La servitude volontaire

[…] Nous savons en effet depuis longtemps que le système capitaliste qui s’est généralisé sur la planète du fait de l’hégémonie américaine, est un système d’extorsion de la valeur créée collectivement, au bénéfice d’une oligarchie de grands possédants qui a l’argent donc la force et donc aussi le droit pour elle.

Nous savons que ce système d’extorsion ne peut pas se transformer par lui-même en système de redistribution équitable. Nous savons que les inégalités scandaleuses et croissantes qu’il engendre ne peuvent se reproduire et s’aggraver que moyennant le verrouillage des rapports sociaux par un État abusivement qualifié de « démocratique » et inconditionnellement soutenu par une majorité factice de citoyens suffisamment ignares ou endoctrinés.
[…]

La France soumise

Donc, pour l’essentiel, nous savons, c’est-à-dire que les gens qui se donnent la peine de s’informer ailleurs que dans la presse capitaliste, savent bien ce que c’est que le capitalisme. Ils le savent si bien que leur intérêt semble maintenant se tourner vers une problématique un peu différente. Non pas « comment ça fonctionne ? », non pas même « pourquoi cela fonctionne-t-il si mal ? », mais, plus significativement : « Comment se fait-il que l’on supporte quelque chose qui fonctionne si abominablement mal ? Pourquoi n’y met-on pas un terme ? »

[…] Bornons-nous à évoquer les réflexions de La Boétie au XVIe siècle sur La Servitude volontaire et plus près de nous les analyses de Marx relatives à l’idéologie. C’était déjà une des grandes questions qui hantaient la pensée théologique.
[…]
Marx, en bon sociologue matérialiste, se pose la question et introduit la notion d’idéologie, venue des Lumières, pour expliquer comment tout système de rapports sociaux se donne les moyens de façonner symboliquement ses agents de sorte qu’ils intériorisent personnellement la logique de la domination établie, et donc qu’ils apprennent à s’y soumettre spontanément.

La sociologie bourdieusienne devait affiner et approfondir encore ce type d’analyse […]
La tendance des dominés à se soumettre à un pouvoir qui les lèse, n’est ni inscrite dans leur nature originelle, ni une punition ou une malédiction qui sanctionnerait leur désobéissance initiale. C’est une disposition inséparablement objective-subjective qu’une organisation sociale donnée doit installer concrètement dans tout individu pour qu’il puisse fonctionner en pratique avec tous les autres, dans une structure hiérarchisée et inégalitaire, selon des règles acceptées et durablement incorporées.
[…]
Tout individu est porteur de dispositions à la fois à la soumission et à la rébellion, imprimées en lui par sa socialisation et différemment activées selon les circonstances et les intérêts. Une sociologie des classes moyennes peut nous apporter désormais des éléments de compréhension nombreux et éclairants.

La bonne question à poser aujourd’hui est de savoir quels sont, dans la société existante, les gens les moins façonnés et les moins corrompus par les nombreuses variantes petites-bourgeoises sarkozo-hollando-macronistes de l’idéologie social-libérale dominante, et comment convaincre cette masse de gens potentiellement aptes à un combat révolutionnaire, de s’organiser politiquement en dehors du système et contre lui sans tomber dans les chausse-trapes du jeu politique bourgeois.
La réponse pour le moment n’est pas dans les grands médias : ils sont précisément là pour discréditer toute résistance authentique et glorifier toute désobéissance purement rituelle.

Extraits de la chronique d’Alain Accardo dans le journal La Décroissance de novembre 2017.

Capitalisme oligarchique

Chantal Mouffe : L’autre chose que j’ai découverte, au cours de la dernière crise, un peu plus optimiste, en un sens : du temps du capitalisme fordiste, c’étaient surtout les ouvriers qui sentaient peser, sur eux, très concrètement, cette domination, sur leurs cadences, leurs salaires, etc. Aujourd’hui, à l’ère du capitalisme financiarisé, il me semble que bien plus de gens, à travers les entreprises bien sûr, les ouvriers, les employés, les cadres, mais aussi dans les services publics avec les restrictions de budget, voire avec les dégâts environnementaux, bien plus de gens sentent peser cette nouvelle domination, peuvent en souhaiter la transformation.

