Poubelle nucléaire : un pognon dingue !

Bure, dans la Meuse. Ses 80 habitants, ses champs de céréales à perte de vue et… sa future poubelle nucléaire. C’est ici, à 500 mètres sous terre, dans un Centre de stockage géologique (Cigéo), que la filière atomique veut enfouir ses déchets les plus dangereux. De drôles de colis qui resteront radioactifs pendant des centaines de milliers d’années.
Forcément, la perspective est inquiétante. Alors, l’État sort le chéquier : élus invités dans les meilleurs restaurants, millions d’euros de subventions … « Une sorte de corruption institutionnelle », persiflent les récalcitrants.

[…]

Il faut dire aussi que la lutte anti-Cigéo a pris un gros coup sur la tête à la fin du printemps, du fait d’une méchante vague de perquisitions. Suivies d’arrestations, […] (terrorisme d’état)

À l’issue de leur garde à vue, sept personnes sont mises en cause pour « association de malfaiteurs ». Un délit flou, qui ne réprime pas des actions illégales, mais l’appartenance à un groupe ayant de supposées intentions délictueuses. Une boîte de pandore qui permet d’imbriquer actes et responsabilités à tous les niveaux de la lutte et de criminaliser celle-ci dans sa globalité.

« Ça permet de rendre responsable à peu près tout le monde et n’importe qui des faits qui ont été commis », résume une des personnes mises en cause.
« Les autorités postulent que le mouvement est pyramidal, hiérarchique, qu’il y a des responsables qui donnent l’ordre à telle ou telle composante de la lutte de se livrer à des dégradations. Ce qui est complètement irréaliste quand on connaît cette mobilisation », commente Charlotte Mijeon, du réseau Sortir du nucléaire.

Parmi les mis en cause, on trouve des personnes connues pour avoir un rôle social à l’interface entre les différentes composantes de la lutte, avec les habitants et même entre les groupes de travail – automédia, collectif anti-répression, groupe juridique… Ainsi de l’avocat Étienne Ambroselli, qui a vu son matériel de travail saisi, au mépris de tout droit à la confidentialité (au bout d’une semaine, il a finalement pu récupérer son matériel, la perquisition le visant ayant été jugée illégale après coup).

Extraits d’un article de Clair Rivière dans le mensuel CQFD de novembre 2018.

Nucléaire omerta

J’ai développé un cancer de la thyroïde pendant que j’exerçais mon activité professionnelle (Patrice Girardier était technicien de maintenance nucléaire pour une filiale d’0rano, ex-Aréva).
La médecine du travail et la sécurité sociale ont considéré que ce cancer était probablement d’origine génétique. Puisque 95% des cancers de la thyroïde sont d’origine accidentelle, industrielle et professionnelle, la lecture statistique qu’en fait le corps médical est pour le moins surprenante, pour ne pas dire abusive.

À l’issue de ce cancer, j’ai été déclaré invalide, et comme mon employeur n’avait pas d’autre poste à me proposer, j’ai été licencié. Fin de l’histoire pour l’employeur et la sécurité sociale, mais pas pour moi, car je conteste cette décision.

Grâce au site de l’association Ma zone contrôlée et au soutien du Réseau Sortir du nucléaire, je suis contacté par une personne qui est interpelée par mon cas. Il lui apparaît un certain nombre d’incohérences. Elle se demande comment l’entreprise peut se dédouaner de toute forme de responsabilité sur mon exposition et sur quelles bases médicales la médecine du travail et la sécurité sociale, peuvent exclure tous risques professionnels.

Afin de corréler ce premier constat, elle me demande de récupérer mon dossier médical auprès du Laboratoire de biologie médicale de Saint-Denis. Ce que je tente de faire en leur adressant un courrier avec accusé de réception, avec justiftcatif d’identité tout en demandant une liste détaillée des informations avec justification de traçabilité et rapports techniques de mesures.

