L’économie dite hétérodoxe

Au lendemain du crash financier de 2008, des voix dissonantes ont surgi de là où on ne les attendait pas vraiment : des étudiants en économie qui conseilleront les élites de demain (…) À l’université de Manchester, le collectif Post-crash economics society a simplement fait le constat des limites du modèle néolibéral et réclame des cours d’économie dite hétérodoxe.
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Alors qu’une majorité croissante de la population s’enfonce toujours plus loin dans la précarité, le top-1000 des Britaniques les plus riches a vu sa fortune doubler au cours des cinq dernières années.
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Le collectif Post-crash economics society de l’université de Manchester, formé en 2012 et rassemblant une quinzaine d’étudiants en économie, s’est lancé dans une bataille académique pour réclamer une alternative à la soupe libérale de leurs professeurs. On s’est aperçu que quelque chose manquait. Par exemple, nos professeurs étaient incapables d’expliquer le crash ou évitaient de répondre quand on les questionnait là-dessus.
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Ce qui manque, c’est une pluralité dans les théories, une approche multidisciplinaire et une réflexivité politique
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Ha joon chang

Dans un reportage de la BBC diffusé début décembre, un économiste légèrement hétérodoxe de la prestigieuse université de Cambridge, Ha-Joon Chang, confiait au journaliste : Vos collègues disent à vos élèves que vous êtes un excentrique. Ils ferment vos cours, ce qui m’est arrivé au prétexte que je ne publie pas d’articles dans des revues académiques de référence. Et quand des gens comme moi vendent des livres à plus d’un million d’exemplaires, ils répondent qu’on ne peut pas se fier aux masses ignorantes. Le même Ha-Joon Chang affirmait dans son livre Deux ou trois choses que l’on ne vous dit jamais sur le capitalisme (Le Seuil 2012) : 95 % de la science économique est du bon sens que l’on a compliqué !

Extraits d’un article d’Emmanuel Sanséau dans le journal CQFD de février 2015.

Inflation : les gens « sérieux » sont tous d’accord !

Fakir : Bonjour, j’ai sous les yeux un article que vous avez écrit dans Le Monde, le 17 août, et qui s’intitule : L’inflation peut-elle résorber les dettes publiques?. Vous interrogez six économistes, mais bizarrement les six sont contre l’inflation.
Alain Faujas : Vous savez, j’ai été pris par le temps. J’ai appelé six économistes de droite et de gauche dont je pensais, pour certains, qu’ils allaient se prononcer en sa faveur. À ma surprise ils étaient aussi contre – même Daniel Cohen et Delors.
Quand les économistes « de gauche » sont représentés par un économiste de la banque Lazard, Daniel Cohen, et par le grand ami des patrons européens, Jacques Delors, le débat est fermement cadré. Il ne versera pas dans le populisme…
Fakir : Si c’est une question de temps, pourquoi dans un numéro suivant vous n’avez pas cherché à trouver d’autres économistes en faveur de l’inflation comme Jacques Sapir, comme Frédéric Lebaron pour équilibrer le débat ?
Alain Faujas : Parce que l’on est passé à autre chose. On a considéré que la question avait été résolue, et par des gens sérieux. Et puis, ce sujet n’attire pas.
Et comment reconnaît-on les « gens sérieux » ? Ils ne prônent pas l’inflation, ni le protectionnisme, ni les nationalisations, ni la décroissance, etc. C’est ainsi que, depuis trente ans, le « cercle de la raison » cher à Alain Minc tourne en rond, se mord la queue, enferme la politique dans un mouchoir de poche centriste et fort triste. C’est ce consensus des bien-pensants qu’il faut aujourd’hui faire voler en éclats. C’est un air vif qu’il faut apporter dans la prison des idées.

Entretien entre les journalistes de Fakir et Alain Faujas, journaliste au journal Le Monde, initialement publié dans le journal Fakir de septembre 2011 et republié en octobre 2014.

La pensée unique vue par Emmanuel Todd

Il n’y a rien dans la pensée unique, qui est en réalité une non-pensée, ou une pensée zéro. Cette pensée zéro se contente de hurler l’inévitabilité de ce qui est ou de ce qui advient. Aux États-Unis, elle clame l’inévitabilité de l’ultra-libéralisme. En France, celle de la monnaie unique et du libre-échange. (…) Le trait central et unificateur de la pensée zéro est une glorification de l’impuissance, une célébration active de la passivité que l’on doit bien désigner par un terme spécifique : le passivisme. (…) Même la monnaie unique, à l’origine projet positif quoique mal pensé, n’apparaît plus à la veille de sa réalisation que comme un « machin qui arrive », qu’on ne peut empêcher, qu’on accepte sans même croire au moindre de ses avantages économiques. On s’y soumet désormais, comme au libre échange, par passivisme.(…)

Les bonnes intentions d’une classe fortement éduquée s’investissent dans la défense des valeurs morales, dans l’hostilité à la peine de mort, dans le refus du racisme, et dans un attachement sans faille à la liberté d’expression. Ses bons revenus et sa bonne intertion sur le marché du travail s’expriment par le passivisme : acceptation du libre-échange et de la politique du franc fort, indifférence ou ou tolérance aux souffrances des milieux populaires.

Extraits d’un entretien entre François Ruffin et Emmanuel Todd paru dans le journal Fakir n°61.

Au cours de cet entretien, Emmanuel Todd explique, entre autres choses, pourquoi la sortie de l’Euro et une remise en cause du libre-échange sont incontournables et pourquoi le passivisme a colonisé les esprits d’une majorité de nos concitoyens. Un long entretien (quatre pages) riche et instructif.