FAKIR : Vous n’avez pas lu « Le grand bond en arrière », de Serge Halimi ? Ça se termine comme ça : en gros, si les informaticiens, les médecins, les éditorialistes, sont à leur tour frappés par les délocalisations, ça leur fera peut-être envisager avec moins d’enthousiasme les théories sur les avantages comparatifs de Ricardo. Et peut-être qu’ils rejoindront la cohorte des ouvriers et employés déjà remontés contre la mondialisation…

Chantal Mouffe : Avec Ernesto, c’est ce qu’on appelait une « chaîne d’équivalence ». Un projet socialiste, qui se voudrait hégémonique, doit établir une chaîne d’équivalence entre des demandes hétérogènes : il y a les revendications ouvrières, mais aussi les demandes des femmes, des immigrés, des écolos. Il ne s’agit pas simplement de rassembler des exigences diverses…

FAKIR : La fameuse « convergence des luttes »… Mais bon, je trouve le terme chiant, « convergence », et il faut déjà qu’il y ait des luttes !

Chantal Mouffe : Il faut rassembler ce vaste « nous » face à un « eux ». Je connais très bien l’Amérique latine. Eh bien, mon diagnostic, c’est que nos sociétés sont en train de se latino-américaniser, ça ressemble vraiment, avec un fossé entre les ultra-riches et les autres, une véritable oligarchisation. Il faudra donc, sans doute, une réponse politique du même ordre, un populisme de gauche : comment faire entrer les masses populaires dans le système démocratique ?

FAKIR : Vous évoquez une « oligarchisation », mais bien souvent les gens ne la voient pas, cette oligarchie. Ce qu’ils voient, et quotidiennement, c’est leur voisin de palier au RSA, les allocs de l’émigré à l’étage du dessus, le collègue qui touche une prime indue, et c’est là-dessus qu’ils greffent leur colère, leur sentiment d’injustice.

Chantal Mouffe : Alors, c’est un travail politique à faire : donner à voir l’oligarchie, son mode de vie, ses rémunérations grotesques, sa puissance, ses décisions sur nos existences… Au boulot, sinon, c’est pas nous qui allons gagner !

Extrait d’un entretien de Chantal Mouffe avec la rédaction du journal Fakir (édition de septembre-octobre 2016).

Insurrection démocratique ?

L’ « insurrection démocratique » portée par les mobilisations autour de la « loi Travail » et l’émergence de Nuit debout pourrait être une des réponses tant attendues aux conséquences désastreuses d’un capitalisme global et une finance déchaînée : grands projets d’infrastructure inutiles et imposés (GPII), déstabilisation des sociétés et des humains par une destruction accélérée des protections qui en assuraient la stabilité, instrumentalisation financière des sociétés et de la nature, banalisation et quasi- institution de la corruption, sécession de l’oligarchie et indécence des oligarques, obscurantisme de ceux qui, dans les faits, ignorent les défis auxquels nous sommes confrontés, le climat notamment. Enfin, et sans prétendre clore cette liste, la fusion de l’espace privé et de l’espace public menace les fondements de la démocratie.

Nous pourrions en restera ce tableau noir du monde et nous sentir vaincus par le fatalisme, le cynisme, comme nous y invitent les dominants, obsédés par la poursuite d’un modèle qui s’effondre et par l’adaptation forcée à un effondrement « sans alternatives ».

Sans naïveté, nous avons pourtant bien des raisons de penser que les sociétés ne succombent pas à ces injonctions. Elles abritent partout des résistances systémiques face à la dé-civilisation capitaliste : luttes contre les grandes infrastructures de transports (nouveaux aéroports, lignes grande vitesse), les grands projets extractivistes, les zones commerciales et « culturelles », les fermes-usines, autant d’aménagements accélérant une fuite en avant mortifère.
La contestation s’adresse non seulement au projet en tant que tel, mais au monde qu’il contient : Notre-Dame-des-Landes contre « l’aéroport et son monde » ou encore Sivens contre « le barrage et son monde ». Outre leur message écologique et social, ces luttes ont en commun de rendre visibles le déni de démocratie ou même l’abandon délibéré de la démocratie au profit d’intérêts privés.

[…]

Pour résister, nous sommes désormais confrontés à la nécessité de la désobéissance. Le capitalisme globalisé assiège notre monde, les sociétés et la nature. il prétend gouverner le vivant et la vie tout court. Cette entreprise délirante passe par une mobilisation générale visant à supprimer tous les espaces autonomes, à mesurer, quantifier, monétiser et mettre en marché l’ensemble des activités, a « internaliser » les contraintes sociales et écologiques en les marchandisant. Ce système exige une soumission totale a l’ordre économique et, pour y parvenir, il tend à supprimer toute extériorité, à absorber les marges ou à les criminaliser si elles résistent. Dans ce monde clôturé sur lui-même, désobéir et organiser la dissidence la plus massive sont des voies pour retrouver une extériorité, pour imaginer et construire des points d’appui à partir desquels des alternatives sont possibles.