La directrice bottera en touche, tout en m’invitant à prendre contact avec mon médecin du travail. Cette réponse est pour le moins étrange. En effet, tout patient a un droit d’accès à son dossier médical s’il en fait la demande explicite, celui-ci n’étant pas la propriété, ni du laboratoire, ni du médecin.
[…]
La directrice, en conditionnant un passage obligé par la médecine du travail, qui elle-même refuse de me recevoir, me prive des données qui sont la base de ma contestation. À en croire l’étrange attitude de la médecine du travail, il semble apparaître que « le téléphone ait bien fonctionné ». Comment fait-on alors pour accéder aux éléments médicaux en pareille situation ?

J’adresse un second courrier : aucune réponse. Puis un troisième courrier avec copie auprès des autorités de contrôles, dont l’Autorité de sûreté nucléaire.
À ce jour, je n’ai toujours reçu aucune réponse.
[…] vous vous rendrez vite compte que vous êtes bien seul et démuni devant un monstre qui use et abuse de moyens totalement illégaux pour faire barrage, au plus basique des principes, celui de pouvoir se défendre sur la base de documents officiels qui vous sont normalement accessibles. […]

Quand les autorités de contrôle et le Laboratoire font barrage en se distinguant par leur silence, cela soulève des questions qui rendent légitimes les suspicions.
[…]
Toute personne susceptible d’avoir été exposée est en droit de contester un refus de reconnaissance en maladie professionnelle et doit pouvoir accéder à
son dossier médical pour faire valoir ses droits.
Quand les moyens légaux sont verrouillés, il existe d`autres moyens, notamment celui de la mobilisation pour faire pression.
C’est pourquoi je vous demande de relayer ce message massivement, pour que ce genre d’entrave ne soit plus la règle et qu’un maximum de personnes soient au courant de ce genre de pratique totale-
ment illégale mais cautionnée par les autorités.

Extraits d’un article de Patrice Girardier dans la revue Sortir du nucléaire du printemps 2017.

TIAN

Alors que le Traité d’interdiction des armes nucléaires (TIAN) a fêté le premier anniversaire de son adoption par l’ONU le 7 juillet dernier, le texte qui prévoit l’interdiction d’utiliser, de fabriquer et de stocker des armes nucléaires enregistre lentement des signatures. En mars 2018, 57 États l’avaient officiellement signé et cinq l’avaient ratif1é. Sur les 122 qui l’avaient approuvé à New York un an plus tôt, c’est peu. Cette frilosité de certains pays d’abord enthousiastes s’explique en partie par la pression qu’exercent les puissances nucléaires.

Par le rejet du texte et leur entêtement dans leurs programmes nucléaires militaires, celles-ci sabordent l’initiative des autres pays et les poussent à rétropédaler. En préférant se placer hors du droit international plutôt que d’y souscrire, ce petit groupe dont fait partie la France refuse de jouer le jeu du désarmement concerté et menace la sécurité mondiale.

[…]

L’année qui vient sera une année charnière pour le désarmement. En 2017, la société civile a convaincu les pays des Nations unies de concevoir un texte juridiquement contraignant pour éliminer les armes nucléaires. En 2018, c’est au tour des citoyennes de s’approprier le texte et de rendre sa signature par la France inévitable.

[…]

L’année dernière, ICAN (campagne internationale pour l’abolition de l’arme nucléaire), dont est membre « Abolition des armes nucléaires », a reçu le prix Nobel de la paix.

En ayant favorisé les discussions sur un traité d`interdiction international, ICAN a tendu une perche qu’une majorité de pays progressistes a su saisir. Par son travail de lobbying et de diplomatie, ICAN est parvenue à mettre au vote un texte historique.
C’est maintenant au tour des citoyen.nes de se mobiliser pour faire que ce traité devienne une réalité. Car sans un mouvement populaire en faveur de la signature du texte, le gouvernement Emmanuel
Macron choisira toujours de ne pas le signer.

