Barrage à l’extrême droite ?

Un peu plus d’un an après l’élection de Macron, il est temps, comme on dit, de mettre les poings sur la gueule et la barre aux taiseux.
Vous vouliez faire barrage à l’extrême droite ? Vous avez la droite extrême.
Vous vouliez un langage de vérité ? Vous avez un tartuffe vulgaire qui se complait dans une obscène duplicité.
Vous vouliez un pouvoir exemplaire ? Vous avez un chef de clan provocateur qui s’enorgueillit de sa propre turpitude. Un adolescent attardé qui se tripote le zizi présidentiel (face caméra) avec les produits dérivés de l’Élysée.

Vous étiez ses électeurs ? Vous êtes désormais ses complices. Honteux, taiseux, vous abritant lâchement derrière la répétition obsessionnelle, écœurante, des éléments de langage du chef. Des mots qui ne veulent rien dire mais qui brisent tout.
De vous, on pourrait dire que vous n’êtes rien. Mais, en même temps, vous êtes presque tout parce que, précisément, vous ne faites ni ne dites rien. Englués dans un confort morbide, vous contemplez
en silence le spectacle de votre funeste inconséquence. Je vous hais.

Les barbares des premiers temps dépeçaient les corps, éviscéraient les chairs et les brandissaient en trophée : ils avaient la cruauté ostentatoire et assumée. Votre barbarie est plus moderne et plus sournoise, c’est la « barbarie de la réflexion », pour parler comme Vico. Elle se pare d’une prétendue rationalité pour écarter l’essence de ce qui fait notre humanité.
Vous chantiez les louanges de l’élu ? Vous êtes devenus les chantres obscurs de la dés-humanité qui s’avance. Et chaque matin se teinte toujours davantage de brun.

Article « coup de gueule » de Pierre Concialdi dans Siné mensuel d’octobre 2018.

Emplois aidés

Le gouvernement a tergiversé sur le nombre des contrats aidés pour 2017, mais il a promis une chose : en 2018, il y en aura encore 100 000 de moins qu’en 2017. Les plus grands perdants de ce massacrant fait du prince sont les associations et, au bout du compte, les quartiers populaires dont l’équilibre repose sur la vitalité de ce tissu associatif.
Les élus locaux peuvent se faire entendre, surtout lorsqu’il s’agit du fonctionnement de services publics. Mais l’immense majorité des petites associations dont le travail invisible se fait « au plus près du terrain », selon une formule chère au président, n’ont guère de porte-voix.

L’Inter-réseaux des professionnels du développement social urbain (IRDSU) a dressé un premier bilan de l’impact de ces mesures en région parisienne. La tâche n’est pas facile car les coupes s’abattent par courtes rafales sur des petites structures et les préfectures ne communiquent pas ou peu sur ce sujet.
C’est en Seine-Saint-Denis que le bilan de ce lâcher de bombinettes sociales est le plus complet grâce au travail de fourmi des bénévoles de l’IRDSU 93. Ces derniers ont recensé un peu plus de 2,1 millions d’euros de baisses de crédits dans le département, non compris les suppressions de contrats aidés.
Plus de 170 projets sont touchés dont quatre sur dix portés par des associations. Plus d’une dizaine de conventions pluriannuelles de trois ans sont même brutalement stoppées : bonjour la visibilité et la continuité ! Chez les « anciens », selon ces professionnels, on n’avait pas vu ça depuis 2005, avant les émeutes de novembre.

Les gouvernants en col blanc ne voient dans ces crédits qu’une ligne d’économie budgétaire. Mais dans les quartiers, les conséquences sont dramatiques, notamment pour les jeunes. […]

Pour Castaner, c’est plutôt de fuite du cerveau dont il faudrait parler. Le futur chef « voix de son maître » de LREM déclarait fin août que les emplois aidés n’étaient « pas une bonne chose ». Le même Castaner, version novembre 2016 déjà rallié à Macron, déclarait pourtant à l’Assemblée nationale à propos de ces contrats aidés : « Il serait inutile, voire contre-productif de vouloir en faire une variable d’ajustement budgétaire… Cela reviendrait à annoncer que l’on renvoie à la rue plusieurs centaines de milliers de personnes éloignées de l’emploi. »
Tout est dit. Surtout lorsqu’on lit le tout dernier rapport du comité de suivi du CICE qui chiffre le coût d’un emploi créé ou « sauvegardé » par ce dispositif à 600 000 €, soit 60 fois plus que le coût d’un contrat aidé. C’est la mesure du fossé que Macron est en train de creuser entre le peuple et la caste qu’il sert.

