L’ubérisation cache sexe de la marchandisation

L’ubérisation avance masquée en se présentant comme une économie collaborative (le capitalisme a toujours aimé voler nos propres mots) qui consisterait à augmenter l’utilisation de certains biens en les « partageant » avec d’autres. […]
Cette nouvelle économie dite collaborative permettrait de donner de quoi vivre mais aussi des raisons de vivre aux 212 millions de Sans-emploi (+ 34 millions depuis 2007) car, comme le clame Macron, il serait plus facile de trouver un client qu’un patron (sic). Cette pseudo économie collaborative se veut super sociale (re-création de lien social) et super écolo (économie de proximité et partage, ou recyclage des produits usuels). Les plateformes collaboratives proposent donc de changer la vie, de se passer d’intermédiaires selon le principe coopératifs et d’assurer la transition écologique.

La réalité est moins reluisante puisque cette nouvelle étape du capitalisme étend davantage encore la sphère de la marchandise et pousse chacun d’entre nous à fonctionner comme une entreprise maximisant son profit et minimisant ses coûts. Les études d’opinion montrent que l’enfer est bien pavé des plus belles intentions. Exit la solidarité et les projets d’une transformation écosocialiste de la société : 77 % des « clients » expliquent que c’est une façon d’augmenter leur niveau de vie, 66 % de trouver de bonnes affaires, 55 % de payer moins cher, 50 % de consommer mieux. Cette pseudo économie collaborative n’est d’ailleurs pas spécifiquement juvénile sauf pour certains services comme le covoiturage payant qui a remplacé les bon vieux stop et les sites de covoiturage gratuits aujourd’hui menacés de disparition (avec toujours la même argutie que le caractère marchand sécuriserait la transaction).

Cette pseudo économie collaborative n’est même pas le bon vieux système D des milieux populaires (qu’elle menace même en réduisant les produits autrefois donnés à Emmaüs mais qui peuvent désormais être vendus grâce a des plateforme Internet). Chacun devient un peu marchand et considère sa vie comme un capital à valoriser. Les adeptes de cette nouvelle économie appartiennent aux classes aisées (les ménages avec plus de 6000 euros mensuel selon le rapport au gouvernement), aux couches moyennes, aux bobos pseudo écolos mais vrais libéraux-libertaires… Cette discrimination sociale n’est ni accidentelle ni provisoire car cette pseudo économie collaborative est à l’opposé des véritables modes/styles de vie populaires puisqu’elle suppose de posséder des objets à louer, des logements suffisants, des espaces de stockage, une épargne proposable sur un site collaboratif, mais elle requiert aussi des prédispositions commerciales, un rapport à l’argent anti-populaire par excellence. Les milieux populaires pratiquent l’entraide et le(contre)don mais bien peu le marché. Les milieux populaires seront bien les grands perdants de l’ubérisation rampante !
Les penseurs de cette pseudo économie collaborative ont même inventé un nouveau gros mot pour dire cette extension du capitalisme au sein de nos vies : nous serions toutes et tous des « prosommateurs » (mi-consommateurs mi-producteurs), reléguant ainsi définitivement la lutte des classes au musée des antiquités. Au souci collectif, au projet de société succèdent le chacun pour soi et 1’égoïsme absolu. […]
Le capitalisme a trouvé comment accroître la soumission volontaire à la seule logique marchande. Cette économie collaborative fait de chacun à chaque instant un homo œconomicus n’ayant en tête que la maximisation de son profit et la minimisation de ses coûts. […]
Les libéraux qui cherchaient depuis des années la solution royale pour assécher les finances publiques ont trouvé une nouvelle recette avec l’économie collaborative! L’ubérisation dans le domaine du tourisme représente en Espagne un manque à gagner fiscal du tiers des recettes du fait de la non-perception des taxes de séjour. […]

Extrait de l’éditorial de Paul Ariès dans Les Zindigné(e)s d’avril 2016

Jusqu’où peut-on laisser faire le marché ?

Michael Sandel, professeur de droit à Harvard, s’est penché sur l’économie des passe-droits accordés aux individus, moyennant finance, à tous les moments de l’existence. Nous n’avons pas vraiment eu de débat sur la question, remarque-t-il. Jusqu’où peut-on laisser faire le marché ? Jusqu’où sert-il le bien public, à partir de quand l’érode-t-il ?
Aujourd’hui, on peut payer pour couper la file dans de nombreux lieux, comme les parcs d’attractions. Sur les autoroutes de Minéapolis, Seattle, San Diego et d’autres métropoles congestionnées des États-unis, on peut payer son accès à la voie rapide, à des tarifs qui fluctuent selon l’état du trafic. La possibilité d’acheter des privilèges s’est même étendue… à la prison : dans le comté de Santa Barbara, en Califormie, un détenu peut obtenir une cellule plus confortable pour 90 dollars par nuit.

Sandel relève également de nouvelles manières de gagner de l’argent pour les individus : servir de cobaye humain pour l’industrie pharmaceutique (autour de 7500 dollards, parfois davantage si le traitement est handicapant ou si des complications surviennent) ou louer ses services à des entreprises de mercenariat opérant au proche-Orient (1000 dollars par jour).