Cette mobilisation est possible : un sondage datant de juillet 2018 a montré que 67 % des Français sont favorables à ce que la France signe le TIAN et 76 % souhaitent que la France s’engage dans un processus international d’élimination totale et contrôlée des armes atomiques, tel que prévu par l`ONU.

Le prix Nobel de la paix est l’aboutissement d’un travail acharné de militant.es qui, par leur abnégation et leur présence sur le terrain, ont permis de faire évoluer les mentalités concernant la dissuasion.

Extraits d’un article de Julien Baldassara dans la revue Sortir du nucléaire de l’été 2018.

Tout électrique, tout nucléaire

Quand le choix irréversible du « tout électrique, tout nucléaire » a été pris par l’État-EDF au début des années 1970, les promoteurs de l’atome assuraient que la Science [finirait par trouver une aolution au problème des déchets radioactifs. Bien sûr, il n’en a rien été. Et les rebuts de leurs centrales, les technocrates n’ont plus qu’à les glisser sous le tapis. Depuis trente ans, des luttes sont menées contre les projets d’enfouissement des déchets ; comme à Angers, où une manifestation a réuni 15 000 personnes en 1990. […]

On est saisi de stupeur devant l’ampleur des enjeux, l’absence de débats réels, la violence froide de l`État. Depuis 20 ans ce territoire à la frontière de la Meuse et de la Haute-Marne est en cours de colonisation et de militarisation pour assurer la survie de la filière nucléaire française. […]

En second lieu, on achète les consciences en arrosant financièrement ce département rural plutôt pauvre. À Bure (82 habitants), les équipements urbains sont flambant neufs, les trottoirs ont été rénovés, une salle des fêtes est même sortie de terre tandis que la commune voisine de Mandres-en-Barrois (124 habitants) a désormais des terrains de sport. Entre 2007 et 2016, les collectivités territoriales, les entreprises et les associations du département auraient par ailleurs touché 271 millions d’euros, auxquels s’ajoute une aide annuelle de 480 euros par habitant versée aux communes situées dans un rayon de dix kilomètres autour du site.
Face à un tel déluge d’argent, il n’est pas étonnant que beaucoup se soient résignés et que tant d’élus choisissent le camp de l’Andra.

Troisième stratégie : la communication, ou plutôt la propagande, qui se déploie de façon débridée dans le département : organisation de sorties scolaires pour apprendre aux enfants les bienfaits du nucléaire, armées de communicants et de sociologues embarqués travaillant à l’acceptabilité du risque, à la diffusion de message rassurants ou fatalistes. […]

Depuis deux ans, l’Andra et le gouvernement ont déclaré la guerre aux opposants, en les caricaturant voire en les insultant, en cherchant à les diviser ou en en faisant de dangereux activistes cagoulés. Je peux témoigner combien les fameux opposants « radicalisés », décrits par le pouvoir comme des quasi-délinquants, sont d’abord et avant tout des militants intelligents, conscients et
inquiets, des citoyens engagés, courageux, sidérés devant la folie qui nous pousse à accepter l’inacceptable ; soucieux de maintenir vivant un espace de débat démocratique contre le monopole
de l’expertise et de la décision ; sacrifiant leur confort individuel à une cause plus large. […]

Les failles du projet sont nombreuses mais sont sans cesse euphémisées, niées, au nom de la confiance dans le génie des ingénieurs et de l’absence d’alternative. Une fois de plus, nous sommes face
aux alternatives infernales déjà utilisées lors de la controverse OGM : vous refusez les OGM ? Eh bien vous ne pourrez pas résoudre la faim dans le monde, vous ferez fuir les scientifiques vers des cieux plus elements et vous nous mettrez en retard dans la grande compétition économique. La même rhétorique est à l’œuvre pour imposer la solution de l’enfouissement des déchets nucléaires, alors même que dans plusieurs pays les habitants s’opposent à de tels projets et que des rapports d’experts – comme celui de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucleaire (IRSN) – pointent les
risques d’incendie et les lacunes en matière de sécurité. En Australie un comité d’enquête a choisi de repousser un projet du même type l’année dernière, en Allemagne et aux États-Unis plusieurs sites d`enfouissement ont connu des problèmes et ont dû fermer, partout ce type d’installation provoque la colère et l’opposition des habitants.

