G20 aveuglement idéologique

Le G20 en juillet à Hambourg sera un des premiers rendez-vous internationaux post-Trump et post-Brexit. Il se donne pour but de « construire un monde interconnecté » selon le titre donné à ce sommet. Le document officiel de présentation est en lui-même le résumé d’un aveuglement dramatique.

« Il ne peut y avoir de retour à une ère de pré-globalisation » affirme le document. Au moment où les États-Unis suspendent l’accord de libre-échange avec le Pacifique, où ils remettent en cause de manière unilatérale l’ALENA et érigent un mur face au Mexique, au moment où ils menacent de se retirer de l’OMC et des organismes multilatéraux, une telle affirmation relève de l’incantation et de la croyance aveugle en la religion du marché global.

Aucune des conséquences de la globalisation des quarante dernières années n’est mentionnée. Elles nourrissent pourtant un protectionnisme et un nationalisme agressif et conquérant et conduisent au retour à une ère de pré-globalisation, non pas des années 1960, mais à celle des années 1930.
Et ce ne sont pas la « digitalisation » du monde et sa « connectivité », qualités affichées comme objectifs de ce sommet, qui redonneront des couleurs à une globalisation qui a fracturé les sociétés, affaibli les pouvoirs politiques, détruit des cultures et des territoires, déraciné des millions de personnes se heurtant désormais à des murs infranchissables.

C’est pourquoi ce sommet promet un enfermement mortifère entre un néolibéralisme à prétention multilatérale, qui a bien du mal à se réaliser, et un national-néolibéralisme assumé, prétendant réparer les dégâts de la globalisation économique et financière. […]

Le choc avec le monde réel sera rude. C’est le choc avec le monde des énergies fossiles, celui de Trump et de Poutine, celui aussi de la dénonciation ou de l’oubli de l’Accord de Paris : s’il est juste de s’inquiéter des déclarations du président étasunien cherchant à se dégager de l’Accord de Paris et de la Convention des Nations-unies sur les changements climatiques, comment comprendre l’acceptation par l’Union européenne d’un traité de libre-échange avec le Canada qui ne mentionne pas cet accord climatique et qui, s’agissant des énergies, ne distingue en rien les énergies propres des énergies sales, voire très sales comme celles extraites des sables bitumineux ou du nucléaire ‘?
[…]
Ce sommet sera pour nous l’occasion d’affirmer le refus de la fuite en avant dans la libéralisation économique et financière et des aventures nationalistes, xénophobes et racistes qui ont grandi en son sein. Avec des mouvements sociaux du monde entier, nous y construirons les voies pour une dé-globalisation solidaire et coopérative, pour des alternatives capables de prendre soin des humains et de la Terre.

Extrait d’un article de Geneviève Azam dans Lignes d’attac d’avril 2017.

Les transnationales omnipotentes

C’est sans doute l’une des négociations internationales les plus importantes de la période, du 24 au 28 octobre 2016, l’ONU a accueilli à Genève une deuxième session de négociations portant sur un éventuel futur traité international contraignant sur les entreprises transnationales et les droits humains. Le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU s’est en effet prononcé en juin 2014 en faveur d’une résolution en ce sens déposée par l’Équateur et l’Afrique du Sud.
Adoptée par 20 voix, contre 14 dont la France (et 13 abstentions), cette initiative est bienvenue et justifiée, tant il apparaît urgent de mettre fin à l’impunité dont bénéficient les transnationales et de garantir l’accès à la justice pour les victimes de leurs activités.

[…] les pays du Sud en soutiennent le principe, avec l’appui des ONG, tandis que les pays de l’OCDE y sont fermement opposés, tout comme les transnationales.

[…] les transnationales peuvent violer les droits de l’homme et les droits du travail, dévaster l’environnement, sans être, dans la majorité des cas, réellement inquiétées.

Pour attirer des investisseurs internationaux et des bouts d’activités d’entreprises transnationales, de nombreux pays et collectivités territoriales sont prêts à leur accorder un « environnement attractif », y compris en réduisant les mesures de protection du travail ou de l’environnement.
La recherche de compétitivité et l’accès aux marchés internationaux sont érigés comme les deux leviers de création de richesse, indépendamment des considérations d’équité et de soutenabilité écologique. Les territoires, les législations et les populations sont ainsi mis en concurrence les uns avec les autres au niveau international.

Les transnationales organisent et dirigent l’économie mondiale.
Sous l’emprise de l’autonomie laissée aux marchés internationaux, le pouvoir déclinant des États se confronte au pouvoir grandissant des transnationales qui sont désormais des acteurs majeurs des relations internationales. Bien aidés par l’apparition des nouvelles technologies et par la financiarisation croissante du capitalisme, les transnationales sont devenues des acteurs dominants
[…]
En 2000, les transnationales ont réussi à faire adopter le Pacte mondia dans le cadre de l’ONU, tuant dans l’œuf les volontés de remettre à l’ordre du jour l’idée d’un droit international contraignant. Les Principes directeurs de l’ONU relatifs aux entreprises et aux droits de l’Homme, adoptés en 2011, ne sont guère plus contraignants. En se limitant à des principes volontaires et limités, les institutions internationales ont étendu le domaine de la « soft law » au détriment d’un droit juridiquement contraignant.
Bien que nombreux, ces dispositifs ne sont pas dotés d’instrument de vérification indépendante et de sanction. La documentation accumulée sur le terrain au fil des ans montre qu’ils ne permettent ni d’assécher les violations des droits humains, du droit du travail et des normes environnementales, ni de les condamner lorsqu’elles sont avérées.

