Puissants lobbys

Après la démission de Nicolas Hulot, la ritournelle médiatique sur « l’homme idéaliste face aux puissants lobbys » a comme un arrière-goût frelaté. Certains oublient un peu vite qu’on pouvait
difficilement faire confiance au ministre de la Transition écologique et solidaire sur des dossiers aussi brûlants que l’EPR de Flamanville ou l’arrêt de la centrale de Fessenheim, alors que la Fondation Hulot est grassement soutenue par EDF (lire à ce sujet écologie à la sauce Hulot). Et que dire du recyclage des déchets, une des priorités de son ministère, quand Veolia siège au conseil d’administration de la fondation tout en lui déversant 200 000 € par an ? Sûrement une broutille pour Nicolas Hulot, dont l’émission télé a été longtemps sponsorisée par le sinistre chimiquier Rhône-Poulenc…

Thierry Coste, le fameux lobbyiste pro-chasse à l’origine du départ de Nicolas Hulot, se targuait il y a peu dans les pages de Libération d’être ami avec le Président: « On plaisante, c’est cool. Nous voir comme ça, je pense que ça a déstabilisé Hulot. Était-il jaloux ? Peut-être. » Un ministre intimement lié à des multinationales pollueuses et un chasseur qui se définit comme « un véritable mercenaire » se tirant la bourre pour convaincre l’omnipotent Macron. Telle est la triste réalité de l’écologie dans les couloirs ministériels.

La démission de Hulot met ainsi en lumière tout un pan lugubre de la Macronie. L’infiltration des pires prédateurs de l’environnement dans chaque recoin des arcanes du pouvoir. On découvre ainsi qu’un Thierry Coste peut s’inviter à une réunion sur la chasse sans même que le ministre en charge de l’Environnement ne soit au courant. En mai, c’est la députée Delphine Batho qui apprenait que son amendement contre le glyphosate avait été transmis à l’industrie phytosanitaire 90 heures avant de l’être aux députés. Et on ne doit pas non plus oublier qu’Audrey Bourolleau, la conseillère agricole du président, est une ex-lobbyiste notoire de la viticulture industrielle.

Libéré des chaînes de son mandat, Nicolas Hulot combattra-t-il désormais vent debout la puissance obscure du lobbying pour sauver la planète ? Que Macron se rassure. Au moment de claquer la porte en direct à la radio, le chantre de l’écologie Ushuaïa a souligné qu’il éprouvait malgré tout « une immense amitié pour ce gouvernement ». Dès le lendemain, Thierry Coste, le braconnier qui murmurait
déjà à l’oreille de Sarko et Hollande, déclarait pour sa part : « Macron, il aime bien les lobbys, il assume. »

Édito du mensuel CQFD de septembre 2018.

Le monopole de la distribution des médicaments

Et si au lieu de privatiser à tour de bras, on rendait à l’État, c’est à dire à nous tous, ce qui ne devrait jamais devenir un marché ? Si on arrêtait d’engraisser les lobbys pharmaceutiques ? On nous rebat les oreilles avec le trou de la Sécu. Trop de vieux, trop de malades pèsent sur les comptes.
Avons-nous les moyens de nos cancéreux, nos greffés, nos éclopés ? Il paraît que non. On fustige les abus des tricheurs. C’est quoi, un tricheur à la Sécu ? C’est quelqu’un qui prétend se faire soigner alors qu’il a même pas la carte vitale, le salaud ! Pauvre ou malade, il faut choisir.

Quand on sera redevenu un pays riche transpirant la grandeur, on pourra tomber malade, c’est promis. Mais là, on a plus les moyens. Va falloir ramener l’espérance de vie à la cinquantaine, autrement on est foutus.

Ça fait peur, hein ? Rassurez-vous ! Ça n’arrivera pas ! Les trusts pharmaceutiques n’aiment pas que les gens meurent, ça leur bouffe le bénef. Ils veulent des malades chroniques, sous traitement à long terme. Ils mettent au point des produits parfois inutiles, parfois dangereux, mais toujours remboursés. Par nous. Font de la pub, organisent des congrès de toubibs, lobbyisent à tout-va. Imposent leur loi.

Et si on se débarrassait de ces affreux ? Si l’État avait, comme en Suède, le monopole de la distribution des médicaments ? Imaginons des officines où on ferait exécutter les ordonnances. Des espaces sans publicité, sans marques, sans chichis, aux murs couverts de tiroirs. Derrière le comptoir, un préparateur assemblerait la quantité exacte de comprimés nécessaires au traitement. La Sécu rembourserait les pilules, pas les boîtes, flacons, blisters, opercules et autres emballages sophistiqués qui polluent la planète et alourdissent l’addition.

Les bazars à croix clignotante qui fourguent tout et n’importe quoi rejoindraient les très prospères parapharmacies, feraient du commerce.

Les groupes pharmaceutiques qui grugent la Sécu, vampirisent la collectivité et exploitent les malades auraient mangé leur pain blanc.

Article d’Isabelle Alonso dans Siné mensuel de novembre 2015.