La désobéissance est nécessaire pour réaffirmer le principe d’une loi commune, nié par une oligarchie offshore, pour restaurer l’idée de contrainte collective, infantilement associée à une punition, pour rendre publique la délinquance installée au cœur des lieux principaux de décision. Les lanceurs d’alerte accomplissent simplement un droit à l’information, incompatible avec « le secret défense » de la guerre économique et de ses dividendes. Désobéir n’est pas un refus du droit, de la loi, c’est au contraire l’affirmation d’une légitimité, pour faire respecter le droit quand il est bafoué ou bien pour le modifier ou le compléter.
Les femmes qui ont désobéi pour abroger la loi de 1920 interdisant et criminalisant l’avortement, les faucheurs d’OGM qui ont utilisé les tribunaux pour imposer un débat public et obtenir l’interdiction des cultures OGM en plein champ, les sans logis qui occupent des bâtiments privés ou des lieux publics pour faire valoir le droit au logement, sont des porteurs de droits collectifs dans un monde néolibéral qui les nie. Ceux qui occupent des mines de charbon, qui perturbent les sommets pétroliers, combattent une criminalité légale : ils exigent des règles visant à organiser la fin des énergies fossiles, en grande partie responsables du réchauffement climatique et de ses conséquences. Quant au faucheurs de chaises dans les banques, c’est bien le hold-up de la finance qu’ils combattent en attendant les décisions politiques et juridiques interdisant la délinquance financière.

Extraits d’un article de Geneviève Azam dans Lignes d’attac de juillet 2016.

Classes populaires invisibles

Ministres et patrons ont fabriqué la mondialisation, des accords du Gatt aux au traités de l’OMC, de Maastricht à Lisbonne, avec la « libre circulation des capitaux et des marchandises » comme credo. Les « 1 % », les plus riches, en ont largement tiré profit.
Mais ce libre échange s’est installé grâce à la complicité des diplômés, des cadres, des enseignants. Ces classes intermédiaires ont accepté la globalisation, ne se sont pas révoltées contre elle. Comme en témoignait, encore en 2005, leur « oui » majoritaire au Traité constitutionnel européen (TCE).
Pendant ce temps, et depuis trois décennies, les ouvriers, eux, se prennent les délocalisations et le dumping droit dans la gueule. Le taux de chômage des non-qualifiés est cinq fois supérieur à celui des cadres, au-delà de 20 %.
[…]
« La Gauche et les classes populaires » (La Découverte, 2004), page 53 :
« Le statut souvent privilégié des adhérents socialistes tranche avec le maintien dans l’exclusion, le travail précaire et l’insécurité sociale de plusieurs millions de personnes. La prépondérance du secteur public, auxquels les adhérents socialistes comme d’ailleurs ceux de tous les partis de gauche appartiennent deux fois plus souvent que l’ensemble des Français, la faiblesse du taux de chômage (3 %), liée à l’importance du secteur public et à un haut niveau de qualification (66 % des socialistes ont un niveau scolaire égal ou supérieur au bac contre 29 % des Français), la part considérable des retraités (plus de 40 % des effectifs), la forte majorité masculine (72 % des adhérents en 1998) quand la plupart des “travailleurs pauvres” sont des femmes, mêlent leurs effets pour dessiner un milieu social relativement abrité des atteintes de la « désaffiliation ».
De ce fait, l’expression des attentes et des mécontentements, nécessairement associée aux difficultés quotidiennes d’une population défavorisée, parvient seulement de manière indirecte et souvent abstraite aux instances du parti. La minorité des adhérents qui partagent ces difficultés n’est guère en mesure de s’en faire vraiment l’écho. [De quoi] rendre « invisibles » aux yeux des dirigeants socialistes les catégories populaires, autrement que sous la forme de données d’études et de cases dans les tableaux d’enquêtes d’opinion. »
On va parler savant, toujours :
c’est une crise de la représentation. De la représentation politique, avec des partis de gauche, même bien à gauche, sans assise populaire. Avec un parlement d’où ouvriers et employés sont exclus, en un apartheid d’autant plus efficace qu’inconscient. Et les préoccupations du peuple sont tues, interdites, même pas discutées : trente années de délocalisations n’ont même pas conduit à un débat, ne serait-ce qu’un débat, un seul, à l’Assemblée, sur le protectionnisme, les quotas d’importation, les barrières douanières, les taxes aux frontières.
[…]
L’ordre est bien tenu.
Et qu’on ne compte pas sur la presse pour le bousculer. La représentation médiatique rend invisible, elle aussi, avec des radios, des télés, des magazines aux mains de l’oligarchie, et qui préfèrent multiplier leurs Unes sur « les prix de l’immobilier », « comment trouver un taxi à Paris », « où acheter sa résidence secondaire », et bien sûr « le mal de dos », « les Francs-maçons », « comment maigrir », et désormais « la vérité sur Mahomet », « les nouvelles filières du djihad », etc.
Le désarroi populaire ne trouve pas de lieu où se dire. Où se montrer. Il est publiquement dénié.
Cette violence symbolique s’ajoute à la violence économique.