Extraits d’un article de Pierre Concialdi dans Siné mensuel de novembre 2017.

Que tout change pour que rien ne bouge !

Il y a d’abord ceux qui pensent qu’il faut que tout change (pour les salariés) pour que rien ne bouge (pour leurs protecteurs). On fait donc un premier gros paquet. Baisse massive des dépenses publiques, suppressions tout aussi massives de fonctionnaires, baisse de l’imposition des sociétés, suppression ou rabotage massif de l’I.S.F au profit des plus fortunés, énième contre-réforme des retraites, promotion des complémentaires privées de santé… On n’en finirait pas d’aligner les mesures qui rassemblent Fillon et Macron. Le bréviaire libéral de la Commission européenne y est décliné avec constance et, à peine, quelques nuances.
On y retrouve tout ce qui a plombé 1’économie depuis trente ans et surtout, énorme dommage pas du tout collatéral, ce qui a enfoncé chaque année un peu plus les salariés dans la mouise.

Le principal credo commun de ces ayatollahs-candidats ? Il faut « libérer les énergies ». Les salariées sous-payées, épuisées par des conditions de travail de plus en plus inhumaines, aimeraient bien qu’on la libère un peu, leur énergie. Histoire de ne pas perdre leur vie à tenter de la gagner. Mais ce n’est pas de ce côté-là que lorgnent les deux compères. Car l’énergie réside essentiellement pour eux chez les patrons.
Pardon, il faut dire entreprises, c’est plus « moderne » et moins ravageur pour les esprits. Il faut donc encore davantage « simplifier » le droit du travail, « assouplir » les 35 heures, soumettre l’évolution des conditions de travail au chantage permanent à l’emploi par des référendums, à l’initiative de l’employeur si nécessaire (Fillon). Mais aussi, de façon paradoxale, étatiser l’Unedic (trop de dialogue tue le dialogue sans doute).

Début d’un article de Pierre Concialdi dans Siné mensuel de avril 2017.

Le pays où l’école n’exclut pas

Une filière unique, et des enseignants qui accompagnent les élèves en respectant le rythme d’apprentissage de chacun et un soutien immédiat en cas de difficulté. Sans compétition, sans notation stigmatisante. De quoi faire hurler tous les partisans de l’école à l’ancienne. Et pourtant, le système éducatif finlandais est un des meilleurs du monde, dans le peloton de tête des évaluations de l’OCDE.
[…]
Si les écoliers passent des tests, c’est pour détecter les troubles de l’apprentissage et les handicaps divers, ce qui permet à des enseignants spécialisés d’apporter une aide spécifique à ceux qui en ont besoin. Ce soutien aux élèves en difficulté, qui se poursuit jusqu’au lycée, caractérise le système finlandais : Chaque enfant est important, pas question d’en laisser un au bord du chemin.

Une pédagogie active, sans concurrence entre élèves.

La scolarité obligatoire s’étale sur neuf ans. Totalement gratuite, cantine et transport compris, elle organise une continuité entre une première période de six ans, où des professeurs de classe ont la responsabilité unique d’un groupe d’écoliers, comme dans notre enseignement primaire, et une seconde période de trois ans où les professeurs sont spécialisés dans une ou plusieurs disciplines, comme au collège.
Une filière unique, sans sélection, où le redoublement est, sauf très rares exceptions, totalement proscrit. Car les apprentissages se mènent au rythme de chaque élève, avec une évaluation continue où les notes sont bannies jusqu’au collège.