Extraits d’un long article de François Jarrige dans La Décroissance d’avril 2018.

armes nucléaires

Quel est pour vous le fondement des armes nucléaires ?

Francis Lenne : La bombe atomique n’est pas une arme au sens militaire du terme. Elle n’est pas utilisable pour se défendre, mais pour s’immoler. Il n’y a pas de passage à l’acte possible. Aucun discours raisonné, aussi bien argumenté soit-il, ne pourra jamais parvenir à résoudre la question nucléaire et à éloigner de l’humanité le risque majeur de sa propre autodestruction. C’est pour- quoi il ne faut pas oublier Hiroshima, mais en faire le deuil.
Citons Edgar Morin : en réalité, la véritable raison de la dissuasion nucléaire n’est pas d’assurer la défense de la population, mais de conférer à l’État un simulacre de puissance, celle-ci n’étant qu’une puissance de destruction et d’anéantissement.

Alors être pour ou contre la dissuasion, est un faux débat ?

Francis Lenne : Oui, car la question nucléaire, au-delà de son caractère technique au sens large trop souvent mis en avant dans les argumentations, est en effet principalement et avant tout d’ordre psychologique.
En effet, contrairement à une théorie physique qui peut faire l’objet d’une expérience pour en vérifier la validité, la dissuasion est un concept qui n’est testable ni en fait, ni en droit. Elle opère dans un champ virtuel et repose sur l’hypothèse que tous les acteurs impliqués sont rationnels et leurs comportements prévisibles. Or, rien ne peut garantir que ce soit le cas en toutes circonstances, notamment en période de fortes tensions. Sa validité est indémontrable. Elle n’est qu’un simple axiome, un pari sur la survie de l’humanité.

Quels sont alors les blocages dont souffrent les « pro-nucléaires » ?

Francis Lenne : La communauté internationale doit rechercher un nouveau paradigme de sécurité qui favorise la compréhension mutuelle, or la conception actuelle de dissuasion nucléaire est fondée sur la défiance mutuelle et la menace d’une apocalypse.
Les responsables politiques des nations ayant adopté cette dite stratégie se refusent à la remettre en question. Nous devons donc analyser les forces qui provoquent cet autisme assimilable à un trouble psychotique qui frappe les puissants de ce monde.

La stratégie de dissuasion serait donc un trouble mental ?

Francis Lenne : La dissuasion n’existe que dans l’esprit de celui qui est prétendu être le dissuadé, par conséquent dans l’esprit de celui qui prétend qu’il dissuade, donc selon des images que se font l’un et l’autre des représentations mentales de chacun. Ces images sont ici celles de la terreur absolue.
Vouloir exercer une domination par la terreur, que ce soit sur un individu ou sur un groupe humain, y compris si elle tente de se justifier par l’application des principes d’une morale sociale (guerres dites justes des « démocraties » ou des « États terroristes ») est éminemment pathologique.
Dépasser les troubles que ce déni provoque commence donc par l’acceptation de cette approche métaphysique et pathologique de la question nucléaire. Ce dépassement ne peut aboutir qu’en reconnaissant que ce qui est dit « arme nucléaire » n’est en réalité pas une arme car elle est appelée à menacer mais en aucun cas à frapper (ce serait son échec), quel que soit le discours tenu sur son emploi ou non.

Extrait d’un entretien avec le général Francis Lenne dans la revue Sortir du nucléaire du printemps 2017.