Extraits d’un dossier de François Ruffin publié dans le journal Fakir de février-mars-avril 2016

L’oligarchie et la corruption

Antoine Peillon est un journaliste engagé. À travers ses livres, ses enquêtes, ses articles, il traque sans cesse la corruption, la fraude, la triche. Ces maux rongent, mais de manière très peu visible, les fondements de notre démocratie. Son travail montre que la France est touchée en profondeur, et que notre hexagone n’a rien à envier à la botte italienne. Mais la corruption n’est pas que l’affaire des autres, elle nous concerne tous, et se développe grâce à notre manque de réaction… (…)
Qu’est-ce qui différencie la corruption, dont on parle si peu, de la délinquance ordinaire dont on parle tant ?

La corruption est cachée, secrète. La délinquance, elle, est visible. Le pacte de corruption est un arrangement, un contrat souvent oral, qui n’a pas de matérialité, entre des personnes. Qu’elle soit cachée la rend plus dangereuse pour la confiance, car elle contourne totalement la loi. Ensuite, il y a une sociologie de la corruption. Elle ne concerne que les élites ou ceux que les sociologues appellent l’oligarchie. La délinquance ordinaire couvre l’ensemble du champ social. (…)

Pour la fraude fiscale, une procédure judiciaire ne peut être déclenchée que sur la décision de la commission des infractions fiscales dite verrou de Bercy au ministère des Finances. Et la composition de cette commission est secrète ! De ce que j’arrive à savoir, elle est composée de hauts fonctionnaires dont quasiment tous ont été attachés à des cabinets ministériels ou à des personnalités politiques d’un camp comme de l’autre, même si elle penche plutôt à droite. C’est une cellule administrative discrétionnaire qui décide seule de transmettre ou non un dossier au procureur. (…)

La mondialisation a comme principal outil les transferts financiers complètement libéralisés. Sans aucun contrôle d’aucune sorte. Elle a été le facteur multiplicateur de la corruption. Elle a permis de dissimuler plus facilement des sommes incroyables à travers le monde entier dans tous les paradis fiscaux. (…)

Quelques dizaines de personnes sont à l’origine des 80 milliards de fraude fiscale. Elles sont suffisamment puissantes pour empêcher le pouvoir politique d’agir contre elles. J’en ai été le témoin. Un député socialiste, Yann Galut, se lance à Noël 2012, à la suite de la lecture de mon livre, dans une proposition de loi contre la délinquance financière et la fraude fiscale internationale. Il fait son boulot de façon remarquable et dépose une proposition de loi solide, comprenant, par exemple, la suppression du verrou de Bercy. En pleine affaire Cahusac, le gouvernement en comprend l’intérêt politique. Yann Galut devient le rapporteur d’un projet de loi copiant sa proposition. Et pendant six mois, on assiste à la destruction systématique de tous les dispositifs sérieux de répression de cette fraude par les hommes de Bercy. Ils convoquent chaque semaine les députés intéressés par le sujet. Les patrons du groupe socialiste se livrent à des intimidations sur leurs collègues qui y croient.

Extraits d’un entretien de la rédaction de Siné mensuel (numéro de janvier 2015) avec Antoine Peillon.