Dans ce système, pas de hiérarchie, pas de compétition, mais un collectif d’enfants en apprentissage avec des méthodes qui respectent chaque individu et développent l’auto-évaluation.
Conséquence : pas de « racailles » ni « d’intellos » dans les écoles finnoises. La sérénité et le calme qui règnent dans les écoles impressionnent tous les observateurs. L’aide spécialisée reste massive : durant ces neuf années, environ un tiers des élèves en bénéficient, sur des périodes plus ou moins longues.
[…]
Tous les enseignants – y compris les conseillers d’éducation et les enseignants spécialisés dans l’aide au élèves – ont une formation de haut niveau (cinq années minimum d’études supérieures) où la pédagogie tient une place fondamentale. Un master disciplinaire n’est exigé que pour les professeurs de collège et de lycée, lesquels doivent aussi détenir un diplôme d’études pédagogiques.
Dans ce système, l’attrait pour une discipline n’est pas la principale motivation : une majorité d’enseignants déclarent avoir choisi leur métier « parce qu’ils aiment les enfants ».
Le recrutement des enseignants est fortement sélectif car le métier est très attractif, pas pour le salaire – proche de la moyenne des pays de l’OCDE – mais pour le statut social attaché à la fonction d’enseignant. Considérés comme des experts dans leur domaine, dans une société qui accorde une haute importance à l’éducation de ses jeunes, ils jouissent de conditions matérielles optimales et d’une liberté pédagogique totale, ce qui permet de faire l’économie des inspections… et des inspecteurs.

Une école de la réussite pour tous

En plaçant les élèves au cœur du système éducatif, la Finlande montre la voie d’un système à la fois performant et solidaire.
Les inégalités (entre classes sociales ou entre garçons et filles) sont les plus faibles d’Europe, sans pour autant engendrer un nivellement par le bas : pour les 10 % de meilleurs élèves, la Finlande a aussi des scores supérieurs à la moyenne des pays de l’OCDE. Certes, les inégalités sociales sont faibles, ce qui facilite sans doute le travail des enseignants. Mais avec un contexte comparable, la Norvège ou la Suède ont choisi des projets éducatifs différents, en encourageant l’école privée et la concurrence entre établissements, avec des résultats guère probants. Le système finlandais ne repose pas sur des recettes facilement transposables dans d’autres pays. mais sur un état d’esprit et une philosophie aux antipodes des modèles de concurrence et de compétition.

Extraits d’un article de Pierre Concialdi dans Siné mensuel de septembre 2016.

Rémunérer le talent

En 2012, le candidat Hollande avait promis un taux d’imposition à 75 % sur la part des revenus excédant le million d’euros. La loi concoctée par notre super-énarque avait été opportunément retoquée par le conseil constitutionnel.

Pourtant, cette taxe n’aurait fait que rétablir un minimum d’égalité devant l’impôt : l’effort contributif du millième de la population la plus riche aurait simplement rejoint celui du cinquième de la population la plus pauvre. Faute de loi, une petite surtaxe temporaire a ensuite vu le jour. Elle a été supprimée début 2015… après l’arrivée de Valls à Matignon. Grosse reculade hier, petite gesticulation aujourd’hui : voilà le scénario.

Réduire la question des salaires des patrons à un arbitrage entre le vote des actionnaires et celui du conseil d’administration occulte la question de fond, celle d’un revenu maximum. Sur le principe, cette idée n’est guère contestable. Car la refuser, c’est admettre que les revenus pourraient grimper jusqu’au ciel et qu’un petit groupe de personnes pourrait, à la limite, s’accaparer l’ensemble de la richesse produite. Le projet est véritablement extrémiste. Rien ne permet de le justifier.

Il n’y a aucun fondement économique aux écarts énormes de salaires observés aujourd’hui ni, encore moins, à leur explosion depuis trente ans. Aux États-Unis, la rémunération des dirigeants des 500 plus grandes entreprises représentait 60 fois le salaire moyen des salariés en 1990, 500 fois ce même salaire en 2000 et 575 fois aujourd’hui. Ni les « talents », ni les responsabilités de ces dirigeants n’ont augmenté dans de telles proportions. Sur ce sujet, l’idéologie libérale s’accommode très bien des contradictions : la concurrence mondialisée devrait s’accompagner d’un laminage continu des salaires pour l’immense masse des travailleurs et, pour leurs patrons, d’une hausse continue de leur pactole. Cherchez l’erreur.