Halte au crime nucléaire

À Genève le 19 août 2016, le « Groupe de Travail chargé de faire avancer les négociations multilatérales sur le désarmement nucléaire », créé à cette fin par l’0NU, recommande à sa prochaine Assemblée Générale de convoquer en 2017 « une conférence ouverte à tous les États, avec la participation et la contribution d’organisations internationales et de la société civile, pour négocier un instrument juridique légalement contraignant chargé d’interdire les armes nucléaires et d’aboutir à leur élimination totale ». Du jamais vu depuis 1945 !

Encouragée par les ONG, cette position s’explique par l’exaspération des États sans armes nucléaires, face à l’immobilisme et la mauvaise foi des 5 États (États-Unis, Russie, Grande-Bretagne, Chine et France) qui ont ces armes et qui, bien qu’ayant ratifié le Traité de Non Prolifération (TNP), bafouent depuis des décennies l’article 6 leur enjoignant de les éliminer toutes.

[…]

Quand s’ouvre l’Assemblée générale a New York, mi-septembre, ils se réunissent pour dire qu’il faut leur faire confiance, s’en tenir au TNP et patienter jusqu’a sa prochaine conférence d’examen en 2020. Généreuse comme toujours, la France propose d’accueillir en 2017 une réunion du P5 (c’est leur nom). Principal objet : peaufiner un glossaire !
En fait, les Cinq jouent la montre mais ils n’ont qu’une frousse : si un traité d’interdiction voit le jour, même sans eux, ils apparaîtront tels qu’ils sont : des criminels prenant en otage l’humanité. La réplique de l’Autriche, favorable à un traité d’interdiction, ne tarde pas : elle dépose une résolution pour convoquer la Conférence voulue par le Groupe de travail de Genève.

Le peuple français doit prendre la parole.
Il peut le faire par un référendum « d’initiative partagée » qui depuis 2008 peut avoir lieu si 1/5 du Parlement (185 députés ou sénateurs sur 925) signe une proposition de loi soutenue ensuite par 10 % des électeurs inscrits. Or en mars 2016, 12 députés ont émis une proposition de référendum sur la question : « Voulez-vous que la France négocie et ratifie avec l’ensemble des États concernés un traité d’interdiction et d’élimination complète des armes nucléaires, sous un contrôle mutuel et international strict et efficace ? ». En juin, ses signataires étaient 38; en juillet, 75. Les signatures ont repris à la rentrée parlementaire.
Et d’après le sondage IFOP/ACDN d’octobre 2015, 3 Français sur 4 se déclarent prêts à soutenir (27 % certainement, 47 % probablement) une proposition référendaire sur cette question précise. La même proportion (74%) y répondrait OUI. Il n’y a plus qu’à unir nos efforts!

Un monde sans armes nucléaires est à la fois impératif et possible, dixit le pape François. Les obstacles sont considérables, certes. Mais interdire les armes nucléaires par un traité inédit, ce sera interdire le pire des crimes tout en échappant à la propagande nucléaire du TNP et de l’Agence Internationale de l`Énergie Atomique qui, sous couvert de contrer la prolifération des armes. favorisent celle des centrales sans jamais éliminer les armes ! Ce sera donc ouvrir la voie à une dénucléarisation générale, militaire et civile, de la planète. Ce sera imposer enfin la question nucléaire dans une élection française et affirmer le droit des peuples à rejeter les armes, à fermer les centrales, bref a refuser d’être victimes de crimes contre l’humanité… et complices de leur préparation.

Article de J-M Matagne dans le magazine Sortir du nucléaire de l’automne 2016.

