Sciences et modernité

Voici comment on fabrique un savant :
On prend un écolier, le plus bête de sa classe. Dans l’impossibilité où l’on se trouve de faire appel à son intelligence, on développe sa mémoire; on le gave de grec et de latin; on le nourrit de racines carrées et de racines cubiques.
Çà ne l’engraisse pas, au contraire, il maigrit à vue d’oeil; son teint jaunit, son dos se voûte, sa vue faiblit au point qu’il lui faut porter des lunettes, mais on obtient un « bon élève » : il n’y a plus qu’à laisser ce mirifique produit s’élancer à la conquête des diplômes ; il les décrochera tous, soyez-en persuadés ; sa mémoire le fera triompher à tous le examens.
Mais son intelligence occultée se refusera à comprendre la Vie et sa beauté. Ignorant le Beau, il ne verra que l’Utile : il inventera des machines meurtrières de l’Art. Grâce à lui et à ses pareils, tout se fait aujourd’hui mécaniquement, régulièrement, bêtement.
Et, sans cesse, le savant nous créera de nouveaux besoins en se gardant, bien entendu, de nous fournir le moyen de les satisfaire ; l’instruction que, sous sa direction, l’on répand partout, est cause de toutes les détresses sociales ; la Science n’est bonne qu’à enlaidir notre existence : elle engendre le Progrès matériel, l’odieux Progrès qui érige la cheminée, phallus de l’industrie, dans les plus beaux paysages.
Grâce à la chimie, nos boissons sont frelatées, nos mets falsifiés et, de toute sophistication, résultent d’innombrables maladies. Quand nous sommes complètement démolis par l’ingestion de produits chimiques, on nous en fait absorber d’autres sous forme de remèdes.

Texte de Jossot extrait de « Sauvages blancs ! » et cité dans le journal CQFD de mars 2014.