Douar Didoull

[…] Goulven du collectif Douar Didoull (« la terre sans trou »), à l’origine de la manifestation, est revenu sur les débuts d’une contestation initiée fin 2013. « Tout est parti de l’annonce par Macron, alors ministre de l’Économie, que plusieurs Permis exclusifs de recherche minière (Perm) allaient être délivrés dès 2014, notamment dans le Massif armoricain. Ces Perm donnent toute latitude aux sociétés minières pour procéder à des forages sur des surfaces allant jusqu’à 400 km2. »

La géologie bretonne a particulièrement attisé les convoitises de Variscan Mines, entreprise à capitaux australiens qui espère dénicher de gros filons de cuivre, zinc, tungstène et autres ressources nécessaires à la fabrication des produits high-tech.
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« La mobilisation a porté ses fruits, notamment en obligeant les candidats aux législatives, y compris les macronistes, à se positionner contre les projets miniers. Le conseil régional, pourtant à la solde de l’actuelle majorité présidentielle, a également demandé un moratoire sur ce dossier. Mais rien n’est gagné tant que les Perm n’auront pas été annulés », constate lucidement Goulven.

[…] les nouveaux dirigeants de Variscan […] jouent les pleureuses – ils se plaignent de malentendus susceptibles d’enflammer des oppositions de type Zad. Et agitent du même élan le chantage aux emplois directs et indirects associés au lancement d’une exploitation minière. Des arguments battus en brèche par Goulven : « C’est un écran de fumée classique dans ce genre d’opération de communication où l’on affirme que si les gens sont contre les projets, c’est parce qu’ils n’ont pas compris quel est leur intérêt. »
Quant aux emplois, ils sont souvent occupés par des techniciens ou des ingénieurs déjà sous contrat avec les multinationales du secteur. Et ils sont de toute façon ultra-précaires : une fois le filon épuisé, on va creuser ailleurs, laissant les collectivités et la population locale se débrouiller avec les dégâts causés à l’environnement.

[…] il ne s’agit pas seulement d’action de type Nimby (Not in My BackYard, « Pas dans mon jardin »). Mais plus généralement de revendiquer un autre modèle de société, moins productiviste, moins consumériste et moins obsédé par le tout-technologique.

[…] deux représentants des collectifs opposés à la construction du tunnel du col de Tende, sur la frontière franco-italienne, ont témoigné de l’intense répression qui frappe celles et ceux pratiquant une solidarité de base avec les migrants. Ils ont aussi raconté l’incroyable rebondissement, au début du mois de juin dernier, qui a conduit à l’arrêt du chantier et à une procédure des autorités italiennes contre l’entreprise chargée des travaux de doublement du tunnel. Pour dissimuler l’économie d’une fondation en béton armé, la boite a falsifié plusieurs rapports constatant un éventrement et un affaissement de 1’ouvrage sur plusieurs mètres. Ou quand les promoteurs des grands projets inutiles et leurs complices sabotent eux-mêmes le boulot…

Extraits d’un article d’Iffik Le Guen dans CQFD de septembre 2017.

Business extractiviste

Marc habite Lussat depuis 1995, dans le nord-est de la Creuse. Quand il cause, on dirait un expert, tellement il connaît sa partition. Le projet de mine aurifère de Villeranges, ce membre du collectif StopMines23 en a entendu parler par hasard : « j’ai appris la nouvelle du PERM (permis exclusif de recherche de mines) par des voisins, fin novembre 2013, alors que l’enquête publique avait eu lieu en août 2013. Le maire n’en a pas parlé. Tout s’est fait en catimini, dans la confidence. »

La farce ne s’arrête pas là : la zone actuellement cartographiée par la société Cominor n’est pas vierge de toute recherche. De 1980 à 1989, la feue Total Compagnie minière avait déjà reniflé le filon aurifère et truffé le sous-sol de 24 kilomètres de forage. Sans la baisse du cours de l’or, le permis d’exploitation aurait été accordé depuis belle lurette.
« La Cominor sait très bien que le gisement a été caractérisé. Elle essaie de nous endormir avec sa communication : on ne sait pas ce qu ‘on va trouver, laissez-nous chercher, peut-être qu ‘il n’y a rien, alors qu’ils savent très bien. Ils reviennent obtenir le permis qu ‘ils n’ont pas eu il y a trente ans. »
Ok, mais aujourd’hui, les mines sont aussi propres qu’un bloc opératoire. Elles sont même « responsables », nous dit la pub. Cette histoire de mine responsable, c’est du marketing. Le projet est une mine à ciel ouvert d’au moins 50 mètres de profondeur. La roche du sous-sol est truffée d’arsenic : on sort quatre grammes d ‘or pour un kilo d’arsenic. Des millions de tonnes de roche arséniée vont nous rester sur les bras. Quand il pleut sur l’arsenic, ça pisse partout et vu l’altitude où on est, toute notre vallée va être polluée. La Cominor ne va pas ramener ses déchets à son siège social au Luxembourg, ni au Canada, où est sa maison-mère. »