Repenser la démocratie

La question de la nature de la démocratie ne se pose donc plus dans la mesure où la réponse est donnée d’emblée : « la démocratie, c’est les élections ».
Il faut déconstruire cette identification mystificatrice en rappelant que, pendant plus de deux millénaires – d’Aristote à Montesquieu – il était admis que les élections correspondaient à un régime oligarchique (le pouvoir d’une élite) et le tirage au sort à un régime démocratique (le pouvoir du peuple) ; ce second mode de désignation des gouvernants étant le seul à postuler l’égale compétence politique des citoyens.
La démocratie suppose en effet que la politique soit une activité accessible à tous, et non réservée à une minorité de professionnels prétendument plus compétents que leurs électeurs en matière d’affaires publiques. Faire place à la conception classique (athénienne à l’origine) de la démocratie oblige à intégrer des éléments de démocratie directe comme les assemblées (agora) délibératives et décisionnelles ouvertes à tous, la rotation des tâches et le tirage au sort.
Cette démocratie par en bas n’interdit pas le recours à la délégation, qui restera nécessaire à bien des égards. Mais cette délégation se distingue de la représentation telle que nous la connaissons aujourd’hui. Les représentants ne représentent en réalité qu’eux-mêmes et parlent « à la place » de leurs électeurs en prétendant parler « en leur nom ». Les délégués restent pour leur part sous le contrôle de leur base grâce à un ensemble de mécanismes tels que la révocabilité permanente, la responsabilité des élus, les mandats semi-impératifs, l’interdiction du cumul des mandats (dans le temps et dans l’espace) et l’instauration d’un salaire des élus égal au salaire moyen de la population.

Extrait d’un article de Manuel Cervera-Marzal dans le journal Les Zindigné(e)s de mai 2014.

Pourquoi la démocratie se meurt ?

Il y a deux moyens de tuer la démocratie : la trahison des peuples, ce qui les détourne des urnes, et l’autoritarisme, qui impose sans débat des mesures arbitraires.
Lui, bouffi-bouffon président, a d’abord trahi. Il continue. Annonces dévotes faites au patronat, dénonciation sarkozienne des prétendus « abus sociaux » : la barre déjà bien vissée à droite toute, le pédalant capitaine accélère.
Avec de bonnes semelles pour écraser ces trouffions de prolos sacrifiés sur l’autel d’une raison barbare qui voudrait, depuis trente ans, que le bonheur des peuples passe irrémédiablement par leur massacre économique et leur disqualification sociale. Mort-vivant tu seras puisque tu ne votes plus pour moi. C’est bien fait pour toi.
Lui, bouffi-bouffon président, avec à sa botte les deux assemblées parlementaires, a désormais le culot de nous annoncer une pluie de décrets et ordonnances. La nouvelle est presque passée inaperçue dans le tintamarre dieudonnesque. Plus fort que le coup d’état permanent, l’abus de pouvoir érigé en système de gouvernement. La droite marteau l’avait annoncé pour son retour au pouvoir. La gauche collabo anticipe les désirs de son Kapital de maître. Rangez vos croquenots, ravalez vos slogans de manifestants et restez bien couchés dans votre niche : interdiction de grogner, sinon vous n’aurez même plus d’os à ronger.
Décréter, ordonner, imposer, interdire : il faut habituer le peuple à courber l’échine sous l’arbitraire de mesures prétendument « urgentes ». Première mesure d’urgence, la lutte contre l’antisémitisme : le combat est évidemment légitime, mais comme mesure d’urgence on fait mieux. Surtout quand il est mené par un Manu manant de Valls bardé d’un beau brevet de salopardise. Minable entrepreneur de la désintégration des Roms. Abominable maire inquiet de la couleur de peau des habitants de sa ville, exigeant, comme à la foire aux esclaves, d’avoir sur les marchés son lot de « Blancs, de Whites et de Blancos ». Misérable dénonciateur de « l’antisémitisme des quartiers populaires » (elle est pas belle la stigmatisation amalgamante ?). Ach, le peuple, gross problem !
Et voilà qu’après l’interminable saga du mariage pour tous l’année démarre sur le feuilleton Dieudo. Overdose d’enfumage sur fond de saloperies redoublées par lui, le président bouffi d’énarchie, qui s’en va technoparadant vers une des plus grosse euro-gamelles électorales (…) Il s’en fout. Il a gagné son brevet de pantouflage pour bons et loyaux services rendus à l’oligarchie dominante.

Extrait d’un article de Pierre Concialdi dans le journal Siné mensuel de février 2014.