Dissuasion nucléaire

La dissuasion nucléaire date d’une époque révolue : lors de la guerre froide, notre force de dissuasion était ouvertement “ciblée” sur l’URSS. En ce début de XXI siècle, les principales menaces qui pèsent sur la France sont d’ordre terroriste, environnemental, économique. En quoi notre dissuasion nucléaire est-elle “dissuasive” face à chacune de ces menaces ? Poser la question, c’est déjà y répondre !
En fait la véritable raison, non avouée par les gouvernants, de posséder l’arme nucléaire est d’être considéré comme une grande puissance reconnue sur la scène internationale. Posséder une telle puissance de destruction donnerait donc une puissance politique et diplomatique, mais il est inacceptable que cette puissance, illusoire, repose sur la possession de moyens d’anéantissement. Un désarmement nucléaire renforcera le prestige international de la France et initiera un chemin vertueux auprès des autres puissances nucléaires.
[…]
À l’image du traité d’interdiction des armes chimiques, des états et des organisations internationales se mobilisent pour faire adopter un traité d’interdiction des armes nucléaires pour :

  • reconnaître que l’utilisation des armes nucléaires causerait un préjudice humanitaire catastrophique,
  • reconnaître qu’il existe un impératif humanitaire universel à interdire les armes nucléaires, même pour les États qui ne possèdent pas ces armes,
  • reconnaître que les possesseurs nucléaires ont l’obligation d’éliminer leurs armes nucléaires,
  • prendre des mesures immédiates pour soutenir un processus multilatéral de négociations sur un traité interdisant les armes nucléaires.

[…]

La dissuasion nucléaire nécessite de conférer au seul Président de la République le pouvoir de décision, ce qui constitue un déni de démocratie. Depuis 50 ans, cette stratégie de défense n’a jamais fait l’objet d’un débat citoyen. Seuls quelques députés ont récemment interrogé le gouvernement sur le coût et l’efficacité de cette option de défense… que même d’anciens ministres de la Défense osent aujourd’hui critiquer.

Extraits d’un document de campagne de l’association France sans armes nucléaires.

Mépris pour les polynésiens

Les premiers essais nucléaires étaient atmosphériques, « sur barge ». C’étaient les plus polluants parce que carrément sur la mer. Après, ils ont fait les essais « ballons », toujours atmosphériques (46 essais de 1966 à 1974). Le problème, c’est que dans le Pacifique, il y a eu des réactions. Les Néo-Zélandais ont enregistré les secousses alors qu’on ne nous disait rien! C’est la radio indépendantiste qui recevait les infos de Nouvelle-Zélande: « Il y a eu un essai à telle heure, tel jour, à Moruroa ».
À partir de là, les indépendantistes se sont organisés pour s’y opposer, ainsi que des gens qui réfléchissent un peu. Une arme nucléaire, c’est pas tellement fait pour nourrir les petits enfants polynésiens, hein…
Alors ils ont dû arrêter les essais atmosphériques en 1974 pour des essais souterrains. En tout, il y en a eu 193 durant 30 ans: le 2 juillet 1966, la première bombe, et le 27 janvier 1996, la dernière.

Malheureusement, ce tout premier essai de 1966 fut une catastrophe. Avec la montée des nuages radioactifs et le vent, il y a eu des retombées dramatiques sur l’île de Mangareva, située pourtant à 400 km de Moruroa… Et le plus grave, c’est qu’avant les essais, les militaires se disaient qu’il fallait peut-être évacuer les populations de certaines îles susceptibles d’être touchées. Ces rapports-là, nous les avons lus.
Au niveau le plus haut à la Défense, ils ont décidé qu’il en était hors de question car ça poserait des problèmes politiques et psychologiques. (…) Dans tous les cas, les retombées radioactives auraient tout de même pollué les maisons, les plantations. Ça a été le cas.

Ce 2 juillet 1966, une grande fête devait s’organiser à Mangareva avec les gradés de la Défense, les officiels. Le premier essai a eu lieu à 5 h 30 du matin. Et puis, vers 11 h, on signale une retombée qui se dirige vers Mangareva. Ah, la saloperie ! Officiels et gradés se sont barrés ! Et la population était là, toute la population qui avait préparé la nourriture, qui attendait les invités d’honneur… Le festin prêt, les invités n’arrivent pas, ils ont changé de restaurant (rires) : ils ont repris 1’avion pour Papeete. Ça, c’est vraiment dégueulasse.