Il n’existe pas non plus de « marché » des dirigeants. Leur rémunération est déterminée par leurs compères et complices, la plupart d’entre eux siégeant dans les conseils d’administration des autres. C’est le système dit de la « barbichette » : les grands patrons savent plaisanter. Quant à l’argument de la « fuite des talents », on s’étrangle. On ne compte plus le nombre de patrons grassement payés qui ont plombé les comptes des entreprises qu’ils dirigeaient, depuis Vivendi ou Eurotunnel jusqu’à Areva ou Volkswagen. Le principal « talent » de ces patrons consiste à licencier à tour de bras et à comprimer les salaires. On peut très bien s’en passer.

Article de Pierre Concialdi dans Siné mensuel de mars 2016.

Tabou : la répartition des richesses.

Combien faut-il aujourd’hui en France pour vivre décemment et participer à la vie sociale ? Un rapport de L’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale (ONPES) vient d’apporter la réponse à l’issue d’une recherche de plus de deux ans, en publiant des budgets de référence pour quelques familles types.

Avec un logement en parc social, le budget minimum s’élève à 1424 euros pour une personne seule et à 1985 euros pour un couple sans enfant. C’est plus évidemment, pour les ménages avec deux enfants : 2599 euros pour une famille monoparentale et 3284 pour les couples. Avec un logement en parc privé, il faut ajouter entre 150 et 250 euros. Dans tous les cas, on est très loin du niveau de vie garanti par les minima sociaux qui couvrent environ la moitié de ces budgets. C’est le premier enseignement majeur de cette recherche.

Deuxième constat : environ 40 % des ménages ne disposent pas de ce budget minimum et doivent se serrer la ceinture. Cette moyenne masque des écarts très importants : 95 % des familles monoparentales avec deux enfants sont dans le rouge, mais seulement 12 % des couples sans enfant. Pour les autres familles, ce pourcentage est d’environ 40 %.

La précarité de l’emploi et la faiblesse des salaires expliquent largement cette situation. Avec les impôts et les prestations sociales, il faut en effet gagner 2,1 Smic dans une famille monoparentale pour atteindre le budget minimum. Or les trois quarts des salariés gagnent moins dans l’année. (…)

Conclusion plus générale : notre société dispose largement des moyens nécessaires pour permettre à tous d’accéder à un niveau de vie minimum décent. On peut estimer qu’environ 800 milliards sont nécessaires pour cela, soit 60 % du revenu disponible total des ménages. Mais ce revenu est très inégalement réparti. Une large partie de la population n’a pas accès au minimum nécessaire tandis que le surplus se concentre sur une petite frange de ménages : près de la moitié va aux 5 % de ménages les plus aisés.(…)
Dans notre pays, comme à l’échelle de la planète, cette question de la répartition reste centrale.

Extraits d’un article de Pierre Concialdi dans Siné mensuel d’avril 2015.

Le parler Syrisa facile

Avalanche de Grèce de comptoir après la victoire de Syrisa. Pour clouer le bec aux piliers de bars, petit guide de conversation en grec nouveau, le Syrisa.

La grèce a vécu aux crochets de l’UE.
Comme d’autres pays, la Grèce a reçu des fonds structurels, mais ces derniers ont largement bénéficié, directement ou indirectement, aux autres pays européens, à plus de 40 % selon la commission européenne.
On ne peut pas annuler une dette.
C’est ce qu’on a fait pour l’Allemagne en 1953 quand on a annulé plus de 60 % de sa dette. Et pour le reste, le service de la dette était plafonné à 5 % des recettes d’exportation. On a aussi vu des annulations de dette en Équateur en 2008, et en Islande en 2001, après la faillite de la banque Icesave.
On a déjà aidé la Grèce en annulant 100 milliards de dettes.
Les Grecs n’ont jamais vu la couleur de cette aide. Les banques publiques ont racheté aux banques privées à bon prix (50 % de leur valeur) une dette qui avait perdu 65 % de sa valeur.
La Grèce devrait davantage taxer les popes et les armateurs.
Oui. Et la France devrait supprimer les niches fiscales qui coûtent chaque année deux fois plus que la dette grecque détenue par la France. Sans parler de l’évasion fiscale des multinationales qui pompent les ressourcent de tous les pays. En taxant de quelques pourcents les revenus des 1 % d’Européens les plus riches, on épongerait en dix ans l’intégralité de la dette grecque.

Article de Pierre Concialdi dans Siné mensuel de mars 2015.