Extraits d’un article de Maxime Combes dans Lignes d’attac de janvier 2017.

Médias libres

Du 7 au 14 août dernier, le Forum mondial des médias libres (FMML) a rassemblé plusieurs centaines de participant.e.s des quatre coins du globe à Montréal. Journalistes et activistes de la communication venus de la République démocratique du Congo, du Honduras, des États-Unis, de Palestine, du Mexique, d’Inde. du Brésil, du Maroc ou encore de Nations Premières québécoises ont débattu du rôle de l’information et des technologies comme appui aux luttes politiques et sociales. Dans un contexte global de montée des extrémismes et des populismes, il a notamment été question du rôle des médias libres face aux discours de la haine (lire Comment lutter contre la montée des extrêmes et les discours de haine?).

Depuis 2013, le FMML se déroule en même temps que les Forums sociaux mondiaux. En 2015 à Tunis les participant.e.s ont adopté la « Charte des médias libres » qui fait le constat que « les modes de communication des médias hégémoniques contribuent à exacerber les problèmes que le monde traverse actuellement sur le plan culturel et politique. Ils homogénéisent et monopolisent là ou il faudrait valoriser la diversité, favoriser la participation, la collaboration pour une co-construction des connaissances et de la compréhension du monde ».
Les médias libres participent de la construction d’une « communication inclusive, plurielle et transformatrice ». Sites d’information indépendants, radios et télévisions communautaires, collectifs de communicant.e.s sociaux, revues et stations d’émissions alternatives, journalistes, blogueuses/eurs, vidéastes, développeurs/euses de technologies libres… constituent ce mouvement croissant pour promouvoir le droit à la communication.

Au-delà de la soixantaine d’activités organisées à Montréal, le 5ème FMML aura permis de dégager des perspectives quant à son avenir : organisation régulière de rencontres, séminaires, forums thématiques… pour défendre les principes de la charte en appuyant les luttes locales autour des médias et des technologies libres, mise en place d’une cartographie des médias libres, accompagnement pour la communication des prochains FSM.

Article de Myriam Merlant (voir le site Ritimo dans Lignes d’attac d’octobre 2016.

Cop 21, la procrastination institutionnalisée

L’accord de Paris, scellé au forceps le 12 décembre dernier au Bourget, fonde la lutte mondiale contre le dérèglement climatique sur des engagements volontaires, déterminés au niveau national, et sur un nouvel instrument juridique qui ne saurait contraindre les États a faire plus. Cela revient à promouvoir une vision libérale ou chacun met ce qu’il veut dans le pot commun. Qu’importe que cela ne soit pas suffisant : les contributions nationales des États publiées en amont de la COP 21 conduisent vers un réchauffement climatique supérieur à 8 °C et pourtant, la COP 21 n’a pas été utilisée pour tenter de réduire l’écart entre le réel (les 3 °C ou plus) et le souhaitable (les 2 °C ou moins), comme si ce n’était pas la priorité absolue.

En remettant a demain ce que les États ne veulent pas aujourd’hui, l’accord de Paris institutionnalise la procrastination : un message bien compris par la Commission européenne qui propose de ne pas toucher aux très insuffisants objectifs climatiques dont l’Union européenne (UE) s’est dotée pour 2020 et 2030. Message entendu également par le gouvernement français qui, sous couvert d’une réussite diplomatique et de la volonté de ratifier l’accord de Paris au plus vite, ne change pas de politique : refus d’abandonner l’aéroport de Notre-Dame-des- Landes, non-respect des objectifs fixés par la loi de transition énergétique, incertitudes sur les hydrocarbures de schiste et de couche, etc.

En cette période d’exacerbation des haines et des replis nationaux, transcrire dans un traité international l’accord de 195 États pour maintenir un cadre multilatéral de “gouvernance du climat » n’est pas anecdotique. Mais un cadre multilatéral ne fait pas tout. A Paris, les États ont exprimé leur refus de voir les règles et principes d’organisation de l’économie mondiale soumis à l’objectif climatique. L’accord de Paris sanctifie le décalage abyssal existant entre la bulle des négociations et la globalisation économique et financière, comme s’il était possible de lutter efficacement contre les dérèglements climatiques sans toucher aux mécanismes et règles qui organisent cette formidable machine a réchauffer la planète qu’est l’économie mondiale.

En ratifiant l’accord de Paris, les États vont s’engager, en droit, à maintenir le réchauffement climatique global sous la barre des 2 °C, voire mieux sous les 1,5 °C. Mais cet objectif peut rester lettre morte : sans feuille de route clairement établie, il n’y a aucune raison pour qu’ils déclenchent une prophétie autoréalisatrice comme le suggèrent certains. Les prophéties ne s’auto-réalisent jamais. Elles sont construites, pas à pas, et l’issue dépend largement des transformations s’opérant dans les aspirations du corps social et des mobilisations, diverses et variées, de la société civile. Décrétons « l’état de nécessité climatique »!

Extrait d’un article de Maxime Combes dans Lignes d’attac d’avril 2016.