Médias libres

Du 7 au 14 août dernier, le Forum mondial des médias libres (FMML) a rassemblé plusieurs centaines de participant.e.s des quatre coins du globe à Montréal. Journalistes et activistes de la communication venus de la République démocratique du Congo, du Honduras, des États-Unis, de Palestine, du Mexique, d’Inde. du Brésil, du Maroc ou encore de Nations Premières québécoises ont débattu du rôle de l’information et des technologies comme appui aux luttes politiques et sociales. Dans un contexte global de montée des extrémismes et des populismes, il a notamment été question du rôle des médias libres face aux discours de la haine (lire Comment lutter contre la montée des extrêmes et les discours de haine?).

Depuis 2013, le FMML se déroule en même temps que les Forums sociaux mondiaux. En 2015 à Tunis les participant.e.s ont adopté la « Charte des médias libres » qui fait le constat que « les modes de communication des médias hégémoniques contribuent à exacerber les problèmes que le monde traverse actuellement sur le plan culturel et politique. Ils homogénéisent et monopolisent là ou il faudrait valoriser la diversité, favoriser la participation, la collaboration pour une co-construction des connaissances et de la compréhension du monde ».
Les médias libres participent de la construction d’une « communication inclusive, plurielle et transformatrice ». Sites d’information indépendants, radios et télévisions communautaires, collectifs de communicant.e.s sociaux, revues et stations d’émissions alternatives, journalistes, blogueuses/eurs, vidéastes, développeurs/euses de technologies libres… constituent ce mouvement croissant pour promouvoir le droit à la communication.

Au-delà de la soixantaine d’activités organisées à Montréal, le 5ème FMML aura permis de dégager des perspectives quant à son avenir : organisation régulière de rencontres, séminaires, forums thématiques… pour défendre les principes de la charte en appuyant les luttes locales autour des médias et des technologies libres, mise en place d’une cartographie des médias libres, accompagnement pour la communication des prochains FSM.

Article de Myriam Merlant (voir le site Ritimo dans Lignes d’attac d’octobre 2016.

Cop 21, la procrastination institutionnalisée

L’accord de Paris, scellé au forceps le 12 décembre dernier au Bourget, fonde la lutte mondiale contre le dérèglement climatique sur des engagements volontaires, déterminés au niveau national, et sur un nouvel instrument juridique qui ne saurait contraindre les États a faire plus. Cela revient à promouvoir une vision libérale ou chacun met ce qu’il veut dans le pot commun. Qu’importe que cela ne soit pas suffisant : les contributions nationales des États publiées en amont de la COP 21 conduisent vers un réchauffement climatique supérieur à 8 °C et pourtant, la COP 21 n’a pas été utilisée pour tenter de réduire l’écart entre le réel (les 3 °C ou plus) et le souhaitable (les 2 °C ou moins), comme si ce n’était pas la priorité absolue.

En remettant a demain ce que les États ne veulent pas aujourd’hui, l’accord de Paris institutionnalise la procrastination : un message bien compris par la Commission européenne qui propose de ne pas toucher aux très insuffisants objectifs climatiques dont l’Union européenne (UE) s’est dotée pour 2020 et 2030. Message entendu également par le gouvernement français qui, sous couvert d’une réussite diplomatique et de la volonté de ratifier l’accord de Paris au plus vite, ne change pas de politique : refus d’abandonner l’aéroport de Notre-Dame-des- Landes, non-respect des objectifs fixés par la loi de transition énergétique, incertitudes sur les hydrocarbures de schiste et de couche, etc.

En cette période d’exacerbation des haines et des replis nationaux, transcrire dans un traité international l’accord de 195 États pour maintenir un cadre multilatéral de “gouvernance du climat » n’est pas anecdotique. Mais un cadre multilatéral ne fait pas tout. A Paris, les États ont exprimé leur refus de voir les règles et principes d’organisation de l’économie mondiale soumis à l’objectif climatique. L’accord de Paris sanctifie le décalage abyssal existant entre la bulle des négociations et la globalisation économique et financière, comme s’il était possible de lutter efficacement contre les dérèglements climatiques sans toucher aux mécanismes et règles qui organisent cette formidable machine a réchauffer la planète qu’est l’économie mondiale.

En ratifiant l’accord de Paris, les États vont s’engager, en droit, à maintenir le réchauffement climatique global sous la barre des 2 °C, voire mieux sous les 1,5 °C. Mais cet objectif peut rester lettre morte : sans feuille de route clairement établie, il n’y a aucune raison pour qu’ils déclenchent une prophétie autoréalisatrice comme le suggèrent certains. Les prophéties ne s’auto-réalisent jamais. Elles sont construites, pas à pas, et l’issue dépend largement des transformations s’opérant dans les aspirations du corps social et des mobilisations, diverses et variées, de la société civile. Décrétons « l’état de nécessité climatique »!

Extrait d’un article de Maxime Combes dans Lignes d’attac d’avril 2016.