union européenne (UE) s’est dotée pour 2020 et 2030. Message entendu également par le gouvernement français qui, sous couvert d’une réussite diplomatique et de la volonté de ratifier l’accord de Paris au plus vite, ne change pas de politique : refus d’abandonner l’aéroport de Notre-Dame-des- Landes, non-respect des objectifs fixés par la loi de transition énergétique, incertitudes sur les hydrocarbures de schiste et de couche, etc.

En cette période d’exacerbation des haines et des replis nationaux, transcrire dans un traité international l’accord de 195 États pour maintenir un cadre multilatéral de “gouvernance du climat » n’est pas anecdotique. Mais un cadre multilatéral ne fait pas tout. A Paris, les États ont exprimé leur refus de voir les règles et principes d’organisation de l’économie mondiale soumis à l’objectif climatique. L’accord de Paris sanctifie le décalage abyssal existant entre la bulle des négociations et la globalisation économique et financière, comme s’il était possible de lutter efficacement contre les dérèglements climatiques sans toucher aux mécanismes et règles qui organisent cette formidable machine a réchauffer la planète qu’est l’économie mondiale.

En ratifiant l’accord de Paris, les États vont s’engager, en droit, à maintenir le réchauffement climatique global sous la barre des 2 °C, voire mieux sous les 1,5 °C. Mais cet objectif peut rester lettre morte : sans feuille de route clairement établie, il n’y a aucune raison pour qu’ils déclenchent une prophétie autoréalisatrice comme le suggèrent certains. Les prophéties ne s’auto-réalisent jamais. Elles sont construites, pas à pas, et l’issue dépend largement des transformations s’opérant dans les aspirations du corps social et des mobilisations, diverses et variées, de la société civile. Décrétons « l’état de nécessité climatique »!

Extrait d’un article de Maxime Combes dans Lignes d’attac d’avril 2016.