Quelques jours après, les militaires viennent faire des contrôles à Mangareva, qui était une base arrière où la population était assignée à planter des légumes pour les ravitailler :tout est empoisonné. Là-bas, il n’y a pas de source, les gens recueillent l’eau de pluie. Les nouveau-nés la buvaient dans leur biberon alors qu’elle était complètement contaminée. Ça, c’est le tout premier essai. Donc imagine les retombées qu’il y a eu pendant les 45 suivants…

Extrait de propos recueillis par Daniel Paris-Clavel dans le journal CQFD de mars 2016.

Le nucléaire bon pour notre avenir et notre planète ?

Des mines d’uranium aux déchets nucléaires en passant par les rejets radioactifs et chimiques des usines et des réacteurs, toute la filière nucléaire est polluante. On détecte jusqu’à 2 fois plus de leucémies infantiles à proximité immédiate des centrales nucléaires.
300 000 tonnes de combustibles nucléaires usés ont déjà été accumulées au niveau mondial. Ces déchets hautement radioactifs seront dangereux pendant des centaines de milliers d’années. Les États nucléarisés prévoient de les enterrer… mais les seuls sites d’enfouissement profond existants (Asse en Allemagne et le WIPP aux États-Unis) sont d’incroyables fiasco qui ont déjà contaminé leur environnement, alors même qu’ils abritent des déchets moins radioactifs, depuis tout au plus quelques dizaines d’années.
[…]
L’institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) lui-même estime désormais qu' »il est indispensable pour les élus de se préparer à l’idée d’un accident nucléaire », et qu’un accident majeur serait « une catastrophe européenne ingérable » qui pourrait coûter jusqu’à 760 milliards d’euros.
[…]
Même en France, qui fait figure d’exception mondiale avec une électricité issue à 75 % du nucléaire, les émissions de gaz à effet de serre sont 4 fois trop élevées pour atteindre les objectifs climatiques.
[…]
Extraction minière et enrichissement de l’uranium ; fabrication, transport et retraitement des combustibles ; construction et démantèlement des installations nucléaires. À toutes ces étapes, la filière nucléaire émet des gaz à effet de serre.. À l’instar des émissions de l’éolien, du solaire ou de l’hydro-électricité, les émissions de gaz à effet de serre du nucléaire sont certes très inférieures à celles du charbon ou du pétrole.

Extraits d’un article de la revue Sortir du nucléaire de novembre 2015.
Le dossier complet est à consulter sur Le nucléaire ne sauvera pas le climat.

Déchets nucléaires et déni de démocratie

Dix ans de prison et la menace de 150 000 euros d’amende : c’est la peine qu’encourra Loïc, un Anonymous de 19 ans, en novembre prochain, au tribunal correctionnel de Nancy.
Accusé d’accès et maintien frauduleux dans un système informatique commis en bande organiséedéni de démocratie inhérent au projet d’implantation d’un laboratoire de l’Andra, en 1993, approuvé par les conseils généraux de la Meuse et de la Haute-Marne, alors que, dès cette époque, la population s’est plainte de n’avoir pas été consultée pour ces décisions, ni même informée au préalable.
Ils souligneront que, en 2006, une pétition restée sans suite de plus de 60 000 signataires réclamait un référendum sur l’enfouissement des déchets radioactifs. Ils balanceront les tentatives d’influence du lobby nucléaire sur les collectivités territoriales, ces dizaines de millions d’euros déversés chaque année en Meuse et en Haute-Marne. 30 millions s’infiltrant dans tous les projets sans que les habitants le sachent.

Extraits d’un article de Franck Dépretz dans le journal CQFD de septembre 2015.