Cominor en Creuse, Variscan Mines en Bretagne, les deux sociétés minières sont dites juniors – en opposition aux majors, grosses sociétés d’exploitation – car spécialisées dans l’exploration des sous-sols. Elles font leur miel grâce à l’art de la magouille spéculative. « Enregistrées sur les marchés boursiers hautement permissifs comme la Bourse de Toronto (TSX) ou sa concurrente de Sydney (ASX), les « juniors » ne tirent des bénéfices que de la spéculation et financent leurs campagnes d’exploration en levant des fonds (des capitaux à risque) sur ces marchés boursiers », explique le chercheur équatorien William Sacher dans un article édifiant. Quand boursicotage rime avec carottage.
Dans l’hexagone ce ne sont pas moins de huit PERM qui sont en cours de prospection. Huit autres demandes ont été déposées et attendent l’aval des autorités.
[…]
À Salsigne (Aude), la dernière mine d’or française a fermé ses galeries en 2004. Le territoire est dévasté par une pollution à l’arsenic. L’incidence des cancers du poumon et du larynx y crève tous les plafonds.

Extraits d’un article de Sébastien Navarro dans le journal CQFD de février 2016.

Areva, une société philanthropique

Mi-novembre 2014, la fondation Areva s’auto-congratulait du lancement de deux nouvelles opérations humanitaires, l’une pour scolariser 900 enfants nigériens, l’autre, en partenariat avec Mécénat Chirurgie Cardiaque, pour faire opérer en France cinq enfants nigériens, atteints d’une malformation cardiaque et dans l’incapacité d’être opérés dans leur pays d’origine faute de matériel, de compétences ou de moyens financiers.

Mais cette absence de moyens financiers ne serait-elle pas en bonne partie causée par les exonérations fiscales exorbitantes dont les filiales d’Areva exploitant l’uranium nigérien ont bénéficié depuis des décennies ? Il faudrait que la Fondation Areva communique un peu plus avec sa maison mère : elle aurait pu l’inciter à être plus souple lors de la dernière négociation de son contrat avec l’État nigérien pour l’exploitation de l’uranium. Ces négociations ont duré pas moins de 18 mois, et il a fallu la pression de la société civile nigérienne et d’ONGs internationales (à commencer par Oxfam) pour que cet accord rééquilibre (un peu) les choses en faveur du Niger, à savoir pour que – au moins sur le papier – l’accord respecte… le code minier du Niger, une loi de 2006.

L’indécence atteint son comble avec cette opération en partenariat avec Mécénat Chirurgie Cardiaque. D’une part, les mines d’uranium d’Areva polluent l’environnement de dizaines de milliers de Nigériens et les contaminent, accroissant les risques pour leur santé. D’autre part, le lobby nucléaire (au sein duquel les experts d’Areva y ayant travaillé jouent un rôle éminent) a tout fait pour étouffer les travaux scientifiques du couple de médecins et chercheurs biélorusses Youri Bandajevski et Galina Bandajevskaya, qui ont démontré que l’absorption chronique à faible dose de césium 137 présent dans la nourriture et l’eau des territoires contaminés par Tchernobyl génère des pathologies cardiaques graves. Avec Tchernobyl et Fukushima (où Areva a fourni le combustible MOX), ce ne sont pas cinq, mais des dizaines de milliers d’enfants qui souffrent de pathologies cardiaques.

Ces actions sont financées grâce à l’AthleWorldTour, un défi sportif et solidaire lancé en 2010 par Areva auprès de ses 45 000 salariés. Pour un coût de 100 000 €, ces deux actions permettent à Areva de s’acheter une bonne conscience à peu de frais.

Un article du magazine Sortir du nucléaire de février 2015.