Abominables usines de la torture animales

Voici un étrange paradoxe : c’est au moment où sous l’action d’intellectuels, de philosophes, de jacques Derrida à Élisabeth de Fontenay, grâce à des associations et surtout grâce à l’arrivée d’une jeunesse qui se reconnaît de moins en moins dans les viandards et les bidochon des générations précédentes, un début de reconnaissance est accordé à l’animal ; au moment aussi, je l’ai dit la semaine dernière, où un grand pape est en train de jeter à bas cet utilitarisme vulgaire où capitalisme, socialisme et christianisme ont longtemps communié dans la dénaturation de la nature et la désanimalisation de l’animal, c’est à ce moment-là, dis-je, que les gros bonnets de l’industrie alimentaire installent, avec une démesure croissante, leurs abominables usines de la torture animales et de la dénégation du vivant.

Cette violence planifiée, cette organisation de la production sans pitié, introduit le tragique au sein du système industriel. Il nie l’existence des animaux et, ce faisant, crée dans les rapports multimillénaires de l’homme avec l’animal une « rupture anthropologique » dont on ne mesure pas encore les conséquences, écrit justement Jocelyne Porcher (le Monde, 29 août 2015).
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Je n’ai garde d’oublier la détresse des éleveurs, victimes d’une concurrence internationale féroce qui les menace dans leur moyens d’existence. Les plus lucides d’entre eux savent bien que cette surenchère permanente dans l’abaissement des prix de revient se fait non seulement au détriment de toute dignité animale, mais conduit aussi immanquablement la majorité d’entre eux à la faillite.

Si donc on raisonne à plus long terme, il n’y a pas d’autre issue que dans la révision en profondeur des rapports de l’homme avec la nature, et la réactivation de ce que Michel Serres appelle le « contrat naturel ». La nature ne saurait, sous peine de catastrophe, continuer d’être un pur lieu de prédation, elle doit redevenir un partenaire pour l’homme.

Extrait d’un article de Jacques Julliard dans l’hebdomadaire Marianne du 4 septembre 2015.

Détruire la nature pour quelques emplois mal payés

Les partisans pro-Center Parcs de Roybon n’en démordent pas : le village-vacances créerait 700 emplois. Mais de quels emplois parle-t-on ?
En Moselle, Center Parcs embauche un peu plus de 600 personnes. 60 % d’entre elles sont au Smic horaire, la moitié travaillant 9 heures par semaine, pour un salaire de 319 euros par mois. Du coté du Center Parcs de l’Aisne, les conflit sociaux se répètent. Dans ces conditions, comment croire que la prospérité de la vallée du Chambaran sera assurée ?
En Alsace, c’est l’attrait pour la pratique du golf et ses retombées économiques qui justifient le projet. Avec ses 78 ha, le golf de la Sommerau est classé dans la catégorie grands golfs, « un modèle économique délicat », de l’aveu même de la Fédération Française de Golf. Et puis il existe déjà 20 golfs à proximité et les inscriptions en Alsace sont en baisse.

Le nouvel aéroport de Notre-Dame-des-Landes quant à lui occuperait cinq fois plus d’espace que l’actuel. Mais la surface des postes d’embarquement ou les aires de stationnement des avions, eux, diminuent. Comment atteint-on un tel gigantisme ? En augmentant la surface des commerces ou des parkings, les activités les plus lucratives.

Selon l’adage, l’argent, c’est le nerf de la guerre. Les prévisions budgétaires sont souvent bien en-dessous du montant des travaux. Pour les promoteurs de la ligne Lyon-Turin, le devis en 2002 était de 12 milliards d’euros. La Cour des Comptes a estimé en 2012 que la note sera bien plus salée : 26,1 milliards d’euros.
Mêmes calculs hasardeux à Notre-Dame-des-Landes. Vinci Airports a annoncé un coût de 561 millions d’euros hors taxes pour la construction, dont 115 millions à la charge des collectivités. Ce coût global serait largement sous-estimé, selon les arcitectes Ivan Fouquet et Francois Fedele, qui le chiffrent plutôt à près d’un milliard d’euros. Combien pour les collectivités ?

Concernant le Center Parcs, le montage financier de Pierre et Vacances est bien rôdé : le département se porte acquéreur des parties communes du complexe pour 7 millions d’euros, la région Rhône-Alpes ayant promis une aide similaire, dont 3,5 millions pour « la prise en compte des surcoûts liés au développement des énergies renouvelables et à la maîtrise de l’impact environnemental ». Pour le golf de la Sommerau, il s’agit initialement d’un investissement de 6 millions d’euros de la part des collectivités. Mais si le projet est déficitaire, les collectivités se sont engagées à reprendre les fonds… À quel prix ?

Extrait d’un article de la lettre du hérisson n°256, publication de l’association France Nature Environnement.