Dans cet inventaire de la marchandisation post-moderne, la démonstration prend un tour nouveau quand le juriste repère une transaction qui bafoue l’idéal démocratique américain. Elle a lieu tous les jours au Capitole de Washington. Les audiences du Congrès sont publiques, mais la queue pour y assister est interminable, à la grande frustration des lobbyistes. Des compagnies recrutent donc des gens pour faire la queue à leur place, moyennant rétribution. Ces individus, affirme Sandel, seraient en grande majorité des sans domicile fixe. Tout le monde devrait pourtant avoir un accès égal aux institutions, objecte-t-il.

La valeur que la société de marché met le plus en danger, selon lui, est la communality, le sens de la vie collective. Lui-même a grandi à Minneapolis au milieu des années 1960, et il était fan des Twins, l’équipe de base-ball de la ville. Au stade, toutes les places coûtaient à peu près le même prix : 3,50 dollars pour la tribune d’honneur, 1 dollar pour une place en virage. Patrons et employés faisaient la queue pour manger les mêmes hot-dogs et boire les mêmes bières sans bulles. Quand il pleuvait, tout le monde était trempé… Tout cela est terminé. Si vous allez dans les stades, aujourd’hui, il y a des espaces réservés, vitrés, où les privilégiés s’isolent du reste du monde. Ce n’est plus le même mélange des classes. Ce n’est plus la même queue pour les toilettes. Quand il pleut, certains ne sont pas mouillés. De plus en plus, ajoute-t-il, les gens fortunés et les gens modestes vivent des vies séparées, vont à l’école et font leurs courses sans se croiser.

Extrait d’un article de Maxime Robin dans Le Monde diplomatique de septembre 2015.

Enfant à vendre

« Il ne faut pas reculer d’un millimètre dans ce combat contre la marchandisation du corps. On ne peut pas acheter le ventre d’une femme et un enfant. Reconnaître les enfants nés d’une mère porteuse à l’état civil, c’est dire que cet achat est acceptable. Le désir d’enfant, je le comprends, poursuit l’ex-secrétaire nationale du PCF. Il existe une réponse légale, c’est l’adoption.
La GPA « éthique », je n’y crois pas. Cela veut seulement dire que le contrat de la mère porteuse est bien rédigé et qu’on sait exactement combien elle va gagner. »
C’est ce que plaide la députée GDR (gauche démocrate et républicaine) Marie-George Buffet, ex secrétaire nationale du parti communiste français (Le Figaro, 4 septembre 2014).
Encore une ultra-archi réactionnaire de la « manif pour tous » qui n’a pas compris que le bébé est une marchandise comme les autres.

Article du journal La Décroissance d’octobre 2014.

Traité sur les semences : Une résolution en faveur du droit des agriculteurs.

La Via Campesina se félicite de l’adoption ce 28 septembre 2013, par le Comité Directeur du Traité international des Nations unies sur les ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture, appelé communément « Traité sur les semences », d’une résolution appelant les États à appliquer et soutenir les droits des agriculteurs et des agricultrices sur leurs semences.

Cette résolution a été adoptée grâce à la mobilisation unanime des groupes de pays d’Amérique Latine et Caraïbes, d’Afrique et du Proche-Orient, de nombreux pays asiatiques et européens, et malgré l’opposition d’une poignée de pays industriels. Après avoir rappelé l’énorme contribution des agriculteurs à la conservation et au développement des semences, le comité directeur accueille aussi favorablement la participation des organisations paysannes et de la société civile à ses travaux. En reconnaissant que les brevets et certificats d’obtention végétale peuvent « interagir » avec les droits des agriculteurs, il avoue à mots cachés qu’ils s’y opposent dans de nombreux pays.

Cette résolution contraste avec la violence des lois nationales et les droits de propriété intellectuelles qui criminalisent les semences paysannes. Par exemple, en Colombie, le décret 970, avant son abrogation récente pour 2 ans, avait abouti à la destruction massive de tonnes de semences paysannes devenues ‘illégales’ par application de cette loi. Des projets de lois semblables sont préparés en Afrique de l’Est, au Chili ou en Europe. Par ailleurs, le Traité offre à l’industrie le cadre juridique lui permettant d’accéder gratuitement à toutes les semences sélectionnées par des générations de paysans, mais ne se donne aucun moyen financier pour remplir ses autres tâches, notamment en matière de droits des agriculteurs dont l’application est de la responsabilité des états. Pendant que les banques de semences publiques sont détruites par les guerres ou ou se concentrent en raison de l’absence de financement, de nombreux droits de propriété intellectuelle sont accordés sur les caractères ou les gènes des graines encore conservées qui deviennent ainsi inaccessibles.

Les agriculteurs renouvellent dans leurs champs l’intégrité de l’immense diversité dont ils ont hérité de leurs parents pour la transmettre aux générations futures. Ils sont les garants du droit à l’alimentation de nos enfants. Mais ils ne peuvent pas accomplir cette tâche si leurs droits de conserver, d’utiliser, d’échanger et vendre leurs semences, de protéger leurs connaissances et de participer aux prises de décision ne sont pas respectés et protégés.

La Via Campesina veillera à ce que cette nouvelle résolution sur les droits des agriculteurs et agricultrices ne reste pas sans lendemain comme les précédentes. Avec ou sans le Traité, avec ou contre les lois nationales, la Via Campesina continuera à appliquer concrètement les droits des paysans et des paysannes sur leurs semences car il s’agit de la première marche de la souveraineté alimentaire.

extrait d’un article paru le 30 septembre 2013 sur le site viacampesina.org